50's pour toujours Forum Index

50's pour toujours
Échange d'idées, humour, philatélie, photo, informatique et beaucoup plus.

 FAQFAQ   SearchSearch   MemberlistMemberlist   UsergroupsUsergroups   RegisterRegister 
 ProfileProfile   Log in to check your private messagesLog in to check your private messages   Log inLog in 



 Bienvenue 
Guest  bienvenue sur le fofo







UN BONBON SUR LA LANGUE
Goto page: <  1, 2, 317, 18, 19
 
Post new topic   Reply to topic    50's pour toujours Forum Index -> fiftiz pour toujours -> Poésie & Littérature
Previous topic :: Next topic  
Author Message
Ninete



Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123

PostPosted: Sun 7 Jul - 06:37 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

Previous post review:

Paris-Brest, croissant, mendiant… D’où viennent les noms des bonnes choses ? 
 


 
Amis des mots, aujourd’hui je vous offre des mots sucrés. Tenez, par exemple, vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les viennoiseries s’appellent "viennoiseries" ? Naturellement, c’est parce qu’elles viennent de Vienne, en Autriche. Les premiers croissants auraient été popularisés à Paris par Marie-Antoinette, la reine que l’on appelait "l’Autrichienne", sans grande tendresse. Le croissant a été inventé "pour fêter la fin du siège de Vienne par les Turcs, en 1683", explique Clémentine Portier-Kaltenbach dans Les Secrets de Paris, un livre plein d’anecdotes édité par La Librairie Vuibert. 





 
Si vous calculez bien, les croissants ont ainsi mis une centaine d’années pour arriver à Paris, puisque Marie-Antoinette d’Autriche a épousé le futur Louis XVI en 1770. Selon la tradition, s’ils ont cette forme, c’est pour rappeler le croissant du drapeau ottoman, et "si c’est aux boulangers que fut accordé le privilège de modeler ce symbole en pâte, c’est que, devant se lever de très bonne heure, ce sont eux qui auraient donné l’alerte, au moment où l’armée ottomane s’apprêtait à déferler sur la ville" de Vienne.  
 
Le Paris-Brest pour célébrer le passage de la course 
 


 
Bien sûr, il existe quantité de gâteaux d’origine française. Tenez, le Saint-Honoré, cette couronne de choux caramélisés, est un gâteau bien parisien, créé en 1846 par un pâtissier de la rue… Saint-Honoré, évidemment ! 





J’aime aussi beaucoup l’histoire du Paris-Brest. C’est un pâtissier de Maisons-Laffitte qui a inventé cet éclair en forme de roue de vélo en 1891, pour célébrer le passage de la course cycliste Paris-Brest devant son magasin.  



 


 
Mais il fait chaud, en ce moment… Je vous propose une petite glace. Et pourquoi pas une pêche Melba. Elle a été inventée en 1894 par le célèbre cuisinier Escoffier. Il était tombé sous le charme de la voix de la cantatrice Nellie Melba, et il a décidé de lui dédier un dessert. Quelques années plus tôt, ce mélomane gourmand avait déjà créé la poire Belle-Hélène, en hommage à l’opérette d’Offenbach du même nom. 



 
Et les profiteroles ? C’est pas mal non plus les profiteroles : glace vanille, petit chou, chocolat fondu… J’arrête, je vais défaillir. Les profiteroles étaient au XVIe siècle littéralement de "petits profits", des boulettes de pâte cuite sous la cendre qu’on offrait parfois aux domestiques en complément de leurs gages. Le dessert du même nom est la création d’un autre grand pâtissier, Antonin Carême, au début du XIXe siècle. 



 


 
Et pour finir, messieurs dames, avec le café, un petit mendiant au chocolat ? Celui-là aussi a un nom d’origine surprenante. Ce palet de chocolat surmonté de quatre fruits secs s’appelle "mendiant" par allusion à la couleur de l’habit des quatre grands ordres mendiants : le raisin sec pour la couleur des augustins, la noisette pour les carmes, la figue sèche pour les franciscains et l’amande pour les dominicains. 





Amis des mots sucrés, bon appétit ! 




