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Date de fondation du forum: 15 avril 2012.
13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1)
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saintluc
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MessagePosté le: Dim 18 Juin - 04:46 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

Page 1: invasions britanniques du Rio de la Plata - Conquête espagnole - Vice-royauté du Río de la Plata - (petit retour en arrière) bataille de Mbororé - Guerre d’indépendance de l’Argentine - mutinerie d’Álzaga - Guerre d’indépendance de l’Argentine (II) - révolution de Mai - L’armée du Nord - bataille de Huaqui - bataille de Tucumán - Bataille du Cerrito -
  
Page 2:  bataille de Salta - bataille d'Ayohuma - série de guerres civilessérie de guerres civiles 2è partie -  bataille du port del Buceo bataille de Sipe-Sipeinvasion de la Bande orientale par l'armée luso-brésilienne L’Armée des Andes - mutinerie d’Arequito L’armée du Nord  bataille de Cepeda Provinces unies du Río de la Plata 1825-1870 - bataille de Sarandí guerre de Cisplatine - combat de los Pozos -

Page 3: combat de Maldonado -
combat de Juncalbataille d'Ituzaingó bataille navale de Carmen de Patagones combats du lac Mirim Combat de Barrega Bataille de la Tablada bataille d’Oncativobataille de La Ciudadela - guerre de la Confédération - la Grande Guerre (1836-1839) - L'offensive contre Rosas (1839-1843) - Le siège de Montevideo (1843-1851) - fin de la Grande Guerre (1851-1852) - bataille de Cepeda -  
               
Page 4:  bataille de Pavón - guerre de la Triple-Alliance - Conquête du Désert - La semaine tragique - Patagonie rebelle - coup d’État de 1930 - Décennie infâme - coup d’État de septembre 1955 -               

Page 5: 
coup d’État de septembre 1955 - La Révolution libératriceL'incident de l'îlot SnipeL'incident de Laguna del Desierto - La « Révolution argentine » (1966-1973) massacre de Trelewmassacre d'Ezeiza - Processus de réorganisation nationaleOpération Charly -         
       

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Dernière édition par saintluc le Dim 23 Juil - 13:45 (2017); édité 60 fois
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MessagePosté le: Dim 18 Juin - 04:46 (2017)    Sujet du message: Publicité

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saintluc
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MessagePosté le: Dim 18 Juin - 04:53 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

 
invasions britanniques du Rio de la Plata
furent une série d'expéditions britanniques dirigées contre les colonies espagnoles du río de la Plata au début du xixe siècle, qui se soldèrent par une défaite humiliante du Royaume-Uni.
Ces évènements signifiaient l'incorporation de la région dans le tourbillon des guerres napoléoniennes, conflit qui opposait les deux puissances dominantes de l'époque, le Royaume-Uni et la France. L'alliance de l'Espagne et du Premier Empire français donnait aux vastes territoires hispaniques du nouveau monde un rôle stratégique et économique de grande importance pour le Royaume-Uni, qui se trouvait alors en pleine révolution industrielle.
Les envahisseurs occupèrent la ville de Buenos Aires en 1806 et furent vaincus 46 jours plus tard par une armée venue de Montevideo commandée par l'officier français au service du roi d'Espagne Santiago de Liniers. En 1807 une seconde expédition réussit à prendre la place forte de Montevideo et resta dans cette enclave pendant plusieurs mois. Une seconde tentative d'occupation de la capitale de la Vice-royauté du Río de la Plata, cette même année, fut repoussée avec succès par les défenseurs, qui se composaient non seulement des troupes officielles au service de la couronne espagnole mais aussi de nombreuses milices urbaines, groupes de créoles et d'immigrés d'origines diverses qui s'étaient armés et organisés militairement.

La résistance du peuple et sa participation active à la défense et à la reconquête augmenta le pouvoir et la popularité des dirigeants créoles et augmenta l'influence et la ferveur des groupes indépendantistes. Parallèlement, fut mise en évidence l'incapacité de la métropole de défendre ses colonies dans le contexte des conflits internationaux de l'époque. Ces motifs changèrent les invasiones inglesas en un des catalyseurs de la cause émancipatrice en Argentine et dans une grande partie de l'Amérique hispanique.
Au bout du compte, l'Empire espagnol conserva la possession de la Vice-royauté du Río de la Plata grâce à l'action de ces groupes de milices volontaires urbaines, et le Royaume-Uni subit une humiliante défaite.
La volonté du peuple joua un rôle sans précédent dans la destitution d'un vice-roi jugé incompétent et dans la désignation de son successeur.
La Révolution de Mai de 1810, éclipsera l'importance des invasions britanniques. La culture populaire argentine se souviendra seulement de l'eau et de l'huile bouillante déversées sur les troupes de l'envahisseur. Cependant ce fut lors du cabildo ouvert du 10 février 1807 que pour la première fois prévalut la volonté du peuple américain créole sur les intérêts du colonisateur espagnol, lors de la destitution du représentant suprême du roi.
Pour bien comprendre ces évènements, il est nécessaire de les situer dans le contexte historique auquel ils appartiennent, car ils sont directement liés au choc des intérêts entre le Royaume-Uni, l'Espagne, le Portugal, la France et plus tard les États-Unis, dans une période s'étendant depuis la fondation de Colonia del Sacramento par les Portugais, jusqu'à la reconnaissance par le Royaume-Uni de l'indépendance de Buenos Aires, lors de la signature d'un traité de paix et de commerce en 1824, après la déclaration de la Doctrine Monroe. Ces traités n'éviteront cependant pas l'invasion britannique des Îles Malouines en 1833.
 

L'expansion espagnole sur les territoires du bassin de la Plata fut une entreprise lente, effectuée plus par la nécessité d'empêcher que les Portugais puissent atteindre les richesses du Haut Pérou (Bolivie actuelle) par voie fluviale depuis l'Atlantique sud, que par les possibilités d'exploitation économique d'une région sans mines d'or ni d'argent. Ce ne sera qu'après la fondation de Colonia del Sacramento par les Portugais, en 1680, que le Río de la Plata acquit une réelle importance stratégique pour l'Espagne donc la politique internationale.
Le Traité d'Utrecht, du 11 avril 1713, mit fin à la Guerre de Succession d'Espagne, qui s'était déclenchée en 1702 après la mort de Charles II. La série d'accords signés entre les puissances européennes avait donné à la Grande-Bretagne la concession de l'envoi d'un bateau annuel aux Indes occidentales espagnoles (navío de permiso) et l' asiento de negros (littéralement établissement pour nègres), monopole de trente ans pour le trafic d'esclaves noirs avec ces territoires. La reine Anne de Grande-Bretagne transféra ces concessions à la Compagnie de la Mer du Sud (en anglais : The South Sea Company) pour 7 500 000 de livres, afin de financer la dette que la guerre avait causée.
spéculation économique engendrée par ce commerce avec les colonies espagnoles d'Amérique du Sud fit que la valeur des titres de l'entreprise se multiplia par neuf au premier semestre 1720. Cette bulle financière, connue sous le nom de Bulle de la Mer du Sud se solda par une des crises boursières les plus dévastatrices de l'histoire.
Cette société établit l'un de ses marchés les plus importants sur la rive de Retiro, à Buenos Aires. Les bateaux qui transportaient des esclaves vers le Río de la Plata permettaient le commerce illégal de biens manufacturés contre des produits primaires de la région: du cuir, des tasajos (quartiers de viande séchés et salés) et du suif.
La première expédition militaire britannique qui arriva dans la région le fit dans le contexte de la Guerre de Sept Ans. En janvier 1762, l'Espagne s'impliqua définitivement dans ce conflit, entrant en guerre contre la Grande-Bretagne et le Portugal. En octobre de la même année, le vice-roi Pedro de Cevallos réoccupa Colonia del Sacramento. Peu après, une flotte britanno-portugaise composée de dix bateaux et de plus de mille hommes fut envoyée avec l'ordre de prendre Buenos Aires, mais fut vaincue en essayant de remettre la main sur Colonia.

La fondation de la Vice-royauté du Río de la Plata, en 1776, fut une mesure de caractère stratégique militaire avec de fortes implications économiques. Carlos III se vit pressé par l'avance portugaise dans le Rio de la Plata, par les expéditions successives britanniques et françaises sur les côtes de Patagonie et aussi par la nécessité de blanchir les opérations de contrebande illégales dans le port de Buenos Aires, dont les droits échappaient au Trésor, et causées par le monopole commercial que la Vice-royauté du Pérou réservait et octroyait à Lima.
Tandis que dans toute l'Europe et l'Amérique les politiques libérales du gouvernement du Royaume-Uni, et les idées influentes liées à la déclaration d'Indépendance des États-Unis et à la Révolution française se répandaient, l'Espagne continuait avec sa politique coloniale ultra-conservatrice. Étant donné que l'Espagne manquait d'usines et de manufactures, elle était incapable d'absorber les produits venus de ses colonies. Ceci défavorisait le développement économique des vice-royautés américaines. Le principal intérêt de la monarchie espagnole était centré sur l'extraction de métaux précieux, avec lesquels la métropole finançait ses guerres et ses alliances.
Par contre, le Royaume-Uni cheminait vers l'industrialisation et de ce fait, la demande de produits primaires ou matières premières y croissait de plus en plus. Vues les nombreuses restrictions douanières que l'on imposait dans les ports sud-américains, et l'inexistence d'activité minière dans la région du Río de la Plata, la contrebande devint rapidement la base du commerce d'une région dont l'activité économique principale était l'élevage.
Jusqu'ici c'était la Casa y Audiencia de Indias (maison et audience des Indes), encore appelée Casa de Contratación de Indias qui s'occupait exclusivement (monopole) de contrôler le trafic maritime de l'empire. Établie d'abord à Séville puis à Cadix, la Casa se chargeait de l'approvisionnement et de l'équipement des flottes, et de l'inspection des bateaux qui s'apprêtaient à partir vers les Amériques. Ses fonctionnaires disposaient les flottes, achetaient les marchandises, donnaient des instructions aux navires, concevaient les relations avec les Indes, étaient attentifs aux nécessités de l'Outre-mer, et prenaient soin du registre de tous les navires.
Ce monopole fut supprimé en 1778. La lutte contre la contrebande fut organisée de plus par la destruction complète de la place commerciale portugaise de Colonia del Sacramento effectuée la même année. Ces mesures ne purent contenir totalement la contrebande, mais aboutirent cependant à des résultats tangibles. La croissance économique de la capitale Buenos Aires se fit intense : rien que de 1800 à 1807, les revenus du Cabildo se multiplièrent par quatorze.
 En 1797, par ordre de Charles IV, le vice-roi Antonio de Olaguer y Feliú autorisa le commerce avec les pays neutres, étant données les difficultés croissantes dans le commerce avec l'Espagne à cause des hostilités en Europe et à la montée de la puissance britannique sur les mers. Dès lors le Río de la Plata se situa sur les routes du commerce international, attirant de nombreux navires des États-Unis et impulsant l'augmentation de la présence britannique dans l'économie de Buenos Aires.


William Pitt (le jeune), premier ministre du Royaume-Uni.

Dès le début de la conquête de l'Amérique, la Grande-Bretagne s'était intéressée aux richesses de la région. La Paix de Bâle, en 1795, mit fin à la guerre entre l'Espagne et la Révolution française. En 1796, par le Traité de San Ildefonso, l'Espagne s'allia à la France, qui était en guerre avec la Grande-Bretagne, ouvrant ainsi la brèche qui justifiera l'attitude militaire de la Grande-Bretagne, qui cherchait à obtenir une plus grande influence sur les colonies espagnoles.
L'arrivée au pouvoir de Napoléon en 1799 et sa proclamation comme Empereur en 1804 altéra les relations internationales et rénova l'alliance hispano-française. La pression de Napoléon sur Charles IV eut comme conséquence le retour de Manuel Godoy au pouvoir, lequel déclara en 1802 la guerre au royaume de Portugal, principal allié du Royaume-Uni sur le continent. La bataille de Trafalgar, en 1805, mit fin à trois siècles de suprématie navale de l'Invincible Armada, au profit de la flotte britannique. Ainsi cette bataille mina la capacité de l'Espagne de défendre et de maintenir son empire.
Au début du xixe siècle le Royaume-Uni se trouvait en pleine révolution industrielle, ce qui en fit l'économie la plus productive d'Europe, grande exportatrice de produits manufacturés. Moins de la moitié de ses produits avaient pour destination le marché européen continental. Après le gros échec militaire que représentait pour la France et l'Espagne la Bataille de Trafalgar, Napoléon Bonaparte opta pour la stratégie de la guerre économique.
En novembre 1806, peu après que la France eut conquis ou se fut alliée avec chacune des puissances du continent, depuis la Péninsule ibérique jusqu'à la Russie, Napoléon promulgua le décret de Berlin, prohibant à ses alliés et aux pays conquis quelque type de relation commerciale que ce soit avec la Grande-Bretagne. Cette mesure encouragea le Royaume-Uni à consolider et assurer ses intérêts au Nouveau Monde.

En 1711, le gouverneur britannique des Bermudes envoya une missive au ministre Robert Harley, comte d'Oxford, lui affirmant que « le Río de la Plata est le meilleur endroit au monde pour former une colonie britannique ». À partir de ce moment une série de plans pour occuper Buenos Aires et d'autres villes sud-américaines furent concoctés et proposés, mais durent être abandonnés à cause de diverses circonstances.
La fin de la guerre d'Indépendance des États-Unis, en 1783, eut un grand retentissement en Grande-Bretagne. Cette même année, William Pitt le Jeune devint Premier Ministre du pays. Sous son administration, qui coïncida avec les débuts de la Révolution Industrielle, Pitt visa la consolidation du commerce extérieur, et plutôt que de chercher de nouvelles colonies, il se soucia d'ouvrir de nouveaux marchés. Cette politique se vit sévèrement contrecarrée par les obstacles que dressait l'Espagne et les alliances changeantes entre les puissances européennes. De ce fait l'indépendance des colonies espagnoles en Amérique devint un thème central de l'administration Pitt.
Les pourparlers Miranda-William Pitt
En 1789 la guerre entre la Grande-Bretagne et l'Espagne paraissait imminente à la suite de l'incident du détroit de Nootka/Nutcas. Le révolutionnaire vénézuélien Francisco de Miranda saisit l'occasion pour se présenter devant Pitt avec sa proposition pour libérer l'Amérique Hispanique. Miranda songeait à émanciper les territoires du Nouveau Monde sous domination portugaise et espagnole, et les transformer en un grand empire indépendant gouverné par un descendant de la maison des Incas. Le plan présenté à Londres demandait l'assistance du Royaume-Uni et des États-Unis pour occuper militairement les principales villes sud-américaines. Miranda assurait que le peuple accueillerait les Britanniques cordialement et qu'ils s'empresseraient d'organiser des gouvernements souverains. En échange de cette aide, le Royaume-Uni obtiendrait les bénéfices de l'interchange commercial sans restrictions et l'usufruit de l'Isthme de Panama, afin d'y construire un canal pour le passage des navires. Pitt accepta la proposition et commença à organiser l'expédition.
 La Convention de Nootka en 1790, mit fin aux hostilités, et le projet fut annulé. Selon les termes de ce traité, la Grande-Bretagne reconnaissait la souveraineté de l'Espagne sur les archipels de l'Atlantique Sud proches du continent américain, en échange de la reconnaissance aux Britanniques des établissements dans les “Îles de Quadra et de Vancouver”. De ce fait les colons britanniques qui s'étaient établis quelques années plus tôt dans les Îles Malouines abandonnèrent l'archipel.
En 1796 le cabinet de Pitt élabora un nouveau plan d'intervention en Amérique du Sud, à la suite de la décision de l'Espagne de s'allier à la France. Mais la perte de la Russie et de l'Autriche comme alliés mit la Grande-Bretagne dans une situation plus difficile face aux imminentes attaques des flottes navales française, espagnole et hollandaise, et le projet dut être abandonné.

Le 5 octobre 1804, quatre bateaux britanniques interceptèrent aux abords de Cadix une flotte espagnole de quatre frégates chargées d'or et d'argent en provenance du Haut Pérou. Le butin évalué à deux millions de livres fut envoyé à Londres. Dans ce contexte, Pitt fit connaitre le plan de Miranda au commodore Sir Home Riggs Popham, qui se convertira en enthousiaste partisan de l' affaire de l'Amérique du Sud. Le 14 octobre, Popham et Miranda présentèrent à Pitt un mémorandum qui contenait des détails spécifiques en vue de libérer l'Amérique du Sud, et dont Popham se prévaudra en 1806 pour solliciter des troupes afin d'attaquer Buenos Aires.
Face à l'indécision de Pitt pour autoriser une attaque au Río de la Plata, au milieu de l'année 1805, Popham s'apprêta pour une expédition qui avait comme objectif la prise du Cap de Bonne-Espérance, à l'extrême sud de l'Afrique. Pitt lui ordonna d'abandonner le plan de conquête de l'Amérique du Sud pour le moment.
Vers la fin de 1805 la possibilité d'une invasion britannique agitait déjà Buenos Aires. Cette capitale sud-américaine, avec ses 45 000 habitants, était l'un des ports les plus prospères du Nouveau Monde (New York, la ville la plus grande d'Amérique anglo-saxonne, comptait 85 000 habitants). Le vice-roi Rafael de Sobremonte avait demandé des renforts militaires à l'Espagne à plusieurs reprises. Cependant la seule réponse qu'il obtint furent quelques canons et la suggestion d'armer le peuple pour la défense. Mais le vice-roi comprenait que donner des armes aux criollos (créoles), dont beaucoup étaient influencés par les idées révolutionnaires, était une stratégie dangereuse pour les intérêts de la couronne.
Sobremonte reçut bientôt des informations au sujet d'une flotte britannique qui s'était approvisionnée à Bahía au Brésil, au mois de décembre 1805. Suivant les ordres stipulés par le roi, il organisa les quelques troupes qu'il avait pour la défense du port stratégique de Montevideo, lequel avait un tirant d'eau suffisant pour permettre l'entrée de bateaux de guerre, ce qui en faisait la place militaire la plus importante sur le Río de la Plata. Le marin français Santiago de Liniers, au service de la couronne espagnole, reçut l'ordre d'armer une flotte pour protéger les côtes et assurer la libre navigation entre Montevideo et Buenos Aires, et fut désigné commandant du port de Ensenada de Barragán, à 70 km au sud-est de Buenos Aires (actuellement port de La Plata). Liniers avait été envoyé à Buenos Aires en 1788 en tant que Capitaine de Port. Son frère, le Marquis de Liniers, était un riche commerçant français de Buenos Aires3.
Le 19 janvier 1806, le général Sir David Baird s'en alla prendre au profit de la couronne britannique la colonie hollandaise du Cap de Bonne-Espérance avec la flotte qui avait alarmé le vice-roi Sobremonte un peu plus tôt. En ces jours, Napoléon triomphait dans les batailles d'Iéna et d'Auerstaedt, ce qui consolidait la France dans son hégémonie en Europe.

