50's pour toujours Forum Index

50's pour toujours
Échange d'idées, humour, philatélie, photo, informatique et beaucoup plus.

 FAQFAQ   SearchSearch   MemberlistMemberlist   UsergroupsUsergroups   RegisterRegister 
 ProfileProfile   Log in to check your private messagesLog in to check your private messages   Log inLog in 



 Bienvenue 
Guest  bienvenue sur le fofo







Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres
Goto page: 1, 2, 3  >
 
Post new topic   Reply to topic    50's pour toujours Forum Index -> fiftiz pour toujours -> HISTOIRE
Previous topic :: Next topic  
Author Message
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Fri 6 Jun - 15:49 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

Julia Agrippina dite Agrippine la Jeune (née le 6 novembre 15 après J.-C. à Ara Ubiorum - morte assassinée dans sa villa de Baule près de Baies sur ordre de Néron entre le 19 et le 23 mars 59) est la sœur de Caligula, empereur de 37 à 41, l’épouse de Claude, empereur de 41 à 54.
C'est aussi la mère de Néron qui a été empereur de 54 à 68.
Elle est en outre la descendante directe d’Auguste, empereur de 27 avant J.-C. à 14, et petite-nièce et petite-fille adoptive de Tibère, empereur de 14 à 37.
Petite-fille d'Agrippa et également petite-fille de Drusus, Agrippine la Jeune est la fille de Germanicus, tous trois généraux romains ayant commandé en Germanie Inférieure.

Agrippine la Jeune (Agrippina minor), fille du général Germanicus, est née le 6 novembre 15 en Germanie inférieure après que sa mère, Agrippine l’Aînée (Agrippina maior), eut trouvé refuge avec ses trois enfants à Trèves. Redoutant les mutineries qui avaient accueilli l’annonce de la mort d’Auguste et l’accession de Tibère au pouvoir, la famille de Germanicus s’était repliée auprès d’alliés moins incertains, les Trévires. Le lieu de naissance d’Agrippine la Jeune semble pourtant être Ara Ubiorum, qui devint Cologne. En 50, sous le Principat de Claude, la ville prit le nom de Colonia Claudia Ara Agrippinensium ou CCAA en l’honneur de Claude et à l’initiative d’Agrippine ; ses habitants furent appelés Agrippinenses.
En 17, Germanicus est rappelé à Rome où l’on célèbre son triomphe le 26 mai. Selon l’historien Tacite, « ce qui ajoutait encore au spectacle [du triomphe], c’était la beauté de Germanicus et son char, sur lequel se trouvaient ses cinq enfants ». Germanicus est chargé d’une mission d’inspection en Orient, apparemment dans le but de le séparer de ses troupes, en raison des craintes et de la jalousie de Tibère. Il semble qu’Agrippine la Jeune soit restée à Rome pendant ce voyage. À Antioche, Germanicus meurt opportunément en octobre 19, probablement empoisonné sur ordre de Tibère.
Dès lors, Agrippine l’Aînée et ses enfants sont ballotés entre les rivalités personnelles et les affaires d’État. Au moment de la conspiration de Séjan, Tibère interdit à la veuve de Germanicus de se remarier. Après la mort de son fils Drusus, Tibère se renferme de plus en plus et les descendants de Germanicus en font les frais : les deux aînés Nero Iulius Caesar et Drusus Iulius Caesar sont déportés ou enfermés, et leur mère, Agrippine l’Aînée, est condamnée à l’exil. Tous trois moururent dans des conditions atroces et sans avoir retrouvé la liberté.
En 28, Agrippine la Jeune a 13 ou 14 ans, et épouse Cneius Domitius Ahenobarbus, sur le choix de Tibère : « Cependant Tibère, après avoir accordé, en sa présence, à Cn. Domitius sa petite-fille Agrippine, fille de Germanicus, ordonna que le mariage fût célébré dans la ville. En la personne de Domitius, il avait, outre l’ancienneté de la race, choisi un sang proche de celui des Caesars ; car il pouvait se vanter d’avoir pour aïeule Octavie et, par elle, Auguste comme grand-oncle ».
En 32, Cneius Domitius Ahenobarbus est consul.

À Antium, le 15 décembre 37 au lever du soleil, Agrippine accouche d’un fils, Lucius Domitius Ahenobarbus, le futur Néron. Ce fut son seul enfant.
Selon les historiens romains, Caligula entretenait à cette époque des relations incestueuses avec ses trois sœurs, et n’hésitait pas à les prostituer à ses favoris catamites ou mignons. Au début du règne, les sœurs de l’empereur sont entourées d’honneurs à la cour, mais en 39, accusées d’adultère et de complicité dans le complot de Marcus Aemilius Lepidus contre l’empereur, Agrippine et sa sœur Julia Livilla sont condamnées à l’exil sur les Îles Pontines, exil qui dura jusqu’au principat de Claude en 41.
Sur l'ordre de Claude, Agrippine et Livilla retournent à Rome. Elle ne profite pas longtemps de sa liberté retrouvée. Elle est exilée en même temps que Sénèque accusé d’être son amant. Après la mort de son premier mari, Agrippine se remarie avec Caius Sallustius Crispus Passienus, un homme immensément riche qui servit deux fois comme consul. En 47 il meurt et des rumeurs accusent Agrippine de l'avoir empoisonné.
À la mort de Messaline en 48, Claude souhaite se remarier, plusieurs candidates s'affrontent, Ælia Pætina soutenue par Narcisse, Lollia Paulina soutenue par Calliste et Agrippine soutenue par Pallas.
Agrippine l’emporte, la liaison est d’abord officieuse par crainte que l’opinion condamne un inceste : Claude est en effet l’oncle d’Agrippine. Le mariage est officialisé en 49 grâce à un subterfuge. Vitellius fait voter une motion par le Sénat obligeant l’empereur à se remarier. Aussitôt, Claude se hâte de se conformer à la demande pressante du Sénat et du peuple romain. Mais il ordonne aussi des sacrifices expiatoires par les pontifes pour l’inceste (« ce qui fit rire tout le monde », précise Tacite).
Agrippine obtient alors le retour d’exil de Sénèque qui avait été le précepteur de Lucius, et parvient à fiancer son fils avec Octavie, la fille de son propre époux. Mariage conclu en 53, mais jamais consommé. Par son influence auprès de l’empereur et ses manœuvres, Agrippine élimine ses rivales passées (Lollia Paulina, Domitia Lepida) ou potentielles (Calpurnia) et s’empare des richesses de plusieurs notables (Statilius Taurus).
Elle est alors la maîtresse de Pallas, un affranchi richissime, proche conseiller de Claude. Toujours en 49, poussant son époux à imiter Auguste (mais aussi Tibère qui avait adopté Germanicus), elle obtient que son fils soit adopté par Claude et passe de la famille des Domitii à celle des Claudii : il prend alors le nom de Nero Claudius Caesar Drusus (abrégé en français en Néron) et devient le rival (plus âgé) de Britannicus, le fils de Claude et de Messaline. Britannicus est peu à peu isolé : tout est fait pour amener Néron au pouvoir.
En 50 elle obtient le titre d'Augusta.

Finalement, se sentant elle-même en danger et profitant de l’absence de Narcisse, l’un des conseillers les plus fidèles de Claude, Agrippine fait empoisonner l’empereur le 13 octobre 54.
Pendant cinq ans, Néron, devenu empereur grâce à elle, supporte son autorité. Mais elle a décidé de régner et, en tant que petite-fille et fille de généraux romains, compte de nombreux partisans dans l'armée. Si elle choisit de s'opposer à Néron, c'est donc un risque de guerre civile, si bien qu'au printemps 59, il décide de l’assassiner en camouflant le meurtre en naufrage. Il lui prête en effet une galère qui se disloque dans la baie de Naples mais elle parvient à rejoindre la côte à la nage. Néron doit se résoudre à la faire assassiner par ses gardes. Au centurion venu la tuer elle aurait déclaré : « Frappe au ventre ! » (ventrem feri)

Agrippine la Jeune était :
la première fille et cinquième enfant de Germanicus et d’Agrippine l’Aînée ;
l’arrière-petite-fille de l’empereur Auguste par sa mère et de l’impératrice Livie par son père ;
l’arrière-petite-fille de Marc Antoine ;
la sœur de l’empereur Caligula ;
la petite-nièce de l’empereur Tibère ;
la nièce et la quatrième (et dernière) femme de l’empereur Claude ;
la mère de l’empereur Néron ;
Germanicus, le père d’Agrippine la Jeune, a été adopté (sans bienveillance) et sur ordre d’Auguste par Tibère en 4 après J.-C.


 
 

_________________


Last edited by saintluc on Mon 16 Jun - 05:37 (2014); edited 1 time in total
Back to top
Publicité






PostPosted: Fri 6 Jun - 15:49 (2014)    Post subject: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Sat 7 Jun - 05:30 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

Locuste était une empoisonneuse de la Rome antique, au premier siècle ap. J.-C.
On raconte que Locuste buvait un peu de poison chaque jour, devenant ainsi immunisée contre n'importe quelle sorte de poisons inventés par les hommes de son temps.

En 54 après J.-C., Agrippine loua les services de Locuste afin de tuer Claude et de faire couronner son fils Néron. Selon Suétone, Agrippine aurait fait porter à Claude un plat de cèpes, contenant du poison. Selon Tacite le poison en question fut bien préparé par Locuste. Pourtant, toujours d'après Tacite, Agrippine dut quand même avoir recours à la complicité d'un médecin afin d'introduire dans la bouche du malade une plume empoisonnée pour l'achever.
En 55, elle reçut l'ordre d'empoisonner une autre victime. Quand Néron apprit l'existence de Locuste, il donna l'ordre à Julius Pollio, tribun d'une cohorte prétorienne, de l'épargner. En échange, Locuste devait empoisonner Britannicus, le fils de Claude et le rival potentiel de Néron. Après une première tentative sans succès, Locuste - que Néron menace d'exécuter pour son manque d'efficacité - parvient à ses fins. Britannicus meurt le 11 février 55 en plein milieu d'un banquet et en présence de la cour.
Suétone donne de l'événement à peu près le même récit que Tacite, y compris la double tentative d'empoisonnement ou les détails des préparatifs du second poison.
De nombreux historiens modernes mettent en doute l'existence au premier siècle d'un poison capable de provoquer une mort instantanée. La rapidité d'action du poison était également l'une des difficultés qui dérangeait Néron. Ils penchent aujourd’hui pour une crise d’épilepsie, dont le jeune Britannicus était, semble-t-il, affecté. C'était, déjà à l'époque, la thèse défendue par Néron lui-même.
Néron satisfait de sa prestation, la protège durant tout son règne.
« Quant à Locuste, pour prix de ses services, il lui donna l'impunité, de vastes domaines, et même des élèves. »
— Suétone, Vie des douze Césars, Néron 33.
Mais sept mois après le suicide de Néron, Locuste est condamnée à mort par Galba en janvier 69
 

_________________


Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Sat 7 Jun - 17:49 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

Néron (latin : IMPERATOR NERO CLAVDIVS CAESAR AVGVSTVS GERMANICVS), né Lucius Domitius Ahenobarbus le 15 décembre 37 et mort le 9 juin 68, est le cinquième et dernier empereur romain de la dynastie julio-claudienne ; il régna de 54 à 68.
Il accède au trône le 13 octobre 54, à la mort de son grand-oncle et père adoptif Claude (Claudius), Empereur de Rome. En 66, il ajoute le titre Imperator à son nom. Il est dépossédé de son pouvoir en 68 et se suicide assisté de son scribe Épaphrodite.
Bien que Sénèque ait été son précepteur, on se souvient de lui comme un despote cruel, notamment pour avoir assassiné sa mère Agrippine en 59, et pour ses persécutions arbitraires des chrétiens. Il est célèbre pour avoir bâti la Domus Aurea, après l'incendie de Rome de juillet 64, et pour être un prince poète, chanteur et musicien, un grand organisateur de célébrations sportives et artistiques (les Neronia). Il est aussi un homme d'une ambition démesurée, ayant lutté de toutes ses forces contre l'immense conjuration politique dressée contre lui. Certains historiens débattent de la folie, réelle ou mise en scène, de Néron

Les sources primaires concernant Néron doivent être lues avec précaution. Sa vie a été rapportée par l'historiographe Suétone dans son œuvre De vita duodecim Caesarum libri (La Vie des douze Césars) et par Tacite dans les Annales, œuvres toutes deux écrites une trentaine d'années après la mort de Néron. Le fait que tous deux appartiennent aux ordres supérieurs de la société romaine, Tacite avec le rang de sénateur et Suétone avec le titre de chevalier, a conduit certains historiens à considérer la description des événements du règne de Néron avec prudence, dans la mesure où l'on sait que Néron persécuta les sénateurs romains à partir des années 65-66 à la suite de la découverte de deux conspirations. Certains récits exaltés du règne de Néron pourraient être discutables. Cependant, par leurs fonctions, les deux auteurs avaient un accès privilégié aux archives impériales, Suétone notamment, né dans les années qui suivent la mort de Néron, qui a été archiviste d'Hadrien.
Né à Antium, Néron est le fils unique de Gnaeus Domitius Ahenobarbus et d'Agrippine la Jeune, sœur de Caligula.
Grands-parents paternels:
Lucius Domitius Ahenobarbus : fils de Gnaeus Domitius Ahenobarbus l'Ancien et d'Aemilia Lepida.
Antonia l'Aînée : fille de Marc Antoine et d'Octavie (sœur d'Auguste et petite-nièce de Jules César).
Grands-parents maternels:
Germanicus : fils de Drusus (fils de Tiberius Néron et de Livie, et frère de Tibère) et d'Antonia la Jeune (sœur d'Antonia l'Aînée). Germanicus est le frère de Claude ; il est aussi le petit-fils adoptif d'Auguste, puis le fils adoptif de son oncle Tibère.
Agrippine l'Aînée : fille d'Agrippa et de Julia (fille d'Auguste et de Scribonia).

Lucius Domitius Ahenobarbus est né le 15 décembre 37. Rien ne le prédestinait alors à devenir maître de l'empire. Son oncle maternel Caligula venait de commencer à régner le 16 mars de cette année, à 25 ans. Ses prédécesseurs, Octave et Tibère, avaient vécu respectivement jusqu'à 76 et 79 ans. Si Caligula vivait aussi longtemps qu’eux, il pouvait espérer une succession par ses propres descendants.
Lucius aurait attiré l’attention de son oncle peu après sa naissance, sa mère Agrippine ayant demandé à son frère de choisir le nom de l'enfant, ce qui aurait été un geste de faveur et aurait marqué l’enfant comme un possible héritier de son oncle, mais Caligula ne donna à son neveu que le nom de Claude, sous-entendant qu’il avait peu de chances de devenir un empereur, comme Claude.
La relation entre le frère et la sœur semble s’être améliorée très rapidement. Un scandale marquant le début du règne de Caligula fut sa relation particulièrement étroite avec ses trois sœurs Julia Drusilla, Julia Livilla et Agrippine. Toutes les trois étaient représentées avec leur frère sur les pièces de monnaie de l'époque. Les trois femmes semblent avoir obtenu sa faveur et y ont sans doute gagné de l’influence. Les écrits de Flavius Josèphe, Suétone, Dion Cassius rapportent qu’elles avaient des relations incestueuses avec leur frère. La mort rapide de Drusilla en 38 n'a fait que renforcer ce soupçon. On disait d’elle qu’elle était la favorite de Caligula ; elle a d'ailleurs été enterrée avec les honneurs dus à une impératrice. Caligula la déifia même, faisant d’elle la première femme de l’histoire romaine à obtenir cet honneur.
Lucius devenait ainsi le fils d'une femme influente et célèbre. Mais elle pouvait perdre rapidement l’influence qu'elle avait sur son frère. Caligula n'avait toujours pas d’enfant. Ses parents mâles les plus proches étaient alors ses beaux-frères Marcus Aemilius Lepidus (le mari de Drusilla), Marcus Vinicius (le mari de Livilla) et Gnaeus Domitius Ahenobarbus (le mari d'Agrippine). Ils étaient les héritiers probables en cas de décès prématuré de Caligula. Pourtant, après le décès de sa femme, Lepidus semblait avoir perdu toute chance, mais pas toute ambition, de succéder à son beau-frère.
En septembre 39, Caligula partit rejoindre ses légions en campagne contre les tribus germaniques. La campagne dut être repoussée à l'année suivante à cause des craintes de l'empereur d'une conspiration contre lui. Lepidus avait réussi à devenir l'amant d'Agrippine et de Livilla, apparemment à la recherche de leur aide pour gagner le trône. Il fut pour cela immédiatement exécuté. Caligula ordonna également l'exécution de Gnaeus Cornelius Lentulus Gaetulicus, le populaire légat de Germanie supérieure, et son remplacement par Servius Sulpicius Galba. Pourtant, on ne sait toujours pas s'il était lié à la conspiration de Lepidus. Agrippine et Livilla furent reléguées aux Îles Pontines. Lucius fut sans doute séparé de sa mère à cette époque.
Le père de Lucius mourut d'hydropisie en 40. Lucius était maintenant orphelin et son destin était incertain, sous le règne d'un Caligula de plus en plus fantasque. La chance lui sourit l'année suivante : le 24 janvier 41, Caligula, son épouse Cæsonia Milonia, et leur fille Julia Drusilla furent assassinés par une conspiration menée par Cassius Chaerea. Son oncle Claude devint le quatrième empereur romain, grâce à l'aide de la garde prétorienne, et rappela Agrippine et Livilla d'exil.
Agrippine se remaria rapidement au riche Gaius Sallustius Crispus Passienus. Son mari mourut entre 44 et 47, et Agrippine fut suspectée de l'avoir empoisonné pour hériter de son immense fortune. Lucius était le seul héritier de sa mère, devenue riche.

Lucius, à dix ans, avait très peu de chances d'occuper le trône. Claude, âgé de 57 ans à cette époque, avait régné plus longtemps, et sans doute plus efficacement que son prédécesseur. Claude s'était déjà marié trois fois. Il avait épousé Plautia Urgulanilla et Aelia Paetina quand il était simple citoyen. Empereur, il s'était marié à Valeria Messalina. Le couple avait deux enfants, Britannicus (né en 41) et Octavie (née en 40). Messaline n'avait que 25 ans et pouvait lui donner d'autres héritiers.
Pourtant, Messaline fut exécutée en 48, accusée de conspiration contre son époux. L'ambitieuse Agrippine projeta rapidement de remplacer sa tante par alliance. Le 1er janvier 49, elle devint la quatrième femme de Claude, Tiberius Claudius Nero Caesar Drusus. Le mariage dura cinq ans. La même année, Agrippine fait rompre les fiançailles d'Octavie et de Lucius Junius Silanus et la fait fiancer avec Néron.
Début 50, le Sénat romain offrit à Agrippine le titre honorifique d'Augusta, que Livia (14-29) avait été la seule à porter avant elle. Le 25 février 50, Lucius fut officiellement adopté par Claude sous le nom de Nero Claudius Caesar Drusus. Néron était plus âgé que Britannicus, son frère adoptif, et cette adoption fit de lui l'héritier officiel du trône.
Claude honora son fils adoptif de plusieurs manières. Néron fut émancipé en 51, à 14 ans. Il fut nommé proconsul, entra au Sénat, y fit son premier discours, apparut publiquement en compagnie de Claude, et fut représenté sur les pièces de monnaie. En 53, il épousa sa sœur adoptive, Octavie.
Claude mourut empoisonné le 13 octobre 54 et Néron fut rapidement nommé empereur à sa place. Il n'avait que 17 ans. Les historiens s'accordent à considérer que Sénèque a joué le rôle de figure de proue au début de son règne. Les décisions importantes étaient probablement laissées entre les mains plus capables de sa mère Agrippine la Jeune (qui pourrait avoir empoisonné Claude elle-même), de son tuteur Sénèque, et du préfet du prétoire Sextus Afranius Burrus. Néron cherche dès le début de son règne à obtenir les faveurs de l'armée et de la plèbe par diverses primes.
Les cinq premières années du règne de Néron furent connues comme des exemples de bonne administration, suscitant même l'émission d'une série de pièces de monnaie célébrant le quinquennium Neronis.
Les affaires de l'empire étaient traitées avec efficacité et le Sénat bénéficiait d'une période d'influence renouvelée dans les affaires de l'État. Les problèmes devaient pourtant bientôt surgir de la vie personnelle de Néron et de la course à l'influence croissante entre Agrippine et les deux conseillers. Tout le monde savait que Néron était déçu de son mariage et trompait Octavie. Il prit pour maîtresse Claudia Acte, une ancienne esclave, en 55. Agrippine tenta d'intervenir en faveur d'Octavie et exigea de son fils le renvoi d'Acte. Burrus et Sénèque, pour leur part, choisirent de soutenir leur protégé.
Néron résista à l'intervention de sa mère dans ses affaires personnelles. Son influence sur son fils diminuant, Agrippine se tourna vers un candidat au trône plus jeune. Britannicus, à treize ans, était toujours légalement mineur et sous la responsabilité de Néron, mais il approchait de l'âge de la majorité. Britannicus était un successeur possible de Néron et établir son influence sur lui pouvait renforcer la position d'Agrippine. Mais le jeune homme mourut brutalement avant le 12 février 55. La proclamation de sa majorité avait été prévue pour le 13 février. La coïncidence des dates laisse penser qu'il a été empoisonné. Burrus est suspecté d'avoir pris part au meurtre. Néron se révoltait de plus en plus contre l'emprise d'Agrippine, et il commençait à envisager le meurtre de sa propre mère. Il justifiait ses intentions en clamant qu'elle complotait contre lui. Le pouvoir d'Agrippine déclinait encore rapidement, tandis que Burrus et Sénèque devenaient les deux hommes les plus influents de Rome.