 
Back to top
Publicité






PostPosted: Sun 7 Jul - 06:37 (2019)    Post subject: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Back to top
Ninete
Administrateur

Offline

Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123
Localisation: PAS DE CALAIS
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鼠 Rat

PostPosted: Sun 7 Jul - 11:53 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

Le pluriel d'un œil n'est pas toujours des yeux 

 
On peut parfois dire "un œil, des œils". Dans cette dernière chronique de la saison, Muriel Gilbert revient sur quelques pluriels inattendus. 

 
Que diriez-vous, amis des mots, si je vous racontais que le pluriel d’"un œil" peut être "des œils", ou que, parfois, "chevau" est un singulier ? Vous me diriez peut-être que c’est ma dernière chronique avant les vacances et que ça tombe bien parce que je semble en avoir bien besoin, de vacances. Que nenni, chers amis, vous allez voir que je suis encore très en forme. C’est vrai, le pluriel normal du mot œil, c’est yeux : un œil, deux yeux. Rappelons quand même, pour l’anecdote, que ce pluriel que je viens de qualifier de "normal" est en fait le plus irrégulier de la langue française. Un pluriel régulier, en français, c’est un "s" ajouté au singulier : "Une plage, des plages" avec un "s","un parasol, des parasols".  

 
Un pluriel irrégulier, ça peut être "un journal/des journAUX", "un bijou/des bijouX". Mais en général, le début du mot reste le même. "Œil" est le seul mot qui change du tout au tout au pluriel, de la première à la dernière lettre : O.E.I.L donne Y.E.U.X, ce qui n’a… rien à voir. Mais dans certains cas, on peut dire "des oeils". Par exemple, cette fenêtre arrondie qu’on appelle un "œil-de-bœuf"; eh bien si on en a plusieurs, ce sont "des œils-de-bœuf"… et non des yeux-de-bœufs, ce qui serait fort étrange. 

 
"Des oeils" quand ils désignent une ouverture 

 
Et on écrit des "œils-de-bœuf", avec deux traits d’union, un "s" à œil mais pas de "s" à bœuf car autrement, cela se prononcerait "bœufs" ["beu"]. Idem pour cette pierre qu’on appelle un œil-de-tigre, le pluriel est "des œils-de-tigre" ("s" à œil mais pas à tigre), et idem encore pour "l’œil-de-perdrix" qui fait mal au pied de Mémé : "Un œil-de-perdrix, des œils-de-perdrix". Il y a d’autres œils au pluriel, dans le vocabulaire technique, quand l’œil désigne une ouverture : on parle des œils des caractères d’imprimerie, des œils des voiles, des œils des marteaux, etc. 

 
Un "chevau" pour évoquer un soldat de la cavalerie 

 
Et puis il y a ce singulier singulier : chevau. C’est un peu un truc de champion de dictée : on dit "un chevau-léger", chevau sans "x" final. Il s’agit d’un soldat de la cavalerie légère qui a existé du XVIe au XIXe siècle. Et tenez, pour revenir aux bœufs de tout à l’heure, on dit bien "un bœuf, des bœufs", mais il y a un cas où l’on prononce "un bœuf, des bœufs" ["un beuf des beuf"]… Un jazzman qui fait un bœuf par semaine avec ses potes fait quatre bœufs [prononcez : "beuf"] par mois – et non quatre bœufs ["beu"] bien sûr ! 

_________________
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


Back to top
Omphale


Offline

Joined: 17 Jul 2012
Posts: 13,635
Localisation: Ria
Féminin Sagittaire (22nov-21déc) 虎 Tigre

PostPosted: Mon 8 Jul - 14:05 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

subtil distinguo, ces histoires d'oeils et d'yeux me font loucher
_________________
"attends d'avoir traversé la rivière avant de dire que le crocodile a une sale gueule" (Joseph Andjou)


Back to top
Ninete
Administrateur

Offline

Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123
Localisation: PAS DE CALAIS
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鼠 Rat

PostPosted: Mon 8 Jul - 15:27 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

Comme ça ? 

 
 

_________________
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


Back to top
Omphale


Offline

Joined: 17 Jul 2012
Posts: 13,635
Localisation: Ria
Féminin Sagittaire (22nov-21déc) 虎 Tigre

PostPosted: Tue 9 Jul - 12:23 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

joli strabisme convergent très réussi
_________________
"attends d'avoir traversé la rivière avant de dire que le crocodile a une sale gueule" (Joseph Andjou)


Back to top
Ninete
Administrateur

Offline

Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123
Localisation: PAS DE CALAIS
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鼠 Rat

PostPosted: Sat 31 Aug - 14:16 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

Les mystères de l’e dans l’o 

 
Il est dans l’œuf, dans l’œil, dans le bœuf… mais d’où vient dont l’e dans l’o ? 