Le fameux commodore britannique Popham avait des contacts avec des commerçants établis à Buenos Aires, et parmi eux un certain William White, à qui il devait une importante somme d'argent. Le 28 mars le bateau négrier Elizabeth arrivait au Cap, porteur d'un message de White où il indiquait qu'un trésor de plus d'un million de pesos se trouvait à Buenos Aires, en provenance de Potosí, prêt à être envoyé en Espagne, avec lequel Popham pourrait payer sa dette. Le commodore essaya de persuader Baird de lui donner son appui pour prendre le Río de la Plata, faisant valoir un tas d'arguments et l'assurant qu'il aurait l'appui de la population locale, mais le général renacla.
Baird se trouvait dans une position difficile, car cette mission n'avait pas été approuvée officiellement. D'un côté, les gouverneurs de colonies éloignées avaient le pouvoir de décider d'actions militaires d'urgence. D'autre part, la loi britannique établissait des pourcentages des butins de guerre qui étaient donnés aux participants aux prises. En particulier, les militaires de haut rang pouvaient recevoir d'importantes sommes. De plus si l'expédition partait sans l'aide de Baird et échouait, Popham pourrait accuser Baird devant un tribunal de guerre.

SUITE:  Invasions britanniques (Río de la Plata).

 

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MessagePosté le: Dim 18 Juin - 07:15 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

Amerigo Vespucci fut le premier Européen à s'approcher des côtes argentines en 1502. En 1516, Juan Diaz de Solís, un navigateur espagnol visita le territoire qui deviendra l'Argentine. L'Espagne inclura l'Argentine dans la vice-royauté du Pérou.
À l'inverse de ce qu'ils firent au Pérou et en Bolivie, les Espagnols ne soumirent jamais totalement les principaux peuples amérindiens qui occupaient le territoire actuel de l'Argentine. La présence espagnole se limitait d'ailleurs au départ à de petits noyaux, essentiellement le long de la route importante dite Camino Real, destinée au début à drainer les richesses minières du Haut-Pérou (Bolivie actuelle) vers le Río de la Plata. Là fut construite, en 1536 une colonie appelée Buenos Aires. Abandonnée à cause d'un blocus et de raids sanglants des Indiens Didiuhet, elle fut fondée à nouveau en 1580. Cette année-là, venu d'Asunción au Paraguay actuel, Juan de Garay refonda la ville qu'il appela Ciudad de Trinidad y Puerto de Santa María del Buen Ayre, et qui avec le temps sera connue plus simplement sous son nom actuel.
Du nord au sud les villes espagnoles principales furent créées progressivement, le long de cet axe. Ce sont principalement Santiago del Estero (1553), San Miguel de Tucumán (1565), Córdoba (1573), Salta (1582), San Salvador de Jujuy (1593) et Buenos Aires (1536 et 1580).



Carte de la Vice-royauté du Río de la Plata (fin du xviiie siècle). En vert clair : les régions non soumises par les Espagnols. Buenos Aires est en fait une ville toute proche des territoires indigènes.

Autre axe économique important, la voie fluviale du Paraguay-Paraná constituait une excellente route de pénétration vers le centre de l'Amérique du Sud et ses richesses. Ainsi furent fondées Sancti Spiritu (1523), Asuncion (1537), Santa Fe (1573) et Corrientes (1588).
Quelques régions furent cependant facilement conquises et rapidement assimilées, ce qui assura une domination aux espagnols sans problème. C'est le cas de la région du Cuyo. Dès 1561 la ville de Mendoza y fut fondée, suivie de San Juan en 1562, et de San Luis en 1594. Cette région était habitée par les Huarpes, pacifiques Indiens, exploités sans scrupule au début (travail dans les mines du Chili), mais qui se métissèrent rapidement. La paix s'installa rapidement.
La colonisation se poursuivit de manière très progressive. La dernière ville argentine à être construite fut San Fernando del Valle de Catamarca (1683).
Mais les conquérants n'avaient pas réussi à pénétrer les vallées calchaquíes, où s'étaient réfugiés plusieurs peuples qui menèrent la vie dure aux envahisseurs. La population espagnole restait faible au sein de ces provinces et de graves contre-attaques et révoltes indiennes firent de terribles dégâts. En 1630 éclata la première grande rébellion calchaquíe, sous le commandement du cacique Chalemín, et dura jusqu'en 1643, guerre intense avec incendie de La Rioja et destruction de Londres (près de Córdoba). La seconde rébellion, menée par un andalou – Pedro Chamijo – qui se faisait passer pour un descendant d'Inca, fut longue et cruelle.
Les Espagnols dirigés par Mercado et Villacorta défirent l'Andalou puis décimèrent les tribus. La dernière, celle des Quilmes, fut battue en 1665. Les survivants furent déportés près de Buenos Aires, là où se dresse aujourd'hui la grande cité de Quilmes.

Au xve siècle les karaí, prophètes guaranís acceptés dans toutes les communautés guaraníes, parcouraient les villages ou tekuas prêchant le message de l'arrivée de profonds changements. Or ces villages s'affrontaient entre eux dans une permanente recherche de l'État de Aguyé, et pratiquaient le cannibalisme entre eux. Ces karaí ne faisaient partie d'aucun village ou tekua en particulier, mais étaient panguaranís. Leur message était donc unificateur.
Cent ans plus tard, avec l'invasion espagnole, arrivent les jésuites dont le message chrétien rivalise directement avec celui des karaí. Bien qu'étrangers ils amènent aussi un message unificateur. Surtout, ce qui jouera un rôle très important, les guaranís qui acceptent de vivre avec eux sont automatiquement protégés par les lois du puissant roi d'Espagne.
En effet, en 1556 les Espagnols avaient introduit dans ces régions le système de l'encomienda, par lequel chaque encomandero s'engageait à évangéliser et à sortir de la barbarie un certain nombre d'Indiens qui en retour devaient se mettre à son service. C'était un système d'asservissement impitoyable. De ce fait les rapports d'abord amicaux entre les Européens et les Indiens se modifièrent. Les révoltes se multiplièrent et atteignirent une grande violence en 1580, rendant la région ingouvernable. Pour sortir de ce bourbier, les Espagnols firent appel en 1585 aux Jésuites.
Ceux-ci proposèrent de payer directement au roi un tribut proportionnel au nombre d'Indiens mâles, retirant ainsi les Indiens du contrôle de l'empire pour les placer directement sous le leur. Enfin en 1608, le roi Philippe III d'Espagne donna pouvoir aux jésuites de convertir et coloniser les tribus de Guayrá.
Simultanément, l'expansion constante du front hispano-portugais, et la menace réelle d'esclavage que cela représentait, amena un grand débat interne chez les chefs guaranís entre les partisans de l'alliance jésuitique (de façon à obtenir la protection de la couronne) et les « durs » qui préféraient l'affrontement.

Après de longs débats, la politique d'alliance des dirigeants politiques guaranís avec  les jésuites devint bientôt consensuelle et généralisée. Elle obéissait à une stratégie globale, dans le but de limiter la montée des périls, les guaranís se trouvant pris entre les gros propriétaires espagnols désireux de se fournir de la main d'œuvre gratuite d'un côté et les bandeirantes portugais pillards et marchands d'esclaves de l'autre. À noter qu'il existe de nombreuses sources de témoins présents lors de ces débats internes des leaders guaranís. Notamment le « Jardín de Flores paracuaria » du Padre Tadeo Xavier Hednis de la Société de Jésus.
Ce sont donc les jésuites qui furent en réalité utilisés par les Guaranís, afin de maintenir leur modèle ou mode de vie. Le modèle politique guaraní était prêt à être occupé par les jésuites. Ainsi s'explique la rapide conclusion de cette alliance et le développement des Misiones. Les Réductions jésuites n'étaient rien d'autre que des tekuas ou villages traditionnels qui avaient obtenu la protection de la couronne, pénétrant ainsi non seulement dans le domaine légal espagnol, mais aussi dans une série d'échanges économiques et culturels qui se maintinrent pendant deux siècles.
La Pampa et la Patagonie, constituaient une vaste zone peuplée d'aborigènes totalement libres, qui ne put jamais être conquise par les Espagnols et qui depuis le xviie siècle s'unifia progressivement sous la culture mapuche. Ce n'est qu'à la fin du xixe siècle, plus de 300 ans après la conquête espagnole du Pérou, que l'Argentine (comme le Chili d'ailleurs), arriva à occuper la région grâce à une guerre contre les Mapuches.
À l'arrivée des Européens, le sud du continent américain, la région pampéenne comme la Patagonie, était peuplée par les Indiens Pampas, les Tehuelches (Patagons) en Patagonie orientale et les Mapuches en Patagonie occidentale. La Terre de Feu était peuplée par un rameau des Tehuelches, les Selknams (ou Onas), par les Yagans ou Yamanas et par les Alakalufs ou Kaweskars.
Peu après le débarquement des conquistadors sur les rives du Río de la Plata et la fondation de Buenos Aires au xvie siècle, les premiers affrontements se produisirent entre Espagnols et aborigènes, les Pampas (ou Hets ou Querandis), appelés plus tard Ranquels au xviiie siècle.




Carte de la Vice-royauté du Río de la Plata (fin du xviiie siècle). Elle comprend 8 Intendances et 4 Gouvernements (Moxos, Chiquitos, Banda Oriental et Misiones). En pointillé : la frontière avec les territoires indigènes non soumis.

À partir du xviie siècle, quelques bovins abandonnés par les Espagnols en région pampéenne proliférèrent naturellement, formant de vastes troupeaux redevenus sauvages. Les Espagnols comme les indigènes Pampas et Mapuches, commencèrent à les chasser ce qui amena des affrontements entre les deux groupes. Les Espagnols construisirent des lignes de fortins entourant Buenos Aires et Córdoba, afin de délimiter leur zone exclusive de chasse appelées vaquerías. Les Pampas considéraient que les Espagnols avaient usurpé leurs terres en les envahissant, et durant des siècles attaquèrent leurs établissements par une tactique d'attaque en masse appelée malones, utilisant des chevaux, de longues lances et des boleadoras (système composé de plusieurs lanières lestées de gros cailloux destiné à immobiliser les jambes des chevaux).
En même temps, la capitainerie du Chili procédait à des attaques systématiques contre les Mapuches appelés aussi Araucans (Guerre d'Arauco).
Tout au long des xviie et xviiie siècles les Mapuches imposèrent leur culture et assimilèrent les peuples indigènes qui habitaient la Pampa et la Patagonie. Cependant dès la fin du xviiie siècle les Espagnols progressèrent lentement sur le territoire ranquel. La frontière entre les deux civilisations se situa alors sur le río Salado, qui divise la pampa orientale en deux en son centre. Cependant certains indigènes acceptèrent de travailler dans les estancias (grandes fermes-domaines) espagnoles, se métissant avec les Européens. L'origine des gauchos est liée à ce processus de métissage.
De même, dans le nord du territoire de l'Argentine actuelle, les tribus peuplant la région du Gran Chaco restèrent libres face aux colonisateurs, et cela dura aussi jusqu'à la fin du xixe siècle.

 

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MessagePosté le: Dim 18 Juin - 07:20 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

La Vice-royauté du Río de la Plata fut créée en 1776 sur ordre du roi Charles III d'Espagne, dans le but d'améliorer la défense des colonies espagnoles d'Amérique du Sud et de mieux protéger les grandes voies de communication qui drainaient les richesses de cette dernière depuis le Pérou jusqu'à l'océan Atlantique en direction de l'Espagne.
Pedro de Cevallos fut chargé par la couronne de la création de la vice-royauté du Río de la Plata, ayant son siège à Buenos Aires, ce pourquoi il reçut la cédule royale à San Ildefonso le 1er août 1776. On l'envoyait pour obtenir satisfaction des Portugais pour les insultes commises dans le Río de la Plata. Cela indiquait clairement que l'administration de la nouvelle entité aurait un caractère nettement militaire. Et effectivement, le premier acte du nouveau vice-roi fut l'attaque qui se voulait décisive contre l'établissement portugais de Colonia del Sacramento construit, en violation du traité de Tordesillas, sur le territoire actuel de l'Uruguay, face à Buenos Aires.
La vice-royauté comprenait les territoires qui appartiennent aujourd'hui à l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay, la Bolivie (Haut-Pérou), et partiellement au Chili et au sud du Brésil.
Une grande partie du territoire de la vice-royauté resta insoumise jusqu'à la seconde moitié du xixe siècle, ainsi que le montre la carte suivante :
Ces territoires dépendaient de la vice-royauté du Pérou. Or celle-ci avait une extension énorme et les communications (à travers la Cordillère des Andes notamment) y était extrêmement lente à l'époque. Si des évènements graves se passaient en région platéenne, il fallait des semaines pour que le vice-roi de Lima en soit averti et puisse y réagir. Par contre Buenos Aires était entourée de vastes plaines qui facilitaient énormément la rapidité des courriers.
Le roi Charles avait pris une décision rationnelle en regroupant dans une même entité toutes les régions de l'empire situées dans le bassin du Paraná. Le fait d'avoir laissé le Chili au sein de l'administration de Lima procédait de la même logique, car les communications avec le Pérou, le long des côtes de l'océan Pacifique, y étaient rapides, bien plus rapides qu'avec la pampa voisine dont le Chili était coupé par la Cordillère. À cela s'ajoutait le problème de la neige qui bloquait les cols en hiver.


Subdivisions de la vice-royauté du Río de la Plata

D'autres motifs pressants contribuèrent à convaincre Charles III de décider cette séparation d'avec le Pérou:
l'avancée et la montée en puissance des britanniques.
la pression des portugais (de surcroit de plus en plus alliés des anglais) à Colonia del Sacramento et ce, en violation du traité de Tordesillas.
la croissance accentuée de Buenos Aires comme centre commercial
l'importance de l'estuaire du Río de la Plata comme voie d'entrée dans le continent et l'organisation de la défense des ports de Buenos Aires et de Montevideo
les expéditions agressives de plus en plus fréquentes des anglais et des français sur les côtes de Patagonie, et leur désir de s'approprier ces régions (les Malouines par exemple).
Organisation administrative de la vice-royauté du Río de la Plata
Intendances
de la Paz
de Cochabamba
de Chuquisaca ou Charcas
de Potosí
du Paraguay
de Buenos Aires
de Córdoba del Tucumán
de Salta del Tucumán
Gouvernements
de Moxos (département bolivien de Beni actuel)
de Chiquitos (département bolivien de Santa Cruz actuel, plus Chaco paraguayen et province argentine de Formosa actuels)
de Montevideo ou de la Banda Oriental
des Misiones
 

 

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MessagePosté le: Lun 19 Juin - 05:01 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

  bataille de Mbororé
, arrivée le 11 mars 1641, fut un affrontement entre les guaranís qui habitaient les Missions jésuites des Guaranis et les bandeirantes, explorateurs et aventuriers portugais dont le centre d'action était à São Paulo. Le lieu de la bataille se trouve à proximités de la colline Mbororé, aujourd'hui commune de Panambí dans la province de Misiones, en Argentine. La bataille s'est terminée par la victoire guaranie.
Au début du xviie siècle les Hollandais débarquent sur les côtes actuelles du Brésil avec la ferme intention de s'y installer. Moyennant divers actes de piraterie ils réussissent à contrôler la navigation sur la côte de l'océan Atlantique, perturbant sérieusement le trafic d'esclaves. Ce qui occasionne un manque à gagner pour l'Empire portugais qui a besoin d'une main d’œuvre servile pour poursuivre son entreprise dans la culture de la canne à sucre et l'élevage, activités prédominantes sur le littoral atlantique brésilien. Ce sont donc les Indiens qui entrent dans le collimateur des agriculteurs portugais et propriétaires de plantations, en tant qu'esclaves potentiels. En raison des rares quantités d'argent, d'or et de pierres précieuses trouvées dans la région de Piratininga, les groupes d'explorateurs commencent d'autre-part à aller plus avant dans les terres intérieures inconnues du Brésil.
Ces groupes d'exploration et de chasse d'esclaves, dénommés bandeiras, étaient organisés et dirigés comme une entreprise commerciale par les secteurs dirigeants de São Paulo, et dans ses rangs étaient intégrés des mamelouks (métis de portugais et indigène), aborigènes tupis et aventuriers étrangers (surtout hollandais) qui arrivaient sur les côtes du Brésil pour chercher fortune. Ils contaient aussi, sur la complicité de la société de fonctionnaires coloniaux espagnols et encomenderos du Paraguay.
Dans son avancée vers l'ouest, les bandeirantes croisent la jamais précisée limite entérinée par le traité de Tordesillas, qui a perdu de son sens durant la période où le Portugal forma une union dynastique aeque principaliter avec la Couronne de Castille, en pénétrant de manière répétée en territoires de la vice-royauté du Pérou. Indirectement, les bandeirantes paulistes se convertissent de cette manière en l'avant-garde de l'expansion territoriale portugaise, permettant au Portugal de récupérer son indépendance.