Alors que ses conseillers s'occupaient des affaires de l'État, Néron s'entourait d'un cercle de proches. Les historiens romains rapportent des nuits de débauche et de violence, alors que les affaires plus banales de la politique étaient négligées. Marcus Salvius Otho était au nombre de ces nouveaux favoris. À tous points de vue, Othon était aussi débauché que Néron, mais il devint aussi intime qu'un frère. Certaines sources considèrent même qu'ils ont été amants. Othon aurait présenté à Néron une femme qui aurait d'abord épousé le favori, puis l'empereur. Poppée (Poppaea Sabina) était décrite comme une femme de grande beauté, pleine de charme, et d'intelligence. On peut trouver dans de nombreuses sources les rumeurs d'un triangle amoureux entre Néron, Othon, et Poppée.
En 58, Poppée avait assuré sa position de favorite de Néron. L'année suivante (59) fut un tournant dans le règne de Néron. Néron et/ou Poppée auraient organisé le meurtre d'Agrippine. Sénèque eut beau tenter de convaincre le Sénat qu'elle mettait sur pied une conspiration contre son fils, la réputation de l'empereur fut irrémédiablement entachée par ce cas de parricide. Othon fut bientôt chassé de l'entourage impérial et envoyé en Lusitanie comme gouverneur.
Le tournant suivant fut l'année 62, pour plusieurs raisons.
La première fut un changement parmi ses conseillers. Burrus mourut et Sénèque demanda à Néron la permission de se retirer des affaires publiques. Leur remplaçant aux postes de préfet du prétoire et de conseiller fut Tigellin. Il avait été banni en 39 par Caligula, accusé d'adultère avec à la fois Agrippine et Livilla. Il avait été rappelé d'exil par Claude, puis avait réussi à devenir un proche de Néron (et peut-être son amant). Avec Poppée, il aurait eu une plus grande influence que Sénèque en eut jamais sur l'empereur. Une théorie suggère que Poppée tenta, pendant ces quatre ans (58-62), d'éloigner Néron de ses conseillers et de ses amis ; si cela est vrai, ce qui est arrivé à Burrus et Sénèque pourrait ne pas être le fruit du hasard. Le deuxième événement important de l'année fut le divorce de l'empereur. Néron, âgé alors de vingt-cinq ans, avait régné huit ans et n'avait pas encore d'héritier. Quand Poppée tomba enceinte, Néron décida d'épouser sa maîtresse, mais son mariage avec Octavie devait d'abord être annulé. Il commença par l'accuser d'adultère. Mais Néron avait déjà acquis la réputation d'être infidèle, alors qu'Octavie était connue pour être un parangon de vertu. Il fallait des témoignages contre elle, mais la torture de ses esclaves ne parvint qu'à produire la célèbre déclaration de l'une d'elles, Pythias, selon laquelle la vulve d'Octavie était plus propre que la bouche de Tigellinus. Néron réussit à obtenir le divorce pour cause d'infertilité, ce qui lui permettait d'épouser Poppée et d'attendre qu'elle donne naissance à un héritier. La mort soudaine d'Octavie, le 9 juin 62 provoqua des émeutes publiques.
Un des effets rapides de la nomination de Tigellinus fut la promulgation d'une série de lois contre les trahisons ; de nombreuses peines capitales furent exécutées.
Au cours de cette année, Néron fit exécuter deux des membres restants de sa famille :
Gaius Rubellius Plautus. Sa mère Claudia Julia était la petite-fille de Tibère et de Vipsania Agrippina. C'était aussi la petite-fille de Drusus et d'Antonia la Jeune.
Faustus Cornelius Sulla Felix. Il était le petit-fils de Lucius Domitius Ahenobarbus et d'Antonia l'Aînée. Il était aussi le demi-frère maternel de Messaline. Il avait épousé Claudia Antonia, la fille unique de Claude et Aelia Paetina.

Début 63, Poppée donna naissance à une fille : Claudia Augusta. Néron célébra l'évènement, mais l'enfant mourut quatre mois plus tard. Néron n'avait toujours pas d'héritier.
Le 19 juillet 64 éclata le grand incendie de Rome. Le feu débuta dans les boutiques des environs du Grand Cirque. Néron était alors en vacances dans sa ville natale, Antium, mais il dut revenir en toute hâte. L'incendie fit rage durant six jours. La rumeur circula que Néron aurait joué de la lyre et chanté, au sommet du Quirinal, pendant que la ville brûlait.
Les mêmes récits nous décrivent un empereur ouvrant ses palais pour offrir un toit aux sans-abris et organisant des distributions de nourriture pour éviter la famine parmi les survivants. Mais Néron perdit toute chance de redorer sa réputation en rendant trop vite publics ses projets de reconstruction de Rome dans un style monumental.
La population désorientée cherchait des boucs émissaires, et bientôt des rumeurs tinrent Néron pour responsable. Selon Suétone, on lui prêtait l'intention d'immortaliser son nom en renommant Rome Neropolis. Il était important pour Néron d'offrir un autre objet à cette suspicion. Il choisit pour cible une secte juive, celle des chrétiens. Il ordonna que les chrétiens soient jetés aux lions dans les arènes alors que d'autres étaient crucifiés en grand nombre et brûlés vifs comme des torches.
Tacite nous fait le récit de cet épisode :
« La prudence humaine avait ordonné tout ce qui dépend de ses conseils : on songea bientôt à fléchir les dieux, et l'on ouvrit les Livres Sibyllins. D'après ce qu'on y lut, des prières furent adressées à Vulcain, à Cérès et à Proserpine : des dames romaines implorèrent Junon, premièrement au Capitole, puis au bord de la mer la plus voisine, où l'on puisa de l'eau pour faire des aspersions sur les murs du temple et la statue de la déesse ; enfin les femmes actuellement mariées célébrèrent des sellisternes et des veillées religieuses. Mais aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d'avoir ordonné l'incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée un instant, cette exécrable superstition se débordait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d'abord ceux qui avouaient leur secte ; et, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d'autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle, et donnait en même temps des jeux au Cirque, où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les cœurs s'ouvraient à la compassion, en pensant que ce n'était pas au bien public, mais à la cruauté d'un seul, qu'ils étaient immolés. »
Aujourd'hui encore, on ignore la cause de cet incendie. Bien que les anciennes sources (et les lettrés) attribuent la responsabilité de l'incendie à Néron, les études récentes tendent à l'innocenter. L'immense Domus aurea, qui couvrait une partie de Rome intra muros, fut bâtie par Néron suite à cette destruction.

En 65, Néron fut impliqué dans un autre scandale, pris plus au sérieux par le peuple de cette époque qu'il ne le serait de nos jours. Il était considéré comme dégradant pour un empereur romain d'apparaître comme un amuseur public, jouant la comédie, chantant et jouant de la lyre.
Détesté par de nombreux citoyens, avec une liste d'ennemis politiques qui s'allongeait, Néron commençait à apprécier sa solitude, quand en 65 il découvrit la conjuration de Pison (du nom de Gaius Calpurnius Piso, qui tenta de prendre sa place) et l'implication d'anciens amis comme Sénèque dans le complot. Les présumés conspirateurs furent contraints à mourir. Parmi eux se trouvent plusieurs anciens amis du pouvoir néronien. Ainsi Sénèque, Pétrone et Lucain doivent se suicider.
De plus, Néron ordonna que Gnaeus Domitius Corbulo, un général populaire et valeureux, se suicide, pour faire suite à de vagues soupçons de trahison. Cette décision poussa les commandeurs militaires, à Rome et dans les provinces, à envisager l'organisation d'une révolution.
En 65, Poppée meurt alors qu'elle était enceinte, d'un coup de pied porté au ventre par Néron, si l'on en croit Tacite et Suétone, et ce, malgré la passion qu'il semblait lui vouer.
Néron va d'abord essayer de se remarier à Claudia Antonia, la fille de Claude et d'Aelia Paetina (sa demi-sœur par adoption). Comme celle-ci refuse, Néron la fait tuer sous prétexte qu'elle fomentait un complot. Elle était sa dernière proche parente. Néron se tourne alors vers son ancienne maîtresse, Statilia Messalina, qu'il épouse en mai 66. Dès le mois de septembre, Néron quitte sa jeune épouse pour un voyage de plus d'un an en Grèce.
L'empereur partit en Grèce, en 66, où il distrayait ses hôtes avec des spectacles artistiques (les écrits de Suétone rapportent cependant que l'empereur empêchait quiconque de sortir de l'amphithéâtre lorsqu'il déclamait ses écrits, et que certains spectateurs durent se faire passer pour morts pour s'échapper, tant ils étaient las d'écouter et d'applaudir), alors qu'à Rome le préfet du prétoire Nymphidius Sabinus cherchait à obtenir le soutien des gardes prétoriens et des sénateurs.

De retour à Rome après sa tournée, Néron trouva une atmosphère glaciale ; Gaius Julius Vindex, le gouverneur de la Gaule lyonnaise, se révolta, ce qui amena Néron à une chasse de toute menace éventuelle. Il ordonna l'élimination de tout patricien avec des idées suspectes. Galba, son (autrefois) fidèle serviteur, gouverneur d'Hispanie (Espagne), était l'un de ces nobles dangereux. Il ordonna donc son exécution. Galba, qui n'avait pas le choix, jura fidélité au Sénat et au Peuple de Rome (Senatus Populusque Romanus : SPQR), il ne reconnaissait plus le pouvoir de Néron. De plus, il commença à organiser une campagne pour prendre la tête de l'empire.
En conséquence, Lucius Clodius Macer, légat de la légion III Augusta en Afrique, se révolta et cessa d'envoyer du blé à Rome. Nymphidius Sabinus corrompit la garde impériale, qui se retourna contre Néron avec la promesse d'une récompense financière de Galba.
Le Sénat démit Néron. Apprenant que les sénateurs allaient lui imposer le supplice des parricides (le culleus : recouvert d'une cagoule, cousu dans un sac de cuir dans lequel étaient introduits des animaux - coq, chien ou renard - le supplicié est jeté dans le Tibre), il fut contraint au suicide : abandonné de tous, il se réfugia dans la maison de campagne de Phaon, son fidèle affranchi et se poignarda à la gorge le 9 juin 68, aidé d'Épaphrodite. Eglogue et Alexandrie, ses nourrices, ainsi qu’Akté, sa concubine, réunirent 200 000 sesterces pour réaliser son incinération et ensevelir ses cendres dans un mausolée sur le Pincio, qui se trouve aujourd'hui dans la Villa Borghèse.
Ses derniers mots furent Qualis artifex pereo !, qui signifient « Quel grand artiste périt avec moi ! ».
Avec sa mort, la dynastie julio-claudienne prit fin. Le sénat vota sa damnatio memoriae, maudissant sa mémoire. Plusieurs guerres civiles s'ensuivirent lors de l'année 69, année des quatre empereurs.
À l'époque moderne, en Occident, Néron est mis par beaucoup en symbole de tout ce que la Rome antique a eu de plus monstrueux. Ils s'appuient sur les textes de Suétone, fréquemment colporteur de ragots, et de Tacite, augmentés des attaques des auteurs chrétiens (Tertullien, repris par Eusèbe de Césarée et d'autres), et couronnés par des œuvres de fiction comme Quo Vadis, les « monstruosités » montées en épingle étant, outre les assassinats familiaux, l'incendie de Rome et la persécution des chrétiens. Cependant, la culpabilité réelle de Néron dans le grand incendie de Rome est une accusation à laquelle certains historiens comme Claude Aziza ne croient plus guère. De plus, aucune loi anti-chrétienne ne fut promulguée sous son règne de manière officielle : il y a bien eu persécution, mais uniquement localisée à Rome.
À la décharge de Néron, on peut indiquer qu'il se trouvait à Antium lors de l'incendie de Rome en 64. En outre les collections auxquelles il tenait y ont brûlé[réf. nécessaire]. La persécution des chrétiens a peut-être été par la suite un choix politique pour calmer la plèbe romaine qui avait besoin de coupables.
L'historien Claude Aziza est plus mesuré dans son jugement sur Néron. Il constate que sous son règne, l'Empire est correctement administré, que la réforme monétaire qui revalorise le denier profite aux milieux d'affaires, que les campagnes militaires sont victorieuses, que sa politique est favorable aux régions orientales de l'Empire (hellénisation de l'Empire, conclusion d'une paix avec les Parthes, ennemis héréditaires) et qu'il a donné une impulsion importante aux évolutions artistiques dans le domaine de l'architecture et des arts décoratifs (voir la Domus aurea). Ainsi la grande popularité auprès du peuple de son temps prit, dès sa mort, le mythe du « retour de Néron » : caché chez les Parthes, il devait réapparaître à la tête d'une armée pour vaincre les conspirateurs et rentrer victorieux à Rome. Ce mythe fut stimulé par l'attente messianique juive et chrétienne de l'époque et par l'apparition de faux Néron


 

_________________


Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Mon 9 Jun - 05:50 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

Charles II de Navarre, dit « Charles le Mauvais » (Évreux, 10 octobre 1332 - † Pampelune 1er janvier 1387) est roi de Navarre de 1349 à 1387 et comte d'Évreux de 1343 à 1378. Il est le fils de Philippe III de Navarre et de Jeanne II, fille du roi de France et de Navarre, Louis X le Hutin.
Sa mère, seule descendante directe du roi Louis X, est écartée et se voit évincée de la succession de Brie et de Champagne, au profit de ses oncles Philippe V et Charles IV grâce à l'introduction d'une clause de masculinité dans la succession à la couronne de France. Charles de Navarre ne naît qu'en 1332 et Jeanne de Navarre ne peut donc toujours pas revendiquer la couronne qui est attribuée en 1328 à Philippe VI de Valois, descendant le plus direct par les mâles, mais qui n'est que cousin de Louis X. Mais les premiers Valois sont confrontés à la crise économique, sociale et politique qui conduit à la guerre de Cent Ans, pendant laquelle la supériorité tactique anglaise est telle qu'ils enchaînent des désastres dans l'armée du roi de France. Le discrédit des Valois permet à Charles de Navarre, fils de Jeanne II, de contester leur légitimité et de réclamer le trône de France. Il n'a de cesse d'essayer de satisfaire son ambition et de profiter de la déstabilisation du royaume pour jouer sa carte. Pour parvenir à ses fins, il change plusieurs fois d'alliance, s'accordant avec le dauphin Charles (le futur Charles V) puis avec les Anglais et Étienne Marcel, pour ensuite se retourner contre les Jacques quand la révolte parisienne tourne court.
En 1361, il échoue à obtenir la succession du duché de Bourgogne, confié à Philippe le Hardi, le jeune fils de Jean le Bon. En représailles, il saisit l'occasion de la mort de Jean le Bon pour lever, en 1364, une puissante armée et tenter d'empêcher le sacre de Charles V, mais il est vaincu à Cocherel et doit retourner aux affaires espagnoles. Il tente un retour sur la scène française en complotant avec les Anglais en 1378, mais il est découvert. Déconsidéré, il s'isole diplomatiquement et finit vaincu et neutralisé par Charles V.

Charles de Navarre est le petit-fils de Louis X le Hutin, qui meurt en 1316, deux ans seulement après son père Philippe le Bel, ce qui marque la fin du « miracle capétien » : de 987 à 1316, les rois capétiens ont toujours eu un fils à qui transmettre la couronne à leur mort.
De sa première épouse, Marguerite de Bourgogne, condamnée pour infidélité, Louis X le Hutin n’a qu’une fille, Jeanne de Navarre. À sa mort, sa seconde femme attend un enfant. Un fils naît : Jean Ier dit le Posthume, mais il ne vit que cinq jours. Cas inédit jusqu’alors, l’héritier direct du royaume de France se trouve donc être Jeanne de Navarre : une fille mineure. La décision qui est prise à ce moment est très importante car elle devient coutume et sera à nouveau appliquée lorsque la question dynastique se posera en 1328. L’infidélité de la reine Marguerite fait planer le risque qu'un prince, pour légitimer sa révolte, prenne pour prétexte que la reine fut bâtarde. À la mort de son frère Louis X le Hutin, le puissant Philippe de Poitiers, chevalier aguerri et formé par son père au métier de roi, s'impose comme régent. À la mort de Jean le Posthume, il est considéré par les grands comme le plus apte et devient Philippe V, roi de France, consacrant l'éviction de Jeanne: si le choix du monarque français se fonde sur l'hérédité et le sacre, l’élection peut reprendre ses droits en cas de problème.
La loi salique n’est pas invoquée lors du choix du nouveau roi de France. En révisant, la veille de sa mort, le statut de l’apanage de Poitou qui, « faute d’héritier mâle, reviendrait à la couronne de France », Philippe le Bel avait bien introduit la « clause de la masculinité » pour renforcer les possessions des Capétiens en rattachant à la couronne les fiefs de leurs vassaux sans héritiers mâles. Pourtant, ce n’est qu'en 1356, quarante ans après la controverse dynastique de 1316, qu’un bénédictin de l’abbaye de Saint-Denis, tenant la chronique officielle du royaume, invoque cette loi pour renforcer la position du roi de France dans le duel de propagande qu’il livre à Édouard III d'Angleterre. Cette loi salique date des Francs et stipule que les femmes doivent être exclues de la « terre salique ».

Mais Jeanne n'est pas complètement isolée. Son oncle, le puissant duc de Bourgogne, coalise les mécontents et n'hésite pas à comploter avec les rebelles flamands. Pour calmer cette initiative, on donne à Jeanne une rente de 15 000 livres, à condition qu'elle ratifie à sa douzième année sa renonciation à la Navarre et à la Champagne.
Après le court règne de Philippe V, mort sans héritier mâle, c’est son plus jeune frère, Charles IV, qui, bénéficiant du précédent de son aîné, ceint à son tour la couronne. Mais son règne dure également peu de temps et, quand ce troisième et dernier fils de Philippe le Bel meurt sans descendant mâle en 1328, la question dynastique est la suivante : Jeanne de Navarre n'a pas encore de fils (Charles de Navarre ne naît que quatre ans plus tard) mais Isabelle de France, dernière fille de Philippe le Bel, a un fils, Édouard III, roi d’Angleterre. Peuvent-elles donc transmettre un droit qu’elles ne peuvent elles-mêmes exercer selon la coutume fixée dix ans plus tôt ? Isabelle de France veut faire valoir les droits de son fils, mais c’est Philippe VI de Valois qui est choisi. Il est le fils de Charles de Valois, frère cadet de Philippe le Bel, et descend donc par les mâles de la lignée capétienne. Il s’agit d’un choix géopolitique et une claire expression d'une conscience nationale naissante : le refus de voir un éventuel étranger épouser la reine et diriger le pays. Les pairs de France refusent de donner la couronne à un roi étranger, suivant la même logique de politique nationale que dix ans auparavant.
En 1328, le choix de Philippe VI est le plus logique si l'on veut éviter qu'Édouard III ne mette la main sur la couronne de France. Cependant, a posteriori, le prétendant le plus direct par les femmes reste Charles de Navarre, même s'il ne naît qu'en 1332. Charles de Navarre, « qui était des fleurs de Lys de tous côtés », le fera valoir, espérant qu'on lui confie au moins des possessions et des responsabilités en rapport avec sa lignée.

À sa majorité, Jeanne aurait dû confirmer sa renonciation à la Navarre, à la Champagne et à la Brie. Philippe le Bel détenait ces terres de sa femme Jeanne Ie de Navarre et Jeanne se trouve être leur descendante et héritière directe (dans ce cas, le roi tenant ces terres par les femmes ne peut contester que leur transmission se fasse par les femmes). Jeanne est mariée à Philippe d'Évreux et peut compter sur le soutien inconditionnel des barons navarrais qui refusent que le royaume ne soit qu'une annexe gouvernée à distance par le roi de France. Philippe VI doit donc transiger : en avril 1328, le grand conseil laisse la Navarre à Jeanne, mais refuse de céder la Champagne et la Brie, car cela ferait des Navarrais des prétendants trop puissants. Une compensation est donc prévue, acceptée par les Évreux malgré son caractère réduit : ils obtiennent le comté de Mortain, une partie du Cotentin et, dans le Vexin, Pontoise, Beaumont-sur-Oise et Asnières-sur-Oise. La promesse de leur céder le comté d'Angoulème ne sera jamais tenue et Charles II peut donc légitimement revendiquer la Champagne et la Brie.
En outre, le jeune Duc de Bourgogne n'ayant pas d'héritier, en cas de décès, le duché de Bourgogne devrait échoir à Charles de Navarre, suivant les lois de la primogéniture. Ce dernier est en effet le petit-fils de Marguerite de Bourgogne (1290-1315), fille aînée du duc Robert II.
Au total, Charles de Navarre est héritier de la couronne de Navarre et des possessions normandes des Évreux, mais il peut également prétendre à la couronne de France, au duché de Bourgogne si le jeune Philippe de Rouvre venait à décéder sans héritier, et à la Champagne et à la Brie si le comté d'Angoulême ne lui est pas remis.