 
Amis des mots, vous souvenez-vous que j'avais fini la saison dernière, avant l'été, sur des histoires d’œil, de bœuf, d'yeux de bœufs, et d’œils-de-boeuf ? Eh bien, je me suis intéressée à ces deux lettres collées que l'on trouve à la fois dans "œilet" dans "bœufet" qu'on appelle "o, e dans l'o" ou juste "e dans l'o". D'ailleurs, j'ai parle de "deux lettres", mais l'e dans l'o est considéré comme une seule lettre. L'un des conséquences, c'est que si je commence une phrase par "Œil", par exemple "Œil pour œil, dent pour dent !", ce n'est pas seulement le o d’"œil" qui est en majuscule, c'est aussi le e, en somme c'est l'e dans l'o.  

 
Pourtant, ce caractère n'existe pas sur les claviers d'ordinateur... Mais si vous tapez juste les touches o puis le e au sein d'un mot, la plupart des traitements de texte corrigeront tout seuls. S'ils ne le font pas, le secret, si vous avez un Mac, c'est d'appuyer sur la touche Alt avant de taper la lettre o. Si vous êtes sur PC, vous appuyez aussi sur la touche Alt, puis 0156, et hop, magie, l'e dans l'o apparaît ! 

 
D'où vient l'e dans l'o ? 
 
 
C'est une voyelle, on prononce "eu", comme dans "des œufs", "des bœufs", "un nœud", ou "e" comme dans "un œuf", "un bœuf", "un œil". Il est vrai que tant de gens se trompent sur cette prononciation que les dictionnaires commencent à accepter les deux versions. Une fois de plus, c'est l'usage qui fait la loi, donc ne vous faites pas trop de souci là-dessus ! En revanche, il ne faut pas confondre la suite de lettre oe et l'e dans l'o. N'allez pas lier le e et le o de "coexister", de "coefficient", de "moelle", de "moelleux", par exemple, qui par ailleurs se prononce bien "mwal" et "mwalleux", comme s'ils s'écrivaient avec un a, sans aucune logique je vous l'accorde.  

 
"Il y a aussi l'e dans le a", me direz-vous. Certes, mais pour l'e dans l'a, c'est simple, on le prononce toujours "é", comme dans "curriculum vitæ", "ex æquo" ou "Lætitia". D'ailleurs, vous vous souvenez de la jolie chanson de Gainsbourg "L, A, E dans l'A, T, I, T, A" ?  

_________________
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


Back to top
Ninete
Administrateur

Offline

Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123
Localisation: PAS DE CALAIS
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鼠 Rat

PostPosted: Sun 1 Sep - 07:44 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

2019, année Proust 
 
2019, c’est le centième anniversaire du prix Goncourt de À l’ombre des jeunes filles en fleurs, deuxième volume de la mythique suite romanesque de Proust, À la recherche du temps perdu.  

 
Or, pour beaucoup de Français, Proust est aussi mythique qu’intimidant. On dit que ses phrases sont longues, alambiquées, compliquées. Ses phrases sont souvent longues, c’est vrai, mais compliquées, non. Je vais vous confier quelque chose. On dit souvent qu’il faut s’accrocher un peu au début d’un roman, le temps d’entrer dedans. Pour Proust, je vais vous donner un truc qui va vous éviter de… perdre votre temps, justement. Si vous n’êtes pas séduit par la première page de Du côté de chez Swann, alors n’allez pas plus loin. Ce roman vous saisit tout de suite. Ou pas ! "Longtemps, je me suis couché de bonne heure", c’est la première phrase de La Recherche, légendaire.  

 
Si vous avez envie de tout savoir sur le petit Marcel, Le Figaro et Le Monde ont tous les deux sorti de magnifiques hors-série qui lui sont entièrement consacrés. Et si vous attaquer aux sept tomes de la Recherche vous effraie encore, je vous invite à aller écouter Véronique Aubouy, une comédienne si fanatique de Proust qu’elle propose un seule-en-scène d’improvisation où elle raconte toute la Recherche en une heure ! Elle sera à 17 heures ce dimanche 1er septembre à l’Hôtel Swann, 15 rue de Constantinople, à Paris. L’entrée est gratuite. 