Par une Real Cédula de 1608 il est commandé au gouverneur d'Asuncion, Hernando Arias de Saavedra (Hernandarias) que les jésuites se dirigent aux régions du rio Paraná, territoire du Guayrá et à la zones habitées par les guaycurúes. Sa mission est de fonder des villages et évangéliser les indigènes qui habitent les dites régions. Postérieurement s'ajouteront les villages de Itatín (au nord d'Asunción) et de Tapé (dans l'actuel État de Rio Grande do Sul, au Brésil).
Les jésuites se trouvent en plein travail d'évangélisation lorsque les bandeirantes commencent à arriver sur la zone orientale du Guayrá. Dans un premier temps, ceux-ci respectent les indigènes rassemblés dans des villages par les jésuites et ne les capturent pas. Mais les Guarani, concentrés dans les villes et qualifiés dans divers métiers, représentent une main-d'œuvre spécialisée hautement compétente pour les portugais. Encore plus quand ils sont sans défense et sans armes parce que, par décret royal, il leur est interdit d'utiliser les armes à feu.
À partir de 1620 les incursions des bandeiras se font de plus en plus agressives, ce qui amène l'abandon ou la relocalisation de quelques villages.
Entre les années 1628 et 1631, les chefs bandeirantes Raposo Tavares, Manuel Preto (es) et Antonio Pires (es) avec leurs troupes, frappent périodiquement les reducciones du Guayrá, en capturant des milliers de Guaranis qui sont après vendus aux enchères à San Pablo. On estime que dans les incursions des années 1628-1629 sont capturés quelque 5 000 indigènes, sur lesquels seulement quelque 1 200 arrivent à San Pablo. La plupart d'entre eux meurent dans le déplacement, en raison des mauvais traitements infligés par les esclavagistes.
Vers l'an 1632 se produit l'exode massif vers le sud de 12 000 Guaranis réducidos par les jésuites, laissant la région du Guayrá pratiquement déserte. Ils refonderont les réductions de San Ignacio Miní et Loreto sur le territoire de l'actuelle Province des Missions.
Les bandeirantes continuent vers l'ouest, en attaquent les réductions d'Itatín en l'an 1632. Suivront les missions orientales, envahies pendant les années 1636, 1637 et 1638 par des bandeiras successives dirigées par Raposo Tavares, Andrés Fernández et Fernando Dias Pais

En l'an 1638, les pères Antonio Ruiz de Montoya et Francisco Díaz Taño entament un voyage en Espagne dans le but de rendre compte au roi Philippe IV de ce qui se passe dans les missions. Son intention est d'obtenir du roi la levée de d'interdiction du maniement d'armes de la part des indigènes.
Les recommandations de Ruiz de Montoya sont acceptées par le roi et le Conseil des Indes, qui publie plusieurs décrets royaux, expédiés en Amérique pour exécution.
Par un décret royal du 12 mai 1640 il est permis que les Guaranis prennent des armes à feu pour se défendre, mais toujours en en avisant le vice-roi du Pérou. Par conséquent, Ruiz de Montoya part vers Lima, dans le but d'y poursuivre, ses efforts de fourniture d'armes.
De son côté, le père Taño part à Rome pour informer le pape de la chasse d'esclaves dans les missions, dans le but d'obtenir une protection papale.
En attendant, et devant le danger imminent de que les bandeirantes traversent le rio Uruguay, le père provincial Diego de Boroa (es), avec le consentement du Gouverneur d'Asunción (es) et de la Real Audiencia de Charcas, décida que les troupes misioneras utilisent des armes de feu et reçoivent une instruction militaire. Depuis Buenos Aires ils envoient onze espagnols pour organiser les forces de défense.
Fin 1638, le père Diego d'Alfaro (es) traverse la rivière l'Uruguay avec un bon nombre de Guaranis armés et entraînés militairement avec l'intention de récupérer les indigènes et éventuellement faire face à des bandeirantes qui parcourraient la région.
Après quelques rencontre sporadiques avec les forces paulistes, aux troupes du père Alfaro se sont ajouté 1 500 Guaranis qui sont arrivés, dirigés par le père Romarin. Il s'est formé alors une armée de 4 000 misioneros qui s'est avancée jusqu'à la reducción détruite des Apóstoles de Caazapaguazú où les bandeirantes se trouvaient retranchés après diverse défaites partielles.
Ce choc armé a constitué la première victoire décisive des partisans guaraníes sur les paulistes, lesquels après s'être rendu ont fui precipitament.
 Les forces bandeirantes défaites après de la rencontre dans les champs de Caazapaguazú, entrent à San Pablo pour informer les autorités de ce qui est arrivé.
Par pure coïncidence, à cette date (milieu de l'an 1640), est arrivé à Rio de Janeiro le père Taño venant de Madrid et de Rome. Il a en sa possessions les Cédules Royalles et Bulles pontificales que condamnent sévèrement le trafic d'indigènes par les bandeiras.
Les deux faits ont produit une violente réaction dans la Cámara Municipal de San Pablo, celle qui, de commun accord avec les fazendados, a expulsé de la ville les jesuites.
Il s'a organisé une énorme bandeira avec 300 Hollandais, portugais et mameluques armés avec des fusils et arquebuses, 130 à 900 canons et 600 à 6000 tupíes armés avec des arc à flèches, commandés par Manuel Pires. L'objectif de l'expédition était prendre et détruire tout ce que se trouvât entre les rivières Uruguay et Parana, en prenant tous les esclaves possibles.

Fins 1640 les jésuites se rendent à l'évidence d'une nouvelle incursion de bandeirantes plus nombreuse que les précédentes. Pour cela s'est constitué une armée de 4 200 Guaranis armés avec des pierres, arquebuses, arc à flèches, sabres et boucliers. Les forces comprenaient une cavalerie armée avec lances, mais de par les conditions du terrain elle n'était pas très efficace, et servait principalement de soutien à l'infanterie et l'artillerie. La artillerie se composait de canons de bois de tacuara fourrés en cuir ou «des bouches de feu». Le nombre d'armes de feu était faible en comparaison du nombre de combattants, à peine trois cents.
Les Indiens à pied doivent porter des flèches, des arcs, des pierres, des bâtons et des boucliers. La cavalerie des lances, des boucliers, de matraques, casques et éperons. Les archers sont été équipés de deux arcs, trente quatre cordes et des flèches. Les pedreros (canons), cinquante pierres (au moins) une douzaine de anddas, un bâton et un couteau. Ils aussi portaient boleadoras d'une pierre. En l'offensive, les guaraníes n'avaient l'habitude de pas user l'arc parce qu'il tuait à distance et il résultait j'indigne pour un guerrier. Le règlement développé par les jésuites au xviie siècle pour les défenses des villages exigeait que tous les indiens adultes eussent entraînement et les enfants ils commençassent à pratiquer aux sept ans une fois au mois avec profondes, arcs et tu jettes. Les jeunes devaient être diestros dans l'usage de machettes ou espadones larges «qu'ont le coup le plus sûr». Aussi toute localité devait avoir sa propre réserve de poudre, profondes et pierres, arcs et 7 000 flèches avec des pointes de fer, 200 chevaux pour usage militaire, 60 tu jettes, 60 desjarretaderas (cuchilla de métal en forme de moyenne lumière sujette à un bâton) et une maestranza où fabriquer poudre. 

Ils ont bientôt incorporé des instruments comme atabales, trompetas ou cornetas, entre autrui. Les indiens appelaient guyrapá l'arc, jhu'et aux flèches, mimbucú à la jette et tacapé à la macana. Sa principale tâche était se défendre des incursions des indiens chaqueños, spécialement, les Mbayas, féroces ennemis, adroits avec la jette et l'arc. Pour la bataille, ils avaient trescientas balsas à celles que s'ajoutaient à peine soixante canoés avec 57 mousquets et arquebuses, toutes couvertures pour se protéger des flèches et pedradas des tupíes.
Ils ont reçu une instruction militaire d'anciens militaires, les frères Juan Cárdenas, Antonio Bernal et Dimanche Torres. L'opération était dirigée par le père Romarin. Les forces de défense étaient dirigées par le pères Cristóbal Altamirano, Pedro Mola, Juan de Matraques, José Domenech, Miguel Gómez, Dimanche Suárez.
L'Armée Guaraní est organisé en des compagnies commandées par des capitaines. Le capitaine général a été un cacique renommé du village de Conception, Nicolás Ñeenguirú. (es) Suivaient dans le commandement les capitaines Ignacio Abiarú, cacique de la réduction de Notre Dame de l'Asunción du Acaraguá (es), Francisco Mbayroba, cacique de la réduction de San Nicolás (es), et le cacique Arazay, du village de San Javier.
La reducción de la Asunción del Acaraguá, situé sur la rive droite du fleuve Uruguay, sur une colline près de l'embouchure du cours d'eau a été déplacé et Acaraguá déplacé par mesure de précaution en aval près de la bouche du flux Mborore dans le fleuve Uruguay. Ainsi, la réduction a été transformé en centre des opérations et quartier général des missionero de l'armée Guarani
Les caractéristiques du terrain et le coude que forme la rivière Mborore faite de ce site un endroit idéal pour la défense.
Dans le même temps ont été détachés des espions et gardes pour les territoires adjacents et une arrière-garde a été créé en Acaraguá.
Les forces bandeirantes au commandement de Manuel Casses et Jerónimo Pedrozo de Vases sont parties de San Pablo en septembre 1640.
Après avoir établi divers camps et s'être caché dans différents points le long du chemin, une partie arriva a Acaraguá, où ils trouvèrent la réduction complètement abandonnée. Ils choisirent l'endroit pour lever des palissades et fortifications à fin de l'utiliser comme base d'opérations.
Ils ont par après replié pour prévenir le reste de la bandeira de la sécurité de l'endroit.

Une crue de la rivière l'Uruguay en janvier de 1641 a apporté une grande quantité de canoës et beaucoup de flèches, ce qui a informé les jésuites de la proximité de l'ennemi.
En plus, après de que le groupe explorateur pauliste se soit replié d'Acaraguá, divers guaraníes qu'avaient réussi à s'échapper des esclavagistes donnèrent aux jésuites des informations sur le nombre et armement des bandeirantes.
Alors un petit contingent de misionera s'établit à nouveau à Acaraguá en mission d'observation et sentinelle. Le 25 février 1641 ils partent huit canons en amont de la rivière en mission de reconnaissance. À quelques heures de navigation, ils se retrouvent face à face avec la bandeira qu'arrivait descendant le courant de la rivière avec ses 300 canoés et balsas armés. Immédiatement six canoés bandeirantes ont commencé à pourchasser les misioneros, lesquels se sont repliés vite vers le Acaraguá. À l'arriver, les guaraníes ont reçu des renforts et les canoas bandeirantes durent se replier.
Pendant ce temps, un groupe de missioneros partit rapidement pour informer les jésuites du quartier général de Mborore de la situation en amont.
Au commencement du jour suivant, 250 Guaranis, répartis sur trente canoës et dirigés par le cacique Ignacio Abiarú font face à plus de cent canoés bandeirantes, les obligeant à se replier.
Loin des paulistes, les Guaranis procédèrent à la destruction de tout ce qui aurait pu servir au ravitaillement en Acaraguá et se replièrent vers Mbororé. Par les caractéristiques géographiques de cet endroit, il était l'idéal pour faire face aux Portugais, puisque les obligeait à une bataille frontale.
Effectivement, pour atteindre la bandeira à Aracaguá le 11 mars 1641 n'a rien trouvé d'utile et s'est dirigé vers Mbororé. Quelque 300 canoés et radeaux se déplacent en aval.
Soixante pirogues avec 57 arquebuses et mousquets, commandés par le capitaine Ignacio Abiarú, attendent dans l'arroyo Mbororé. Sur terre, des milliers de Guarani sont en soutien des canoës avec des fusils, des arcs et des flèches, des élingues, des machettes et des bâtons.
L'affrontement armé a été rapidement favorable à Guarani. Un groupe de Bandeirantes réussit à gagner du terrain et se retira dans Acaraguá, où ils érigèrent une palissade.
Pendant les jours 12, 13, 14 et 15 mars, les missionnaires ont bombardé en permanence la fortification avec des canons, des fusils et mousquets, les deux positions terrestres et fluviales sans risquer une attaque directe. Ils savaient que les Portugais manquaient de nourriture et d'eau, donc une guerre de positions a été préférée. En outre, plusieurs tupíes ont commencé à déserter et rejoindre les troupes missionnaires, fournissant des informations sur l'ennemi.
Le 16 mars, les Bandeirantes envoyèrent aux jésuites une lettre demande reddition. Cette lettre a été déchirée par les Guarani. Les Portugais ont essayé de fuir le siège Guarani en remontant le fleuve Uruguay dans leurs radeaux et canoës. Cependant, à l'embouchure du río Tabay les attendent un contingent de 2 000 Guaranis armés.
Devant cette situation, les portugais décidèrent de reculer vers Acaraguá pour gagner la berge droite de la rivière et ainsi pouvoir échapper aux Guaranis. Ils sont pourtant pourchassés et perdent une grande quantité d'hommes.
Du contingent initial qui a quitté San Pablo, quelques-uns seulement réussi à revenir.

Les principales conséquences immédiates de la bataille de Mbororé ont été :
Consolidation territoriale des missions jésuites.
Frein à l'attaque des bandeirante sur les missions jésuites. Les jésuites ont amené un plan défensif qui a consisté en la concentration des missions entre les rivières Parana et Uruguay, la fortification de celles-ci et l'entraînement militaire des hommes adultes.
Obtention de la permission royale des jésuites de former ses propres milices de la part du Vice-roi du Pérou García Sarmiento de Sotomayor en 1649, en échange de ceci les guaraníes ont été exclus de la mita ou le paiement d'impôts par ses services en défendant la frontière septentrional, ceci signifie aussi que les jésuites ont pu acheter des armes de feu de façon légale. Malgré son rôle de défense des frontières, les milices ont eu une mauvaise relation avec les habitants d'Asunción. En 1735, lorsque Bruno Mauricio de Zabala en finit avec la Deuxième révolution comunera du Paraguay, les milices jésuites comptaient plus de 7 000 Guaranis dans leurs files. Ce qu'attribuait une autonomie majeure aux missions. Par après, ceci sera un motif à l'expulsion des jésuites d'Amérique.
Assurer la paix et prospérité des missions, lesquelles se développeront pendant cent autres années jusqu'à l'expulsion des jésuites en 1767.
Frein, temporel, à l'expansionnisme portugais sur les territoires de la Couronne espagnole.

 

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MessagePosté le: Lun 19 Juin - 21:19 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

La Guerre d’indépendance de l’Argentine, aussi appelée Guerre des Provinces unies du Río de la Plata est l’ensemble des batailles et campagnes militaires qui, dans le cadre des guerres d’indépendance hispanoaméricaines, eurent lieu en Amérique du Sud et auxquelles prirent part des forces militaires des Provinces unies du Río de la Plata, État qui succéda à la Vice-royauté du Río de la Plata et fut le prédécesseur de la République d’Argentine.
La guerre dura quinze ans et s'acheva par la victoire des indépendantistes qui, tout en parvenant à consolider l’indépendance de l’Argentine, avaient en même temps apporté leur concours à celle d’autres pays d’Amérique du Sud.
Les adversaires en présence sont qualifiés de patriotes (en esp. patriotas) ou de royalistes (realistas), le conflit opposant les partisans de l’indépendance de leur patrie et de la création de nouveaux États américains, et ceux qui au contraire tenaient à ce que les territoires concernés (provinces, capitaineries ou vice-royautés) demeurent sous l’autorité de la monarchie espagnole du roi Ferdinand VII.
Seuls certains de ces affrontements eurent lieu sur le territoire de l'actuelle Argentine, la plupart se déroulant dans les territoires de l’ancienne Vice-royauté du Río de la Plata qui allaient à l’issue de la guerre rester en dehors des Provinces Unies, ou dans d’autres régions d'Amérique du Sud qui n’avaient jamais fait partie de cette vice-royauté, tels que le Chili, le Pérou et l’Équateur ; toutefois, les troupes ne luttant pas seulement pour la maîtrise de ces territoires mêmes, mais aussi en vue d’établir la souveraineté nationale sur le territoire ayant appartenu à la Vice-royauté du Río de la Plata, ces opérations militaires font partie de la guerre d'indépendance. Il y eut par ailleurs des combats en mer, dans quelques cas même dans des eaux très éloignées du continent américain.
La guerre se déroula sur trois fronts principaux :
le front oriental ou du Litoral (ce mot étant, dans sa graphie espagnole, à prendre au sens de rivage des grands fleuves), s’échelonnant sur les fleuves et rivières du bassin de la Plata, et incluant les campagnes au Paraguay, dans la bande Orientale (grosso modo équivalent à l’actuel Uruguay) et dans la Mésopotamie argentine, ainsi que les combats navals sur le río de la Plata et ses affluents ;
le front nord, comprenant les combats dans les provinces du Haut-Pérou et dans l’intendance de Salta del Tucumán ;
le front des Andes, englobant l’ensemble des actions offensives contre les positions royalistes au Chili, au Pérou et dans l’ancienne Présidence de Quito (grosso modo l’actuel Équateur).