Charles le Mauvais a huit enfants de Jeanne de France (fille aînée de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg) qu’il épouse en 1352:
Marie de Navarre (1355-après 1420), mariée en 1393 à Alphonse d'Aragon ;
Charles III le Noble ;
Philippe de Navarre (1364-mort en bas âge par accident) ;
Pierre de Navarre (1366-1412), comte de Mortain, marié en 1411 à Catherine d'Alençon ; sans postérité légitime ;
Jeanne de Navarre (1370-1437), mariée en premières noces à son cousin Jean IV de Bretagne, puis en secondes noces, en 1403, à Henri IV d'Angleterre ;
Blanche de Navarre (1372 † 1385)
Bonne de Navarre, morte avant son père ;
Isabelle de Navarre, élevée au monastère de Santa Clara à Estella ;
Il faut ajouter quelques enfants illégitimes :
De Catalina de Lizaso :
Leonel, bâtard de Navarre (1378-1413), chevalier, vicomte de Muruzabal de Andion ; sans alliance, il laissa cinq enfants avec Epifania de Luna ;
De Catalina de Esparza :
Johanna, bâtarde de Navarre (?-1413), mariée en 1378 à Johan de Béarn, écuyer, capitaine du château de Lourdes en Bigorre ; il était, en 1381, le vassal de son beau-père pour son fief de Murillo el Fruto.
Charles de Navarre naît le 10 octobre 1332. À cette date, Philippe VI est déjà roi de France depuis quatre ans et il est trop tard pour contester sa couronne. À la mort de sa mère Jeanne II en 1349, Charles devient roi de Navarre. En 1350, il est couronné et sacré à Pampelune. La Navarre est un royaume fertile de 200 000 habitants, producteur de métaux (cuivre, plomb). Il apprend à gouverner avec les seigneurs navarrais de Pampelune. Maîtrisant parfaitement la langue espagnole, les joutes oratoires aux Cortes lui permettent d'exercer ses talents de tribun. Avec l'institution des Cortes, l'Espagne est en avance sur la France au niveau de la représentation parlementaire. Habitué à ce type de pouvoir, Charles de Navarre sera un des principaux promoteurs de la réforme de la monarchie française. Après la mort de Philippe VI en 1350, Charles délègue à Louis, son deuxième frère, le gouvernement de la Navarre et se consacre pleinement aux intrigues de cour dans le but de défendre les intérêts navarrais.

La guerre de Cent Ans connaît une période de trêve depuis la grande peste de 1349. La première partie de la guerre a été largement à l'avantage des Anglais, Édouard III remportant des victoires écrasantes aux batailles de L'Écluse et de Crécy, puis en prenant Calais. Le pouvoir des Valois est largement contesté : Édouard III et Charles, tous deux descendants de Philippe le Bel par les femmes, peuvent revendiquer la couronne dont la mère de Charles (Jeanne II de Navarre) aurait dû hériter après la mort de son père Louis X le Hutin. En effet, lorsque la branche masculine des Capétiens s'est éteinte en 1328, Philippe VI, le premier Valois, monte sur le trône à la place de Jeanne II de Navarre, l'héritière directe, qui reçoit en compensation le royaume de Navarre. Or, en 1332, quand cette dernière met au monde Charles le Mauvais, on refuse au nouveau-né tout avenir royal en France au nom du principe selon lequel les femmes n'y règnent pas et n'y transmettent pas la couronne. Jean le Bon prend de court les autres prétendants par son couronnement très rapide (le 26 septembre 1350) après la mort de Philippe VI (le 22 août 1350). Le 29 août, au large de Winchelsea, une escadre conduite par Charles de La Cerda intercepte Édouard III, suspecté de vouloir se rendre à Reims pour se faire sacrer roi de France. La bataille navale tourne à l'avantage de l'Anglais, mais au prix de lourdes pertes et ce dernier ne peut plus s'opposer au sacre de Jean le Bon
À partir de 1350, n'ayant pu contester l'avènement de Jean le Bon qui est le successeur logique de son père Philippe VI, Charles consacre tous ses efforts à la récupération des terres de Brie et de Champagne, dont il est l'héritier le plus direct.
Le jeune roi de Navarre trouve alors ses plus fidèles soutiens au sein même de sa famille : il est l'aîné et le chef de la puissante famille d'Évreux, dotée de riches possessions en Normandie et dans la vallée de la Seine. Sa tante maternelle, la reine Jeanne d'Évreux, veuve du dernier Capétien direct, Charles le Bel, le soutient inlassablement. Elle fera œuvre de diplomatie sa vie durant pour tenter d'apaiser Jean le Bon puis Charles V, excédés par les complots répétés de son neveu. Philippe, son frère cadet, est impulsif et colérique mais il lui rend service en négociant des soutiens étrangers, notamment anglais. Louis, son plus jeune frère, gouverne pour lui la Navarre, lui permettant de rester au contact des intrigues de cour. Ses parents ayant mené une active politique matrimoniale, ses sœurs sont mariées à de puissants partis. Blanche vient de s'unir au vieux roi de France Philippe VI. Marie est veuve du roi d'Aragon. Quant à Agnès, elle est l'épouse du puissant comte de Foix, Gaston Phébus.
Charles de Navarre sait regrouper autour de lui les mécontents des règnes des premiers Valois. Il est soutenu par ses proches et leurs alliés : la famille des comtes de Boulogne (le comte, le cardinal, leurs deux frères et leur parenté d'Auvergne qui, en 1350, se voient évincés de la gestion de la Bourgogne par le mariage de leur sœur avec Jean le Bon) ; les barons champenois fidèles à Jeanne de Navarre (la mère de Charles et dernière comtesse de Champagne) et les fidèles de Robert d'Artois, chassés du royaume par Philippe VI. Il est soutenu par la puissante Université de Paris et les marchands du nord-ouest du royaume pour lesquels le commerce trans-Manche est vital (la Normandie et la Picardie exportent leur blé en Angleterre et le nord du royaume s'y procure de la laine) 

Royaume de France en 1350
  •  

En fait, une grande partie de la noblesse normande est attirée par le camp anglais. Économiquement, la Normandie dépend autant des échanges maritimes à travers la Manche que de ceux par transport fluvial sur la Seine. Surtout, le duché n'est plus anglais depuis 150 ans mais nombre de propriétaires fonciers ont des possessions de part et d'autre de la Manche. Dès lors, se ranger derrière l'un ou l'autre souverain entraînerait confiscation d'une partie des terres. C'est pourquoi la noblesse normande se regroupe en clans solidaires qui lui permettent de pouvoir faire front : c'est ainsi qu'elle a pu obtenir et maintenir des chartes garantissant au duché une grande autonomie. Raoul de Brienne est une figure significative : il mène une politique étrangère indépendante et s'il commande l'armée française envoyée en Écosse en 1335 c'est en tant que capitaine général engagé par contrat et non comme l'obligé du roi. La noblesse normande est divisée en deux partis de longue date, les comtes de Tancarville et d'Harcourt se livrant une guerre sans merci depuis plusieurs générations. Les rois de France soutiennent depuis longtemps les comtes de Tancarville auxquels il confient la charge de chambellan de l'Échiquier. Cette cour rendant justice de manière indépendante, c'est une charge de grande importance qui revient pratiquement à être duc de Normandie.
Cependant, Philippe VI a été contraint de composer avec le clan de Harcourt. Édouard III ayant fait valoir ses droits à la couronne de France lors de la déclaration de guerre, l'hommage éventuel des seigneurs normands à Édouard III constiturait une menace majeure pour la légitimité des Valois. Le roi français nomme même Godefroy de Harcourt capitaine souverain en Normandie. Quand il était duc de Normandie, Jean le Bon a logiquement noué des liens étroits avec les Tancarville qui représentent le clan loyaliste. Or, le vicomte Jean II de Melun a épousé Jeanne, la seule héritière du comté de Tancarville. Par la suite, ce sont les Melun-Tancarville qui forment l'ossature du parti de Jean le Bon, alors que Godefroy de Harcourt est le défenseur historique des libertés normandes et donc du parti réformateur. Le rapprochement entre ce dernier et Charles de Navarre, qui se pose en champion des réformateurs, va de soi
Le 19 novembre 1350, Jean le Bon fait exécuter le connétable Raoul de Brienne. Celui-ci rentre juste de captivité en Angleterre. Les causes de son exécution sont restées secrètes mais il semble qu'il ait été convaincu de haute trahison. En effet, il s'agit d'un gentilhomme dont le domaine est partagé entre plusieurs royaumes (France, Angleterre et Irlande). Comme tous les seigneurs dont les possessions ont une façade maritime à l'ouest (sauf ceux dont les domaines sont dans le bassin de la Seine et qui peuvent facilement commercer avec Paris), il a intérêt à soutenir l'Angleterre pour des raisons économiques (le transport maritime étant à l'époque plus performant que le transport terrestre, la Manche constitue une intense zone d'échanges). Raoul de Brienne aurait négocié sa libération contre l'engagement de reconnaître Édouard III comme roi de France, ce dont Jean le Bon aurait eu connaissance par l'interception de courriers à destination du souverain anglais. Le roi ne souhaite pas que cela s'ébruite car cela remettrait en avant le problème des droits d'Édouard à la couronne de France. En une seule journée, Raoul de Brienne est arrêté, jugé à huis clos, décapité et ses biens confisqués. L'opacité sur les raisons de cette exécution expéditive laisse place aux rumeurs : il se dit que le connétable a été exécuté parce qu'il avait entretenu une liaison avec feue la reine Bonne de Luxembourg (ce qui permet de discréditer les futurs Valois en instituant un doute sur leur hérédité et donc leur légitimité). L'émotion est vive, Raoul de Brienne a de nombreux soutiens qui se rangent alors dans le camp navarrais: en particulier les seigneurs normands et la noblesse du nord-ouest (de Picardie, d'Artois, du Vermandois, du Beauvaisis et de la Flandre dont l'économie dépend des importations de laine anglaise) qui pourraient passer côté anglais se sentent menacés et se rangent derrière Charles de Navarre ou les frères de Picquigny, fidèles alliés du connétable. Au lendemain du meurtre du connétable, Charles le Mauvais écrit au duc de Lancastre : « Tous les nobles de Normandie sont passés avec moi à mort à vie »

Fin de la 1ère partie
 

_________________


Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Mon 9 Jun - 06:05 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

Les proches du roi ont la réalité du pouvoir entre les mains au détriment du parti navarrais. Le parti royal est structuré autour des Melun-Tancarville : Jean II, vicomte de Melun, qui a épousé Jeanne, seule héritière du comté de Tancarville, et qui est à la tête de l'un des deux grands partis normands, son Benjamin Adam, qui a récupèré la charge de chambellan de Normandie, habituellement donnée aux Tancarville, et son cadet Guillaume, qui est, lui, archevêque de Sens.
En 1350, Jean le Bon ramène dans ce parti les fils de Robert d'Artois en donnant le comté d'Eu à Jean d'Artois qui était privé des terres paternelles et emprisonné à Château-Gaillard avec ses deux frères et sa mère à la suite de la trahison de son père. Le roi avait récupéré le comté d'Eu après avoir fait exécuter le connétable Raoul de Brienne. Les Artois entrent de plain-pied dans le clan des Meulun-Tancarville quand Jean épouse Isabelle de Melun, fille de Jean de Melun. Celui-ci est soutenu par ses cousins Bourbons. Mais l'incarnation de son parti est son favori, Charles de La Cerda. En 1352, ce dernier épouse Marguerite de Blois, fille de Charles de Blois (le candidat à la succession de Bretagne soutenu par le roi de France), ce qui lui vaut le soutien de seigneurs bretons tels que Bertrand Du Guesclin. Il reçoit également le soutien de sa famille : le vicomte Jean de Melun, son beau-père, et la comtesse d'Alençon, Marie de la Cerda, sa cousine, veuve des comtes Charles d'Étampes et Charles II d'Alençon. Il a ses fidèles dans l'armée royale, comme le maréchal Arnoul d'Audrehem. Il joue un jeu habile, attire à lui des membres de familles liées depuis des années aux Évreux-Navarre pour affaiblir l'influence du puissant parti navarrais qui menace le roi.
Charles de La Cerda accumule les honneurs, Jean le Bon lui confie missions diplomatiques et commandements militaires ou maritimes. Il reçoit du roi le comté Angoulême en décembre 1350 et la charge de connétable en 1351. Il s'illustre par une brillante campagne en Poitou où il prend Saint-Jean-d'Angély.
Jean le Bon essaie de se concilier les bonnes grâces de Charles de Navarre et le nomme, alors qu'il n'est âgé que de dix-neuf ans, lieutenant général du Languedoc. Cette manœuvre habile permet aussi de l'éloigner de la cour (il doit rejoindre Toulouse) et d'éviter que la contestation se propage. Charles de Navarre s'acquitte bien de ses fonctions civiles, mais il échoue à reprendre la place de Montréal près d'Agen. Au bout de seulement quatre mois, il rentre à Paris.

En 1352, le roi décide donc de le rassurer quant à son importance dans le royaume en lui donnant la main de sa fille aînée, Jeanne, qui n'a que huit ans. Il espère que, devenu « fils du roi », Navarre abandonnera ses prétentions à la couronne et tempérera ses élans contre les Valois. L'affaire se règle rapidement. Le roi, qui a la « garde féodale » de son jeune cousin, abrège la minorité de Charles de Navarre. Charles le Mauvais sait que le fait d'épouser la fille du roi ne lui apportera pas grand-chose, mais la dot de la mariée est considérable : 100 000 écus, payés sur les revenus de la Monnaie royale (il doit recourir à une mutation monétaire pour la réunir). Enfin, Charles de Navarre voit là l'occasion de faire ombrage au favori de Jean le Bon, le connétable Charles d'Espagne La Cerda, auquel le roi vient de donner le comté d'Angoulême, pourtant promis à la famille d'Évreux en échange de la Champagne et de la Brie, lors de l'éviction de Jeanne de Navarre de la couronne de France. Après avoir longuement réfléchi, Navarre donne finalement son consentement, en janvier 1353. Mais, par un accord entre Jeanne de Navarre et le roi de France, la fille de ce dernier a cédé le comté d'Angoulême contre les châtellenies de Beaumont, Asnières-sur-Oise et Pontoise. Ces châtellenies n'ayant jamais été remises, le comté d'Angoulême échoit à Charles de La Cerda. S'estimant lésé, Charles fourbit ses armes et fait passer des troupes de Navarre en Normadie durant l'été 1353 : à Mantes, Meulan et Évreux, il a 600 hommes
Sous la pression du pape Innocent VI, Anglais, Français et Bretons négocient la paix dans la guerre de Cent Ans et dans la guerre de Succession de Bretagne. Le conflit breton est en effet dans une phase de statu quo : Jean de Montfort, soutenu par les Anglais, est mort et son fils n'a que quatre ans ; Charles de Blois, soutenu par les Français, est prisonnier à Londres et négocie sa rançon. Édouard III obtient, par le traité de Westminster du 1er mars 1353, qu'en contrepartie de la reconnaissance de Charles de Blois comme duc de Bretagne, ce dernier s'engage à verser une rançon de 300 000 écus et à ce que la Bretagne signe un traité d'alliance perpétuelle avec l'Angleterre. Cette alliance doit être scellée par le mariage de Jean (le fils de Jean de Montfort) avec la fille d'Édouard III, Marie. Les époux étant cousins, le mariage nécessite des lettres de dispense canonique que le pape n'accorderait qu'avec l'approbation du roi de France. Or, Charles de La Cerda s'est marié en mars 1352 avec Marguerite de Blois (la fille de Charles de Blois). Très proche du roi de France, il a son mot à dire dans cette négociation et fait partie des plénipotentiaires. En revanche, Charles le Mauvais est soigneusement tenu à l'écart des négociations. Une paix franco-anglaise nuirait à ses intérêts car, sans la menace d'une alliance anglo-navarraise, il n'a aucune chance de faire valoir ses prétentions sur la Champagne et, a fortiori, sur la couronne de France. Or, début janvier 1354, au moment où Charles de La Cerda part pour la Normandie, le roi a donné son accord au mariage. Dès lors, Charles le Mauvais décide de faire capoter les négociations et de se saisir de la personne de Charles de La Cerda, dans le but d'influer sur le cours des tractations.

Charles de Navarre est soigneusement tenu à l'écart du conseil du roi et Charles de La Cerda, dit Charles d'Espagne, s'active à détricoter son réseau de fidèles. Évidemment, tout cela ne peut qu'en faire l'ennemi mortel du parti navarrais, qui répand des rumeurs calomnieuses d'homosexualité pour expliquer ses liens avec le roi.
Quand le roi de France accorde à son favori le comté d'Angoulême et la charge de connétable, Charles de Navarre, se voit écarté des affaires du royaume et son ressentiment contre Jean le Bon augmente d'autant que le connétable est d'un rang très inférieur au sien. Le roi n'avait toujours pas versé la dot promise un an auparavant lors du mariage et n'avait pas encore donné les possessions promises à son gendre (les chatellenies de Beaumont et de Pontoise).
Au printemps 1353, une empoignade oppose le comte de Longueville, frère de Charles le Mauvais, au connétable, dans les appartements du roi. Le favori accuse le Navarrais d'être un faux-monnayeur et un menteur patenté. Ce dernier, excédé, tire sa dague et menace le favori du roi. Jean le Bon ramène Philippe de Navarre à la raison. Le connétable quitte la scène sous les insultes de l'outragé qui crie vengeance.
Philippe de Navarre se retire sur ses terres de Normandie. Il apprend, le 8 janvier 1354, que Charles d'Espagne est en Normandie et qu'il va passer la nuit à l'auberge de la « Truie-qui-File », à L'Aigle. Il prévient alors son frère et ils encerclent l'auberge pour se saisir de la personne du connétable. L'aventure tourne au carnage et Charles de La Cerda, agenouillé et suppliant les Navarrais de l'épargner, est lardé de coups d'épée par Philippe de Navarre
Charles de Navarre souhaitait la capture du connétable et non son assassinat mais en endosse la responsabilité pour couvrir son ombrageux et impulsif frère, Philippe de Navarre, qui fut l'exécutant. Alors que Jean le Bon reste prostré quatre jours à l'annonce de la mort de Charles de La Cerda, montrant qu'il ne peut maîtriser son émotion, le Navarrais se pose en chef d'État et revendique pleinement le meurtre qu'il justifie comme étant une question d'honneur.
Charles de Navarre est fortement soutenu et les seigneurs normands se rangent derrière lui tandis que les châteaux normands sont réarmés. Il envoie Jean de Fricamp, surnommé Friquet, emprunter de l'argent à Bruges pour lever une armée39. Dès le 10 juillet 1354, la chancellerie navarraise envoie des courriers demandant une aide militaire à Édouard III, au Prince noir, à la reine Philippa de Hainaut, et au duc de Lancastre. Allié aux Anglais, il a les moyens de contraindre le roi de France à accepter l'assassinat de son favori. Le 22 février 1354, Jean le Bon doit accepter des concessions au traité de Mantes pour éviter une reprise de la guerre de Cent Ans. Par ce traité, Charles II le Mauvais renonce à réclamer les châtellenies d'Asnières-sur-Oise, Pontoise et Beaumont que le roi ne lui avait toujours pas remises. En contrepartie, il reçoit le comté de Beaumont-le-Roger, les châteaux de Breteuil, Conches et de Pont-Audemer, le clos du Cotentin avec la ville de Cherbourg, les vicomtés de Carentan, Coutances et Valognes, en Normandie. Il peut recevoir l'hommage des seigneurs normands qui l'ont soutenu. Ce traité lui donnait également la permission de tenir chaque année un échiquier, il pourra y rendre justice sans que des appels puissent être envoyés au parlement de Paris. Au total, il reçoit toutes les prérogatives du duc de Normandie sans en avoir le titre. D'autre part, l'assassinat de Charles de La Cerda a compromis les accords de paix franco-anglais : ni la guerre de Cent Ans, ni la guerre de Succession de Bretagne ne sont réglées. Charles le Mauvais est en position de force, il n'a jamais été aussi puissant.

Pour faire bonne mesure il doit se rendre à Paris pour demander son pardon au roi. Louis d'Anjou, deuxième fils de Jean le Bon, est livré en otage pour garantir la sécurité du Navarrais. Ce dernier se rend donc au palais de la Cité le 4 mars 1354, et demande pardon sans contrition et sans reconnaître aucun tort en la grande chambre du Parlement.
Le duc de Lancastre peut s'estimer floué, mais les partisans de Charles étant revenus en force dans le conseil du roi, les négociations de Guînes évoluent très favorablement pour les Anglais qui recevraient en toute souveraineté toute l'Aquitaine des Plantagenêt (le tiers du royaume de France), garderaient Calais contre le renoncement à la couronne de France. Cet accord, qui préfigure le traité de Brétigny, est signé le 6 avril 1354. Le traité de Guînes doit être confirmé et solennisé à Avignon à l'automne et une trêve jusqu'au 1er avril 1355 est conclue
En novembre 1354, Charles le Mauvais est convié aux négociations de paix d'Avignon par le pape. Pour lui, un traité de paix franco-anglais serait une catastrophe, surtout si Édouard III acceptait de renoncer à la couronne. Il conclut donc avec le duc de Lancastre un pacte qui prévoit le démembrement de la France : Édouard recevra la couronne de France mais laissera à son cousin Charles de Navarre la Normandie, la Champagne, la Brie, le Languedoc et quelques autres fiefs. Mais les Anglais, échaudés par les revirements incessants du Navarrais, se méfient et le débarquement promis n'aura jamais lieu. D'autre part, Jean le Bon ne peut accepter le traité de Guînes et refuse de le confirmer à Avignon.
Jean le Bon est averti du complot de partage du pays, ourdi par Charles le Mauvais et les Anglais à Avignon, et se décide à mettre le Navarrais hors d'état de nuire. Le 5 avril 1356, le dauphin et duc de Normandie a convié en son château de Rouen toute la noblesse de la province, à commencer par le comte d'Évreux, Charles le Mauvais. La fête bat son plein lorsque surgit Jean II le Bon, coiffé d'un bassinet et l'épée à la main, qui vient se saisir de Charles le Mauvais en hurlant : « Que nul ne bouge s'il ne veut être mort de cette épée ! ». À ses côtés, son frère, Philippe d'Orléans, son fils cadet, Louis d'Anjou, et ses cousins d'Artois forment une escorte menaçante. À l'extérieur, une centaine de cavaliers en armes tiennent le château. Jean le Bon se dirige vers la table d'honneur, agrippe le roi de Navarre par le cou et l'arrache violemment de son siège en hurlant : « Traître, tu n'es pas digne de t'asseoir à la table de mon fils ! ». Colin Doublet, écuyer de Charles le Mauvais, tire alors son couteau pour protéger son maître, et menace le souverain. Il est aussitôt appréhendé par l'escorte royale qui s'empare également du Navarrais. Excédé par les complots de son cousin avec les Anglais, le roi laisse éclater sa colère qui couve depuis la mort, en janvier 1354, de son favori, le connétable Charles de La Cerda.
Malgré les supplications de son fils qui, à genoux, implore de ne point le déshonorer ainsi, le roi se tourne vers Jean d'Harcourt, infatigable défenseur des libertés provinciales, mais qui a été mêlé à l'assassinat de Charles de La Cerda. Il lui assène un violent coup de masse d'arme sur l'épaule avant d'ordonner son arrestation. Le soir même, le comte d'Harcourt et trois de ses compagnons, dont l'écuyer Doublet, sont conduits au lieu-dit du Champ du Pardon. En présence du roi, le bourreau, un criminel libéré pour la circonstance qui gagne ainsi sa grâce, leur tranche la tête.