_________________
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


Back to top
Omphale


Offline

Joined: 17 Jul 2012
Posts: 13,635
Localisation: Ria
Féminin Sagittaire (22nov-21déc) 虎 Tigre

PostPosted: Sun 1 Sep - 12:58 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

je me souviens bien de la chanson de Gainsbourg qui pourrait servir de moyen mnemotechnique
_________________
"attends d'avoir traversé la rivière avant de dire que le crocodile a une sale gueule" (Joseph Andjou)


Back to top
Ninete
Administrateur

Offline

Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123
Localisation: PAS DE CALAIS
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鼠 Rat

PostPosted: Sun 8 Sep - 04:53 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

Quand le Quai Conti rencontre la Rue de Grenelle 

 
Eh oui, les institutions, comme les personnes, ont parfois des surnoms... qu'il convient de ne pas mélanger, précise Muriel Gilbert ! 

 
Comme les personnes, certaines institutions importantes ont aussi des surnoms, qui sont largement utilisés dans tous les journaux, y compris sur RTL. Par exemple, je parle souvent dans cette chronique de la Vieille Dame du quai Conti... autrement dit l'Académie française, qui est effectivement l'une des plus vieilles institutions françaises, et dont le siège se trouve quai Conti (ou de Conti), à Paris.  

 
On parle aussi parfois de ce qui se décide "sous la Coupole", par référence à son architecture, et on qualifie les académiciens d'"Immortels", un surnom qu'ils doivent à la devise "À l'immortalité", qui figure sur le sceau donné à l'Académie par son fondateur, le cardinal de Richelieu, et qui se réfère à leur mission "immortelle" de porter la langue française. 

 
Mais quantité d'autres institutions portent des surnoms, et parfois d'ailleurs, on les emmêle un peu... Qu'est-ce que le Quai d'Orsay, la Place Beauvau, la Rue de Valois, la Rue de Grenelle ? 

 
Le Quai d’Orsay, c'est le ministère des Affaires étrangères, Beauvau, c'est celui de l'Intérieur, Vendôme, celui de la Justice, la Rue de Valois, la Culture, la Rue de Grenelle, l'Éducation nationale... Il y a aussi le ministère de l'Économie, qu'on appelle Bercy depuis qu'il a quitté la rue de Rivoli, il y a quelques années, pour emménager dans le 12e arrondissement. Mais on parle aussi de l'Élysée, ou du "château", pour désigner les services de la présidence de la République, du Palais-Bourbon pour l'Assemblée nationale. 

 
En fait, on se sert de l'adresse ou du nom du bâtiment pour désigner l'institution. C'est aussi ce qu'on fait quand on désigne le gouvernement d'un pays par sa capitale politique : c'est ainsi que Washington peut se lancer dans une guerre commerciale avec Pékin ou Paris se faire remonter les bretelles par Bruxelles. C'est une figure de style qu'on appelle une métonymie, quand on désigne une chose par le nom d'un concept qui lui est lié, comme un lieu par exemple. Ou même juste un numéro de rue : voyez le célèbre 36… le 36 quai des Orfèvres ! 
 
Et ce nombre, 36, a pris une importance si grande que lorsque le siège de la police judiciaire a déménagé récemment, on s'est débrouillé pour l'installer à un autre numéro 36, histoire qu’on puisse continuer de l’appeler "le 36" ! Sa nouvelle adresse, si vous avez affaire à la police judiciaire, amis des mots, est le 36 rue du Bastion. Ah, et en passant, c'est aussi à cause de cette ancienne adresse du quai des Orfèvres, où se tenait un marché aux volailles avec des rôtisseries, à la fin du XIXe siècle, que les policiers se sont vus qualifier de "poulets" !  

_________________
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


Back to top
Ninete
Administrateur

Offline

Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123
Localisation: PAS DE CALAIS
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鼠 Rat

PostPosted: Sun 8 Sep - 04:59 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

Quand le pluriel dit autre chose que le singulier 

 
Jeunes filles en fleur… ou en fleurs ? Aujourd'hui, Muriel Gilbert nous parle de pluriels étonnants, qui transforment le sens des mots. 