La Vice-royauté du Río de la Plata, appartenant à l’Empire espagnol, fut constituée en 1776 à partir de territoires qui avaient fait partie auparavant de la Vice-royauté du Pérou et qui peu après furent réorganisés en huit intendances : La Paz, Cochabamba, Chuquisaca (ou Charcas, l'actuelle Sucre), Potosí, Salta del Tucumán, Córdoba del Tucumán, Paraguay et Buenos Aires, et en quatre gobernaciones ou gouvernements politiques et militaires : Moxos, Chiquitos, Misiones et Montevideo ; la capitale de la vice-royauté était la ville de Buenos Aires.
Abstraction faite de la conquête portugaise des Misiones Orientales en 1801, qui ne suscita de la part de l’Espagne qu’une réplique militaire limitée et insuffisante, le territoire connut la paix intérieure et extérieure jusqu’à 1806. Cette année-là, ainsi que la suivante, se produisirent les offensives dites invasions britanniques, lors desquelles des troupes britanniques réussirent à occuper brièvement Buenos Aires, Montevideo et d’autres places de la bande Orientale. Sous l'impulsion de Jacques de Liniers, officier français au service de la couronne espagnole, elles en furent chassées grâce à l'appui de la population locale, qui s'était organisée en milices de patriotes. Celles-ci atteignaient un total de 7 253 hommes en octobre 1806, et quoique leurs effectifs augmentassent encore légèrement avant la seconde invasion anglaise (1807), elles devaient ensuite fortement diminuer une fois écartée la menace britannique.
 Le contact soudain avec les conflits politiques européens, l’influence idéologique des Lumières, et l’exemple de la Révolution française et de la Déclaration d’indépendance des États-Unis suscitèrent une activité politique inusitée et croissante dans les années qui suivirent les invasions britanniques. L’absence de réponse de la part de la métropole espagnole aux demandes d’aide de sa colonie et l'expulsion réussie des puissants envahisseurs sans aide extérieure firent acquérir à la population locale, en particulier à celle de Buenos Aires, un haut degré de conscience politique. Dans le même temps, l'absence de réaction positive de la part de la métropole aux demandes de plus en plus pressantes d’autonomie économique porta la bourgeoisie d’affaires de Buenos Aires à rejoindre les différents groupes attachés à changer de façon substantielle la relation avec l’Espagne, et à vouloir s’octroyer notamment le pouvoir de décision économiquen.
Dans ce contexte d’une conscience de soi politique et sociale renforcée, la nouvelle de l’invasion de l’Espagne par les troupes françaises et du détrônement du roi Ferdinand VII eurent pour effet d’exacerber encore les conflits internes dans le Río de la Plata. Plusieurs expérimentations politiques, telles que le charlottismen, si elles parvinrent certes à susciter des adhésions, ne furent cependant jamais en mesure de vaincre la fidélité de la population à l’Espagne et la méfiance envers toute idée d’hégémonie portugaise. Tandis que dans la métropole se déroulait la guerre d’indépendance espagnole, la vice-royauté restait fidèle à l’autorité de la dénommée Junte suprême centrale, laquelle, ayant regroupé les différentes juntes de gouvernement surgies dans la Péninsule, gouvernait l’Espagne au nom du roi Ferdinand déchu, maintenu prisonnier en France.


Martín de Álzaga

Sur le modèle de l’insurrection en Espagne et de son mode d’organisation, d’éphémères tentatives d’instauration d’un gouvernement autonome sous forme de comités exécutifs (juntas) eurent lieu à Montevideo, à Chuquisaca (ancien nom de la ville de Sucre) et à La Paz. La première dura neuf mois, avant de s’éteindre sans résistance à la fin de 1809, la deuxième fut dissoute sans effusion de sang, cependant que la révolution de La Paz était durement réprimée par une expédition militaire dépêchée depuis le Pérou5. En dehors du Río de la Plata, il y eut aussi une junte de gouvernement à Quito, qui fut éliminée sans combat.
À Buenos Aires, le coup de force tenté le 1er janvier 1809 par Martín de Álzaga, coup de force appelé en espagnol Asonada de Álzaga, fut écrasée militairement le jour même, et entraîna la dissolution de plusieurs corps de miliciens d’origine espagnole qui s’étaient engagés dans cette insurrection et, partant, permit le renforcement des forces criollas. Par la suite, le nouveau vice-roi du Río de la Plata, Baltasar Hidalgo de Cisneros, réorganisa les corps militaires urbains de Buenos Aires, en modifiant leur distribution.
Dans les premiers mois de 1810, quelques groupes s’étaient formés qui conspiraient chacun séparément pour destituer le vice-roi et se doter de quelque forme de gouvernement autonome. À la mi-mai, la nouvelle que l’Espagne était tombée quasi tout entière aux mains des troupes de Napoléon Bonaparte et que la Junte suprême centrale, qui gouvernait l’Espagne durant l’invasion française, avait été dissoute, eut pour effet de catalyser les discussions politiques et fit éclater la révolution de Mai à Buenos Aires

 

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MessagePosté le: Lun 19 Juin - 21:35 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

La mutinerie d’Álzaga (en esp. Motín de Álzaga, ou plus communément Asonada de Álzaga) est la tentative avortée de coup de force menée le 1er janvier 1809 par un groupe proche du cabildo de Buenos Aires et ayant à sa tête l’alcade Martín de Álzaga, en vue de faire destituer le vice-roi du Río de la Plata, le Français Jacques de Liniers. Cette rébellion, énergiquement interrompue par Cornelio Saavedra, a été diversement interprétée par les historiens, soit comme une réaction absolutiste, soit comme un prélude de la révolution de Mai.
Jacques de Liniers et Martín de Álzaga avaient été les héros de la reconquête de Buenos Aires lors de la première des offensives britanniques contre le Río de la Plata en 1806. Lorsque se produisit l’année suivante la seconde offensive, Rafael de Sobremonte, accusé d’abandon de poste en temps d’invasion étrangère, fut remplacé, sous la pression populaire, par Liniers dans la fonction de vice-roi. Par la victoire remportée dans la défense contre cette deuxième invasion, le prestige de Liniers se trouva rehaussé davantage encore, si bien qu’il fut confirmé dans sa fonction par ordre du roi Charles IV d'Espagne.
Francisco Javier de Elío, le gouverneur de Montevideo, fit opposition à son autorité et prit prétexte de ce que Liniers était d’origine française pour l’accuser de comploter pour le compte de l’Empire napoléonien, alors en guerre avec l’Espagne. Aussi Elío mit-il sur pied à Montevideo un comité de gouvernement (junte), qui récusait l’autorité du vice-roi.
Au mois d’octobre 1808, une révolution fut sur le point d’éclater contre Liniers, menée par le Cabildo de la capitale : fit figure d’excuse cette fois le fait que le fils du vice-roi venait de contracter mariage dans la vice-royauté que gouvernait son père, ce qui était interdit au regard des lois espagnoles. Toutefois, le refus net de la Real Audiencia d'endosser la requête de destitution fit échouer le dessein d’Álzaga et de sa faction.


Jacques de Liniers

Le 30 décembre 1808, le Cabildo posa un acte hostile au vice-roi, avec l’évidente intention de le provoquer : il opposa son veto à la nomination comme commissaire (alférez) royal du jeune Bernardino Rivadavia, candidat proposé par Liniers à cette fonction, véto assorti de commentaires blessants mettant en doute les capacités du candidat. Le stratagème consistait à pousser Liniers à l’insistance pour pouvoir ensuite l’accuser de despotisme. S'avisant de ce qu’on lui tendait un piège, Liniers adopta au contraire une attitude soumise et signa sans autre commentaire un ordre requérant le même Cabildo de nommer le nouveau commissaire royal. Ainsi fut désamorcée la première tentative révolutionnaire.
Le 1er janvier 1809, les membres du Cabildo se réunirent et proposèrent une liste de membres du nouveau Cabildo, appelés à entrer en fonction le jour même, en choisissant parmi les ennemis les plus déclarés du vice-roi. Lorsqu’ils se dirigèrent au fort de Buenos Aires afin d’y soumettre pour approbation ladite liste, ils furent appuyés par divers régiments de miliciens, tous d’origine espagnole, qui se mirent à occuper la place de la Victoire (Plaza de la Victoria, actuelle place de Mai). Fut ameutée également une petite foule de manifestants, qui protestaient contre la politique menée par Liniers et exigeaient sa démission.
Cependant, à l’inverse de ce qu’ils avaient escompté, Liniers se borna à protester à voix basse durant quelques minutes, puis plaça sa signature sous les nominations proposées. Derechef donc, il avait pris le parti de céder et de sauver ainsi sa position.
Dans le même temps pénétrait dans le fort, par la porte de derrière, un bataillon du Régiment de Patriciens, dont le commandant, Cornelio Saavedra, ordonna de défendre le vice-roi et de pointer les canons vers le bâtiment du Cabildo, qui bordait la place de la Victoire sur le côté (ouest) opposé au fort de Buenos Aires.
Les membres du Cabildo, se réunirent à nouveau et, se promettant de déstituer le vice-roi d’une manière ou d’une autre, envisageaient de lui substituer une commission exécutive, une junte de gouvernement, de laquelle seuls auraient fait partie des Espagnols péninsulaires (c'est-à-dire nés en Espagne), certes épaulée par deux criollos, Mariano Moreno et le syndic Julián de Leyva, qui eussent rempli le rôle de secrétaires de cette Junte.

Dans l’après-midi, une forte bourrasque dispersa les manifestants, mais les hommes de troupe, quoique s’étant mis à l’abri sous les arches de la Recova (sorte de marché couvert situé au milieu de la place de la Victoire et la séparant en deux), restèrent à leurs postes.
Dans la soirée se présenta au fort un long cortège, composé du Cabildo au complet, de l’évêque de la ville Benito Lué y Riega, et des membres de l’Audiencia et du Consulat de commerce de Buenos Aires. Tous exigeaient la démission de Liniers, et demandaient en outre que Saavedra retirât ses troupes. Celui-ci, s’avisant que le vice-roi ne paraissait plus décidé à résister, fit reculer son régiment de patriciens jusqu’au milieu de la place, comme dans un défilé, salué par les forces militaires rebelles. Quelques minutes plus tard, sans attendre d’ordres de leurs supérieurs, la plupart des soldats des bataillons espagnols décidèrent de rentrer chez eux. Saavedra pour sa part entreprit de visiter une à une les casernes des autres bataillons.
Liniers se considérait vaincu, mais, désireux néanmoins de contrôler en quelque manière les suites de sa chute, il exigea — appuyé en cela par Lué — que fussent observées les règles disposant que les vice-rois fussent remplacés par le chef militaire les plus ancien de la vice-royauté ; en l’espèce, il se serait agi du général Pascual Ruiz Huidobro. Conscient de ce que sa première tentative avait échoué, mais jugeant Huidobro plus maniable car moins prestigieux que Liniers, Álzaga finit par s’incliner devant cette exigence. Liniers s’étant alors déclaré d’accord pour démissionner, l’on s’attela à rédiger un acte par lequel Liniers annonçait sa démission.
Cependant, avant que ledit acte eût été achevé d’établir, le colonel Saavedra refit inopinément son apparition dans le fort, en compagnie des commandants des autres régiments et bataillons constitués de criollos. Pour ajouter de l’effet à sa réapparition, Saavedra tenait son épée dégainée, et avait troqué son chapeau pour un mouchoir noué.
Saavedra, de concert avec les autres commandants, exigea fermement que fût suspendue la procédure de démission, attendu que le groupe requérant cette démission ne représentait pas le peuple. Lué intervint, demandant à Saavedra qu’il laissât les choses telles quelles, compte tenu que Liniers n’était guère aimé. Saavedra alors emmena Liniers jusqu’au balcon du fort, où il fut acclamé par une foule nombreuse, convoquée là par le même Saavedra.
Au même moment les Patriciens surgirent sur la place, investirent celle-ci et refoulèrent les milices favorables au coup de force. Il y eut quelques tirs, faisant quelques blessés, mais les milices séditieuses se résignèrent à évacuer la place sans combattre.
Alors Liniers rentra au salon où se tenaient les membres du Cabildo et l’évêque, et déclara avec fermeté qu’il ne songeait point à démissionner. L’acte que l’on avait commencé à rédiger se mua en un acte de confirmation de Liniers, recueillant l’approbation de l’ensemble des présents, y compris des membres du Cabildo.
Tous ensuite retournèrent à leur logis, hormis les membres du Cabildo. Plusieurs heures plus tard, à la nuit déjà survenue, Liniers ordonna que fussent remis en liberté les alcades et autres dignitaires de nomination récente. En revanche, les membres les plus en vue du Cabildo, y inclus Álzaga, furent gardés prisonniers.


Cornelio Saavedra

Dès le lendemain, Álzaga et les autres meneurs du mouvement furent frappés de bannissement à Carmen de Patagones, à près de mille km au sud de Buenos Aires. L’Audiencia entama une procédure à leur encontre sous l’inculpation d'« indépendance » (sic). Quant aux deux secrétaires, Mariano Moreno et Manuel Leyva, ils ne furent pas inquiétés.
Les bataillons de miliciens urbains qui s’étaient joints au soulèvement — tercios de Miñones de Catalogne, tercios de Galliciens et de Biscayens, y compris les Chasseurs de Corrientes — furent dissous. Si une partie des hommes de troupes trouva à s’incorporer dans d’autres corps d’armée, les officiers furent sanctionnés d’une mis à pied définitive. Se trouvaient impliqués également quatre compagnies du 3e bataillon de Patriciens sous les ordres de José Domingo de Urién ainsi que quelques officiers des deux autres bataillons de ce corps, comme Antonio José del Texo (capitaine du 1er bataillon), Pedro Blanco et Tomás José Boyso. Urién fut démis de ses fonctions et Texo se vit mis en jugement pour tentative d’assassinat sur la personne de Saavedra.
Les proscrits à Carmen de Patagones, Martín de Álzaga, Juan Antonio Santa Coloma, Olaguer Reynals, Francisco de Neyra y Arellano et Esteban Villanueva, seront peu après délivrés par Elío — lequel continuait à ne pas reconnaître Liniers et soutenait la junte de Montevideo — et transférés vers cette ville.
Le Cabildo fut épuré de plusieurs de ses membres, tandis qu’un nouveau groupe de dirigeants, liés plus particulièrement au commandant des Patriciens et aux autres chefs militaires criollos, en prit la tête. Pourtant, la majeure partie d’entre eux, à la différence de Saavedra, s’abstiendront en 1810 de participer à la révolution de Mai.
Avec l'arrivée du nouveau vice-roi Baltasar Hidalgo de Cisneros, venu d’Espagne, les réserves des colons espagnols à l’endroit de Liniers, désormais remplacé, devinrent sans objet, tandis que Cisneros prit le parti de l’indulgence à l’égard des responsables de l’Asonada.
Peu après aura lieu la révolution de Mai, menée par des criollos plutôt que par des Espagnols. Il sembrerait qu’Álzaga ait eu quelque part dans l’élection des membres de la Première Junte, quoique non ouvertement. Plusieurs des partisans d’Álzaga s’engagèrent activement dans la révolution, alliés cette fois au groupe dirigé par Saavedra.
L’un des membres de la junte avortée, Juan Larrea, devint membre de ladite Première Junte. L’un des deux secrétaires, Mariano Moreno, fut désigné secrétaire de ce premier exécutif autonome, tandis que l’autre, Manuel Leyva, s’employa à lever les derniers obstacles légaux qu’avaient à surmonter les révolutionnaires.
Le principal bénéficiaire de l’échec du coup de force d’Álzag fut Saavedra, à qui désormais Liniers était redevable de son autorité. Dorénavant, aucun gouvernement ne pouvait plus agir à Buenos Aires sans l’appui des milices urbaines, du moins jusqu’à la crise de 1820, dite anarchie de l’An XX. De fait, c’est sur la décision de Saavedra que fut déclenchée la révolution de Mai.

À la suite de l’historien Vicente Fidel López, l'Asonada a été considérée pendant longtemps comme une réaction absolutiste conduite par des Espagnols, afin de préserver la domination espagnole dans la vice-royauté. Depuis lors, cette vision a été adoptée par nombre d’historiens, dont Ricardo Levene et Lozier Almazán, biographes attitrés de Mariano Moreno, qui ne réussirent cependant jamais, si même ils le tentèrent, à accorder cette vision avec le tableau d’ensemble de la vie et de l’action de Moreno.
Par la suite, plusieurs auteurs ont remis en question cette interprétation, en faisant observer qu’Álzaga était Basque et qu’il était arrivé jeune enfant dans le Río de la Plata ; il est dès lors peu vraisemblable qu’il ait pu s'engager en faveur d'une relation de dépendance vis-à-vis d’une Espagne dont il ne devait plus guère se souvenir, et pour laquelle on peut supposer que les Basques n’éprouvent pas le même sentiment d’attachement que ceux originaires des provinces centrales.
De même, le parcours ultérieur de Moreno ne s’articule pas avec les supposées idées absolutistes des instigateurs de la mutinerie. Au surplus, durant ces années, les absolutistes s’étaient toujours opposés à la constitution de juntes de gouvernement destinées à pallier le vide de pouvoir en Espagne.
La signification exacte de l’Asonada demeure sujet à discussion. Toutefois, il fait peu de doute que les participants ne poursuivaient pas tous les mêmes objectifs, pas davantage que ceux qui s’y opposèrent.