Deux jours plus tard, la troupe regagne Paris pour célébrer la fête de Pâques. Charles le Mauvais est emprisonné au Louvre, puis au Châtelet. Mais la capitale n'est pas sûre, aussi est-il finalement transféré à la forteresse d'Arleux, près de Douai, en terre d'empire
Incarcéré, Navarre gagne en popularité ; ses partisans le plaignent et réclament sa liberté. La Normandie gronde et nombreux sont les barons qui renient l'hommage prêté au roi de France et se tournent vers Édouard III d'Angleterre. Pour eux, Jean le Bon a outrepassé ses droits en arrêtant un prince avec qui il a pourtant signé la paix. Pire encore, ce geste est perçu par les Navarrais comme le fait d'un roi qui se sait illégitime et espère éliminer un adversaire dont le seul tort est de défendre ses droits à la couronne de France. Philippe de Navarre, le frère de Charles le Mauvais, envoie son défi au roi de France le 28 mai 1356. Les Navarrais, et particulièrement les seigneurs normands, passent en bloc du côté d'Édouard III qui, dès le mois de juin, lance ses troupes dans de redoutables chevauchées, en Normandie et en Guyenne. Le roi, qui a levé une armée grâce aux impôts obtenus par les États généraux de 1355 et 1356 contre le contrôle des finances par les États, se doit de prouver que cet argent est bien utilisé. Il doit rétablir le prestige des Valois en faisant montre de bravoure sur le champ de bataille. Quant aux villes, considérant qu'elles sont plus aptes à gérer les finances et même plus capables que la noblesse à vaincre les Anglais (les Flamands ont bien réussi à montrer lors de la bataille de Courtrai que des tisserands pouvaient vaincre l'ost royal), elles envoient des troupes pour se battre avec l'ost à Poitiers. Mais l'enjeu étant de montrer que la noblesse reste capable d'assurer la mission protectrice qui est la sienne dans la société féodale, ces troupes sont renvoyées par Jean le Bon. Le 19 septembre, à la bataille de Poitiers, les Anglais font preuve, une nouvelle fois, de la supériorité tactique conférée par l'arc long. Cette supériorité oblige la chevalerie française, dont les montures ne sont pas protégées à l'époque, à charger à pied, mais elle est facilement balayée par une charge de cavalerie anglaise. Refusant de quitter le champ de bataille pour prouver sa légitimité, Jean le Bon se bat héroïquement avec ses plus proches fidèles. Il est cependant fait prisonnier par les Anglais, mais sauve sa couronne.

Les mercenaires démobilisés après la Bataille de Poitiers se regroupent en Grandes compagnies et pillent le pays. Il faut financer une armée permanente pour éviter ces pillages qui entrainent un fort mécontentement populaire. Le fils aîné du roi, le dauphin Charles, est régent en l’absence de son père, mais il n'a que dix-huit ans, peu de prestige personnel (d'autant qu'il a quitté le champ de bataille de Poitiers, contrairement à son père et son frère Philippe le Hardi), peu d'expérience et doit porter sur ses épaules le discrédit des Valois. Il s'entoure des membres du conseil de son père, qui sont très décriés.
Les États généraux se réunissent le 17 octobre 1356. Le dauphin, très affaibli, va se heurter à une forte opposition : Étienne Marcel, à la tête de la bourgeoisie et allié avec les amis de Charles Navarre, eux-mêmes regroupés autour de l'évêque de Laon, Robert Le Coq. Les États généraux déclarent le dauphin Lieutenant général et défenseur du royaume en l’absence de son père et lui adjoignent un conseil de douze représentants de chaque ordre.
Les États exigent la destitution des conseillers les plus compromis (honnis pour avoir brutalement dévalué la monnaie à plusieurs reprises), la capacité à élire un conseil qui assistera le roi ainsi que la libération du Navarrais. Le dauphin, proche des idées réformatrices, n'est pas contre l'octroi d'un rôle plus important des États dans le contrôle de la monarchie. En revanche, la libération de Charles de Navarre est inacceptable car elle mettrait fin au règne des Valois. Pas assez puissant pour pouvoir refuser d'emblée ces propositions, le dauphin ajourne sa réponse (prétextant l'arrivée de messagers de son père), congédie les États généraux et quitte Paris, son frère Louis (le futur duc d’Anjou) réglant les affaires courantes. Les États généraux sont prorogés et seront convoqués de nouveau le 3 février 1357.
Pendant ce temps, le dauphin va à Metz rendre hommage à son oncle l'empereur Charles IV pour le Dauphiné, ce qui lui permet d'obtenir son soutien diplomatique. À son retour en mars 1357, il accepte la promulgation de la « grande ordonnance », esquisse d'une monarchie contrôlée et vaste plan de réorganisation administrative, mais obtient le maintien en captivité de Charles de Navarre. Une commission d'épuration doit destituer et condamner les fonctionnaires fautifs (et particulièrement les collecteurs d'impôts indélicats) et confisquer leurs biens. Neuf conseillers du dauphin sont révoqués : Étienne Marcel tient sa vengeance contre Robert de Lorris. Six représentants des États entrent au conseil du roi, qui devient un conseil de tutelle. L'administration royale est surveillée de près : les finances, et particulièrement les mutations monétaires et les subsides extraordinaires, sont contrôlées par les États

Un gouvernement de régence contrôlé par les États avec son assentiment est donc mis en place. Deux conseils cohabitent : celui du dauphin et celui des États. Mais, pour les réformateurs, et particulièrement les Navarrais, cela ne suffit pas : le retour du roi de captivité peut mettre fin à cet essai institutionnel. Les États organisent donc la libération de Charles de Navarre, qui peut prétendre à la couronne et est toujours enfermé dans la forteresse d'Arleux. Cependant, pour se dédouaner face au dauphin, on fournit à cette libération un caractère spontané, lui donnant l’aspect d’un coup de main de fidèles navarrais (les frères de Picquigny). Le retour de Charles de Navarre est méticuleusement organisé : il est libéré le 9 novembre, il est reçu avec le protocole réservé au roi dans les villes qu’il traverse, accueilli par les notables et la foule réunie par les États. Le même cérémonial se reproduit dans chaque ville depuis Amiens jusqu’à Paris : il entre avec une magnifique escorte, est reçu par le clergé et les bourgeois en procession, puis il harangue une foule toute acquise, expliquant qu’il a été spolié et injustement incarcéré par Jean le Bon alors qu’il est de droite lignée royale. Mis devant le fait accompli, le dauphin ne peut refuser la demande d’Étienne Marcel et de Robert le Coq. Il signe donc des lettres de rémissions pour le Navarrais, qui effectue tranquillement son triomphal retour. Le 30 novembre, il harangue 10 000 Parisiens réunis par Étienne Marcel au Pré-aux-Clercs. Le 3 décembre, Étienne Marcel s’invite avec un fort parti bourgeois au conseil qui doit décider de la réhabilitation de Charles de Navarre, sous prétexte d’annoncer que les États réunis aux cordeliers ont consenti à lever l’impôt demandé par le dauphin et qu’il ne reste que l’accord de la noblesse (qui se réunit séparément des autres États) à obtenir. Le dauphin ne peut encore qu’acquiescer et réhabiliter Charles le Mauvais. Pis encore, les États doivent trancher la question dynastique le 14 janvier 1358. La couronne des Valois est menacée. Charles le Mauvais exploite le mois d’attente pour faire campagne. Le 11 janvier, à Rouen, il organise une cérémonie expiatoire réhabilitant les seigneurs normands décapités lors de son arrestation, ce qu’il fait en grande pompe pour séduire la noblesse et la bourgeoisie normandes. D'autre part, craignant le retour de Jean le Bon, il monte une armée en Normandie.
Le dauphin, de son côté, se montre actif en organisant la défense du pays contre les nombreux mercenaires qui, faute de solde, pillent le pays. Les maréchaux de Normandie, de Champagne et de Bourgogne se rendent à sa cour. Il fait monter sur Paris une armée de 2 000 hommes venus du Dauphiné sous prétexte de protéger Paris des exactions des Compagnies. Cela met aussi sous pression la ville. Le 11 janvier, il s’adresse aux Parisiens aux Halles, expliquant pourquoi il lève une armée et demandant aux États pourquoi la défense du pays n’est pas assurée malgré l’argent prélevé lors des levées d’impôts : c’est un succès et Étienne Marcel doit organiser d’autre réunions noyautées par ses partisans pour le mettre en difficulté. Le 14 janvier, les États n’arrivent pas à s’entendre sur la question dynastique, ni sur la levée d’un nouvel impôt et, pour renflouer les caisses de l’État, on décide d’une nouvelle mutation monétaire. Les esprits s’échauffent contre les États, pour le plus grand bénéfice du dauphin.
Au total, l'exécution de l'ordonnance de 1357 est vite bloquée. La commission d'épuration est désignée mais ne fonctionne que cinq mois. Les collecteurs d'impôts nommés par les États rencontrent l'hostilité des paysans et des artisans pauvres. Les six députés entrés au conseil de tutelle sont en minorité et les États généraux manquent d’expérience politique pour contrôler en permanence le pouvoir du dauphin qui, en acquérant du savoir-faire, retrouve l'appui des fonctionnaires. Les déplacements fréquents, coûteux et dangereux à l'époque, découragent les députés de province et les États sont de moins en moins représentatifs. Peu à peu, seule la bourgeoisie parisienne vient siéger aux assemblées. Enfin, Jean le Bon, qui garde un grand prestige, désavoue le dauphin et, depuis sa prison, interdit l'application de l'ordonnance de 1357. Étienne Marcel, constatant l'échec de l'instauration d'une monarchie contrôlée par voie législative, essaie de la faire proclamer par la force. Il est à noter qu'il ne remet pas en cause la nécessité d'avoir un souverain, mais il doit composer avec celui qui lui laissera le plus de pouvoir. Il oscille entre la faiblesse supposée du dauphin et la cupidité de Charles le Mauvais.
Pendant ce temps, Charles de Navarre, à la tête de ses troupes anglo-navarraises, prend contrôle de toute la basse Normandie puis remonte la vallée de la Seine. Il reçoit des renforts : son lieutenant Martin Henriquez débarque à Rouen avec 1400 hommes.

Voyant la situation évoluer vers une monarchie contrôlée avec Charles de Navarre à sa tête, Jean le Bon se décide à conclure les négociations. Pour cela, il faut négocier directement avec Édouard III. Jean le Bon est donc transféré de Bordeaux à Londres. Ses conditions d’incarcération sont royales : il est logé avec sa cour, composée de plusieurs centaines de personnes (proches capturés avec lui à Poitiers et ceux qui sont venus de leur plein gré), est hébergé à l’Hôtel de Savoie et a toute liberté de circulation en Angleterre.
En janvier 1358, il accepte le premier traité de Londres qui prévoit :
la cession en pleine souveraineté des anciennes possessions d'Aquitaine des Plantagenêt (le tiers du pays) : la Guyenne (mise sous commise par Philippe VI au début du conflit), la Saintonge, le Poitou, le Limousin, le Quercy, le Périgord, le Rouergue et la Bigorre ;
une rançon de quatre millions d'écus ;
la non-renonciation d'Édouard III à la couronne de France
Fin de la 2è partie

 

_________________


Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Mon 9 Jun - 06:22 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

La nouvelle de l'acceptation par Jean le Bon du premier traité de Londres, qui cède le tiers du territoire français à l'Angleterre, provoque un tollé dont Étienne Marcel va profiter. Le 22 février 1358, Étienne Marcel déclenche une émeute réunissant trois mille personnes qu'il a convoquées en armes.
Puis la foule envahit le Palais de la Cité pour affronter le régent. Le maréchal de Champagne, Jean de Conflans, et le maréchal de Normandie, Robert de Clermont, dont les armées stationnent devant Paris, sont tués devant le prince, qui est couvert de leur sang et croit son existence menacée. Marcel l'oblige à coiffer le chaperon rouge et bleu des émeutiers (aux couleurs de Paris) alors que lui-même revêt le chapeau du dauphin et demande à renouveler l’ordonnance de 1357
Marcel épargne l'héritier car il le sous-estime et pense pouvoir le contrôler aisément : c'est une lourde erreur. Fort de l'ascendant qu'il estime avoir sur le dauphin qu'il va faire nommer régent, il pense pouvoir se passer de Charles de Navarre, qu'il pousse à quitter Paris65. Étienne Marcel se dirige ensuite sur la place de Grève où il remercie la foule de les encourager à éliminer « les traîtres du royaume ». Il écrit aux villes de provinces pour justifier son geste, mais seules Amiens et Arras donnent des signes de soutien64. Il force ensuite le dauphin qui, tant qu'il est à Paris, reste sous la pression éventuelle de la rue, à ratifier le meurtre de ses conseillers. Le dauphin ne peut qu’accepter un nouveau changement institutionnel : son conseil est épuré (quatre bourgeois y rentrent), le gouvernement et les finances sont aux mains des États, Charles le Mauvais reçoit un commandement militaire et de quoi financer une armée de 1 000 hommes, le dauphin obtient de devenir régent du royaume ce qui permet de ne plus tenir compte des décisions du roi tant qu’il est en captivité (et en particulier de ne pas accepter des traités de paix inacceptables).
Pour ratifier cette nouvelle ordonnance et, en particulier, valider son contenu fiscal, il faut l’accord de la noblesse dont une partie ne veut plus se réunir à Paris (en particulier Champenois et Bourguignons scandalisés par l’assassinat des maréchaux). La noblesse doit se réunir à Senlis : c’est l’occasion qu’attendait le dauphin pour quitter Paris (ce qu’il fait le 17 mars). Étienne Marcel, pensant le contrôler, lui adjoint dix bourgeois pour le représenter et surveiller le dauphin.
Le dauphin participe aux États de Champagne, qui ont lieu le 9 avril à Provins. Là, il est soutenu par la noblesse de l’Est du royaume et les délégués parisiens sont mis en difficulté. Fort de ce soutien, le dauphin s’empare des forteresses de Montereau et de Meaux. L’accès de Paris par l'Est est bloqué. Au Sud et à l’Ouest, les compagnies écument le pays63. Il ne reste que la voie du nord qui préserve l'accès de Paris aux villes des Flandres. Les accès fluviaux ayant été bloqués, Étienne Marcel doit réagir pour empêcher l’asphyxie économique de la capitale.
Le 18 avril, Étienne Marcel envoie son défi au dauphin. La ville se prépare au combat : on creuse des fossés, le remblai constituant un talus pour arrêter les tirs d’artillerie. On finance ces travaux par une mutation monétaire et en prélevant un impôt, ce qui diminue la confiance des Parisiens envers le gouvernement des États.
Le dauphin réunit alors les États généraux à Compiègne. Ceux-ci décident le prélèvement d’un impôt contrôlé par les États et un renforcement monétaire (la monnaie ne devant plus bouger jusqu’en 1359). Ils abandonnent par contre la volonté de contrôler le conseil du dauphin

Le 28 mai 1358, les paysans de Saint-Leu-d'Esserent, près de Creil, dans l'Oise, excédés par les levées fiscales votées à Compiègne et destinées à mettre le pays en défense, se rebellent. Rapidement les exactions contre les nobles se multiplient au nord de Paris, zone épargnée par les compagnies et tenue ni par les Navarrais ni par les troupes du dauphin. 5 000 hommes se regroupent rapidement autour d’un chef charismatique : Guillaume Carle, plus connu sous le nom que lui attribue Froissart : Jacques Bonhomme. Il reçoit très rapidement des renforts de la part d’Étienne Marcel (300 hommes menés par Jean Vaillant), afin de libérer Paris de l’encerclement que le dauphin est en train de réaliser en préservant l’accès nord qui permet de communiquer avec les puissantes villes des Flandres. L'alliance avec Étienne Marcel semble réussir lorsque les Jacques s'emparent du château d'Ermenonville.
Le 9 juin, les hommes du Prévôt de Paris et une partie des Jacques (environ mille hommes) conduisent un assaut sur la forteresse du Marché de Meaux où sont logés le régent et sa famille pour s’assurer de sa personne. C’est un échec : alors que les Jacques se ruent à l’assaut de la forteresse, ils sont balayés par une charge de cavalerie menée par le comte de Foix, Gaston Phébus, et le captal de Buch, Jean de Grailly.
Mais le gros des forces de Guillaume Carle veut en découdre à Mello, bourgade du Beauvaisis, le 10 juin. Écarté du pouvoir par Étienne Marcel, qui a trop vite cru contrôler le régent après l'assassinat des maréchaux, Charles le Mauvais doit reprendre la main et montrer au prévot de Paris que son soutien militaire est indispensable. Pressé par la noblesse, et particulièrement par les Picquigny auxquels il doit la liberté et dont le frère vient d’être tué par les Jacques, Charles le Mauvais y voit le moyen d'en devenir le chef. D'autre part, les marchands pourraient voir d'un bon œil que l'on sécurise les axes commerciaux. Il prend la tête de la répression, engage des mercenaires anglais et rallie la noblesse. Il s’empare, par ruse, de Guillaume Carle venu négocier et charge les Jacques décapités. C’est un massacre et la répression qui s'ensuit est très dure : quiconque est convaincu d'avoir été de la compagnie des Jacques est pendu sans jugement. Charles de Navarre fait exécuter 4 boucs émissaires dans chaque village, dont les maisons sont incendiées. La jacquerie se termine dans un bain de sang dont Charles le Mauvais porte la responsabilité alors que le dauphin a su garder les mains propres.