 
La semaine dernière, amis des mots, nous avons évoqué Marcel Proust, et notamment son roman "À l'ombre des jeunes filles en fleurs". Bernard, de Breux-Jouy, a profité de l'occasion pour me demander, sur langue@rtl.fr, si "en fleurs" prend un s ou non. Et la réponse est... oui. Ou non ! C'est encore une petite règle un rien perverse du français qui veut que l'on écrive "une prairie en fleurs", avec un s à fleurs, mais "les orangers sont en fleur", sans s à fleur. 

 
En fait, c'est assez logique : quand on considère qu'il y a plusieurs sortes de fleurs, comme dans une prairie, on met un s. Si c'est cent fois la même fleur, d'oranger par exemple, alors on l'indique par un singulier. Le titre de Proust prend un s à fleurs, parce qu'on imagine les jeunes filles en plusieurs sortes de fleurs !  
  
Bon, reconnaissons que cette règle n'est plus guère connue, observée et appliquée que par les correcteurs professionnels et les champions de dictée... et maintenant les auditeurs de RTL ! Larousse.fr le dit : "le pluriel se généralise". 

 
Et il y a quantité d'autres cas comme cela, en français, où le pluriel n'est pas simplement un pluriel, mais recouvre un sens différent de celui du singulier. Il ne faut pas confondre, par exemple, la vacance d'un poste (un poste vacant) et les vacances d'été, la mignonne dodue menotte du bébé et les affreuses menottes du prisonnier, la règle du jeu et les règles du cycle menstruel, la dame qui est une femme et les dames qui sont un jeu, le ciseau à bois, qui est une lame unique et les ciseaux à découper le papier qui en comportent deux, et encore moins la lunette des WC et les lunettes au pluriel que je porte sur le nez.  

 
Ça c'est un message spécial pour M. Afflelou, qui a tendance dans ses pubs à parler d’une lunette au lieu d'une paire de lunettes. Il vous propose "non pas une, mais deux lunettes de plus". À croire qu'il vend des lunettes de WC.  

 
Et toujours dans le genre pluriels étonnants, il y a celui du mot "bonhomme". "Bonhomme" peut être à la fois nom ("il a dessiné un joli bonhomme") et adjectif ("le restaurateur, bonhomme, nous offrit l'apéro"). Ce "bonhomme" adjectif est un peu suranné, il signifie aimable, gentil. Mais "un bonhomme" donne au pluriel "des bonshommes", avec donc deux s ajoutés, un au milieu du mot, un à la fin, tandis que l'adjectif au pluriel donne "bonhommes", avec juste un s final classique. 
 
Donc on peut dire : "Ces bonshommes semblent bien bonhommes". Et ce bonhomme présente une autre particularité : le nom qui est tiré de "bonhomme", la bonhomie, s'écrit avec un seul m alors que bonhomme en prend deux. Bon, je vous rassure, la réforme de l'orthographe de 1990 autorise aussi "bonhommie" avec deux m ! Ouf ! 

_________________
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


Back to top
Omphale


Offline

Joined: 17 Jul 2012
Posts: 13,635
Localisation: Ria
Féminin Sagittaire (22nov-21déc) 虎 Tigre

PostPosted: Sun 8 Sep - 14:27 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

et bien c'est compliqué tout ça
_________________
"attends d'avoir traversé la rivière avant de dire que le crocodile a une sale gueule" (Joseph Andjou)


Back to top
Ninete
Administrateur

Offline

Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123
Localisation: PAS DE CALAIS
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鼠 Rat

PostPosted: Sun 15 Sep - 06:22 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

Parlez-vous le "franglish" ? 

 
Smoking, dressing et free-floating : Muriel Gilbert nous dit tout sur le "franglish". 

 
Aujourd'hui, nous allons parler d’anglais. Ou plutôt de "franglish". Je suis tombée récemment sur une discussion sur Twitter, lancée par un traducteur anglophone du nom de Thomas West, qui disait en anglais : "Les gars, je viens d’apprendre un mot français nouveau : 'free-floating'". Vous n’avez jamais entendu parler de free-floating ? Apparemment les Américains non plus ! C'est la manière à la mode de désigner en France ces trottinettes électriques en location qu'on laisse traîner n’importe où quand on a fini de s’en servir parce qu’on n’est pas obligé de les accrocher à une base. "Free-floating", ça doit vouloir dire qu’elles "flottent en liberté", j’imagine. 