 

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MessagePosté le: Lun 19 Juin - 22:12 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

Guerre d’indépendance de l’Argentine (II)
La révolution de Mai déboucha, le 25 mai 1810, sur l’instauration d’un premier exécutif autonome, dit Première Junte de Gouvernement, lequel était présidé par un criollo, Cornelio Saavedra, et revendiquait, à titre de successeur légitime du vice-roi, l’autorité sur l’ensemble de la Vice-royauté du Río de la Plata.
Le 27 mai, la Junte envoya aux principales villes de la vice-royauté une circulaire afin de porter à leur connaissance les événements survenus, de leur demander de faire allégeance au nouveau pouvoir, et de les solliciter d’envoyer à la capitale un député pour chaque ville et commune.
Nonobstant que la Junte sût, peu après qu’elle eut été constituée, que l’autorité avait été assumée en Espagne par un Conseil de Régence, elle continua néanmoins à exiger allégeance à son autorité, et récusa celle du Conseil, au motif que celui-ci avait été élu sans l'assentiment des populations américaines. La constitution espagnole de 1812, sanctionnée par les Cortes Generales del Reino réunies en 1812, laquelle constitution prévoyait pour les territoires américains une représentation restant nettement en deçà de ce qui leur revenait de par leurs effectifs de population, ne fut pas de nature à lever le refus des nouvelles autorités locales de reconnaître toute puissance qui leur fût supérieure.
Au cours de cette première phase, l’Espagne était tombée quasi intégralement aux mains des troupes napoléoniennes, et l’éventualité que la Régence pût, au moyen d’une expédition militaire, se porter efficacement au secours des royalistes en Amérique n’était pas même envisagée par le gouvernement révolutionnaire.
De la même façon que la Première Junte entendait étendre son autorité à l’ensemble de la vice-royauté et s'appliquait à diffuser la révolution dans toute l’Amérique espagnole, la Grande Junte, qui lui succéda et qui connut plusieurs phases – caractérisées chacune par l'influence respective plus ou moins importante de la faction dirigée par Cornelio Saavedra d’une part ou du groupe des partisans de Mariano Moreno d’autre part –, fit siennes à son tour cette politique et cette attitude militaire expansionniste du gouvernement précédent, notamment en décidant d’élargir fortement l’exécutif par l’intégration en son sein de députés de chacune des provinces intérieures.
Vers la mi 1811, après que furent connues toute l'ampleur et toute la portée de la défaite totale subie par ses troupes dans le Haut-Pérou, la Junte adopta une attitude plus prudente. Mais elle ne survécut pas à cette repositionnement politique : en septembre 1811, la Junte fut supplantée par le Premier triumvirat, lequel, au motif d’augmenter l’efficacité de gouvernement, s’appliqua à concentrer le pouvoir exécutif en un nombre très restreint de personnes et à ajuster ses décisions sur les intérêts de Buenos Aires


Le colonel Balcarce captura Jacques de Liniers et devint commandant de l’Armée du Nord.

La guerre d’indépendance fut déclenchée dès le 25 mai 1810, c'est-à-dire le jour même où triompha la révolution de Mai : le même document en effet qui prévoyait la formation de la Première Junte de gouvernement, réclamait également l’envoi d’une armée dans les terres intérieures de la désormais abolie Vice-royauté du Río de la Plata. Cette exigence fut insérée dans l’acte d’instauration de la Junte, en ces termes :
«la Junte sitôt installée, il y aura lieu de mettre sur pied dans un délai de 15 jours un corps expéditionnaire de 500 hommes pour porter secours aux provinces intérieures du royaume, lequel corps expéditionnaire devra se mettre en mouvement dans les plus brefs délais... »
Deux jours après, la Junte, par la voie de la même circulaire qu’elle adressa aux provinces pour exiger la reconnaissance de son autorité et solliciter l'envoi de députés à Buenos Aires, déclara qu’elle enverrait « un corps expéditionnaire de 500 hommes vers l’intérieur pour apporter une aide militaire afin de faire respecter l’ordre, au cas où il y aurait sujet de craindre que sans elle les élections des députés ne puissent se tenir de façon libre et honnête. »
En conséquence, elle ordonna, le 29 mai, une réorganisation générale des forces armées de la capitale : les bataillons furent convertis en régiments avec 1 116 hommes chacun et il fut décidé de procéder à une levée rigoureuse des vagabonds et désœuvrés entre 18 et 40 ans pour combler les places vacantes.
Les différents corps d’armée qu’eurent à leur disposition les gouvernements rioplatenses dérivaient des milices urbaines de Buenos Aires. En mai 1810, à la suite des réformes de Cisneros, l’appareil militaire de la vice-royauté dans la ville de Buenos Aires était constitué de 7 bataillons d’infanterie : les bataillons no 1 et 2 de Patriciens, le bataillon des Arribeños (comprenant des volontaires des provinces de l’intérieur), le tercio de Montañeses (composé des volontaires originaires de Cantabrie), le tercio de Andaluces (volontaires d’origine andalouse), les grenadiers de Terrada (volontaires placés sous le commandement du capitaine Terrada) et le bataillon de Castas ; enfin, le corps d’artillerie volante et les hussards de Pueyrredón.
Il existait en outre plusieurs corps de vétérans, dont les effectifs s’élevaient à près d’un millier d’hommes, et qui comprenaient le Régiment fixe de Buenos Aires (Regimiento Fijo de Buenos Aires), le régiment de Dragons de Buenos Aires et les Blandengues de la Frontera. À l’exception de ces derniers, qui recrutaient principalement auprès de criollos, tous ces corps de vétérans allaient être démantelés cette même année.
Les effectifs s’élevaient au total à 4 145 hommes : 3 128 d’infanterie, 555 de cavalerie et 462 d’artillerie. Avant la fin de l’année leur fut adjoint un nouveau régiment, le régiment América ou de l’Étoile (de la Estrella), fondé par Domingo French.
À ces forces, il convient d’ajouter un certain nombre d’autres qui ne firent jamais partie – en tant que telles – des forces armées des Provinces unies du Río de la Plata, comme les unités stationnées à Montevideo, divers corps de défense de la frontière indigène, et les 500 hommes qui en octobre 1809 s’étaient mobilisées pour étrangler les revoltes de Chuquisaca et de La Paz, sous le commandement de Vicente Nieto. Dans les années suivantes, ces troupes devaient pour la plupart combattre dans les rangs des royalistes.
Si nombreuses fussent-elles, ces troupes n’avaient guère d’autre expérience du feu que les offensives britanniques, et se trouvaient à présent placées sous le commandement d’officiers aussi inexpérimentés que les soldats. Les premiers commandants furent des officiers inférieurs, voire des civils, placé à la tête des troupes pour raison politique ou pour leur charisme personnel, non pour leur compétences militaires

Le matériel disponible et les tactiques mises en œuvre par les armées en présence allaient être les mêmes, chez les forces patriotes comme chez les royalistes, et n’allaient pas beaucoup changer tout au long des différentes campagnes. Les armées de l’époque se répartissaient en trois armes : infanterie, cavalerie et artillerie. Il n’y avait pas de corps d’appui spécialisés, lesquels ne feraient leur apparition qu’avec les campagnes de San Martín, mais bien des chefs experts en génie militaire.
L’infanterie, habituellement la plus nombreuse, était armée de fusils à chargement manuel et canon lisse – fort lentes et complexes à charger –, munis de baïonnettes pour le combat au corps à corps. Compte tenu que, dans les premiers temps, les officiers dont l’armée pouvait disposer avaient de l’expérience dans la conduite de troupes d’infanterie, il apparaissait préférable de recourir à celle-ci plutôt qu’aux autres armes.
La cavalerie était peu nombreuse au début, car elle avait été peu représentée dans les régiments levés sur la base des milices urbaines de Buenos Aires et que les criollos avaient tendance à dédaigner la cavalerie. Son usage, limité à des opérations de protection sur les flancs des formations d’infanterie, était de peu d’efficacité, faute d’entraînement approprié en manœuvre et tactique et en raison de ce que les criollos privilégiaient les carabines et tenaient la lance pour une arme des indigènes, ce qui, eu égard aux caractéristiques des armes à feu de l’époque, constituait une véritable erreur. Cependant, le recrutement de milices de cavalerie devait s’étendre rapidement vers la population rurale des provinces intérieures et son prestige grandir à la suite de la création du Régiment de grenadiers à cheval (Regimiento de Granaderos a Caballo), corps de cavalerie spécialisée en affrontements armés à grande vitesse. La supériorité dont la cavalerie patriote bénéficia à partir de ce moment, et qui était redevable à l’habileté de ses cavaliers, se maintint durant tout le reste de la guerre.
L’artillerie de campagne faisait usage de petits canons portatifs de bronze ou de cuivre, et nécessitait une logistique importante pour les pourvoir de boulets et de munitions et pour transporter les pièces désarmées. Les pièces étaient alignées, en un à trois groupes, à l’intérieur des formations d’infanterie. Au commencement, les officiers chargés de les desservir n’étaient pas à la hauteur de leur tâche, et les artilleurs de marine rappelés à terre furent à peine capables de les suppléer, mais plus tard des écoles d’officiers furent créées qui permirent une meilleure préparation technique.
De façon générale, les forces auxiliaires ou irrégulières appartenaient à la cavalerie et étaient armées de lances improvisées, de boleadoras, et parfois d'armes à feu courtes. Dans le Haut-Pérou et au Pérou, les forces irrégulières se composaient d’indigènes à pied, armés de macanas, de gourdins et de frondes.
Les déplacements s’effectuaient en général à dos de mulet, sauf en zone montagneuse, où les mulets étaient utilisés exclusivement pour le transport de charges, tandis que les soldats d’infanterie allaient à pied. Les mulets avaient été le principal produit d’exportation de plusieurs zones des provinces situées entre la Quebrada de Humahuaca et le sud, mais la guerre mit fin à ce commerce et les mules furent massivement destinées aux armées en campagne.
Les techniques de combat étaient ordinairement fort simples : attaques frontales avec le gros de l’infanterie, appuyées par l’artillerie, pendant que la cavalerie protégeait les flancs ou tentait d’encercler les forces ennemies. Seules les forces irrégulières exécutaient des opérations tactiquement moins prévisibles, ce qui explique leur notable succès.
Pendant les trois premières années de guerre, les deux camps opposés combattirent sous le drapeau de l’Espagne


Cornelio Saavedra, président de la Première Junte.

La circulaire du 27 mai fut adressée à toutes les villes et communes de la vice-royauté. Les villes de l’intérieur situées sur le territoire de l’actuelle Argentine firent allégeance à la Junte, y compris les villes de Mendoza et de Salta, dont les gouvernants coloniaux pourtant l’avaient récusée; le seul cabildo à s’y refuser fut celui de Córdoba, ce qui allait contraindre la Junte à s’en faire obéir par la force, et à déclencher ainsi la guerre d’indépendance.
Les villes du Haut-Pérou n’eurent pas même l’occasion de se prononcer avant que leurs gouvernements ne le fissent à leur place et en un sens négatif. L’unique cas d’une municipalité du Haut-Pérou qui eût reconnu précocement la Junte fut celui de Tarija, qui en outre élut ensuite son député.
La première ville à recevoir la circulaire fut Montevideo, le 31 mai. Le lendemain, un cabildo ouvert (cabildo abierto) s’accorda à reconnaître l’autorité de la Junte de Buenos Aires, mais décida en même temps d’ajourner l’envoi d’un député. Quelques heures plus tard parvint à Montevideo la nouvelle qu’à Cadix s’était installé le Conseil de Régence, qui se proposait de gouverner le royaume jusqu’à la libération du monarque captif Ferdinand VII. Le Cabildo de Montevideo, sous la pression des troupes déployées par le commandant d’escadre José María Salazar, résolut de se rallier à l’autorité du Conseil de Régence et de répudier la Junte de Buenos Aires, pour autant que celle-ci ne reconnût pas le Conseil de Régence.
À l’issue d’une démarche infructueuse entreprise à Montevideo par Juan José Paso, secrétaire de la Junte, celle-ci ouvrit les hostilités contre les royalistes de Montevideo, dont le cabildo rompit de son côté ses relations avec Buenos Aires le 15 juin.
Montevideo représentait pour Buenos Aires une menace sérieuse : quoique le rapport de forces fût, quant aux effectifs de l’armée de terre, favorable aux révolutionnaires portègnes, c’est toutefois à Montvideo que se trouvaient cantonnés la plupart des vétérans de la vice-royauté. Parmi les milices qui tenaient garnison à Montevideo figuraient le Régiment de Volontaires du Río de la Plata, le Régiment de Chasseurs d’Infanterie légère et le 1er Escadron de Hussards, tous créés à Buenos Aires. Dirigés par Prudencio Murguiondo, ils se soulvèrent le 12 juillet et exigèrent la destitution du commandant naval de la ville, mais le mouvement fut brisé par le gouverneur Joaquín de Soria.
Quant à la puissance navale, Montevideo jouissait en revanche d’une supériorité écrasante : les quelques vaisseaux de guerre qui avaient été échus à Buenos Aires avaient ensuite été autorisés à faire voile vers Montevideo lors des négociations avec cette ville et la majorité des officiers s’étaient alors ralliés au Conseil de Régence. La Junte ne disposait donc plus d’aucune force navale. La maîtrise de l’estuaire permettrait éventuellement à Montevideo de bloquer la capitale révolutionnaire, et la possession d’un port en eaux profondes lui garantissait l’approvisionnement de ses troupes et assurait à toute expédition royaliste une tête de pont sûre.
Un autre cas particulier fut celui d'Asuncion, chef-lieu du Paraguay, qui accueillit de mauvaise grâce l’émissaire de la Junte, le colonel José de Espínola y Peña, lequel avait mauvaise réputation dans cette province. Le 24 juillet, après que le gouverneur eut reçu la nouvelle de l’installation du Conseil de Régence, ainsi que du serment d’allégeance qui lui avait été prêté à Montevideo, une assemblée provinciale fut convoquée, qui jura obédience au Conseil de Régence et repudia le mouvement révolutionnaire portègne, bien que gardant des relations amicales avec la Junte de Buenos Aires. Espínola y Peña retourna à Buenos Aires avec la conviction qu’il existait à Asuncion un puissant foyer révolutionnaire, et qu’une expédition révolutionnaire de 200 hommes suffirait pour lui apporter l’appui nécessaire et pour unir le Paraguay au reste de l’ancienne vice-royauté

Le jour même de l’installation de la Première Junte, le vice-roi destitué Cisneros envoya à son prédécesseur Jacques de Liniers, qui se trouvait alors à Córdoba, un message secret par lequel il le chargeait de diriger la résistance contre la révolution.
Lors de plusieurs réunions tenues au domicile du gouverneur Juan Gutiérrez de la Concha se rencontrèrent, parmi d’autres, l’ancien vice-roi Liniers, l’évêque Rodrigo de Orellana et le doyen de la cathédrale Gregorio Funes, qui s’était rallié à la Junte. Ils y prirent connaissance du message de Cisneros ainsi que de la circulaire de la Junte exigeant l’allégeance du gouverneur et du cabildo de Córdoba.
Avant qu’aucune décision ne fût encore prise, l’on apprit, le 14 juin, la mise en place du Conseil de Régence. Liniers prit le parti de répudier la Junte, et, conjointement avec ses compagnons, hormis le doyen Funes, decida de récuser l’autorité de la Junte et de se préparer à la résistance. Le 20 juin, le Cabildo, en présence du gouverneur, prêta serment de fidélité au Conseil de Régence.
Le même jour, 20 juin, à Buenos Aires, le ci-devant vice-roi Cisneros et les auditeurs de la Real Audiencia furent arrêtés puis embarqués à destination des îles Canaries, pour avoir juré en secret fidélité au Conseil de Régence et avoir favorisé la contre-révolution à Córdoba.
Liniers et Gutiérrez de la Concha entreprirent de mettre à pied d’œuvre des milices urbaines ainsi que des miliciens recrutés dans les campagnes par le colonel Santiago Allende. Conformément au règlement sur les milices de 1801 existait à Córdoba un Régiment de Volontaires de Cavalerie de Córdoba, avec un effectif total théorique de 1 200 hommes. Les préparatifs étaient arrivés à un stade très avancé, et 1500 hommes et 14 canons avaient déjà pu être réunis.
Fin juillet, le gouverneur de Córdoba reconnut l’intégration de cette province à la Vice-royauté du Pérou telle qu’annoncée par le vice-roi de celle-ci, José Fernando de Abascal, tandis que le cabildo de Córdoba vint se placer sous la juridiction de la Real Audiencia de Charcas.
La ville de Mendoza, située plus à l’ouest encore, reçut la circulaire du 27 mai le 13 juin, quasi au moment même où parvint une communication de Gutiérrez de la Concha enjoignant de ne point reconnaître la Junte et de dépêcher des troupes sur Córdoba, ville sous la dépendance de laquelle se trouvait alors Mendoza. Un cabildo ouvert reconnut cependant l’autorité de la Junte et élut un député destiné à partir pour Buenos Aires, et décida en outre de remplacer le sous-délégué de la Real Hacienda et commandant militaire (comandante de armas), Faustino Ansay ; celui-ci certes s’inclina et, le 28 mai, remit une partie des armes en sa possession, mais dès la nuit du même jour, dirigea un soulèvement, s’emparant de la caserne et réunissant plus de 200 soldats. Trois jours après, faute d’appui, il dut se raviser et se résigner à reconnaître la Junte.
Quelques jours plus tard, Gutiérrez de la Concha réitéra sa requête d’armes et de troupes, mais obtint une réponse négative. Le commandant Ansay fut destitué de sa charge et envoyé prisonnier à Buenos Aires.
Dans les autres villes et communes de l’Intendance de Córdoba del Tucumán, les autorités hésitèrent sur la position à adopter : à San Juan, le cabildo attendit d’avoir eu avis de la décision des autres villes, et ce n’est que le 7 juillet qu’il résolut de reconnaître la Junte et de procéder à l’élection d’un député, toutefois sans remettre en cause sa reconnaissance des autorités de Córdoba. Début août, cette décision fut acceptée et imitée par les municipalités de San José de Jáchal et de San Agustín de Valle Fértil. Le 18 septembre, 111 miliciens originaires de San Juan furent mis à la disposition de l’Expédition auxiliaire, puis, ultérieurement, 100 hommes encore, qui firent route vers Buenos Aires.
De même, le cabildo de La Rioja évita de se prononcer en faveur de la Junte jusqu’au 1er septembre, quand fut élu député Francisco Antonio Ortiz de Ocampo, alors commandant de l’Armée du nord nouvellement constituée et à qui la Junte ordonna de se maintenir à ce poste.
L’exception fut la ville de San Luis, laquelle reconnut la Junte, à peine parvenue la nouvelle de sa formation, et refusa de lui résister, comme lui avait enjoint de faire le gouverneur Gutiérrez de la Concha. En réponse à la demande de troupes de la part de la Junte, San Luis contribua à hauteur de 400 soldats, qui rallièrent Salta