Charles de Navarre, qui a ramené l’ordre, rentre à Paris le 14 juin 1358 et s'y pose en chef. Mais une grande partie de la noblesse qui était à ses côtés contre les Jacques ne le suit pas dans cette démarche : elle est trop scandalisée par l'assassinat des maréchaux pour s'allier aux Parisiens et reste derrière le régent qui a su gagner sa confiance. Charles le Mauvais s’établit à Saint Denis. Il est fait capitaine de Paris par acclamation et Étienne Marcel envoie des lettres dans toutes les villes du royaume pour qu’il soit fait « capitaine universel ». L’objectif est de créer une grande ligue urbaine et d’opérer un changement dynastique en faveur du Navarrais. On engage des archers anglais pour pallier les nombreuses défections de chevaliers qui ont quitté les rangs de l’armée de Charles le Mauvais et qui, avec le dauphin, assiègent Paris à partir du 29 juin. Ce dernier est encore renforcé par l’arrivée de nombreuses compagnies qui voient dans le pillage de Paris une bonne affaire. Le dauphin veut à tout prix éviter un bain de sang qui le discréditerait et souhaite une solution négociée. Il ne fait donc pas donner l’assaut et continue le blocus en espérant que la situation se débloque. Mais les mercenaires anglais qui défendent la capitale sont considérés comme ennemis et s’attirent l’inimitié des Parisiens. Le 21 juillet, à la suite d’une rixe de taverne qui dégénère en combat de rue, trente-quatre archers anglais sont massacrés. Les Parisiens en armes en saisissent 400 qu’ils veulent soumettre à rançon. Le lendemain, Étienne Marcel, Robert Le Coq et Charles de Navarre réunissent la populace place de grève pour calmer les esprits, mais les choses leur échappent et la foule leur demande de la débarrasser des Anglais. Pour amadouer les Parisiens (8 000 piétons et 1 600 cavaliers en arme), les trois hommes les mènent par groupes distincts aux mercenaires stationnés à Saint-Denis. Ces derniers, prévenus, taillent les Parisiens en pièces et 600 à 700 meurent dans ces affrontements. Leurs chefs soutenant les ennemis du pays contre le régent et contre la populace, les Parisiens se sentent trahis et se désolidarisent d’Étienne Marcel, d’autant que Charles de Navarre attend son frère Philippe qui doit arriver avec des renforts anglais. Le bruit court que Philippe de Navarre arrive avec 10 000 Anglais et les Parisiens redoutent qu’ils ne vengent leurs camarades et pillent la ville. Étienne Marcel doit leur ouvrir les portes. L'échevin Jean Maillard et Pépin des Essart convainquent les Bourgeois de demander l’aide du régent. Le 31 juillet 1358, à l’aube, Étienne Marcel est surpris, devant la Porte Saint-Antoine, alors qu’il s’assure des accès à la capitale et est mis à mort sur place. Le dauphin n’y croyant plus était en train de se diriger vers le Dauphiné quand on lui apporte la nouvelle85. Il entre triomphalement dans Paris le 2 août : il a les mains propres et a donné son pardon aux Parisiens. Il n’y a que très peu de répression, seuls quinze personnes sont exécutées pour trahison (Étienne Marcel compris). L'héritier du trône veille à ne pas spolier les proches des exécutés tout en récompensant ses alliés (par exemple, des mariages avec les veuves sont organisés qui permettent de concilier les intérêts des uns et des autres)

Charles de Navarre, qui était stationné avec ses hommes à Saint Denis, échappe au revirement des Parisiens. Il reçoit les renforts anglais amenés par son frère. Mais les mercenaires n’ont pas été soldés et les deux princes ont du mal à les tenir. Ils les laissent donc piller Saint-Denis le 3 août. Navarrais et mercenaires se replient ensuite sur leurs possessions de la vallée de la Seine où les capitaines anglais s’installent, rançonnant les campagnes et le trafic fluvial. Les troupes anglo-navarraises tentent d'asphyxier Paris en s'emparant de Melun, qui contrôle la Seine en amont de la capitale, de Creil sur l'Oise et de la Ferté-sous-Jouarre sur la Marne. Plus de 60 places en Île-de-France sont sous contrôle anglo-navarrais ou de mercenaires bretons qui rançonnent la population. Le dauphin n’a pas les moyens de tous les déloger, mais il assiège Melun. Charles de Navarre s'en tire encore par un revirement : il rencontre le dauphin à Pontoise le 19 août et annonce qu'il se retire. Cependant, ses troupes ne quittent pas les places fortes qu'elles contrôlent, continuant à rançonner le pays pour leur compte comme les autres compagnies qui mettent à cette époque le pays à feu et à sang. Faute des ressources nécessaires, le conflit tourne à la guerre froide, le roi puis le dauphin essayant de neutraliser Charles de Navarre qui reste un dangereux prétendant à la couronne, ou qui à défaut pourrait instaurer une puissante principauté susceptible de s'allier aux Anglais.
En 1359, rentré en Navarre et isolé par l'échec du parti réformateur, Charles le Mauvais marie sa sœur Agnès à Gaston Phébus le comte de Foix et de Béarn. Ce mariage a aussi un intérêt politique car les possessions de Gaston Phébus qui chevauchent la Guyenne anglaise et les terres du royaume de France lui permettent de jouer sur deux tableaux et ainsi obtenir une indépendance de fait: une alliance entre le puissant comté de Foix et la Navarre serait une bonne garantie contre les vues expansionnistes de ses puissants voisins français, anglais ou aragonais, d'autant qu'en Béarn la loi salique ne s'applique pas et qu'en l'absence d'héritier le comté reviendrait à Agnès. Une fois remarié, le comte de Foix prend maintes amantes au vu et su de tous et engendre deux fils adultérins : Yvain et Gratien. Il répudie Agnès dès qu'elle accouche, en 1362, de Gaston, son fils légitime, qui est éduqué loin de sa mère rentrée en Navarre : il s'attire ainsi la haine des Navarrais qui entreprennent de le faire empoisonner par son propre fils Gaston. Le jeune prince, dénoncé par son demi-frère Yvain, est emprisonné. Au cours d'une visite qu'il rend à son fils, Phébus perd son sang-froid et lui porte un coup mortel à la gorge, faisant ainsi disparaître son seul héritier direct (1380). Mais Agnès ne récupère pas le titre de vicomtesse pour autant : à la mort de Gaston Phébus en 1391, c'est son fils Yvain qui devient régent du comté, jusqu'à sa mort au bal des ardents en 1393


C'est la succession de Bourgogne qui ravive le conflit. En effet, en 1361, après la mort du duc Philippe Ier de Bourgogne, le duché de Bourgogne aurait normalement dû échoir, suivant les lois de la primogéniture, à son second cousin, qui n'est autre que Charles II de Navarre. Ce dernier était en effet le petit-fils de Marguerite de Bourgogne (1290-1315), fille aînée du duc Robert II. Le duché de Bourgogne fut alors repris par le roi Jean II le Bon (1319-1364), roi de France (1350-1364), prétendant à l'héritage comme étant le parent le plus proche du jeune duc en nombre de degrés civils (en tant que fils de Jeanne de Bourgogne (v. 1293-1348) (v. 1293-1348), deuxième fille de Robert II (1248-1306), duc de Bourgogne (1272-1306). Son éviction de la succession de Bourgogne au profit de Philippe le Hardi en septembre 1363 est, pour Charles de Navarre, inacceptable.
En 1364, Jean le Bon, libéré à la suite du traité de Brétigny, est retourné se constituer prisonnier en Angleterre car son fils Louis, laissé en otage pour garantir les accords de Brétigny, s'est échappé. Comme le dauphin Charles continue à assurer la régence, Charles le Mauvais croit alors en son étoile. Il se lance dans des tractations diplomatiques qui laissent clairement entrevoir ses intentions. Il rencontre le Prince noir à Bordeaux. Il négocie la paix avec Pierre IV d'Aragon, lui promettant des terres appartenant au roi de France : le bas-Languedoc, les sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne (mais son frère Louis lutte avec les Castillans, ce qui ralentit les négociations qui ne sont finalisées qu'en août 1364). Pour prendre à revers le duché de Bourgogne, il recrute des troupes parmi les compagnies. Il fait même broder sa bannière aux armes de France et de Navarre.)

Ces manœuvres ne passent pas inaperçues. Les Valois ne sont pas dupes et prennent les devants. Le dauphin, averti par son père avant son départ pour Londres, décrète la confiscation des biens que le Navarrais possède en Normandie et confie à Bertrand Du Guesclin la mission de rendre la sentence exécutoire. C'est chose faite en moins d'une semaine. Mantes, Meulan et plusieurs autres places sur la Seine sont investies. Pendant ce temps, Jean le Bon meurt à Londres, le 8 avril 1364. Mais le dauphin n'est pas au bout de ses peines car les troupes recrutées par Charles le Mauvais en Navarre et en Gascogne arrivent bientôt en Normandie. Charles le Mauvais contre-attaque et tente d'empêcher le sacre de Charles en lui coupant la route de Reims
Les adversaires vont en découdre, à Cocherel, près de l'Eure, le 16 mai 1364. Leur commandant Jean de Grailly, Gascon et vassal du roi d'Angleterre, n'est autre que le vainqueur de Jean le Bon à Poitiers. Mais, face à lui, se dresse un non moins brillant stratège en la personne de Bertrand Du Guesclin.
Grâce à une habile manœuvre d'encerclement, les troupes de Grailly sont défaites en quelques heures. Cette victoire éclatante, obtenue par l'armée levée grâce aux impôts votés par les États généraux de 1363, met fin à la guerre civile, rétablit l'autorité royale aux yeux de la population, montrant que les sacrifices financiers consentis par la population pour l'effort de guerre sont suivis d'effets sur le terrain et permet le sacre le 19 mai 1364 dans la cathédrale de Reims. Le nouveau roi prend alors une décision qui marque clairement sa volonté politique : les prisonniers français pris à Cocherel sont décapités et non mis à rançon comme il est usuel dans la guerre féodale, ce qui signifie que la guerre privée contre le roi est à présent considérée comme de la trahison.
Charles le Mauvais, demeuré à Pampelune, apprend la nouvelle le 24 mai. Mais il est déjà beaucoup trop tard. Les troupes navarraises rescapées se regroupent et se replient sur l'Auvergne où elles prennent plusieurs places fortes et obliquent ensuite vers la Bourgogne, prenant La Charité-sur-Loire par surprise. Philippe le Hardi, le jeune duc de Bourgogne qui a regroupé des forces pour lutter contre les compagnies, se porte donc contre les Navarrais, les défaits et reprend la Charité-sur-Loire.
Cependant, si Charles le Mauvais n'a plus d'espoir de coiffer la couronne de France, il conserve, malgré Cocherel, de nombreuses places fortes en Normandie, à commencer par sa capitale Évreux. Charles V fait pression sur Jeanne de Navarre pour que ses forteresses ne puissent être utilisées par les troupes de son rival98. Mais, au cours de l'automne, le Navarrais récupère ses biens conquis quelques mois plus tôt par du Guesclin. Ce n'est pourtant là que feu de paille car les finances de Charles de Navarre sont au plus bas. Sa chance est qu'au même moment, Charles V n'a qu'une préoccupation : bouter les Anglais hors de France. Et pour ce faire, il n'a pas tant besoin d'une nouvelle victoire sur le roi de Navarre que d'une paix durable.
Il propose, dès 1365, d’échanger Mantes, Meulan et Longueville contre Montpellier. Les négociations traînent pendant cinq années, durant lesquelles le Navarrais tente d’obtenir un traité d’alliance perpétuelle avec les Anglais. Mais ceux-ci sont méfiants, du fait de ses revirements incessants dont ils ont déjà été victimes.
Il signe, en 1365, le traité de Saint-Denis avec le roi Charles V, dans lequel il renonce à ses prétentions au trône de France. En mars 1365, au traité d’Avignon, les deux Charles s'accordent sur un échange. Le roi de Navarre cède au roi de France ses possessions de la basse vallée de la Seine, en Normandie (Mantes, Meulan et le comté de Longueville), places stratégiques sur la route de Paris. En échange, Charles V abandonne à son cousin la ville et la seigneurie de Montpellier. Les libéralités du roi s'avèrent bien vite être un cadeau empoisonné car, fort peu enthousiastes, les Montpelliérains refusent de passer au roi de Navarre.

En France, Charles V profite du répit obtenu grâce au traité de Brétigny qui paralyse les Anglais (toute reprise du conflit entraînerait l'annulation des immenses transferts territoriaux concédés à ce traité) et la victoire de Cocherel qui a mis hors d'état de nuire Charles de Navarre pour quelque temps, pour se débarrasser des compagnies et relancer l'économie. Il y parvient en constituant, grâce à l'instauration d'impôts permanents et à la politique des apanages, des armées permanentes dirigées par ses frères qui reprennent progressivement toutes les places fortes tenues par les Grandes compagnies. Les perspectives en France devenant plus difficiles pour elles, il devient plus aisé de les persuader de s'enrôler dans une croisade vers l'Espagne financée par le pape, trop heureux de se débarrasser de ces mercenaires qui tiennent la vallée du Rhône et soumettent Avignon à rançon. L'enjeu réel de cette expédition est tout autre : il s'agit pour les rois de France et d'Aragon de se débarrasser du roi de Castille Pierre le Cruel qui, en cas d'alliance avec les Anglais, menacerait l'Aragon et mettrait en péril les projets français de reconquête de la Guyenne. C'est Bertrand Du Guesclin qui se charge de l'affaire et qui met Henri de Trastamare (Henri II de Castille), un fidèle allié des Valois, sur le trône de Castille. L'expédition est une promenade et Charles de Navarre préfère laisser passer les troupes de du Guesclin qui transitent sur son territoire, allant même jusqu'à les payer pour accélérer le mouvement. Les compagnies restantes en France sont isolées et facilement réduites par les troupes royales. Ainsi, à Hommet, dans le Cotentin, le capitaine du Bessin refuse toute tractation avec la garnison navarraise : les hommes sont tués dès qu'ils se rendent.
Pierre le Cruel se tourne vers le Prince noir qui se retrouve avec un allié des Français sur ses arrières. Il accepte l'alliance, d'autant que Pierre le Cruel s'engage à financer la campagne. Par contre, ils ont besoin du soutien de Charles de Navarre pour faire passer les troupes en Espagne. Pour ce dernier, avoir de mauvaises relations avec les Castillans ferait peser une menace sur son royaume et il a négocié un solide traité d'alliance avec Henri de Trastamare dès sa prise de pouvoir. Il monnaye cher son ralliement qui ne sera que logistique : si Pierre le Cruel reprend le pouvoir en Castille, il sera entouré d'alliés ; dans le cas contraire il peut être menacé par les Anglais. Pierre le Cruel lui restitue Sauveterre et Saint-Jean-Pied-de-Port qu'il occupe, lui cèdera les provinces basques de Guipuszcoa et d'Alava qui donneront un accès à la mer et lui promet 200 000 florins. Mais le Navarrais négocie aussi avec le roi de Castille : pour 60 000 doubles et la ville de Logroño, il promet de bloquer les cols pyrénéens à l'armée du prince de Galles. Mais ce dernier l'apprend et fait attaquer la Navarre par le sud par Calveley. Charles de Navarre s'affole et fait savoir au Prince noir que l'accord avec le roi de Castille n'est qu'une ruse et qu'il ne fermera pas les cols. Il autorise donc le passage des troupes anglaises, qui franchissent le col de Roncevaux en février 1367. Pour ne pas trahir ouvertement l'alliance conclue avec Henri de Trastamare et se protéger, il se met d'accord avec Olivier de Mauny qui lui tend une fausse embuscade et le retient prisonnier jusqu'à ce que tout soit réglé. Le 3 avril 1367, le Prince noir inflige une sévère défaite aux forces franco-castillannes à Nájera et remet Pierre le cruel sur le trône106. Mais Pierre, qui a promis de solder les troupes recrutées par le Prince noir, est bien incapable d'honorer sa promesse. Ce dernier rentre donc ruiné en Aquitaine et doit dissoudre son armée qui ravage alors le Languedoc.

Henri profite de la situation pour reformer une armée outre-Pyrénées, le roi Charles V, par le traité d'Aigues-Mortes, mettant à nouveau à sa disposition les grandes compagnies commandées par du Guesclin.
Les troupes d'Henri de Trastamare conquièrent rapidement les royaumes de Castille et de León et, dès le mois d'avril 1367, mettent le siège devant Tolède. Le siège dure neuf mois, durant lesquels Henri de Trastamare signe avec la France le traité de Tolède, qui l'engage à une paix durable dès son accession définitive au trône de Castille. Pierre le Cruel arrive au secours de Tolède avec une armée composée essentiellement de Maures et de juifs. Il affronte son demi-frère à Calatrava la Nueva (Castille-La Manche) et y subit une lourde défaite le 13 mars 1367. Il se réfugie alors dans le château de l'Étoile avec quelques fidèles.


Pierre le Cruel tente de soudoyer du Guesclin qui semble accueillir favorablement sa proposition mais qui avertit en réalité Henri. Mis en présence l'un de l'autre, les deux demi-frères engagent un combat au corps-à-corps. Pierre le Cruel semble l'emporter jusqu'à l'intervention de du Guesclin qui permet la victoire d'Henri et l'exécution de Pierre Ier de la propre main de ce dernier.
Henri devient définitivement le nouveau roi de Castille sous le nom d'Henri II de Castille et la couronne du royaume passe des mains de la maison d'Ivrée à celles de la maison de Trastamare.
Rentré ruiné de Castille, le Prince noir doit lever un impôt en Aquitaine, ce qui est très mal perçu dans les territoires récemment passés sous contrôle anglais et qui subissent de sa faute le retour des compagnies. Jean d'Armagnac conteste cet impôt devant la cour de Justice de Paris. En acceptant de répondre à son appel, le 3 décembre 1368, Charles V fait acte de souveraineté sur la Guyenne. Il ouvre la porte au ralliement des terres octroyées aux Anglais au traité de Brétigny : la reconquête s'effectue grandement par le retournement des villes d'Aquitaine souvent monnayé contre des promesses de fiscalité plus légère. Les Anglais n'ont pas les moyens financiers pour s'opposer à la guerre de siège et de retournements qu'ils doivent subir sur tous les fronts face à des armées coordonnées au niveau de chaque apanage et rodées par la guerre contre les compagnies : les places fortes anglaises tombent les unes après les autres.
Constatant que la Navarre est cernée par l’alliance franco-castillanne et que les Anglais sont en difficulté, Charles de Navarre prend les devants et revient en France pour signer le traité de Vernon : il accepte les conditions de 1365 et, le 25 mars 1371, Charles le Mauvais, genou à terre, prête pour la première fois hommage lige à son souverain Charles V pour toutes les terres qu’il détient en France, ce qu’il avait toujours refusé, et lui promet « foi, loyauté et obéissance ». Il semble définitivement neutralisé pour la course à la couronne de France, mais il continue à jouer sa carte en Espagne. Pendant son périple, passant par la Normandie, il essaye de négocier des trêves avec les garnisons gasconnes qui occupent ses places fortes et qui pillent le pays, se comportant en compagnies. Les exactions continues de ces garnisons, contre lesquelles Charles de Navarre ne peut pas grand-chose, ont beaucoup fait pour que ce soit Charles V qui apparaisse comme le protecteur et donc le souverain de la Normandie.

Depuis la défaite de Cocherel en 1364, les velléités de Charles de Navarre de ceindre la couronne de France sont compromises. Il se tourne alors vers l'Espagne et a de longs démêlés avec Pierre le Cruel et Henri de Trastamare, qui se disputent la Castille. Engagées contre le roi de Castille Henri de Trastamare, les troupes du Navarrais sont défaites et n'ont d'autre issue que d'appeler les Anglais à la rescousse. C'est une aubaine pour le jeune Richard II d'Angleterre qui comprend aussitôt l'intérêt d'une telle alliance. Le roi de Navarre, qui possède le comté d'Évreux et le Cotentin, peut, en contrepartie de renforts, mettre à la disposition des Anglais le port de Cherbourg. L'accord est conclu en février 1378. En échange d'une troupe de 1 000 hommes (500 archers et 500 hommes d'armes), Charles de Navarre cède Cherbourg à Richard II pour trois ans.
En fait, la pierre d'achoppement entre le Valois et le Navarrais est celle de la souveraineté sur la Normandie. C'est en effet l'un des principes importants de gouvernement pour Charles V. Il est prêt à passer sur les turpitudes passées de son beau-frère, pour peu que celui-ci se reconnaisse vassal du roi de France pour ses terres de Normandie. C'était en substance la signification des accords de 1371 où Charles de Navarre avait prêté l'hommage lige. Or, Charles de Navarre, qui s'est toujours considéré comme spolié de la couronne de France, ne peut le tolérer. En ouvrant les portes de la Normandie aux Anglais, il remet en cause ce principe de souveraineté, ce qui ne peut être toléré par Charles V et ses conseillers.
Fin mars 1378, le comte de Foix, qui dispose d'un efficace réseau d'espions, informe Charles V que son cousin Navarre négocie un accord secret avec les Anglais. Grâce à ces informations, le chambellan de Charles le Mauvais, Jacques de Rue, est arrêté alors qu'il se rend à Paris. La perquisition de ses effets permet de découvrir les instructions confiées par son maître. Le Navarrais, écarté des affaires françaises depuis 1364, n'a plus, comme en 1356, le soutien de la noblesse normande : c'est le roi qui a pris en charge la sécurité et qui s'est imposé, dans les faits, comme souverain. L'occasion est belle de mettre Charles de Navarre hors d'état de nuire et de récupérer ses possessions normandes. Pour que cette réaffirmation de souveraineté soit bien acquise par tous, il importe de bien mettre à jour les griefs que la couronne a contre le Navarrais : il y aura donc un grand procès avec le plus de publicité possible. Pris au piège, le chambellan passe aux aveux. Outre l'affaire de Cherbourg, Jacques de Rue confesse un projet de mariage entre Richard II et une infante de Navarre et confirme la rumeur du complot visant à empoisonner Charles V.
La réaction est alors foudroyante : la trahison et la tentative de régicide étant clairement établies, toutes les possessions de Charles de Navarre sont attaquées simultanément. En Normandie, les hommes de du Guesclin investissent tour à tour Conches, Carentan, Mortain et Avranches. La forteresse de Bernay, tenue par Pierre du Tertre, le secrétaire du Navarrais, résiste un temps. Mais ce dernier n'a d'autre idée que d'obtenir une reddition honorable et de sauver sa vie : il rend les armes le 20 avril. Cherbourg résiste et reste aux mains des Anglais. Le 20 avril, Montpellier, possession du roi de Navarre depuis 1371, est occupée par les troupes royales alors que les Castillans se préparent à attaquer Pampelune, capitale du royaume navarrais.
Tout l'édifice de Charles le Mauvais s'effondre en même temps que ses rêves de pouvoir. L'épreuve n'est pourtant pas finie. Le roi de Navarre doit encore essuyer l'humiliation du procès de ses hommes de confiance et la révélation publique de ses crimes. Cependant, Charles V veille à ne pas s'aliéner les Navarrais : il rencontre l'infant Charles à Senlis. Ce dernier, comme doit le faire un seigneur loyal, prend la défense de Jacques de Rue. Le roi l'avertit que les châteaux de son père vont être saisis, mais que l'infant ne sera pas privé du revenu de ses terres.
Le procès de Jacques de Rue et de Pierre du Tertre s'ouvre en juin devant le Parlement. Outre les aveux du chambellan, les hommes de Charles V ont découvert dans la tour de Bernay d'autres éléments à charge : documents codés destinés aux Anglais, instructions pour la défense des places normandes, ordre de ne point se rendre aux Français. Les Navarrais plaident la fidélité à leur roi et rejettent les accusations de trahison et de lèse-majesté. C'est faire peu de cas du serment de 1371, par lequel Charles le Mauvais a promis « foi, loyauté et obéissance » à Charles V. Les juges n'acceptent pas cette défense et, le 16 juin, condamnent à mort les deux hommes. Leur grâce ayant été refusées par le roi de France, les condamnés sont décapités, leurs têtes sont exposées au gibet de Montfaucon, leurs membres en huit points de Paris
Charles de Navarre a définitivement perdu son duel contre Charles V : après avoir trahi tous les partis à la fois, il s'est fait tant d'ennemis qu'il est à présent isolé. Henri II de Castille, fidèle allié du roi de France, l'attaque, l'obligeant à concéder vingt places fortes en gage en 1379 pour obtenir la paix. Dépossédé de ses riches possessions normandes et languedociennes, il ne peut plus compter que sur les ressources fiscales de la seule Navarre. Il doit mater la rébellion de ses sujets, las de payer pour des desseins aventureux qui ne les concernent guère. Il le fait avec modération ce qui lui vaut leur respect pour sa fin de règne. Ainsi, le plus résolu des ennemis de la dynastie des Valois tombe dans une déchéance qui va l'obliger, jusqu'à sa mort en 1387, à vivre d'expédients et d'emprunts. Instruit enfin par l'adversité, il va passer les dernières années de sa vie en paix, ne s'occupant que de l'administration de son royaume.