 
On ne cesse de se plaindre de l’invasion du français par l’américain. Bien souvent, on s’envahit tout seuls, par pur snobisme et ignorance. Parce que voilà, un mot qu’apparemment les anglophones ne comprennent même pas et qui a sans doute été inventé de ce côté de l’Atlantique, avec du "ing" dedans pour faire plus chic. 

 
En anglais, pull-ver ne désigne pas du tout un vêtement. 

 
Et il y a quantité d’autres mots comme ça. L'appli d’apprentissage des langues Babbel communiquait récemment avec humour sur la question. Par exemple, le mot "pull-over" a l’air tout ce qu’il y a d’anglais… Il l’est, si on veut, mais, en anglais, "pull over", ce n’est pas un vêtement de laine, c’est un verbe. Ça veut dire s’arrêter sur le bas-côté en voiture. Le bon terme, en anglais, c’est "jumper". Et si on dit "un pull", tout court ? C’est juste le verbe "tirer" : to pull ! Rien à voir ! Pour rester dans l’armoire à vêtements, voyons les baskets. En anglais, des baskets, ce sont… des paniers. Si vous voulez acheter des chaussures de sport à Londres, demandez des "sneakers".  

 
Smoking, sweat... Des faux amis 

 
De même, smoking, ce n’est pas un costume, c’est le verbe fumer. S’il vous faut un smoking, demandez un "tuxedo" ! Et si vous êtes plutôt du genre sportif, vous préférerez peut-être vous offrir un jogging, mais en anglais cela se dit "sweatpants". Jogging, c’est un verbe qui signifie courir.  
 
Et un "sweat" tout court ? Un sweat, d’abord en anglais ça se prononce "swet", et c’est l’abréviation de sweatshirt. "Sweat" tout court, c’est la sueur. Beurk ! Ah, et n’allez pas mettre toutes ces emplettes dans votre "dressing" : le mot signifie s’habiller… ou même vinaigrette !  
 
Bref, il y a tout un tas de mots prétendument anglais que nous avons fabriqués en français, et qui ne veulent absolument rien dire pour les anglophones. Si vous voulez parler anglais, je ne peux que vous conseiller de jeter un œil à l’application Babbel.  

_________________
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


Back to top
Ninete
Administrateur

Offline

Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123
Localisation: PAS DE CALAIS
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鼠 Rat

PostPosted: Sun 15 Sep - 06:27 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

Parlez-vous greco-latin ? 

 
Du talon d’Achille au complexe d’aŒdipe, l’Antiquité gréco-romaine a laissé quantité de traces dans nos expressions... 

 
On parle souvent de la Grèce et de la Rome antiques comme de berceaux de l’Occident. C’est vrai, ces deux civilisations ont laissé des traces partout dans la nôtre, et notamment dans notre langue, en particulier du côté des expressions. Je suis tombée récemment sur un livre à la fois rigolo et savant sur la question. Ça s’appelle Etre né de la cuisse de Jupiter, c’est publié par Marie-Dominique Porée chez First Editions. 

 
« Etre né de la cuisse de Jupiter », voilà bien une expression qui vient de la mythologie ! 

 
C’est « sans doute la légende la plus invraisemblable de toute l’Antiquité, selon Marie-Dominique Porée. On raconte que, la mère de Dionysos étant morte avant de le mettre au monde, Zeus [le dieu des dieux dont Jupiter est la version latine] lui arracha du ventre le fœtus encore vivant avant de le coudre à l’intérieur de sa propre cuisse pour qu’il y achève sa gestation. » C’est pourquoi on peut dire aujourd’hui d’un fieffé prétentieux qu’« il se croit né de la cuisse de Jupiter ». La version littéraire de « Il se la pète grave », quoi. 
 
Et nous employons tous quantité d’autres expressions tirées de la mythologie, comme quand on parle du talon d’Achille de quelqu’un, par exemple, d’épée de Damoclès, de complexe d’Œdipe ou de quelqu’un qui joue les Cassandre, de fil d’Ariane, de tonneau des Danaïdes, d’ouvrir la boîte de Pandore, d’un type riche comme Crésus ou de sombrer dans les bras de Morphée...  
 