 

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MessagePosté le: Mar 20 Juin - 04:48 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

La révolution de Mai (en espagnol Revolución de Mayo) est une série d'événements s’échelonnant sur une semaine, qui eurent lieu du 18 au 25 mai 1810 à Buenos Aires. Cette ville était alors la capitale de la vice-royauté du Río de la Plata, colonie faisant partie de l’Empire espagnol et comprenant le territoire des actuels États d’Argentine, de Bolivie, du Paraguay et de l’Uruguay. Lesdits événements, qui sont commémorés en Argentine sous le nom de Semaine de Mai (en esp. Semana de Mayo), conduisirent à l’éviction du dernier vice-roi Baltasar Hidalgo de Cisneros et à l’établissement, le 25 mai, d’un gouvernement local, appelé Première Junte (esp. Primera Junta).
La révolution de Mai était une conséquence directe de la guerre d’indépendance espagnole, qui s’était déroulée au cours des deux années précédentes. En 1808, le roi d’Espagne, Ferdinand VII, abdiqua en faveur de Napoléon Bonaparte, qui fit don du trône à son frère Joseph. Une Junte suprême centrale mena la résistance contre le gouvernement de Joseph et l’occupation française de l’Espagne, mais finit, après avoir subi une série de revers, par perdre la moitié nord du pays. Le 1er février 1810, les troupes françaises s’emparèrent de Séville et étendirent leur domination sur une majeure partie de l’Andalousie. La Junte suprême dut se replier sur Cadix et se dissoudre pour faire place au Conseil de Régence d'Espagne et des Indes. Par des journaux, en provenance d’Espagne et du reste de l’Europe, apportés par des navires britanniques, la nouvelle de ces événements parvint finalement à Buenos Aires le 18 mai.
Afin de préserver le statu quo politique, le vice-roi Cisneros tenta d’occulter cette nouvelle, mais un groupe d’avocats criollo et de hauts militaires réussit à obtenir que fût organisé le 22 mai un cabildo ouvert (esp. cabildo abierto), réunion extraordinaire des notables de la ville, en vue de décider de l’avenir de la vice-royauté. Les participants à cette réunion se refusèrent à reconnaître le Conseil de Régence espagnol et résolurent de constituer une junte destinée à gouverner à la place de Cisneros, attendu que le gouvernement qui l’avait nommé vice-roi avait cessé d’exister. Dans une tentative de perpétuer l'ordre social établi, c’est d’abord Cisneros lui-même qui fut désigné président de la junte par le Cabildo ; cependant, à la suite de la forte agitation que cette désignation provoqua parmi le peuple, Cisneros démissionna le 25 mai. La Première Junte nouvellement instituée invita d’autres villes de la vice-royauté à envoyer des délégués afin que ceux-ci se joignissent à la Junte de Buenos Aires ; cela eut cependant pour effet de déclencher une guerre entre les régions acceptant l'aboutissement des événements de Buenos Aires, et celles récusant cet aboutissement.
La révolution de Mai est considérée comme le point de départ de la guerre d’indépendance de l’Argentine, quoique aucune déclaration formelle d’indépendance n’eût été faite à ce moment-là, et que la Première Junte continuât de gouverner au nom du roi déposé Ferdinand VII. En outre, compte tenu que des événements semblables eurent lieu également dans nombre d’autres villes de l’Amérique du Sud espagnole lorsqu’y fut parvenue la nouvelle de la dissolution de la Junte suprême centrale, la révolution de Mai est considérée comme un des points de départ de toutes les guerres d'indépendance en Amérique du Sud. Les historiens discutent aujourd’hui sur le propos de savoir si les révolutionnaires étaient réellement loyaux envers la couronne d’Espagne ou si la déclaration de fidélité au roi n’était qu’un subterfuge nécessaire destiné à dissimuler le véritable objectif ― réaliser l’indépendance ― à une population non encore prête à accepter un changement aussi radical. Une déclaration formelle d’indépendance de l’Argentine ne fut finalement prononcée que lors du congrès de Tucumán le 9 juillet 1816.

Après que les États-Unis eurent en 1776 proclamé leur indépendance d’avec la Grande-Bretagne, les criollos à leur tour étaient portés à penser qu'une révolution pour obtenir l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne était un objectif réalisable1. De 1775 à 1783 en effet, les Treize colonies déclenchèrent la Révolution américaine, puis menèrent une guerre d’indépendance contre leur puissance de tutelle. De plus, le fait que l’Espagne fut venue en aide aux colonies nord-américaines dans leur lutte contre la Grande-Bretagne avait mis à mal l’argument selon lequel mettre fin à l’allégeance à la métropole devait être considéré comme un crime.
 D’autre part, les idéaux de la Révolution française de 1789 s’étaient, par le processus dit de la Révolution atlantique, propagés au-delà de l’Atlantique. La Révolution française mit un terme à des siècles de monarchie et aboutit au renversement, puis à l’exécution du roi Louis XVI et de la reine Marie Antoinette, et à la suppression des privilèges de la noblesse. La mise en cause du concept de monarchie de droit divin, par l’effet conjugué des idées de la Révolution française, en particulier la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, de certaine phrase de la déclaration d’indépendance américaine, affirmant que tous les hommes ont été créés égaux, et même de certaines prises de position de l’Église espagnole, permit l’instauration d’un régime républicain en France et aux États-Unis en lieu et place des monarchies, et aussi l’avènement de monarchies constitutionnelles, comme en Grande-Bretagne


Le couronnement de Joseph Bonaparte eut pour effet de mettre en doute la légitimité de l’autorité vice-royale.

Cependant, la diffusion de telles idées était interdite dans les territoires espagnols, de même que la mise en vente et la détention non autorisée des livres qui les exposaient. Ces proscriptions furent édictées après que l'Espagne eut déclaré la guerre à la France à la suite de l’exécution de Louis XVI, et maintenues ensuite nonobstant le traité de paix de 1796. Tous les efforts pour les garder à distance ne purent empêcher les nouvelles des événements de 1789 et les publications révolutionnaires de se répandre en Espagne. De nombreux criollos de l’époque des Lumières firent connaissance avec les ouvrages d’auteurs critiques lors de leurs études universitaires, que ce soit en Europe ou à l’université de Chuquisaca dans le Haut-Pérou. Des livres en provenance des États-Unis parvenaient dans les colonies espagnoles par Caracas, en raison de la proximité de cette ville avec les États-Unis et les Indes occidentales anglaises.
La révolution industrielle, engagée d’abord en Grande-Bretagne, rendue possible par l’utilisation des chemins de fer et de la machine à vapeur, entraîna une augmentation spectaculaire des capacités de production britanniques et détermina le besoin de nouveaux marchés pour écouler les produits. La tâche de trouver des débouchés était devenue particulièrement difficile en raison des guerres napoléoniennes, où s’affrontaient la France et la Grande-Bretagne, et en particulier du blocus continental, imposé par Napoléon, qui interdisait à la Grande-Bretagne d'avoir des échanges commerciaux avec aucun pays européen. La Grande-Bretagne avait donc besoin de pouvoir commercer avec les colonies espagnoles, mais en était empêché par l'obligation qu’avaient ces colonies de ne commercer qu’avec leur métropole9. Pour atteindre leurs objectifs économiques, la Grande-Bretagne entreprit initialement d’envahir militairement le Río de la Plata aux fins de conquérir les villes-clef de l’Amérique espagnole. Après l’échec de cette tentative, les Britanniques choisirent de miser sur les volontés hispano-américaines d’émancipation vis-à-vis de l’Espagne.
La soulèvement d'Aranjuez (1808) conduisit à l’abdication du roi d’Espagne Charles IV en faveur de son fils Ferdinand VII10. Charles IV sollicita Napoléon de le restaurer sur le trône, mais, au lieu de cela, Napoléon couronna son propre frère Joseph Bonaparte comme le nouveau roi d’Espagne, événement connu sous le nom d’abdication de Bayonne. Le couronnement de Joseph, rencontrant une forte résistance en Espagne, déclencha la guerre d’indépendance espagnole, tandis que la Junte de Séville prit le pouvoir au nom du roi absent. L’Espagne, qui jusque-là avait été une alliée sûre de la France contre la Grande-Bretagne, fit à présent alliance avec la Grande-Bretagne contre la France. La Junte de Séville néanmoins fut finalement vaincue, et remplacée par un Conseil de Régence siégeant à Cadix

L’Espagne interdisait à ses possessions américaines de commercer avec d’autres pays ou avec des colonies étrangères, et s’imposait elle-même comme seul pays acheteur et fournisseur pour les échanges internationaux. Cette situation était préjudiciable à la Vice-royauté, attendu que l’économie espagnole n’avait pas la capacité d’absorber toutes les marchandises provenant des colonies, et provoquait des pénuries économiques et la récession. Les voies commerciales espagnoles privilégiaient les ports de Mexico et de Lima, au détriment de Buenos Aires ; cette politique de la métropole s’explique par la présence de la piraterie, qui obligeait à faire accompagner d’une forte escorte militaire les navires de commerce, et par le fait que Buenos Aires en contrepartie ne détenait pas de ressources en or ou argent, ni ne disposait de populations indigènes établies desquelles obtenir des matières premières ou susceptibles d’être soumises au système de l’encomienda, ce qui rendait les convois de navires à destination de Buenos Aires beaucoup moins rentables que ceux à destination de Mexico ou Lima. Il en résulta que la ville se fournissait par la contrebande en produits qu’on ne pouvait obtenir légalement. Cette activité contrebandière, laquelle était, quoique illégale, tolérée comme un moindre mal par la plupart des autorités locales, égalait à l’occasion en volume le commerce légal avec l’Espagne. Deux factions antagonistes se faisaient face : les hacendados, propriétaires de haciendas (grands domaines agricoles), souhaitaient le libre-échange afin de pouvoir vendre leurs productions outre-mer, alors que les marchands, qui, à l’inverse, profitaient du prix élevé des produits importés en contrebande, s’opposaient au libre-échange, de peur de voir les prix baisser.
La monarchie espagnole nommait ses propres candidats à la plupart des fonctions politiques de la Vice-royauté, généralement en donnant la préférence à des Espagnols d’Europe16. Dans la plupart des cas, les personnes ainsi désignées n’avaient qu’une faible connaissance des questions locales ou s’y montraient peu intéressées. Il en résulta une rivalité croissante entre criollos, gens de souche européenne mais nés en Amérique, et péninsulaires, Espagnols nés en Europe. La plupart des criollos estimaient que les péninsulaires bénéficiaient d’avantages immérités et d’un traitement préférentiel en politique et dans la société. Le bas clergé avait un sentiment semblable à l’endroit des échelons supérieurs de la hiérarchie religieuse. Les événements, certes, se succédaient à un rythme plus lent que dans le mouvement indépendantiste aux États-Unis. Cela s’explique en partie par le fait que la totalité du système scolaire en Amérique espagnole était encore aux mains du clergé ; aussi la population tendait-elle à avoir les mêmes idées conservatrices et à suivre les mêmes coutumes que celles en vigueur en Espagne.
Buenos Aires et Montevideo réussirent par deux fois à résister victorieusement à une invasion britannique du Río de la Plata. En 1806, un petit corps d’armée britannique, commandé par William Carr Beresford, s’empara de Buenos Aires pour une brève période ; la ville fut libérée par l’armée montévidéenne sous le commandement de Jacques de Liniers. L’année suivante, un corps d’armée plus important s’empara à nouveau de Montevideo, mais fut submergé par les forces de Buenos Aires et dut capituler et restituer Montevideo à la vice-royauté19. Aucun secours ne vint d’Espagne lors de ces deux invasions. Les préparatifs de défense précédant la deuxième invasion comportaient aussi la formation de milices criollos, nonobstant leur interdiction. L’armée criollo la plus importante était le premier régiment d’infanterie, ou régiment de Patriciens (esp. Regimiento de Patricios), commandé par Cornelio Saavedra. Ces faits donnèrent aux criollos un pouvoir militaire et une influence politique qu’ils n’avaient pas auparavant ; en outre, la victoire ayant été obtenue sans aucune aide de l’Espagne, la confiance des criollos dans leurs capacités d’indépendance en sortit grandie.


La déclaration d'indépendance des États-Unis suscita des mouvements similaires dans les colonies espagnoles d’Amérique du Sud.

En 1808, la famille royale portugaise, ayant échappé à l’invasion du Portugal par Bonaparte, quitta l’Europe pour s’établir au Brésil. Charlotte Joachime, sœur de Ferdinand VII, était l’épouse d’un prince portugais. Comme elle avait pu ainsi se soustraire à la capture de la famille royale espagnole, elle tenta de prendre la tête, en tant que régente, des vice-royautés espagnoles. Ce projet politique, connu sous le nom de charlottisme, fut conçu dans le but d’empêcher une invasion des Amériques par les Français. Une petite société secrète, composée de politiciens criollos tels que Manuel Belgrano et Juan José Castelli, et de militaires comme Antonio Beruti et Hipólito Vieytes, soutenait ce projet. Ils y voyaient la possibilité de créer un gouvernement local appelé à remplacer la tutelle européenne, c'est-à-dire de franchir un premier pas potentiel en direction d’une déclaration d’indépendance. S’opposaient au projet le vice-roi Liniers, la plupart des péninsulaires, et des criollos comme Mariano Moreno, Juan José Paso, et Cornelio Saavedra, qui soupçonnaient que ce projet cachât des ambitions expansionnistes portugaises dans la région. Charlotte Joachime elle-même rejeta finalement le projet, car les porteurs de celui-ci se proposaient de la mettre à la tête d’une monarchie constitutionnelle, alors qu'elle entendait régner sous un régime de monarchie absolue ; elle dénonça au vice-roi les motivations révolutionnaires contenues dans les lettres d’appui qui lui avaient été envoyées. Sans autre appui important, les prétentions de Charlotte s’évanouirent, même si, après la révolution encore, certains maintinrent l’idée de son couronnement comme stratégie dilatoire. Mais déjà, l’infante elle-même désapprouvait totalement le tour qu’avaient pris les événements. Dans une lettre à José Manuel Goyeneche, elle écrivit :
« Dans ces circonstances, je crois de mon devoir de te requérir et de te charger d’employer tous tes efforts à aller dès que possible à Buenos Aires ; et finis-en une fois pour toutes avec ces perfides révolutionnaires, avec les mêmes exécutions que tu as pratiquées dans la ville de La Paz. »
La Grande-Bretagne, solidement ancrée dans l’Empire portugais, s’opposait également au projet : elle voulait empêcher que l’Espagne n'éclatât en une multitude de royaumes, et jugeait Charlotte Joachime incapable de faire barrage aux séparatismes

En 1810, les opinions divergentes des différents secteurs de la société quant à la voie à suivre dans la vice-royauté tendaient à se rejoindre dans une attitude expectative. Une situation analogue s’était produite un siècle auparavant, lors de la guerre de Succession d’Espagne opposant les Habsbourg et les Bourbons, lorsque, pendant quinze ans, les colonies espagnoles ne surent pas qui reconnaître comme leur légitime souverain. À cette occasion, dès que Philippe V se fut installé sur le trône d’Espagne, les fonctionnaires des colonies le reconnurent, et tout reprit son cours normal. Il est probable qu’en 1810, beaucoup, en particulier parmi les Espagnols, croyaient qu’il suffirait de constituer une junte de gouvernement, puis attendre que la normalité revînt en Espagne
Buenos Aires une fois reconquise après les invasions britanniques du Río de la Plata en 1806, la population ne pouvait accepter que Rafael de Sobremonte, à qui elle reprochait de s’être enfui à Córdoba avec le trésor public alors que la bataille faisait rage encore, fût maintenu vice-roi. Il existait certes une loi, promulguée par Pedro de Cevallos, requérant que le trésor fût placé en lieu sûr en cas d’attaque étrangère, néanmoins Sobremonte était perçu comme un poltron par la population26. La Real Audiencia de Buenos Aires ne lui permit pas de retourner à Buenos Aires et nomma Santiago de Liniers, acclamé comme un héros populaire, vice-roi par intérim. C’était là, fait sans précédent, la première fois qu’un vice-roi espagnol était déstitué par un organe de gouvernement local, et non par le roi d’Espagne lui-même27. Cette nomination fut néanmoins ratifiée ultérieurement par le roi Charles IV28. Liniers entreprit d’armer l’ensemble de la population de Buenos Aires, y compris les criollos et les esclaves, et sut refouler une deuxième tentative britannique d’invasion en 1807.
Le gouvernement de Liniers avait la faveur des criollos, mais non des péninsulaires, tels que le négociant Martín de Álzaga ou le gouverneur de Montevideo, Francisco Javier de Elío. Ce dernier requit des autorités espagnoles de désigner un nouveau vice-roi ; à la suite de l’éclatement de la guerre d’indépendance espagnole, il mit sur pied à Montevideo une junte chargée de passer au crible tous les ordres en provenance de Buenos Aires, et qui se réservait le droit d’ignorer ces ordres, sans toutefois nier ouvertement l’autorité du vice-roi ou déclarer Montevideo indépendant.
Martín de Álzaga lança une rébellion, dite Asonada de Álzaga, afin d’écarter Liniers. Le premier janvier 1809, un cabildo ouvert ― réunion extraordinaire de citoyens tenue dans le cabildo (conseil municipal) local ― présidé par Álzaga, exigea la démission de Liniers et nomma une junte au nom de Ferdinand VII ; la milice espagnole et un groupe de gens convoqués par le conseil s'étaient rassemblés pour appuyer la rébellion. Certains criollos, en particulier Mariano Moreno, soutinrent la mutinerie, y voyant un moyen de réaliser l'indépendance, mais ils étaient en petit nombre. D’autres soupçonnaient Álzaga de vouloir écarter le vice-roi afin de se soustraire à son autorité politique, tout en se proposant de maintenir inchangées les disparités sociales entre criollos et péninsulaires. L’émeute fut promptement brisée après que les milices criollos menées par Cornelio Saavedra eurent cerné la place et dispersé les insurgés. La mutinerie ratée eut pour résultat que les milices rebelles, c'est-à-dire toutes les milices péninsulaires, furent désarmées, et que le pouvoir des criollos fut corrélativement augmenté. La rivalité entre criollos et péninsulaires s’exacerba. Les meneurs du complot, à l’exception de Moreno, furent envoyés en exil à Carmen de Patagones. Javier de Elío les en libéra et leur accorda l’asile politique à Montevideo


Le couronnement de l’infante Charlotte Joachime fut envisagé pendant un temps comme solution de rechange à la révolution.