Le 1er janvier 1387, Charles de Navarre meurt accidentellement dans d'atroces circonstances. Alors qu'il était fortement épuisé et qu'il était tombé en défaillance à cause de ses débauches, ses médecins préconisèrent de l'envelopper dans un drap imbibé d'eau-de-vie afin de le ranimer. Mais un valet maladroit mit le feu au drap, ce qui provoqua la mort du roi de Navarre.
En 1385, il avait rédigé un testament par lequel il demandait que ses restes soient inhumés en trois endroits différents : son corps à Notre-Dame de Pampelune, son cœur à Notre-Dame d'Ujué et ses entrailles à Notre-Dame de Roncevaux. Il avait obtenu pour cela une autorisation pontificale.
Son fils Charles III le Noble lui succède. Proche de son oncle Charles V qui a toujours veillé à ne pas faire l'amalgame avec Charles le Mauvais, il n'a aucune prétention sur la couronne de France et montre une indéfectible fidélité aux rois de France.
Les barons navarrais ayant choisi volontairement Jeanne II comme reine pour échapper à la tutelle française, le royaume a un parlement fort. Charles de Navarre a donc l'habitude des Cortes, où il brille par son éloquence. C'est pourquoi il imagine parfaitement gouverner la France avec un système similaire et peut naturellement se positionner comme la tête de file du mouvement réformateur. Il est très proche de prendre le pouvoir en 1358, mais le recrutement de mercenaires anglais le dessert à une époque où naissent les sentiments nationaux.
Au bout du compte, Charles de Navarre échoue dans toutes ses revendications : il n'est ni roi de France, ni duc de Bourgogne, ni comte de Champagne. Il perd ses possessions normandes et languedociennes.
Ses changements d'alliances à répétition ont fini par le discréditer et l'isoler diplomatiquement.
Sur le plan économique, le bilan n'est pas fameux non plus, ce qui est logique dans une époque de crise. Au départ, Charles contrôle des régions riches. Mais, contrairement à son voisin Gaston Phoebus, le puissant comte de Foix qui sait profiter de sa neutralité dans le conflit pour organiser le développement économique de ses terres, le Navarrais alourdit la fiscalité pour entretenir les armées nécessaires à ses projets. La Normandie est saignée à blanc par les compagnies anglaises qui tiennent ses forteresses tandis que la Navarre se lasse de ses coûteuses aventures et finit par se rebeller.
Charles II de Navarre est né et résida sans doute dans le château de Navarre, construit par sa mère Jeanne II de Navarre en 1330 à la périphérie d'Évreux. Aujourd'hui totalement détruit, le château a donné son nom à un quartier de la ville. On trouve aussi une place de Navarre. Les armes d'Évreux sont celles des comtes.
La bataille de Cocherel est commémorée par un monument à Hardencourt-Cocherel.


 

_________________


Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Tue 10 Jun - 05:26 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

César Borgia (en valencien et en Catalan, César de Borja), dit « le Valentinois » (Il Valentino), est un seigneur italien de la Renaissance, né le 13 septembre 1475 à Rome et mort le 12 mars 1507 à Viana, en Navarre, Espagne.
Il porte les titres de duc de Valentinois et de Romagne, prince d'Andria et de Venafro, comte de Diols, seigneur de Piombino, Camerino, et Urbino, gonfalonier et capitaine général de l'Église, condottiere, cardinal.
Il doit sa notoriété en grande partie à Machiavel qui le cite fréquemment dans Le Prince.
César est le fils de Roderic Llançol i de Borja, issu d'une famille espagnole et futur cardinal Rodrigo Borgia puis pape Alexandre VI, et de sa maîtresse Vannozza Cattanei de la maison de Candie (d'une famille du duché de Mantoue en Italie). Il est aussi le frère de Giovanni Borgia (1474-1497), duc de Gandie, de Lucrèce Borgia, de Gioffre (Jofré), prince de Squillace, et le demi-frère de Pedro Luis de Borja (Pere Lluis de Borja) et de Girolama de Borja, nés de mères inconnues.
La famille Borgia (Borja en Catalan) est originaire du royaume de Valence et voit son influence augmenter au xve siècle, quand le grand-oncle paternel de Cesare devient pape sous le nom de Calixte III en 1455, puis Roderic (Rodrigo en espagnol) sous le nom d'Alexandre VI en 1492.
Bien que les précédents papes aient eu parfois des maîtresses, son père est le premier à reconnaître publiquement ses enfants, ce qui vaudra à César d'être souvent appelé « le neveu du pape », par pudeur, tout comme ses frères et sœurs.
Comme pratiquement tous les aspects de sa vie, la date de naissance de César Borgia est sujette à débat. En général on admet qu'il est né à Rome en 1475

Décrit comme un enfant gracieux, il grandit vite et devient un homme beau et ambitieux, comme son père. Ce dernier, dans sa volonté de développer l'influence de sa famille en Italie, a de grandes ambitions pour ses fils. Alors que les affaires temporelles reviennent à son frère Giovanni, nommé capitaine général de l'Église et fait duc de Gandie, César suit une carrière dans l'Église afin de succéder à son père. Sacré protonotaire de la papauté à 7 ans, il est fait évêque de Pampelune à 15 ans, et nommé par son père, fraîchement élu pape, cardinal de Valence en Espagne à 17 ans, même si ses goûts le portent plutôt vers la corrida, les chevaux et l'exercice des armes. À cette époque, il étudie le droit à Pérouse et à Pise.
En 1497, on retrouve le corps poignardé de son frère Giovanni dans le Tibre. César est soupçonné du crime, qu'il aurait commis soit pour des raisons politiques, soit par jalousie : Sancha d'Aragon, fille du roi de Naples et épouse de Gioffre, aurait été la maîtresse de César comme de Giovanni. Rien n'est alors prouvé, mais César a désormais la voie libre : le 17 août 1498, il devient le premier cardinal de l'histoire à abandonner sa fonction.
À cette époque, Louis XII, roi de France cherche à faire annuler son mariage afin d'épouser Anne de Bretagne et ainsi annexer son duché au royaume de France. Alexandre VI annule le mariage, en échange de quoi César devient duc de Valentinois, ce qui lui vaudra son surnom (Il Valentino). Il se voit aussi accorder la main de Charlotte d'Albret, dame de Châlus et sœur de Jean III, roi de Navarre. Leur mariage a lieu le 12 mai 1499.

Alexandre VI s'allie avec Louis XII qui poursuit les guerres d'Italie, espérant en tirer profit, notamment obtenir le trône de Naples. En 1498, il est honoré par Louis XII du titre de gouverneur du Lyonnais.
En 1499, le roi entre en Italie, et après que Gian Giacomo Trivulzio eut chassé le duc de Milan Ludovico Sforza, César chevauche à ses côtés à son entrée dans la ville.
Les Borgia, père et fils, passent alors à l'action : ils débarrassent les États pontificaux de leurs dirigeants censés être sous l'autorité du pape mais qui en réalité se considéraient indépendants depuis plusieurs générations. Ainsi en Romagne et dans les Marches.
César est nommé gonfalonier de l'armée papale (dite « Armée des clefs », du nom de l'emblème héraldique de la papauté) qui comprend des mercenaires italiens, et des régiments suisses envoyés par le roi de France (environ 4000 fantassins et 300 cavaliers). La seule qui parvient à lui tenir tête dans sa campagne est Caterina Sforza, mais le 9 mars 1499 elle est vaincue, ce qui permet à César d'ajouter Imola et Forlì à ses possessions.
En 1500, Alexandre VI nomme douze nouveaux cardinaux, ce qui lui donne assez d'argent pour permettre à César d'engager les condottieri Vitellozzo Vitelli, Gian Paolo Baglioni, les frères Orsini Giulio et Paolo et Oliverotto da Fermo qui poursuivent sa campagne en Romagne. Giovanni Sforza, premier mari de sa sœur Lucrèce, perd Pesaro et Pandolfaccio Malatesta perd Rimini la même année.
En 1501 Faenza se rend, son jeune seigneur Astorre III Manfredi est envoyé au Château Saint-Ange, à Rome. On retrouve son corps dans le Tibre, peu de temps après. En mai de cette année César prend le titre de duc de Romagne, et ajoute Castel Bolognese à son domaine. Alors que ses condottieri assiègent Piombino, qui tombe en 1502, César se bat à Naples et à Capoue avec les Français. Le 24 juin 1501, la ville, défendue par Prospero et Fabrizio Colonna, tombe, entraînant le début du conflit du roi de France avec Ferdinand II d'Aragon pour le contrôle de Naples.
En juin 1502, il retourne dans les Marches et capture Urbino et Camerino. Florence, craignant sa puissance, lui envoie deux émissaires : Machiavel et le cardinal Soderini pour connaître ses intentions, mais c'est surtout Louis XII qui va s’opposer à ses velléités d’attaquer la ville. Son ambition se porte alors sur Bologne. Mais ses condottieri complotent contre lui (Congiura di Magione): avec leur aide, Guidobaldo da Montefeltro et Giovanni Maria da Varano poussent Camerino et Fossombrone à la révolte. César l'apprend et organise une réconciliation au château de Sinigaglia le 31 décembre 1502. Vitellozzo Vitelli, les frères Orsini et Oliverotto da Fermo viennent sans leurs troupes. Au milieu du banquet, César les fait arrêter puis étrangler. Paolo Giovio qualifie cet acte de « merveilleuse tromperie ». Après cela César Borgia est au sommet de sa puissance :
« Certains voudraient faire de César le roi de l'Italie, d'autres le voudraient faire empereur, parce qu'il réussit de telle façon que nul n'aurait le courage de lui refuser quoi que ce soit », écrira le vénitien Priuli.

Bien que général et homme d'État de talent, son empire s'effondre très rapidement. Le 10 août 1503, César et son père assistent à un banquet chez Adriano Castelli, cardinal tout juste nommé. De nombreux invités ressentent de violentes douleurs, Alexandre VI meurt huit jours plus tard. Avant que sa mort ne soit révélée publiquement, César, malade lui aussi, envoie Don Michelotto piller les caisses papales, prévoyant de conquérir la Toscane mais sa mauvaise condition l'empêche de faire pression sur le Conclave pour désigner un pape à sa solde.
Le nouveau pape est Pie III, considéré comme neutre entre le parti des Borgia (César étant resté à Rome pour influer sur l'élection) et celui du cardinal Giuliano della Rovere, ennemi farouche de ces derniers. Mais il meurt à peine un mois après son élection et, cette fois, della Rovere est élu. Il prend le nom de Jules II, et fait tout pour affaiblir César. Alors que celui-ci se rend en Romagne pour mater une révolte, il est capturé par Gian Paolo Baglioni, près de Pérouse, et emprisonné. Jules II va alors démembrer son domaine, soit en le rattachant aux États pontificaux (Imola), soit en rétablissant dans leurs droits ceux que César a chassés du pouvoir (Rimini, Faenza).
En 1504, César est livré au roi d'Espagne, contre qui il a lutté avec Louis XII, et est emprisonné à la forteresse de Medina del Campo. Il parvient à s'évader et entre au service de son beau-frère Jean III de Navarre. Il meurt au cours du siège de Viana le 10 mars 1507, tombant dans une embuscade à l'âge de 31 ans.
Sa devise est restée célèbre :
« Aut Caesar aut nihil » (« Ou César, ou rien »),
qui joue sur l'ambiguïté de son prénom et du titre porté par les empereurs romains.
Le 12 mai 1499 César Borgia épouse Charlotte d'Albret (1480-1514), dame de Châlus et sœur de Jean III de Navarre. De cette union nait une fille, Louise Borgia, dite Louise de Valentinois (1500-1553), qui épouse, le 7 avril 1517, Louis II de la Trémoille (mort en 1524), en secondes noces, le 3 février 1530, Philippe de Bourbon (1499-1557), baron de Busset.
Outre Louise, César Borgia eut au moins onze enfants, tous illégitimes, dont Girolamo Borgia, qui épouse Isabella, comtesse de Carpi et Camilla Borgia (1502-1573), abbesse de San Bernardino de Ferrare
On considère généralement que César Borgia servit de modèle au Prince de Machiavel. Il le présente comme le modèle du tyran : outre ses crimes politiques, dont il se fait un jeu, on l'accuse d'avoir fait assassiner son frère aîné, Giovanni Borgia (1474-1497), dont il est jaloux, et d'entretenir un commerce incestueux avec sa sœur, Lucrèce.
Machiavel reste auprès de César d'octobre 1502 à janvier 1503, en tant que secrétaire de la seconde chancellerie envoyé par Florence, période pendant laquelle il écrit souvent à ses supérieurs, correspondance qui a survécu jusqu'à nos jours.
Le chapitre VII (« Des principautés nouvelles qui s'acquièrent par les forces et la fortune d'autrui ») revient en effet sur sa conquête de la Romagne et le piège de Sinigaglia. César y est présenté comme un modèle pour tout homme d'État :
« je ne saurais proposer à un prince nouveau de meilleurs préceptes que l'exemple de ses actions », sa chute n'étant pas de sa responsabilité mais due « seulement [à] une extraordinaire malignité de la fortune ».
Cet éloge est sujet à controverse. En effet, certains universitaires voient dans le Borgia de Machiavel le précurseur des crimes commis au xxe siècle au nom de l'État. D'autres, dont Macaulay et lord Acton expliquent que l'admiration pour la violence et le manque de parole ne sont qu'un effet de la criminalité et de la corruption généralisées à cette époque
 

_________________


Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Wed 11 Jun - 05:58 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

Catherine Deshayes, dite la Voisin (Paris, v. 1640 – Paris, 22 février 1680) est une sorcière et empoisonneuse française. Mariée très jeune au sieur Montvoisin qui lui donna une fille, elle devint vite veuve de celui-ci.
Chiromancienne, avorteuse, se livrant à la pratique des messes noires, elle fut mêlée à l'affaire des poisons. Elle aurait agi pour le compte de Madame de Montespan, qui était alors délaissée par Louis XIV pour Mademoiselle de Fontanges et voulait revenir en faveur par ses sortilèges.
Jugée avec 36 complices, elle raconta lors des interrogatoires qu'elle avait « brûlé dans le four, ou enterré dans son jardin, les corps de plus de 2500 enfants nés avant terme », fut condamnée à mort et brûlée en place de Grève le 22 février 1680. Quant à Madame de Montespan, elle ne fut pas inquiétée, par protection du roi, et continua à fréquenter la Cour.

Extraits d'une lettre de Madame de Sévigné à sa fille en date du Vendredi 23 février 1680 :
« Je ne vous parlerai que de Madame Voisin ; ce ne fut point mercredi, comme je vous l'avais dit, qu'elle fut brûlée, ce ne fut qu'hier. Elle savait son arrêt dès lundi, chose fort extraordinaire. Le soir elle dit à ses gardes : « Quoi ? Nous ne faisons pas médianoche ? » Elle mangea avec eux à minuit, par fantaisie, car ce n'était point jour maigre ; elle but beaucoup de vin, elle chanta vingt chansons à boire. »
 « A cinq heures on la lia ; et, avec une torche à la main, elle parut dans le tombereau, habillée de blanc : c'est une sorte d'habit pour être brûlée. Elle était fort rouge, et on voyait qu'elle repoussait le confesseur et le crucifix avec violence.
À Notre-Dame, elle ne voulut jamais prononcer l'amende honorable, et devant l'Hôtel-de-Ville elle se défendit autant qu'elle put pour sortir du tombereau : on l'en tira de force, on la mit sur le bûcher, assise et liée avec du fer. On la couvrit de paille. Elle jura beaucoup. Elle repoussa la paille cinq ou six fois ; mais enfin le feu augmenta, et on l'a perdue de vue, et ses cendres sont en l'air actuellement. Voilà la mort de Madame Voisin, célèbre par ses crimes et son impiété. »

L'affaire des Poisons est une série de scandales impliquant des empoisonnements survenus entre 1679 et 1682, sous le règne de Louis XIV, qui secouèrent Paris et la Cour. Plusieurs personnalités éminentes de l’aristocratie furent impliquées, et ces affaires installèrent un climat hystérique de « chasse aux sorcières » et aux empoisonneuses.
En 1672, à la mort naturelle d’un officier de cavalerie et aventurier perclus de dettes, Godin de Sainte-Croix, on découvrit lors de l'inventaire après décès dans ses papiers, dans un coffret, neuf lettres de sa maîtresse, la marquise de Brinvilliers ainsi qu’une reconnaissance de dette de la marquise, d’un montant de 30 000 livres et diverses fioles qui, après avoir été analysées par un apothicaire, révèlent avoir contenu divers poisons laissant peu de traces dans l'organisme. Elle a essayé de tuer son père 10 fois avant d'y arriver.
Dans ses lettres, la marquise reconnaît aussi avoir empoisonné par un mélange d'arsenic et de bave de crapaud son propre père et ses deux frères pour s’approprier leur part d’héritage. Dans la même cassette, la police trouve aussi une procuration du receveur général du clergé, Pierre Louis Reich de Pennautier, datée du 17 février 1669, autorisant un marchand de Carcassonne à recevoir par l’entremise de Godin de Sainte-Croix, de la part de la marquise de Brinvilliers, une somme de 10 000 livres qu’il lui aurait prêtée sous le nom de Paul Sardan.
Sur le paquet est écrit « papiers pour être rendus à M. de Penautier, receveur général du clergé, et je supplie très humblement de bien vouloir les lui rendre en cas de mort, n’étant d’aucune conséquence qu’à lui seul ». Un dernier document, une quittance signée de Cusson, le marchand de Carcassone prouve que la marquise de Brinvilliers a remboursé deux mille livres à Cusson le 30 novembre 1669.
Les créanciers de Godin de Sainte-Croix s'adressent au Procureur du Roi pour réclamer leurs dus, les hautes sphères de l'État s'intéressent dès le début à cette affaire puisque Colbert est un proche de Pennautier.

Gabriel-Nicolas de la Reynie (1625-1709), gravure de Pierre Mignard.


Une fois la cassette découverte, la marquise de Brinvilliers est citée à comparaître devant la justice le 22 août 1672, mais se réfugie à Londres. Dès le 3 décembre 1672, Colbert tente d’obtenir le retour en France de la marquise de Brinvilliers mais sans provoquer d’incident diplomatique avec l’Angleterre. Il écrit ainsi à l’ambassadeur de France à Londres pour tenter d’obtenir l’extradition de la marquise de Brinvilliers, en indiquant « Si le roi d’Angleterre voulait bien la faire arrêter, la faire mettre aussitôt en un bâtiment et l’envoyer promptement à Calais, cela serait fait et exécuté auparavant que personne en eût connaissance ». Elle se réfugie alors à Valenciennes, en Hollande puis à Liège, dans un couvent.
La Chaussée, valet de Godin de Sainte-Croix, est lui arrêté dès le 4 septembre 1672. Jugé en février 1673 il est condamné à être rompu vif fin mars, car il est considéré comme le complice de la marquise de Brinvilliers, ayant servi d'abord son frère. Il est également suspecté d'avoir voulu empoisonner le Roi à l'instigation de Godin de Sainte-Croix qui avait cherché à obtenir pour lui une charge d'officier du gobelet avec la caution de Pierre Louis Reich de Pennautier. Enfin après avoir subi la question préalable, La Chaussée a reconnu avoir servi de tueur à gages à de Sainte-Croix.
Après avoir été jugée par contumace en 1673, la marquise de Brinvilliers est retrouvée dans un couvent à Liège et arrêtée le 25 mars 1676 par la ruse d’un exempt de police déguisé en prêtre, François Desgrez, le plus fin limier du lieutenant-général de police de La Reynie. Lors de son arrestation sont retrouvées dans sa chambre des lettres de confession dans lesquelles elle s'accuse d'homicides, d'avortement, de pyromanie mais aussi d'une enfance dévastée par un viol à l'âge de 7 ans et des actes incestueux de la part d'un de ses frères. Il n'est pas possible pour l'historien de démêler la part de vérité et de fantasme dans ces confessions.
La marquise de Brinvilliers est extradée, ramenée en France. Elle est soumise à un premier interrogatoire le 17 avril 1676 et écrouée à la Conciergerie le 26 avril 1676, alors qu’elle refuse d’avouer et déclare que ses lettres de confession ont été écrites lors d'un acte de folie. Sa tentative de suicide échoue. Son long procès (29 avril-16 juillet 1676), sa condamnation et son exécution sont rapportés dans la correspondance de Madame de Sévigné (« Cette affaire occupe tout Paris. ») ainsi que dans les Crimes Célèbres d’Alexandre Dumas.
Pierre Louis Reich de Pennautier fut emprisonné le 15 juin 1676 à la Conciergerie, après avoir été mis en cause par la marquise de Brinvilliers, qui déclare aux enquêteurs lors de nouveaux interrogatoires: « s’il dégoutte sur moi, il pleuvra sur Penautier ». Ce dernier est alors cité dans une autre affaire d’empoisonnement : Mme Hanivel de Saint Laurens, alias Marie Vosser, veuve de l’ancien receveur du Clergé de France, l’accuse d’avoir empoisonné son mari le 2 mai 1669, pour pouvoir prendre possession de sa charge, ce qu’il fit effectivement le 12 juin 1669. Pennautier fera intervenir de nombreux ecclésiastiques et fut libéré de prison le 27 juillet 1677 après treize mois dans les geôles.
Le 26 juin 1676, Louis XIV écrit à Colbert : « sur l’affaire de Mme de Brinvilliers, je crois qu’il est important que vous disiez au premier président et au procureur général, de ma part, tout ce que de gens de biens comme eux doivent faire pour déconcerter tous ceux de quelque qualité qu’ils soient qui sont mêlés dans un si vilain commerce »

La marquise de Brinvilliers en 1676 après son emprisonnement, par Charles Le Brun.