Qu’est-ce que la boîte de Pandore ? 
 
 
Vous vous demandez également sans doute peut-être pourquoi on dit « sombrer dans les bras de Morphée ». « Morphée est le fils d’Hypnos, le dieu du sommeil, et de Nux, déesse de la nuit. » Il est le dieu des songes. Voilà pourquoi on se blottit dans ses bras pour dormir. J’en profite – parce que j’ai entendu l’autre jour qu’une auditrice de RTL avait baptisé sa chienne Morphée – pour insister sur le fait que Morphée, même s’il se termine par ée, est bien un prénom masculin !  

 
Et qu’est-ce que la boîte de Pandore ?  

 
Zeus avait remis à Pandore, ou Pandora, « une jarre contenant tous les maux de l’humanité, en lui recommandant de ne jamais l’ouvrir ». Evidemment, elle l’a ouverte, et « tous les maux qu’elle contenait » se sont « déversés sur la terre » ! Il ne faut jamais ouvrir la boîte de Pandore ! Mais évidemment, quand on est curieux, c’est un véritable supplice de Tantale… 

 
Tantale était l’un des nombreux fils de Zeus, mais pas un type très recommandable. Il a servi son propre fils à manger aux dieux, et en plus il leur a piqué l’ambroisie et le nectar. Sa punition : il est plongé aux Enfers dans une eau qui s’assèche dès qu’il essaie de la boire avec à portée de main des arbres fruitiers dont les branches s’éloignent quand il veut saisir un fruit. Bref, le supplice de Tantale !              

_________________
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


Back to top
Omphale


Offline

Joined: 17 Jul 2012
Posts: 13,635
Localisation: Ria
Féminin Sagittaire (22nov-21déc) 虎 Tigre

PostPosted: Sun 15 Sep - 13:52 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

la langue anglaise réserve des surprises généralement assez drôles
c'est rigolo que tu postes un sujet sur les expressions issues de la mythologie gréco-romaine parce que j'y pensais ce matin
_________________
"attends d'avoir traversé la rivière avant de dire que le crocodile a une sale gueule" (Joseph Andjou)


Back to top
Ninete
Administrateur

Offline

Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123
Localisation: PAS DE CALAIS
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鼠 Rat

PostPosted: Yesterday at 05:04 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

D’où viennent les laconiques ? De Laconie ! 

 
La semaine passée, nous avons parlé des traces laissées par les civilisations grecque et latine dans notre langue. Nous avions laissé la chose en suspens, et nous étions restés sur un suspense à la limite du supportable – j’en profite pour signaler que "suspense" est un mot anglais, qui s’écrit avec un e final, à la différence de suspens, qui se prononce différemment et qui qualifie quelque chose que l’on laisse en attente, en suspens, sans la moindre notion de… "suspense" justement. 

 
J’ai donc gardé pour cette semaine des mots et des expressions dont l’origine gréco-romaine est méconnue ou oubliée. J’ai découvert, toujours dans le livre de Marie-Dominique Porée chez First Editions, "être né de la cuisse de Jupiter" dont je parlais la semaine passée d’où venait par exemple l’adjectif laconique… Il veut dire "pas bavard", oui, mais d’où vient-il ? Il vient d’une région du Péloponnèse qui s’appelle la Laconie, dont les habitants étaient réputés... peu loquaces. "Philippe de Macédoine en fit personnellement l’expérience", raconte Marie-Dominique Porée. "Un jour où il demandait à être reçu dans la cité, il lui fut répondu par ce seul mot : non. Philippe répliqua : Si j’entre en Laconie, je vous détruirai. Et leur retour fut encore plus incisif : Si… .Sous-entendu : "si vous entrez, mais vous n’entrerez pas" ! Voilà en effet une réponse laconique… 

 
"Une peur panique"

 

 
 Et tenez, devinez d’où vient l’expression "une peur panique"… Du dieu Pan, tout simplement, dont la légende rapporte qu’il était si laid qu’il mit en fuite sa propre mère à sa naissance. Curieuse également, l’origine de l’adjectif "académique". Il vient là encore d’un nom propre, celui d’Académos, un héros mythique dans les jardins duquel, à Athènes, Platon fonda son école philosophique en 380 avant J.-C. "On a donné par la suite le nom d’académie à toute société ou institution, explique Marie-Dominique Porée, qu’elle soit littéraire, scientifique, artistique ou autre." 