La Junte de Séville remplaça Liniers par l’officier de marine Baltasar Hidalgo de Cisneros, ancien combattant de la bataille de Trafalgar, pour mettre fin à l’agitation politique dans le Río de la Plata. Il arriva à Montevideo en juin 1809 pour la passation de pouvoir. Manuel Belgrano proposa que Liniers résistât, au motif qu’il avait été confirmé dans le rôle de vice-roi par l’autorité du roi d’Espagne, alors qu’une telle légitimité faisait défaut à Cisneros. Quoique les milices criollos fussent disposées à soutenir Liniers contre Cisneros, Liniers remit sans résistance le pouvoir entre les mains de Cisneros. Javier de Elío accepta l’autorité du nouveau vice-roi et dissolut la Junte de Montevideo. Cisneros réarma les milices péninsulaires démantelées, et gracia les partis responsables de la mutinerie36. Álzaga en revanche ne fut pas libéré, mais sa sentence commuée en assignation à résidence.
Dans le Haut-Pérou, les événements d’Espagne faisaient également l'objet de préoccupations et la légitimité des autorités locales y était aussi mise en cause. Le 25 mai 1809, à la suite d'une révolution à Chuquisaca, le gouverneur Ramón García de León y Pizarro (es) fut déposé et remplacé par Juan Antonio Álvarez de Arenales. Le 16 juillet, dans la ville de La Paz, un deuxième mouvement révolutionnaire, dirigé par le colonel Pedro Domingo Murillo, démit le gouverneur et élut une junte, la dénommée Junta Tuitiva de los Derechos del Pueblo (litt. Junte Gardienne des Droits du Peuple). Une réaction vive des autorités espagnoles permit de défaire ces rébellions. Une armée de 1 000 hommes envoyée de Buenos Aires ne rencontra aucune résistance à Chuquisaca, s’empara de la ville, et déstitua la Junte. Murillo tenta de défendre La Paz, mais ses 800 hommes étaient complètement surpassés en nombre par les plus de 5 000 hommes envoyés de Lima. Il fut décapité par la suite, en même temps que d’autres meneurs, et leurs têtes furent exhibées en guise de dissuasion. Ces mesures contrastaient fortement avec la grâce dont avaient bénéficié Martín de Álzaga et d’autres après une brève période d’emprisonnement, ce qui eut pour effet d’exacerber encore le ressentiment des criollos envers les péninsulaires.
Juan José Castelli assistait aux délibérations à l’université Saint-François-Xavier, au moment où Bernardo de Monteagudo conçut le Syllogisme de Chuquisaca, qui servit de justification légale à l’autonomie, et qu’il formula ainsi : « Doit-on suivre le destin de l’Espagne ou résister en Amérique ? Les Indes sont une possession personnelle du roi d’Espagne ; le roi est empêché de régner ; en conséquence, les Indes doivent se gouverner elles-mêmes. » Ce raisonnement détermina l’attitude adoptée par Castelli lors de la Semaine de Mai.
Le 25 novembre 1809, Cisneros institua la Cour de Surveillance politique (Juzgado de Vigilancia Política), chargée de poursuivre les francisés (afrancesados) et les indépendantistes. Cependant, il rejeta la proposition de l’économe José María Romero de bannir un certain nombre de personnes considérées dangereuses pour le régime espagnol, comme Saavedra, Paso, Chiclana, Vieytes, Balcarce, Castelli, Larrea, Guido, Viamonte, Moreno et Sáenz. Il mit en garde de ne pas propager de nouvelles pouvant être considérées comme subversives.
Les criollos étaient conscients que n’importe quel prétexte pouvait suffire à provoquer l’éclatement d’une révolution. En avril 1810, Cornelio Saavedra prononça sa célèbre phrase devant ses amis : « Ce n’est pas l’heure encore, laissez le temps aux figues de mûrir, et alors nous les mangerons », signifiant par là qu’il n’appuierait aucune action irréfléchie contre le vice-roi, mais qu’il attendait quelque moment stratégiquement favorable, tel qu’un avantage décisif remporté par les forces napoléoniennes dans leur guerre contre l'Espagne

 

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saintluc
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MessagePosté le: Mar 20 Juin - 05:02 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

Les historiens définissent la Semaine de Mai comme l’intervalle de temps situé entre la confirmation de la chute de la Junte de Séville le 18 mai, et la destitution de Cisneros et l’instauration de la Première Junte le 25 mai.
Le 14 mai 1810, la goélette de guerre britannique HMS Mistletoe, en provenance de Gibraltar, aborda à Buenos Aires, porteuse de journaux européens rapportant la dissolution de la Junte de Séville au mois de janvier précédent. La ville de Séville avait été envahie par les troupes françaises, qui occupaient déjà une majeure partie de la péninsule Ibérique. Après que le roi Ferdinand VII eut été déposé par les abdications dites de Bayonne, la Junte était l’un des derniers bastions du pouvoir de la couronne espagnole. Le 17, des nouvelles concordantes venues de Montevideo, apportées le 13 par la frégate britannique HMS John Paris, parvinrent à Buenos Aires ; s’y ajoutait l’information que quelques-uns des anciens membres de la Junte s’étaient réfugiés sur l’île de León à Cadix, pour y établir une Junte. Un Conseil de régence d’Espagne et des Indes fut constitué, mais aucun des deux vaisseaux ne transmit cette nouvelle. Au contraire de la Junte de Séville, perçue comme réceptive aux idées nouvelles, le Conseil de Régence de Cadix ne fut pas considéré comme le prolongement de la résistance espagnole, mais comme une tentative de restaurer l’absolutisme en Espagne. Les patriotes sud-américains craignaient autant une restauration absolutiste qu’une victoire française complète dans la péninsule Ibérique. Cisneros tenta d’occulter les nouvelles en contrôlant les vaisseaux britanniques et en faisant saisir tout journal qui arrivait, mais un exemplaire parvint néanmoins entre les mains de Manuel Belgrano et de son cousin Juan José Castelli51. Ils répandirent la nouvelle chez les autres patriotes et mirent en cause la légitimité du vice-roi, celui-ci ayant été nommé par la Junte déchue.
La nouvelle parvint également aux oreilles de Cornelio Saavedra, commandant du régiment de Patriciens. Saavedra, qui, à des occasions antérieures, avait déconseillé de prendre des mesures à l’encontre du vice-roi, et considérait que du point de vue stratégique, le moment idéal pour mettre en œuvre le projet révolutionnaire serait l'instant où les forces napoléoniennes auraient obtenu un avantage décisif dans leur guerre contre l’Espagne, conclut à présent que l’heure idéale était venue de tenter des actions contre Cisneros. Martín Rodríguez proposa de renverser le vice-roi par la force, mais Castelli et Saavedra rejetèrent cette idée et proposèrent la tenue d’un cabildo ouvert

Quelque effort qu’eût fait le vice-roi Cisneros pour occulter la nouvelle de la défaite espagnole, la rumeur s’était propagée à travers tout Buenos Aires. La population était inquiète, une grande activité régnait dans les casernes et sur la Plaza, et la plupart des magasins avaient fermé leurs portes. Le Café des Catalans (Café de los Catalanes) et la Fonda de Naciones, lieux de réunion habituels des criollos, devinrent des enceintes de discussions politiques et les lieux de proclamations radicales ; Francisco José Planes y clama que Cisneros devait être pendu sur la Plaza Mayor en représailles de l’exécution des chefs de l’infortunée révolution de La Paz. Ceux qui avaient sympathisé avec le gouvernement absolutiste furent houspillés, mais les bagarres furent de peu de conséquence, car nul n'était autorisé à se saisir des fusils ou des sabres dans les casernes.
Le vice-roi, à l’effet d'apaiser les criollos, donna sa propre version des événements par la voie d’une proclamation. Bien que connaissant la nouvelle, il se borna à relever que la situation dans la péninsule Ibérique était délicate, sans confirmer la chute de la Junte. Requérant de faire allégeance au roi Ferdinand VII, il proposa de créer un corps de gouvernement qui dirigerait au nom de Ferdinand VII, conjointement avec le vice-roi du Pérou José Fernando de Abascal y Sousa, le gouverneur de Potosí Francisco de Paula Sanz et le président de l’Audiencia royale de Charcas Vicente Nieto. La proclamation comportait le passage suivant : « En Amérique espagnole, le trône des Rois catholiques se maintiendra, eût-il succombé dans la péninsule. L’autorité supérieure ne prendra une quelconque décision qui n'ait été préalablement convenue conjointement avec toutes les représentations de la capitale, auxquelles se seront jointes postérieurement celles des provinces de son ressort, pendant qu’entre-temps s'établisse, en accord avec les autres vice-royautés, une représentation de la souveraineté du seigneur Ferdinand VII ».
Sur ces entrefaites cependant, l’agitation populaire ne cessait de croître. Ne se laissant pas berner par le communiqué du vice-roi, quelques criollos tenaient au domicile de Nicolás Rodríguez Peña et d’Hipólito Vieytes des réunions secrètes, où ils désignèrent une commission représentative, composée de Juan José Castelli et de Martín Rodríguez, à l’effet de requérir que Cisneros convînt d’un cabildo ouvert pour décider de l’avenir de la vice-royauté.
Dans la nuit du 19 mai, les discussions se poursuivaient au domicile de Rodríguez Peña. Saavedra, appelé par Viamonte, rejoignit la réunion. Il y avait des chefs militaires, tels que Rodríguez, Ocampo, Balcarce et Díaz Vélez ; et des chefs civils, comme Castelli, Vieytes, Alberti et Paso. Ils convinrent que Belgrano et Saavedra se mettraient en rapport avec l’alcade Juan José de Lezica, et Castelli avec le procureur Julián de Leiva, pour solliciter leur appui. Ils réclameraient que le vice-roi permît la tenue d’un cabildo ouvert, à défaut de quoi, ajoutèrent-ils, le peuple et les troupes criollos marcheraient sur la Plaza Mayor, pour forcer par tous les moyens utiles le vice-roi à démissionner, et le remplacer ensuite par un gouvernement de patriotes. Saavedra fit à Lezica la remarque que lui-même (Saavedra) était soupçonné d’être un traître potentiel pour avoir prôné à plusieurs reprises de procéder par démarches prudentes et mesurées ― remarque destinée en réalité à presser Lezica à mettre en branle le système légal pour permettre au peuple de s’exprimer, sous peine de risquer une rébellion de grande ampleur. Lezica demanda de la patience et du temps pour convaincre le vice-roi, et pria de réserver en ultime recours la tenue d’une manifestation massive, argumentant que si le vice-roi était déposé de cette manière, cela équivaudrait à une rébellion, et transformerait les révolutionnaires en criminels. Manuel Belgrano fixa le lundi prochain comme dernier délai pour agréer le cabildo ouvert ; ensuite il passerait à l’action directe. Ultérieurement, au cours de la Révolution, Leiva devait intervenir comme médiateur, agissant à la fois comme confident de Cisneros et comme négociateur de confiance pour les révolutionnaires plus modérés


Cornelio Saavedra, élu à la majorité des suffrages lors du cabildo ouvert, devint le premier président des Provinces-Unies du Río de la Plata.

Lezica ayant fait part à Cisneros de la requête, le vice-roi consulta Leyva, qui se déclara favorable à la tenue d’un cabildo ouvert. Avant de prendre sa décision, le vice-roi ordonna aux chefs militaires de se rendre au fort à sept heures du soir. Des rumeurs se répandirent selon lesquelles il s’agissait d’un guet-apens destiné à les capturer et à se rendre maître des casernes. Pour prévenir ce risque, les chefs militaires prirent d’abord le commandement des grenadiers qui gardaient le fort et s’assurèrent les clefs de tous les accès de celui-ci pendant l’audience chez le vice-roi. Après que Cisneros leur eut, selon ce qu’il rapporta lui-même dans ses Mémoires, rappelé les serments de fidélité répétés par lesquels ils s’étaient engagés à défendre l’autorité et à maintenir l’ordre public, qu’il les eut exhortés de mettre en pratique leur fidélité à Sa Majesté et à la patrie, et qu’il eut à cet effet réclamé des renforts militaires, le colonel Cornelio Saavedra, chef du régiment de Patriciens, répliqua, au nom de tous les régiments créoles, en comparant la situation internationale actuelle avec celle prévalant au moment de la mutinerie d’Álzaga, un an auparavant, et en soulignant que l'Espagne était à présent presque totalement sous la domination napoléonienne ; il remarqua que les provinces espagnoles non encore vaincues étaient très exiguës en comparaison des Amériques et rejeta les prétentions de souveraineté de celles-là sur celles-ci. Il conclut que les armées locales ne souhaitaient pas suivre le destin de l’Espagne, mais au contraire suivre leur propre voie. Enfin, il fit observer que la Junte de Séville, qui avait nommé vice-roi Cisneros, avait cessé d’exister, en raison de quoi il déniait à Cisneros toute légitimité comme vice-roi, et refusait de lui apporter la protection des troupes sous son commandement.
 À minuit, au domicile de Rodríguez Peña, eut lieu une réunion où les dirigeants discutaient des événements de la journée écoulée. Castelli et Martín Rodríguez furent dépêchés vers le fort pour une entrevue avec Cisneros. Terrada, commandant des grenadiers d’infanterie, dont la caserne se trouvait sous les fenêtres de Cisneros, les rejoignit, sa présence étant propre à empêcher le vice-roi de faire appel à une aide militaire pour faire prisonniers ses visiteurs. Les gardes les ayant laissé passer sans les annoncer, ils trouvèrent Cisneros occupé à jouer aux cartes avec le brigadier Quintana, le procureur Caspe et l'aide de camp Coicolea. Castelli et Rodríguez réitérèrent leur requête d’un cabildo ouvert, ce à quoi Cisneros réagit avec colère, estimant leur requête outrageante. Rodríguez, l'interrompant, lui enjoignit de donner une réponse définitive68. À l’issue de brefs conciliabules avec Caspe, Cisneros finit, de mauvaise grâce, par donner son consentement69. Le cabildo ouvert aurait lieu le 22 mai.
Ce même soir, il y avait dans la ville une représentation théâtrale sur le thème de la tyrannie, intitulée Rome sauvée, et à laquelle assistaient nombre de révolutionnaires. L’acteur principal était Morante, dans le rôle de Cicéron. Le commissaire de police requit Morante de feindre une maladie et de ne pas apparaître sur scène, de sorte que la pièce pût être remplacée par Misanthropie et Repentance du poète allemand August von Kotzebue. Des rumeurs de censure policière se propagèrent promptement ; Morante dédaigna l'injonction et joua la pièce comme prévu. Au quatrième acte, Morante prononça une allocution patriotique, où il fut question de la Rome antique menacée par les Gaulois et de la nécessité d’une direction forte pour résister au danger. Cela eut l’effet d’exalter les esprits révolutionnaires, et provoqua une frénétique ovation. Juan José Paso se dressa, criant ¡Viva Buenos Aires libre!, et une petite rixe s’ensuivit. La représentation terminée, les révolutionnaires retournèrent au domicile de Peña. Ils firent part du résultat de la dernière entrevue, mais doutaient que Cisneros tiendrait parole. Ils organisèrent une manifestation pour le jour suivant pour assurer que le cabildo ouvert eût bien lieu comme décidé

Les préparatifs du cabildo ouvert, commencés à trois heures de l’après-midi, furent interrompus par l’arrivée de 600 hommes armés, groupés sous l'appellation de Légion infernale, qui entreprirent d’occuper la place de la Victoire (Plaza de la Victoria, l'actuelle Plaza de Mayo) et réclamaient haut et fort la tenue d’un cabildo ouvert et la démission du vice-roi Cisneros. Ils brandissaient un portrait de Ferdinand VII et les revers de leur veste étaient ornés d’un ruban blanc symbolisant l’unité criollo-espagnole. Les meneurs des agitateurs (chisperos) étaient Domingo French, le facteur de la ville, et Antonio Beruti, employé du Trésor. Des rumeurs circulaient selon lesquelles Cisneros avait été tué et Saavedra s’apprêtait à prendre la direction du gouvernement71. Saavedra, qui se trouvait au même moment à la caserne, était embarrassé par cette manifestation. S’il estimait que la violence devait être stoppée et que des mesures radicales telles que la mise à mort de Cisneros devaient être évitées, il pensait en même temps que les troupes se mutineraient si les manifestations étaient réprimées. Les gens amassés sur la place ne croyaient pas que Cisneros autoriserait le cabildo ouvert le jour suivant. Comme Leiva quittait le Cabildo, Belgrano, au nom de la foule, exigea une réponse définitive ; Leiva déclara que tout se passerait comme prévu, mais qu’il fallait du temps pour préparer le Cabildo. Leiva requit Belgrano d’aider le Cabildo dans les préparatifs, son intervention pouvant en effet être interprétée par la foule comme la garantie que leurs exigences ne seraient pas ignorées. La foule se retira alors de la salle principale, mais resta sur la place. Belgrano contesta la liste des invités, où ne figuraient que les citoyens les plus fortunés, jugeant que si les pauvres étaient mis à l’écart, les troubles sociaux ne cesseraient pas. Les membres du Cabildo tentèrent de le convaincre de donner son appui, mais il s’en alla.
Le départ de Belgrano, sans qu’il eût donné d’explications sur ce qui s’était passé, mit la foule en rage, et le peuple redoutait une trahison. La revendication d’un cabildo ouvert fut remplacée par l’exigence de la démission immédiate de Cisneros. Cependant, après l’intervention de Saavedra, assurant que les revendications de la Légion infernale bénéficieraient de son appui militaire, le peuple finit par se calmer et se dispersa.
Des invitations furent distribuées à 450 fonctionnaires et citoyens de haut rang de la capitale. La liste des participants avait été établie par le Cabildo, qui voulait s’assurer du résultat en ayant soin de choisir les personnes les plus susceptibles de soutenir le vice-roi. Les révolutionnaires firent pièce à cette manœuvre par un stratagème à eux : Agustín Donado, à qui l’on avait confié la tâche d’imprimer les invitations, en imprima près de 600 au lieu des 450 commandés, et distribua le surplus entre les criollos. Tout au long de la soirée, Castelli, Rodríguez, French et Beruti parcoururent toutes les casernes pour haranguer les troupes et les préparer pour le lendemain.
Le carton d’invitation était ainsi conçu : L’Excellentissime Cabildo vous convoque pour que vous daigniez assister, demain le 22 courant, à neuf heures, sans insigne aucun, et en qualité d’habitant, au cabildo ouvert que, en accord avec l’Excellentissime Seigneur Vice-Roi, il a consenti à organiser ; il y aura lieu de produire le présent faire-part aux troupes qui garderont les avenues de cette place, pour qu'il vous soit permis de passer librement.