Dans un second temps, sept ans après les faits et trois ans après l’exécution de la Marquise et de son valet La Chaussée, l’affaire rebondit sur le terrain des messes noires. En 1679, l’enquête révéla qu’une certaine Marie Bosse avait fourni des poisons à certaines épouses de membres du Parlement voulant empoisonner leur mari. Marie Bosse dénonça la femme Montvoisin, dite « la Voisin ».
Les « révélations » des inculpés portant sur des personnes de qualité, il fut créé un tribunal spécial : la « Chambre ardente ». De grands personnages, surtout des femmes, furent alors cités : Madame de Vivonne (belle-sœur de Madame de Montespan), Madame de La Mothe, Mesdemoiselles des Œillets et Cato (femmes de chambre de Madame de Montespan), la comtesse de Soissons, la comtesse du Roure, la comtesse de Polignac, le maréchal de Luxembourg, et d’autres encore.
Le lieutenant de police La Reynie peina à trouver des preuves autre que des témoignages parfois farfelus. À l’accusation d’empoisonnement s’ajoutèrent d’autres : meurtres d’enfants lors de messes noires dites par des prêtres débauchés (dont Étienne Guibourg), profanations d’hosties ou même fabrication de fausse monnaie.
Ce zèle de la part de La Reynie vient de la lutte entre Louvois, ministre de la Guerre, et Jean-Baptiste Colbert, Louvois menant une enquête secrète pour le compte du roi, tandis que certains des nouveaux accusés illustres étaient présentés comme des proches de Colbert, dont l’influence sur le roi avait fortement chuté, après avoir été contestée par les milieux catholiques ou économiques dès 1669. Cette contestation s’était amplifiée après la faillite en 1674 de la Compagnie des Indes occidentales, puis la liaison entre le roi et la Marquise de Maintenon, qui reproche par écrit à Colbert de n’être pas assez attentif à la religion.
Après l’exécution de sa mère, la fille de la Voisin mit en cause Madame de Montespan, déjà en disgrâce auprès du roi : celle-ci aurait eu des relations avec la Voisin, sans doute pour obtenir des poudres, propres à lui ramener l’amour du roi, et aurait participé à des cérémonies de conjuration. Il n’existe cependant aucune preuve qu’elle ait pris part à des messes noires ou ait organisé l’empoisonnement de ses rivales, telle Marie Angélique de Fontanges, décédée de mort naturelle mais dans des circonstances jugées à l’époque étranges. Madame de Montespan, mère des enfants du roi, resta à la Cour. Malgré les rumeurs concernant son ancienne favorite, le roi continua à la voir chaque jour, lorsqu’il visitait ses enfants.
La Chambre ardente auditionna 442 accusés, ordonna 367 arrestations et prononça contre des comparses secondaires trente-six condamnations à mort, 23 bannissements du royaume et cinq condamnations aux galères. Elle fut dissoute en 1682 par ordre de Louis XIV, sans qu’aient été jugés les accusateurs de Madame de Montespan, qui furent enfermés dans des forteresses royales, comme la forteresse du Saint-André, à Salins-les-Bains.
La Voisin fut brûlée vive en place de Grève le 22 février 1680. Plusieurs condamnées furent enfermées à la citadelle Vauban du Palais, à Belle-Île-en-Mer.
Après avoir relu les pièces une à une de tout le dossier de cette « Affaire des Poisons » contenu dans un coffre scellé que Louis XIV détient depuis 1682, le roi français décide que cette affaire reste dans un « éternel oubli » : un arrêt du Conseil du roi daté du 13 juillet 1709 ordonne de faire brûler les « vingt-neuf gros paquets de divers registres », procès-verbaux et rapports de police. Ceux-ci furent confiés à un valet qui les jeta au feu. Il reste néanmoins des traces écrites de la procédure inquisitoire (copies des actes détenues par le lieutenant de police La Reynie et par la magistrature de la Chambre ardente) qui ont permis aux historiens de reconstituer précisément cette affaire d'État
 

_________________


Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Thu 12 Jun - 05:06 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote



Marie Fortunée Capelle, connue sous le nom de Marie Lafarge (15 janvier 1816 - 7 novembre 1852), est une criminelle française. Elle est condamnée en 1840 aux travaux forcés à perpétuité et à l’exposition sur la place publique de Tulle pour le meurtre de son époux, Charles Lafarge, 28 ans. Elle est censée être l'arrière-petite-fille supposée de Philippe Égalité, et de Félicité de Genlis (1746-1830).
Marie Capelle est supposée descendre de Louis XIII par sa grand-mère Herminie Compton, censée être née d'une liaison entre Félicité de Genlis et Philippe Égalité, duc d’Orléans. Cette ascendance aura un impact considérable lors de son procès, tenu sous la Monarchie de Juillet et le règne de Louis-Philippe d'Orléans, le fils légitime de Philippe Égalité. La presse, que le pouvoir avait muselée par les fameuses lois de septembre 1835, allait s’empresser de dénoncer cette « bâtarde Orléaniste devenue empoisonneuse », et cela pouvait bien faire vaciller le trône.
Marie Capelle devient rapidement orpheline de son père, celui-ci ayant été tué dans un accident de chasse. Elle est élevée par ses tantes, qui lui donnent une éducation digne de son rang social : elle lit rapidement Lamartine et George Sand.
Marie Fortunée Capelle épouse, à 23 ans, Charles Lafarge (1811-1840), maître de forge au Glandier, commune de Beyssac ; encombré par des difficultés financières, il sait qu’en l'épousant, il reçoit une dot de 80 000 francs-or qui lui permet d’éviter la faillite. Toujours présenté comme un « brave homme, mais un peu bourru », Charles Lafarge aurait été en fait un personnage vil et corrompu, rongé par la violence et sujet à des crises d’épilepsie.
Emma Pontier, cousine germaine de Charles Pouch-Lafarge, rapportera que sa situation financière était connue de tout le pays : « Il devait essayer un nouvel emprunt, trouver un mariage d’argent à faire ou ne plus revenir. »
Pour Marie, le changement est radical entre sa vie au château de Busagny et Beyssac : Charles Lafarge a en effet fait miroiter à sa fiancée qu’il était propriétaire du château de Pompadour en Corrèze, mais lorsque le couple arrive au Glandier, Marie découvre une vieille demeure délabrée, infestée de rats et prétendument hantée.
Le Glandier est en réalité un ancien monastère fondé en 1219, à la suite d'une donation d’Archambaud VI de Comborn, en expiation d’un crime ; il a été soutenu au cours des siècles par de nombreux bienfaiteurs ; abandonné et saccagé à la Révolution, il est acquis en 1817 par la famille Lafarge, qui implante en aval une forge industrielle en 1834.
Les Chartreux rachèteront la propriété aux Lafarge en 1860 et rebâtiront le monastère, qui abrite aujourd’hui un centre de soins pour handicapés mentaux.
Désespérée, Marie adresse une lettre à son époux, où elle lui propose de s’enfuir en lui laissant sa dot ; devant le refus de ce dernier, elle fait contre mauvaise fortune bon cœur et prend la maison en main tandis que Lafarge cherche de l’argent par monts et par vaux.
La bâtisse étant infestée par les rats, Marie décide de les empoisonner avec de l’arsenic. C’est un des domestiques, Denis Barbier, petit escroc parisien rencontré à Paris par Charles Lafarge, qui se procure le produit, d’abord à la pharmacie Eyssartier à Uzerche. Barbier est un homme-clé dans ce fait divers : c’est lui qui propagera la thèse de l’empoisonnement.
Pendant ce temps, Marie envoie des gâteaux à son époux.
Charles est à Paris, il vient d’obtenir un brevet qui lui permet de diminuer les frais de chauffage dans la fabrication du fer. Il revient en Corrèze.
En décembre 1839, Marie expédie à son époux un gâteau qu’elle a elle-même confectionné. La pâtisserie, faite avec du lait non pasteurisé, voyage entre la Corrèze et Paris.
Le 18 décembre 1839, Charles Lafarge tombe gravement malade ; revenu à Beyssac le 3 janvier 1840, il y meurt le 14 janvier suivant. Sa mère fait alors courir le bruit que Charles a été empoisonné par Marie, et prévient le procureur du Roi.
Le lendemain du décès, la police perquisitionne et découvre de l’arsenic partout : sur les meubles, les aliments, de la cave au grenier.
Par ailleurs, sur les 15 analyses toxicologiques effectuées sur le corps de Charles Lafarge, les médecins de l’époque ne démontreront qu’une seule fois la présence « d’une trace minime d’arsenic ».

Huit mois après le décès de son époux, Marie Lafarge, âgée de 24 ans, est inculpée de meurtre par empoisonnement et comparaît devant la Cour d’assises de Tulle. Elle est défendue par 4 avocats, Maîtres Paillet, Charles Lachaud (1817-1882), Desmont et Bac.
Le 3 septembre 1840, le procès débute et, au fil des audiences, la foule est de plus en plus nombreuse et les badauds se bousculent dans la salle des Pas-Perdus pour y assister. Des dizaines de témoins vont se succéder à la barre.
« Tant mieux pour sa parenté si elle est innocente du crime, mais j'avoue que, vu la discussion des premiers et seconds experts, ces énormes achats d'arsenic, et, surtout, cette transition si subite d'une horrible répugnance à des tendresses excessives pour son mari, elle me restera toujours assez suspecte pour désirer une autre garde-malade si j'avais des tisanes à faire faire. Une chose qui me choque tout particulièrement de [sa] part, ce sont ces rires inextinguibles pendant la déposition emphatique et, à la vérité, ridicule, d'un des témoins à charge. Plus une personne, sous le coup d'une pareille accusation, serait innocente, plus elle devrait souffrir, et tout en conservant le calme d'une bonne conscience, elle devrait être occupée à d'autres idées que de se livrer à de pareils éclats d'hilarité. 
Il n'a été question hier soir, au salon, que de Mme Lafarge ; on est ici, comme partout, fort divisé d'opinions sur son compte. Ceux qui la croient innocente disent que le mari n'est pas mort empoisonné mais de l'usage des mouches cantharides qu'il prenait pour être un vaillant mari, et que c'est à [celle-ci] qu'il faut attribuer le prompt changement des dispositions de sa femme. Ceux qui persistent à (la) croire coupable disent qu'il faut plutôt croire les premiers experts qui ont opéré sur les matières fraîches, que ceux qui ont analysé des matières incomplètes, décomposées; ils s'appuient sur les mauvaises tendances, hier avérées, de l'accusée, sur ses lettres, ses habitudes de mensonges et de comédie, sa mauvaise réputation dès sa première jeunesse, la hâte que sa famille avait de la marier pour s'en défaire, au point d'avoir recours à un bureau matrimonial. Elle est petite-fille d'une Mme Collard, Hermine, élève de Mme de Genlis, et assez généralement supposée être sa fille et celle de M. le duc d'Orléans, père du Roi des Français actuel. C'est à cette filiation qu'on attribue l'intérêt très vif qu'on prend aux Tuileries pour Mme Lafarge. Dans son affaire des diamants, on la juge selon le monde et l'opinion auxquels on appartient tout ce bord-là la croit coupable Toute la démocratie, charmée de trouver en une femme du beau monde, tient la fable inventée par Mme Lafarge contre Mme Léautaud pour véritable. »
Entre une belle-mère machiavélique, voulant à tout prix préserver le patrimoine de la famille, et un avocat général borné, l’étau se resserre progressivement sur Marie.
La plaidoirie de Maître Paillet dure sept heures et le verdict tombe après les nombreuses batailles entre experts et contre-experts et sans d’ailleurs que l’auditoire ait été convaincu par l’accusation. L'accusée est condamnée aux travaux forcés à perpétuité et à une peine d'exposition d'une heure sur la place publique de Tulle.
Malgré les analyses négatives effectuées par des chimistes de Tulle et de Limoges, démontrant l’absence de traces arsenicales, le ministère public persiste et demande une nouvelle autopsie du corps de Charles Lafarge.

Mathieu Orfila, doyen de la faculté de médecine de Paris, inventeur de la toxicologie médico-légale et un des auteurs du manuel de l’appareil de Marsh (en) qui détecte les traces d’arsenic, prince officiel de la science et royaliste convaincu proche du pouvoir orléaniste, est dépêché de Paris : à la surprise générale il décèle par des manipulations, considérées aujourd’hui comme étant douteuses, une quantité minime d’arsenic dans le corps du défunt.
Aussitôt fait, il repart à Paris en emmenant dans ses bagages les réactifs utilisés pour la contre-expertise.
La présence de l’arsenic dans le corps de Lafarge est donc le fil rouge du procès.
Maître Théodore Bac l’a bien compris et tente le tout pour le tout : il demande à Raspail, brillant chimiste à Paris, de mettre sa pierre à l’édifice dans le système de défense.
Raspail mettra 36 heures pour arriver à Tulle mais arrivera 4 heures après que le jury se sera prononcé. Il est trop tard pour démontrer une présence dite « naturelle » de l’arsenic dans tous les corps humains. L’arsenic confiné dans les os des individus est une réalité.
« "la légende veut, mais ce n'est qu'une légende, qu'après la démonstration d'Orfila établissant la présence d'arsenic dans le corps de M. Lafarge, Raspail, l'apôtre du camphre et de la Révolution, fut appelé en hâte pour combattre cette redoutable expertise. - de l'arsenic! aurait-il dit, il y en a partout, même dans votre fauteuil, Monsieur le Président. Et si M. Orfila consent à se soumettre à une cuisson convenable, j'en trouverai dans ses intestins. c'est de cette légende qu'est né le couplet: et quand Raspail arriva, soudain Orfila fila"»
— Adrien Pleytel, L'humour au palais: édition Albain-Michel 1925
Il aura néanmoins cette phrase : « On a trouvé de l’arsenic dans le corps de Lafarge ? Mais on en trouverait partout, même dans le fauteuil du président ! »
À l'époque, la piste de l'intoxication alimentaire n'a pas été abordée. Charles Lafarge s'est senti mal après l'absorption d'un chou à la crème envoyé par son épouse. D'où l'accusation d'empoisonnement. Mais Charles Lafarge a pu tout simplement décéder à cause du gâteau, fait avec de la crème et du beurre, non pasteurisé cela va de soi, et qui avait en outre voyagé 3 jours.

Le 19 septembre 1840, Marie Lafarge-Capelle est condamnée aux travaux forcés à perpétuité.
« Voilà donc le grand drame Lafarge terminé. Elle est condamnée il faut que cette femme par son aspect, que l'action des débats, les gestes, les physionomies, aient produit un effet bien frappant, pour amener cette conviction, qui résulte d'autre chose que des faits et qui a provoqué sa condamnation il y avait grand partage de sympathie et d'antipathie dans le public; Mme Lafarge était soutenue par une famille puissante. Ce qu'il y a de singulier et de rare dans ce procès, c'est que je n'y vois personne, pas même la victime, qui inspire de l'intérêt. Avec si peu de personnes à estimer dans (ses) accusateurs, il faut qu'elle ait fortement impressionnée le jury de sa culpabilité pour être condamnée. »
(Duchesse de Dino, du château de Valençay, le 24 septembre 1840, op. cit, pp. 382 et 383).
Sa condamnation fait des remous jusqu’à Paris : George Sand écrit au peintre Eugène Delacroix et parle « d’affaire mal menée et salement poursuivie par le ministère public ».
Elle est envoyée au bagne de Toulon ; la rapide dégradation de son état de santé conduira Louis-Philippe Ier à commuer sa peine en détention criminelle à perpétuité.
Transférée dans une des tours de la prison de Montpellier, elle contracte la tuberculose et est libérée par le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte en juin 1852. Elle meurt le 7 novembre de la même année.
Durant toute la durée de son emprisonnement, elle écrivit un journal intime d'une grande qualité littéraire, publié sous le titre Heures de prison (éditions Librairie nouvelle).
Elle est inhumée au cimetière d'Ornolac-Ussat-les-Bains.
Me Lachaud, défenseur de Mme Lafarge lors de son procès, ne cessa d'entretenir sa tombe après sa mort en 1852, et quand lui même fut gagné par la maladie, trente ans plus tard, il demanda à Mme Paul de Cassagnac de continuer à fleurir le tombeau:« les coeurs qui croient à l'innocence de Marie Capelle deviennent de plus en plus rares. Puisque vous êtes un de ceux-là, promettez moi d'entretenir sa tombe quand je serai mort... cette pensée me fera du bien. »
« Coup monté », « erreur judiciaire », « crime parfait » … « L’affaire Lafarge » restera pour l’opinion publique une des plus grandes énigmes judiciaires, à l’image de « l’affaire Dreyfus » ou de « l’affaire du collier de la reine ».
Écrivains, journalistes, juristes s’intéressent encore aujourd’hui à cette mort suspecte. En 1937, « L’affaire Lafarge » a même été adaptée au cinéma par le réalisateur Pierre Chenal.
Une enquête, menée en 1978, aurait démontré que Charles Lafarge serait en réalité mort de la fièvre typhoïde, dont le bacille était à l’époque mal identifié.
La généalogiste Chantal Sobieniak, en faisant des recherches en 2010 sur une affaire de justice à Brive, découvre dans un sac de procédure 52 documents d'un procès s'étant déroulé en 1818 à Beyssac et ayant rapport avec l'affaire Marie Lafarge, ce qui a donné lieu à son ouvrage Rebondissements dans l'affaire Lafarge.

 

_________________


Back to top
Russell
Administrateur

Offline

Joined: 04 Jul 2012
Posts: 5,601
Localisation: GR-0
Masculin Sagittaire (22nov-21déc) 馬 Cheval

PostPosted: Thu 12 Jun - 06:37 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

Faut quand même être un peu empoisonné pour foutre ces personnages !  Mort de Rire

J'adore ! Excellente idée de chronologie Okay
_________________


Back to top
Omphale


Offline

Joined: 17 Jul 2012
Posts: 14,918
Localisation: Ria
Féminin Sagittaire (22nov-21déc) 虎 Tigre

PostPosted: Thu 12 Jun - 14:09 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

ces affaires criminelles me passionnent depuis longtemps, je me demande si je ne suis pas un peu détraquée du ciboulot parfois, cependant ça ne me donne pas envie de passer à l'acte
_________________
"attends d'avoir traversé la rivière avant de dire que le crocodile a une sale gueule" (Joseph Andjou)


Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Fri 13 Jun - 05:55 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

Une lectrice et un lecteur merci  

_________________


Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Fri 13 Jun - 06:07 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

Marie Madeleine Dreux d'Aubray, marquise de Brinvilliers, née le 2 juillet 1630, rendue célèbre par l'Affaire des poisons, fut jugée le 16 juillet 1676 et exécutée le lendemain pour crime de fratricide par empoisonnement.
La marquise est la fille d'Antoine Dreux d'Aubray (1600-1666), seigneur d'Offémont et lieutenant civil du Châtelet de Paris à l'époque de la Fronde (il apparaît à ce titre dans les Mémoires du cardinal de Retz), et de Marie Olier († 1666). Elle est par sa mère la nièce de Jean-Jacques Olier, membre éminent du parti des dévots, car fondateur de la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice.
Orpheline de mère morte en couches, elle est violée par un domestique à sept ans. Sa réputation sulfureuse lui prête ensuite, sans la moindre preuve, des relations incestueuses avec un de ses frères dès l'âge de dix ans.
Elle épouse le 20 décembre 1651 Antoine Gobelin, marquis de Brinvilliers, mestre de camp, qui a commandé le régiment d'Auvergne, et joueur. Des témoignages contemporains nous la présentent à l’époque comme un joli brin de femme avec un air d’innocence désarmant4. Issue de la noblesse de robe, elle reçoit une bonne éducation : Marie-Madeleine devient une femme assez instruite si l'on regarde son écriture d'après certaines sources d'époque. Elle fait peu de fautes d'orthographe et possède une bonne syntaxe. Ce n'est pas négligeable dans un temps où une majorité de femmes (également dans la noblesse) ne savent ni lire, ni écrire et se trouvent même incapables de signer par leur nom. Elle deviendra mère de sept enfants, dont quatre illégitimes. Les époux Brinvilliers vivent dans un hôtel particulier 10, rue Saint-Paul à Paris
La marquise devient amie de Pierre Louis Reich de Pennautier, trésorier des états de Languedoc, homme d'affaires, qui devient en 1669 receveur général du clergé.
Elle succombe aux charmes de Godin de Sainte-Croix, un officier de cavalerie passionné par l'alchimie, qui lui est présenté par son mari. Dépensant sans compter pour satisfaire ses goûts de luxe et ceux de son amant, se lançant dans des placements aventureux conseillés par Pennautier, elle vivra des années brillantes sans cesser d'être au bord de la ruine. Antoine de Brinvilliers ne se soucie guère de la relation de sa femme avec Sainte-Croix, entretenant lui-même plusieurs maîtresses et dépensant sa fortune au jeu