 
"Riche comme Crésus"! 

 
Une dernière expression ? Allez, ça vous dirait de toucher le pactole ? Le "Pactole" était le nom d’une "petite rivière de Lydie, en Turquie actuelle, dont le sable roulait des paillettes d’or et fit la fortune de Crésus, l’homme le plus riche de l’Antiquité ". D’où l’expression "riche comme Crésus"! 

_________________
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


Back to top
Ninete
Administrateur

Offline

Joined: 15 Apr 2012
Posts: 39,123
Localisation: PAS DE CALAIS
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鼠 Rat

PostPosted: Yesterday at 05:10 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE Reply with quote

ConvainQUant ou convainCant ? 

 
Faut-il écrire fabriquant ou fabricant, communicant ou communiquant, convaincant ou convainquant ? Muriel Gilbert nous donne les clés du choix entre C et QU. 

 
C’est vrai qu’il y a pas mal de "cant/quand/quant" en français. Nous n’allons pas parler aujourd’hui du "quand" de "quand est-ce que tu arrives", ni du quant de "quant à moi, je m’en fiche", encore moins que du camp de vacances ou du joyeux French-can-can. Je vais répondre à un appel au secours de Fifine, sur langue@rtl.fr, au sujet du "quant/cant" que l’on trouve à la fin de certains mots : "SOS Muriel !, m’écrit-elle. Je ne sais jamais s'il faut écrire fabricant, convaincant, communicant ou trafiquant avec c ou qu ! Est-ce que vous auriez un truc pour m’aider ?".  

 
Et Fifine a toutes les raisons de douter, parce que cette répartition n’est pas toujours très logique. Pour commencer, dans beaucoup de cas (fabriquant, communiquant, provoquant, etc.), les deux graphies QUANT/CANT existent bien, mais elles ne sont surtout pas interchangeables ! En règle générale, c’est la nature du mot qui décide. Un mot qui se termine en QUANT est un participe présent : "en fabriquant cette table, en communiquant avec vous". Cette forme est donc naturellement invariable : elle ne peut se mettre ni au féminin ni au pluriel : on ne dit pas "en fabriquante cette table". 
 
Quelques exceptions pour les mots en CANT 
 
 
En revanche, quand "un fabricant discute avec un communicant", là ce sont des noms, et alors c’est la graphie C.A.N.T qui s’impose. Ces noms, comme tous les noms, s’accordent, eux, au féminin et au pluriel, naturellement. On peut avoir "des communicantes et des fabricantes". Et idem quand ces mots deviennent adjectifs : on peut installer tout ce monde-là "dans des bureaux communicants". Là, à votre avis, c’est qu ou c ? C. Puisque l’on peut accorder au féminin, des pièces communicantes, des bureaux communicants.  

 
Donc, mon truc, chère Fifine c’est : si on peut mettre le mot en cant au féminin, alors c’est un C.A.N.T.  

 
Mais bien sûr il y a des exceptions, comme toujours. La langue n’est pas mathématique et c’est ce qui fait son charme. Attaquant, choquant, croquant, délinquant, piquant, pratiquant ou trafiquant, notamment, ne s’écrivent qu’avec QU. Un trafiquant, une trafiquante, Q.U. dans les deux cas. Donc jamais de C pour ces mots-là…  

 
Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas, dans leur famille, de nom en CATION. C’est un peu comme si le C ne faisait pas partie de leur ADN. On dit bien fabrication, communication, on ne dit pas attacation, crocation ou pication, donc attaquant, croquant, piquant ne peuvent pas s’écrire avec un c. Bref, si un mot en quant n’a pas de dérivé en "cation", alors c’est un QUANT.  

 
C’est convaincant, amis des mots ? 

_________________
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


Back to top
Contenu Sponsorisé






PostPosted: Today at 16:07 (2019)    Post subject: UN BONBON SUR LA LANGUE

Back to top
Display posts from previous:   
Post new topic   Reply to topic    50's pour toujours Forum Index -> fiftiz pour toujours -> Poésie & Littérature All times are GMT - 2 Hours
Goto page: <  1, 2, 317, 18, 19
Page 19 of 19

 
Jump to:  

Index | Administration Panel | Free forum | Free support forum | Free forums directory | Report a violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group