Dreux d'Aubray, irrité de la conduite de sa fille, fait emprisonner en 1663 le séducteur à La Bastille par une lettre de cachet. Sainte-Croix y devient l'ami de son compagnon de cellule, l'empoisonneur italien Exili, qui avait déjà commis de nombreux empoisonnements. Le chevalier a déjà été formé à cet art en suivant les cours de Christophe Glaser au Jardin royal des plantes.
À sa sortie au bout de 6 semaines d'embastillement, il retrouve sa maîtresse et lui enseigne l'art qu’il vient d’apprendre. Devenue experte et certainement sous l'influence de son amant, Marie Madeleine achète des fioles chez Glaser et aurait exercé ses « talents » sur des malades de l'Hôtel-Dieu et sur sa femme de chambre, notant tout (doses, symptômes, longueur de l'agonie). Elle réussit à empoisonner successivement son père (le 10 septembre 1666), puis ses deux frères et sa sœur, à six mois d'intervalle, (en 1670) afin de faire disparaître les obstacles à sa liaison et de toucher seule l'héritage qui se révèle dérisoire. L'empoisonnement du premier frère en 1670 coïncide avec le décès d'Henriette d'Angleterre, qui ne fut pas empoisonnée, contrairement à ce qu'en pensa l'opinion (porphyrie aiguë intermittente probable ou péritonite biliaire).
Son mari, soupçonneux et craignant pour sa vie, préfère se retirer dans ses terres
Afin de faire chanter la marquise et de continuer à lui soutirer de l'argent, Sainte-Croix enferme des preuves de la culpabilité (confession écrite de sa main dans son journal intime, des lettres d'amour de la marquise ainsi que des fioles de poison) de sa maîtresse dans une cassette «à n'ouvrir qu'en cas de mort antérieure à celle de la Marquise». Et malheureusement pour elle, Godin de Sainte-Croix meurt accidentellement en 1672. La cassette trouvée et ouverte, la Marquise est recherchée et s'enfuit successivement à Londres, d'où Colbert tente de la ramener de force en France, puis aux Provinces-Unies et à Liège et peut-être en Flandre.
Le valet de Sainte-Croix, La Chaussée, qui avait aidé la Marquise, est arrêté. Soumis à la question, il passe une confession complète.
Elle-même, condamnée par contumace en 1673, est retrouvée dans un couvent à Liège et ramenée en France en 1676 par la ruse d'un exempt de police déguisé en prêtre, François Desgrez. Sa tentative de suicide échoue. Au cours de son long procès (29 avril - 16 juillet 1676), elle refuse tout aveu malgré la question. Elle est condamnée à une amende honorable, c'est-à-dire que son exécution est rendue publique.
Conduite en place de Grève en robe de bure, elle est décapitée, les yeux bandés, à l'épée, par le bourreau de Paris André Guillaume, qui porte ensuite son corps jusqu'au bûcher. Puis le bourreau prend la tête encore bandée et la jette dans le brasier devant la foule qui se bouscule. Les valets du bourreau dispersent ses cendres dans la Seine ainsi que l'ensemble des fioles et poudres trouvées tandis que ses biens confisqués
Les raisons avancées pour ces assassinats répétés, de sang-froid, furent variées sans qu'aucune d'entre elles suffise : prise de contrôle de l'héritage familial, volonté de s'émanciper de sa famille, énorme besoin d'argent pour son train de vie, ou tout simplement le goût du meurtre. Sa vindicte contre sa famille et son terrible passé furent évoqués : dès l'âge de sept ans, elle est violée par un de ses domestiques et vers l'âge de dix ans, elle se « donne » à ses jeunes frères.
L'usage du poison est commun à la plupart des tueuses qui évitent l'acte physique. La marquise a utilisé des mélanges incluant de nombreux produits, dont l'arsenic, qu'elle sut habilement doser, selon le temps dont elle disposait. C'est le temps pris pour empoisonner son père qui épouvanta le plus. Mme de Sévigné écrira plus tard : « Assassiner est le plus sûr ; c’est une bagatelle en comparaison d’être huit mois à tuer son père, et à recevoir toutes ses caresses et toutes ses douceurs, où elle ne répondoit qu’en doublant toujours la dose. »
En même temps, son courage sous la torture et son extraordinaire piété en prison émurent nombre de ses contemporains, qui virent en elle une « sainte ».

Son avocat, Maître Nivelle, plaida le manque de preuves et l'absence d'aveu. Ce n'est qu'après son procès, dans l'attente de son exécution, qu'elle accepte de se confier à un confesseur, l'abbé Pirot. Edmond Pirot, théologien, fut désigné par le président Guillaume Ier de Lamoignon pour assister La Brinvilliers afin d'obtenir les renseignements que la justice n'avait pu obtenir. Pirot dira qu'il était en face d'une sainte et qu'il aurait souhaité être à la place de la marquise.
Lors de l'exécution, le 17 juillet 1676, sa piété impressionne la foule, même si son corps sera brûlé et ses cendres dispersées.
Son procès, sa condamnation et son exécution sont rapportées dans les Crimes Célèbres d'Alexandre Dumas et dans la correspondance de Madame de Sévigné qui écrit : « Le lendemain on cherchoit ses os, parce que le peuple disoit qu’elle etoit sainte. ». Une sainte dont on a dit qu'elle aurait voulu punir l'alliance franco-anglaise de 1670 en empoisonnant Madame Henriette d'Angleterre, tout comme on avait tenté en 1658 d'empêcher l'alliance de Mazarin avec une puissance hérétique. Actuellement, nombre d'auteurs, dont Agnès Walch ont reconsidéré le procès de madame de Brinvilliers. Sans lui enlever la responsabilité de ses crimes, ils pensent d'une part que le chevalier de Sainte-Croix avait pris l'initiative des meurtres, et d'autre part, que la marquise ne put guère se défendre au cours de son procès. Si l'on reprend les témoignages de l'abbé Pirot, ses juges voulurent surtout connaître le nom de ses complices. En prenant en compte les intrigues politiques de l'époque, certains auraient par exemple souhaité voir le receveur du clergé Pierre Louis Reich de Pennautier compromis. Mais jamais Marie-Madeleine de Brinvilliers ne l'accusa de complicité. Par ailleurs, certains témoignages abusifs de ses anciens domestiques ont contribué à renforcer une légende noire autour du personnage.
Selon l'historien Michel Vergé-Franceschi, il est très probable que les poisons de la marquise aient servi à assassiner Madame Henriette d'Angleterre à son retour d'Angleterre, ce qui semble infirmé par la découverte récente d'une maladie sanguine rare (voir supra), 13 jours après que la marquise assassine son frère, sans pouvoir prétendre à l'héritage familial car l'autre frère et sa sœur sont encore en vie.
Cousine du roi Louis XIV, Henriette d'Angleterre contribua au traité de Douvres, scellant le rapprochement entre son frère Charles II (restauré en 1660) et Louis XIV et empêchant la France d'appuyer l'Espagne. Deux semaines après son retour de Londres Madame, âgée de 26 ans, fut saisie de violentes douleurs après avoir bu un verre de chicorée, ce qui ne prouve évidemment pas la signature du poison. Son agonie dura à peine quelques heures, dans la nuit du 30 juin 1670, au château de Saint-Cloud (voir supra).

Les poisons de la marquise auraient un an plus tôt également été commandés par les Vénitiens, lors de deux tentatives d'empoisonner Colbert :
juste avant que le roi ne le nomme secrétaire d'État à la Marine, le 18 février 1669
lors de son passage à Marseille avec le roi, le 5 mai 1669. Au même moment, le 2 mai 1669, l'ami de la marquise Pierre Louis Reich de Pennautier est accusé d'avoir empoisonné l'ancien receveur du Clergé de France pour pouvoir prendre possession de sa charge, ce qu'il fit effectivement le 12 juin 1669, soit seulement un mois après. C'est en tout cas ce dont l'accusa au procès Mme Hanivel de Saint Laurens, la veuve du receveur.
Dans les deux cas, selon l'historien, la proximité chronologique des empoisonnements s'explique par l'utilisation du même produit, difficile à fabriquer et conserver, le premier assassinat permettant à chaque fois de vérifier si le dosage est suffisant.
La première tentative d'empoisonnement de Colbert daterait du 17 février 1669, veille de sa nomination et date du document liant Pennautier et la marquise. La seconde, opérée par le vénitien Giafferi, selon les correspondances de Madame de Sévigné, se traduit par des maux de ventre du ministre pendant plusieurs mois.
Colbert était déjà soupçonné de trahir la papauté et son alliée Venise dans leur long combat contre les turcs, le clergé réclamant avec force l'expédition de Candie (Crète) pour rétablir l'autorité de la papauté, mais aussi renforcer l'influence des Français au Vatican.
Louis XIV envoie 6 000 hommes et 42 navires qui combattent à Candie sous la bannière du pape pour dissimuler son double jeu à ses alliés Ottomans, mais le 21 août 1669 la flotte française et les alliés lèvent l'ancre pour le retour. Le 6 septembre, signature d'un traité entre le chef militaire vénitien Morosini et le grand vizir Ahmed Köprülü : les Vénitiens sont vaincus et perdent la Crête, dernière possession hors de l'Adriatique.
À la fin juin 1669, aux débuts de l'expédition, le parti des dévots commença ensuite à orchestrer une campagne pour faire de Colbert le commanditaire de la mort au combat du Duc de BeaufortFrançois de Vendôme.
Pour se débarrasser de la surveillance de son père sur ses mœurs, la marquise se mit à tester divers poisons à la faveur de la nuit dans les hôpitaux, selon des rumeurs non avérées : les malades dont elle s'approchait et à qui elle distribuait des biscuits plus ou moins imprégnés de poison, n'auraient pas tardé à succomber en d'horribles souffrances. Rien ne prouve cependant la véracité de ces faits, qui semblent tenir de l'affabulation. Le procès de la marquise vit défiler de nombreux témoins dont le témoignage n'est pas toujours crédible.
Le 13 juin 1666, son père souffrait depuis plusieurs mois de maux étranges. Priant sa fille de le rejoindre à son château d'Offémont, il fut pris d'affreux vomissements qui continuèrent jusqu'à sa mort, le 10 septembre à Paris, malgré les meilleurs médecins. La Marquise avouera qu'il fut empoisonné 28 ou 30 fois, par elle ou par le laquais de son amant, La Chaussée, qu'elle fit embaucher chez son père.
En 1670, ses deux frères furent empoisonnés par le même La Chaussée, le premier le 17 juin 1670, soit treize jours seulement avant la mort d'Henriette d'Angleterre, et le second en novembre 1670. Lors de l'autopsie, des « traces suspectes » furent décelées, mais l'affaire en resta là. La marquise avait une sœur, qui avait sagement choisi de ne plus la revoir après les décès des frères.
Elle tenta de s'en prendre à son mari, nous dit son confesseur, en multipliant les doses infimes pour que l'on croie qu'il souffrait d'une fluxion dans les jambes. Mais son amant, sentant qu'il était lui-même en danger, administra au mari un antidote pour le sauver.
La marquise n'avait pas intérêt à tuer son ex-amant, mais à récupérer les preuves conservées par ce maître-chanteur, qui s'éloigna d'elle et enferma dans une cassette les reconnaissances de dettes, les lettres d'amour de la marquise, plusieurs fioles de poison et une lettre accusatrice.


 

_________________


Back to top
Omphale


Offline

Joined: 17 Jul 2012
Posts: 14,918
Localisation: Ria
Féminin Sagittaire (22nov-21déc) 虎 Tigre

PostPosted: Fri 13 Jun - 14:36 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

les poisons étaient appelés "poudres de succession", charmant vocable mais arme redoutable
_________________
"attends d'avoir traversé la rivière avant de dire que le crocodile a une sale gueule" (Joseph Andjou)


Back to top
saintluc
Administrateur

Offline

Joined: 17 Apr 2012
Posts: 58,950
Localisation: Longitude : 1°35',29 E Latitude : 50°29',43 N
Masculin Taureau (20avr-20mai) 兔 Lapin

PostPosted: Sat 14 Jun - 05:57 (2014)    Post subject: Empoisonneuses et empoisonneurs; empoisonné(e)s célèbres Reply with quote

Marie Besnard, de son nom de jeune fille Marie Joséphine Philippine Davaillaud (15 août 1896 - 14 février 1980), surnommée « l’empoisonneuse de Loudun », « la Brinvilliers de Loudun » ou « la Bonne Dame de Loudun », est soupçonnée d'être une tueuse en série et reste au centre d'une des énigmes judiciaires françaises du xxe siècle.
C'est le 21 juillet 1949 que Marie Besnard est inculpée pour le meurtre par empoisonnement de douze personnes, dont son propre mari.
L'histoire se passe dans la ville de Loudun (8 000 habitants à l'époque des faits), là où l'affaire Urbain Grandier (né en 1590, et mort sur le bûcher de Loudun en 1634) avait fait grand bruit quelques siècles auparavant. On observe plusieurs similitudes entre ces deux affaires, dont la part très importante des rumeurs ; rumeurs qui ont joué dans l'arrestation de Marie Besnard comme dans celle d'Urbain Grandier. C'est ce que souligne Frédéric Pottecher, chroniqueur judiciaire à la radio du procès de Marie Besnard, dans la préface du livre Nous, Urbain Grandier et Martin Guerre, condamnés et exécutés (édition Cherche-Lune). Les deux accusés ne donnèrent jamais aucune information pouvant être retenue contre eux. Marie Besnard fut décrite comme « anormalement normale » par la psychiatrie.
Après trois procès qui durèrent plus de dix ans (le premier eut lieu à Poitiers), Besnard, accusée et menacée de la peine capitale, fut libérée en 1954 puis acquittée par la cour d'assises de Gironde le 12 décembre 1961.
Ce feuilleton judiciaire mobilisa la France entière pendant toute une décennie ; c'est, avec l'affaire Marie Lafarge, l'une des plus étonnantes énigmes d'empoisonnement.

Le 16 octobre 1947, Léon (artisan cordelier âgé de 53 ans mais, à la santé fragile) et Marie Besnard, mariés depuis 19 ans, ont partagé un repas champêtre dans la ferme des Liboureaux, ancienne exploitation agricole des parents de Marie à Saint-Pierre-de-Maillé. Avant de reprendre la route, Léon fait un malaise et vomit son repas. Son état s'aggrave les jours suivants. Le médecin de famille, le docteur Gallois, exclut une intoxication alimentaire car tous les convives sont en bonne santé et diagnostique une crise de foie mais la prise de sang de Léon révèle un taux d'urée de 1,41 g. Léon meurt le 25 octobre 1947, son décès étant attribué à une crise d'urémie. L'affaire Besnard débute, Marie étant veuve pour la seconde fois.
Au cours de son agonie, de nombreux amis sont venus rendre visite à Léon, dont Louise Pintou, veuve employée des postes, amie et locataire des époux Besnard, dont la rumeur prétend qu'elle est la maîtresse de Léon. Quelques jours après l'enterrement, Mme Pintou confie à un proche, Auguste Massip, propriétaire du château de Montpensier sur la commune de Vézières, et maniaque de la délation, que Léon Besnard, avant de mourir, lui avait confié : « que sa femme lui avait servi de la soupe dans une assiette où se trouvait déjà un liquide ». Massip consulte un dictionnaire médical et les symptômes de la mort de Léon lui font penser à un empoisonnement à l'arsenic, aussi écrit-il au procureur de la République pour lui faire part de ses doutes.
Le mystérieux incendie du château de Montpensier (situé à une centaine de kilomètres de Loudun), le 17 octobre 1948, suivi de l'étrange « cambriolage » du domicile de Mme Pintou (où rien n'est volé mais ses affaires ont été dispersées, si bien qu'elle porte plainte), trois mois plus tard, persuadent les deux accusateurs que Marie Besnard est une « sorcière », à l'origine de ces deux autres faits et s'empressent de la dénoncer. Les détails de ce témoignage ainsi que de nombreuses rumeurs (notamment le fait que Marie est rendue opportunément riche en héritant des immeubles et des terres agricoles de son mari) sont donc portés à la connaissance de la gendarmerie puis à un juge d'instruction qui diligente l'exhumation du corps de Léon Besnard, le 11 mai 1949.
Les prélèvements sont expédiés à un médecin légiste marseillais, le docteur Béroud, qui découvre dans les viscères de Léon Besnard 19,45 mg d'arsenic pur (l'homme ayant naturellement de l'arsenic dans le corps mais à un taux inférieur à 100 μg par litre de sang).
Une enquête de police, suite notamment au cambriolage survenu chez Mme Pintou, ainsi que le témoignage de nombreux habitants de Loudun, attire l'attention des magistrats et de la population sur les nombreux décès survenus dans l'entourage de Marie Besnard, à savoir :
le 1er juillet 1927 : Auguste Antigny (33 ans), cousin et premier époux de Marie Besnard, déclaré mort de tuberculose. Dans ses restes, exhumés, on découvrit 6 mg d'arsenic ;
le 22 août 1938 : Marie Lecomte, née Labrèche (86 ans), grand-tante par alliance de Marie Besnard. Ses restes, exhumés, révélèrent 35 mg d'arsenic ;
le 14 juillet 1939, Toussaint Rivet (64 ans), ami des époux Besnard. Dans ses restes, on découvrit 18 mg d'arsenic ;
le 27 décembre 1941, Blanche Rivet, née Lebeau (49 ans), veuve de Toussaint Rivet, officiellement décédée d'une aortite. Ses restes contenaient 30 mg d'arsenic ;
le 14 mai 1940, Pierre Davaillaud (78 ans), père de Marie Besnard, officiellement mort de congestion cérébrale. Ses restes contenaient 36 mg d'arsenic ;
le 2 septembre 1940, Louise Gouin, née Labrèche (92 ans), grand-mère maternelle de Léon Besnard. La très faible quantité d'arsenic recueillie dans ses viscères exclut ce décès de la liste des victimes et ne fut pas retenu par l'accusation ;
le 19 novembre 1940, Marcellin Besnard (78 ans), beau-père de Marie Besnard. Ses restes contenaient 48 mg d'arsenic ;
le 16 janvier 1941, Marie-Louise Besnard, née Gouin (68 ans), belle-mère de Marie Besnard. Ses restes contenaient 60 mg d'arsenic ;
le 27 mars 1941, Lucie Bodin, née Besnard (45 ans), belle-sœur de Léon Besnard, retrouvée pendue chez elle. Ses restes contenaient 30 mg d'arsenic ;
le 1er juillet 1945, Pauline Bodineau, née Lalleron (88 ans), cousine de Léon Besnard. Ses restes contenaient 48 mg d'arsenic ;
le 9 juillet 1945, Virginie Lalleron (83 ans), sœur de Pauline Bodineau. Ses restes contenaient 20 mg d'arsenic ;
le 16 janvier 1949, Marie-Louise Davaillaud, née Antigny (71 ans), mère de Marie Besnard. Ses restes contenaient 48 mg d'arsenic.
Deux mobiles parurent évidents au magistrat instructeur :
L'argent
Marie Besnard ayant directement ou indirectement recueilli par héritage les biens de toutes ces personnes. Elle possède et gère néanmoins par ailleurs une fabrique prospère de corde. Ses biens sont saisis, ce qui ne permet pas à l'accusée de payer sa mise en liberté sous caution. Charles Trenet propose de la payer.
La passion
Marie Besnard ayant, paraît-il, noué une relation particulièrement intime avec un ancien prisonnier allemand, Alfred Dietz, que les époux Besnard avaient conservé comme tâcheron.
Consignés en détail dans l'acte d'accusation, tous ces éléments conduisirent à l'inculpation de Marie Besnard pour empoisonnement, avec la circonstance aggravante de parricide et de matricide.

Le rapport d'autopsie de 11 corps exhumés, établi par le docteur Georges Béroud, directeur du laboratoire de police scientifique de Marseille, sur la base d'analyses menées grâce au test de Marsh (en) et à la méthode de Cribier, conclut à des empoisonnements aigus suivant des intoxications lentes, liés à des imprégnations exogènes d'arsenic. Mais au cours de ce procès en février 1952 à la Cour d'Assises de Poitiers, la défense met à mal l'expertise de Béroud et le procès est renvoyé pour cause de suspicion légitime mais aussi de sûreté publique car l'audience a été émaillée de troubles. Le procès à la Cour d'Assises de Bordeaux en mars 1954 est marqué par la déclaration de l'expert psychiatre, le docteur André Cellier, « Marie Besnard est normale, tellement normale qu'elle est anormalement normale » et par une nouvelle bataille d'experts : les analyses toxicologiques réalisées par les professeurs Fabre, Kohn-Abrest et Griffon, concluant à la même présence anormale d'arsenic dans les prélèvements effectués lors de l'exhumation des cadavres. Mais des erreurs dans leurs rapports ainsi qu'une confusion au niveau des prélèvements incitent les magistrats et jurés à demander un complément d'information. Le troisième procès à Bordeaux, du 20 novembre au 12 décembre 1961, fait appel à de nouveaux experts alors que Maris Besnard y comparaît libre contre une caution d'1,2 millions de francs. Entre-temps, un rapport du professeur Piedelièvre, établi en 1954, confirme les conclusions des analyses de 1952 mais se montre plus nuancé que celui du docteur Béroud. La justice demande aussi un rapport du professeur Frédéric Joliot-Curie, basé sur la recherche d'arsenic par le procédé nucléaire, mais le physicien meurt en 1958
La première raison de l'acquittement tient à l'attitude du docteur Béroud lui-même : contesté, il se défendit difficilement face aux avocats de Marie Besnard.
La défense fit valoir également que des erreurs d'étiquetage dans les bocaux contenant les prélèvements avaient été commises, certains bocaux pouvant avoir été perdus ou remplacés.
Une enquête au cimetière de Loudun permit de démontrer que le sulfatage des fleurs, le zinc des ornements funéraires pouvaient avoir saturé la terre du cimetière d'arsenic.
La longueur du procès, le dépérissement des preuves (le dernier procès ayant lieu en 1961), le retournement de l'opinion publique, lassée, conduisirent à l'acquittement par défaut de Marie Besnard.

 

_________________


Back to top
Display posts from previous:   
Post new topic   Reply to topic    50's pour toujours Forum Index -> fiftiz pour toujours -> HISTOIRE All times are GMT + 1 Hour
Goto page: 1, 2, 3  >
Page 1 of 3

 
Jump to:  

Index | Administration Panel | Free forum | Free support forum | Free forums directory | Report a violation | Cookies | Charte | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group