 

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MessagePosté le: Mar 20 Juin - 05:13 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

Selon les relevés officiels, 251 seulement des 450 invités assistèrent au cabildo ouvert76. French et Beruti, à la tête de 600 hommes armés de coutelas, de fusils et de carabines de chasse, contrôlaient l’accès à la place, pour assurer que le cabildo ouvert eût une majorité de criollos. Tous les notables, religieux et civils, étaient présents, ainsi que les chefs de milices et de nombreux résidents de premier rang. La seule absence notable était celle de Martín de Álzaga, toujours en résidence surveillée. Les troupes, encasernées, étaient en état d’alerte, prêtes à passer à l’action en cas de commotion. Le négociant José Ignacio de Rezabal, qui assista au cabildo ouvert, exprima dans une missive adressée au prêtre Julián S. de Agüero ses doutes sur cette façon de procéder, précisant que ces doutes étaient partagés par d’autres gens proches de lui ; il craignait en effet que le parti qui l’emporterait dans le cabildo ouvert, quel qu’il fût, ne se vengeât contre les autres, comme la mutinerie d’Álzaga en avait été un récent précédent. Il estimait que le cabildo ouvert serait dénué de légitimité si, à cause de la susmentionnée manipulation de la liste d’invités, les criollos étaient admis à y participer en surnombre.
La séance, avec ses diverses phases ― lecture de la proclamation, débats et votes ―, dura du matin jusqu’à minuit. Le vote n’était pas à bulletin secret : les voix étaient demandées une à une, puis consignées dans les minutes du débat. Le thème principal des discussions était la légitimité du gouvernement et l’autorité du vice-roi. Le principe de Rétroversion de la souveraineté des peuples (esp. Retroversión de la soberanía de los pueblos), lieu commun de la scolastique espagnole et de la philosophie rationaliste, stipulait qu’en l’absence de monarque légitime le pouvoir devait retourner au peuple, et légitimait donc la formation d’un nouveau gouvernement ; toutefois, il n’existait aucun précédent où ce principe avait été appliqué. La question de la validité de ce principe divisait l’assemblée en deux groupes principaux : l’un, qui rejetait ce principe, arguait qu’il n’y avait pas lieu de changer l’état de choses actuel et soutenait Cisneros dans sa fonction de vice-roi ; l’autre, qui appelait au changement, considérait qu’il convenait d’établir une junte de gouvernement, similaire à celles mises sur pied en Espagne, destinée à remplacer le vice-roi. Un troisième groupe, enfin, plus modéré, défendait une position médiane. Les partisans du changement ne reconnaissaient pas l’autorité du Conseil de Régence, soulignant que les colonies américaines n’avaient pas été consultées lors de sa formation. La question de la rivalité entre criollos et péninsulaires ne fut qu'effleurée au cours des débats ; ceux favorables au maintien en place du vice-roi estimaient que le vœu des péninsulaires devait prévaloir sur celui des criollos.
Un des orateurs de la première position était l’évêque de Buenos Aires, Benito Lué y Riega, chef de l’église locale. Lué y Riega fit valoir que :
« Non seulement il n’y a point lieu d’innover avec le vice-roi, mais encore, quand bien même il n’y aurait plus aucune partie de l’Espagne qui ne fût subjuguée, les Espagnols qui se trouvent en Amérique doivent reprendre et exercer le gouvernement de celle-ci, ce gouvernement ne pouvant incomber aux fils du pays que s'il ne s’y trouvait plus aucun Espagnol. Dût-il ne rester qu’un seul membre de la Junte de Séville et qu'il accostât nos plages, nous devrions le recevoir comme le Souverain. »

Juan José Castelli était le principal orateur en faveur des révolutionnaires. Son allocution reposait sur deux idées centrales : la déchéance du gouvernement légitime — il releva que la Junte de Séville était dissoute et n’était pas habilitée à désigner une Régence — et le principe de rétroversion de souveraineté83. Il prit la parole après Riega, affirmant que c’était au peuple américain de prendre en main son propre gouvernement en attendant que Ferdinand VII fût en mesure de retourner sur le trône.
Selon les relevés officiels, 251 seulement des 450 invités assistèrent au cabildo ouvert76. French et Beruti, à la tête de 600 hommes armés de coutelas, de fusils et de carabines de chasse, contrôlaient l’accès à la place, pour assurer que le cabildo ouvert eût une majorité de criollos. Tous les notables, religieux et civils, étaient présents, ainsi que les chefs de milices et de nombreux résidents de premier rang. La seule absence notable était celle de Martín de Álzaga, toujours en résidence surveillée. Les troupes, encasernées, étaient en état d’alerte, prêtes à passer à l’action en cas de commotion. Le négociant José Ignacio de Rezabal, qui assista au cabildo ouvert, exprima dans une missive adressée au prêtre Julián S. de Agüero ses doutes sur cette façon de procéder, précisant que ces doutes étaient partagés par d’autres gens proches de lui ; il craignait en effet que le parti qui l’emporterait dans le cabildo ouvert, quel qu’il fût, ne se vengeât contre les autres, comme la mutinerie d’Álzaga en avait été un récent précédent. Il estimait que le cabildo ouvert serait dénué de légitimité si, à cause de la susmentionnée manipulation de la liste d’invités, les criollos étaient admis à y participer en surnombre.
La séance, avec ses diverses phases ― lecture de la proclamation, débats et votes ―, dura du matin jusqu’à minuit. Le vote n’était pas à bulletin secret : les voix étaient demandées une à une, puis consignées dans les minutes du débat. Le thème principal des discussions était la légitimité du gouvernement et l’autorité du vice-roi. Le principe de Rétroversion de la souveraineté des peuples (esp. Retroversión de la soberanía de los pueblos), lieu commun de la scolastique espagnole et de la philosophie rationaliste, stipulait qu’en l’absence de monarque légitime le pouvoir devait retourner au peuple, et légitimait donc la formation d’un nouveau gouvernement ; toutefois, il n’existait aucun précédent où ce principe avait été appliqué. La question de la validité de ce principe divisait l’assemblée en deux groupes principaux : l’un, qui rejetait ce principe, arguait qu’il n’y avait pas lieu de changer l’état de choses actuel et soutenait Cisneros dans sa fonction de vice-roi ; l’autre, qui appelait au changement, considérait qu’il convenait d’établir une junte de gouvernement, similaire à celles mises sur pied en Espagne, destinée à remplacer le vice-roi. Un troisième groupe, enfin, plus modéré, défendait une position médiane. Les partisans du changement ne reconnaissaient pas l’autorité du Conseil de Régence, soulignant que les colonies américaines n’avaient pas été consultées lors de sa formation. La question de la rivalité entre criollos et péninsulaires ne fut qu'effleurée au cours des débats ; ceux favorables au maintien en place du vice-roi estimaient que le vœu des péninsulaires devait prévaloir sur celui des criollos.
Un des orateurs de la première position était l’évêque de Buenos Aires, Benito Lué y Riega, chef de l’église locale. Lué y Riega fit valoir que :
« Non seulement il n’y a point lieu d’innover avec le vice-roi, mais encore, quand bien même il n’y aurait plus aucune partie de l’Espagne qui ne fût subjuguée, les Espagnols qui se trouvent en Amérique doivent reprendre et exercer le gouvernement de celle-ci, ce gouvernement ne pouvant incomber aux fils du pays que s'il ne s’y trouvait plus aucun Espagnol. Dût-il ne rester qu’un seul membre de la Junte de Séville et qu'il accostât nos plages, nous devrions le recevoir comme le Souverain. »


Le cabildo ouvert du 22 mai 1810 à Buenos Aires, d'après un tableau de Pedro Subercaseaux. Ce cabildo ouvert fut organisé pour débattre de la légitimité du vice-roi et de l'opportunité d'un gouvernement local autonome qui viendrait le remplacer.

Juan José Castelli était le principal orateur en faveur des révolutionnaires. Son allocution reposait sur deux idées centrales : la déchéance du gouvernement légitime — il releva que la Junte de Séville était dissoute et n’était pas habilitée à désigner une Régence — et le principe de rétroversion de souveraineté83. Il prit la parole après Riega, affirmant que c’était au peuple américain de prendre en main son propre gouvernement en attendant que Ferdinand VII fût en mesure de retourner sur le trône.
Les débats se poursuivirent toute la journée, et les voix ne furent comptées que fort tard dans la soirée. Les exposés faits, les participants avaient à voter soit pour le maintien au pouvoir du vice-roi, seul ou en association, soit pour sa destitution. Les idées exposées cristallisèrent en un petit nombre de propositions, désignées par le nom de leur principal défenseur, et les gens votèrent ensuite en faveur d’une d’entre elles. De ce vote, qui dura longtemps, il résulta, à une large majorité de 155 voix contre 69, que le vice-roi devait être destitué.
La proposition de Manuel José Reyes, qui estimait qu’il n’y avait aucune raison de déposer le vice-roi, et qu’il suffisait de désigner une junte dirigée par Cisneros, obtint une trentaine de voix. Trente autres voix appuyaient également Cisneros, mais en rejetant tout changement au système politique en vigueur. Un petit groupe enfin appuyait la proposition de Martín José de Choteco, qui soutenait également Cisneros.
Les voix contre Cisneros étaient elles aussi réparties en plusieurs propositions différentes. Beaucoup de celles-ci tenaient que les nouvelles autorités appelées à se substituer au vice-roi devaient être élues par le Cabildo. Pascual Ruiz Huidobro vota en faveur d’une phase intérimaire au cours de laquelle le Cabildo dirigerait et s’emploierait à désigner un nouveau gouvernement, mais cette proposition ne mettait pas en avant la souveraineté populaire, ni n’évoquait la mise sur pied d’une junte. Cette proposition eut la faveur de trente-cinq membres, dont du reste une grande partie voyaient en Huidobro le meilleur candidat à la tête du nouveau gouvernement qui serait constitué si la proposition l’eût emporté. Juan Nepomuceno Solá vota pour la proposition portant que le Cabildo devait gouverner dans l’intérim, tout en s’efforçant entre-temps de constituer une junte composée de députés de toutes les provinces de la vice-royauté. Cette proposition obtint près de vingt voix. Cornelio Saavedra eut le plus grand nombre de voix, et le reste des voix se répartissait sur diverses propositions obtenant chacune peu de voix.
Le 23 mai à l’aube, le Cabildo publia un document annonçant que le vice-roi mettrait fin à son mandat. L’autorité supérieure serait transférée temporairement au Cabildo, jusqu’à la désignation d’une junte de gouvernement.
Des avis, annonçant la création imminente d’une junte et reproduisant l'appel lancé aux provinces pour qu'elles envoyassent des représentants à Buenos Aires, furent placardés en différents points de la ville. D’autres avis appelaient le public à s’abstenir de tenter des actions contraires à l’ordre public

Le Cabildo entreprit, en application des résultats du cabildo ouvert, de former la nouvelle junte chargée de gouverner jusqu’à l’arrivée des représentants des autres villes. Leyva fit en sorte que le ci-devant vice-roi Cisneros fût désigné président de la junte et commandant en chef des forces armées. Furent aussi élus, outre Cisneros, les quatre autres membres suivants : les criollos Cornelio Saavedra et Juan José Castelli, et les péninsulaires Juan Nepomuceno Solá et José Santos Inchaurregui. Les points de vue divergent quant aux motifs de cette décision. Un code constitutionnel de treize articles, propre à réguler l’action de la junte, avait été rédigé par Leyva : la junte n’était pas habilitée à exercer le pouvoir judiciaire, lequel était réservé à la Audiencia royale de Buenos Aires ; Cisneros ne pouvait pas agir sans l'appui des autres membres de la junte ; le Cabildo avait pouvoir de révoquer ceux qui négligeaient d’accomplir leur devoir ; l’assentiment du Cabildo était requis pour lever de nouveaux impôts ; et enfin, la junte devait décréter une amnistie générale pour ceux qui avaient exprimé leur opinion lors du cabildo ouvert, et appeler les autres villes à dépêcher des députés. Les commandants des forces armées, y compris Saavedra et Pedro Andrés García, acquiescèrent à ce code. La junte prêta serment dans l’après-midi.
La nouvelle prit les révolutionnaires au dépourvu. Ils ne savaient pas avec certitude ce qu’il y avait à faire dans l’immédiat, et craignaient de subir la même répression que celle qui s’était abattue sur les révolutionnaires de Chuquisaca et de La Paz. Moreno abjura toute relation avec les autres et se claquemura dans sa maison. Une réunion eut lieu au domicile de Rodríguez Peña. Certains étaient d’avis que le Cabildo n’avait pu ourdir un tel complot sans la bénédiction de Saavedra, et que Castelli devait démissionner de la junte. Tagle rejeta cette proposition : il pensait que Saavedra avait pu accepter par faiblesse ou par naïveté, et que Castelli devait donc rester afin de contrebalancer l’influence qu’avaient les autres sur Saavedra. Entre-temps, la place avait été envahie par une foule emmenée par French et Beruti. Le maintien au pouvoir de Cisneros, fût-ce même dans une fonction autre que celle de vice-roi, était ressentie comme une injure à la volonté du cabildo ouvert.
Le colonel Martín Rodriguez expliqua que si ses soldats recevaient l’ordre de soutenir Cisneros, cela signifierait que l’ordre leur serait donné de faire feu sur la population ; la plupart des soldats alors se révolteraient, car ils partageaient le souhait de voir le vice-roi quitter le pouvoir.
Ce même soir, Castelli et Saavedra informèrent Cisneros de leur intention de démissionner de la Junte nouvellement formée, faisant valoir que la population était au bord d’une révolution violente et qu’elle écarterait Cisneros par la force s’il ne démissionnait pas lui aussi. Ils soulignèrent qu’ils étaient impuissants à stopper cela ― Castelli, à contenir ses amis, Saavedra, à empêcher le Régiment de Patriciens de se mutiner. Cisneros souhaitait attendre jusqu’au lendemain, mais ils lui représentèrent que l’heure n’était plus aux ajournements, de sorte qu’il finit par accepter de démissionner. Il rédigea sa lettre de démission et la fit parvenir au Cabildo, qui devait en délibérer le jour suivant. Chiclana, se sentant encouragé après que Saavedra eut démissionné, se mit à solliciter des signatures pour un manifeste de la volonté du peuple. Quant à Moreno, il se refusait à tout autre engagement, mais Castelli et Peña étaient confiants qu'il finirait par vouloir les rejoindre si les événements se déroulaient comme ils l’escomptaient


Claude Victor-Perrin, commandant des troupes françaises qui prirent Séville lors de la guerre d'indépendance espagnole.

Le matin du 25 mai, malgré le mauvais temps, une foule nombreuse, rejointe par la milice commandée par Domingo French et Antonio Beruti, se rassembla sur la Plaza de la Victoria. Tous réclamaient la révocation de la junte élue le jour précédent, la démission définitive de Cisneros, et la composition d’une nouvelle junte dont ce dernier fût exclu. L’historien Bartolomé Mitre rapporte que French et Beruti distribuèrent des rubans bleu et blanc, semblables à la cocarde argentine moderne, aux personnes présentes. Plus tard, d’autres historiens mirent cela en doute, sans exclure toutefois que les révolutionnaires eussent utilisé quelque marque distinctive pour permettre leur identification105. La rumeur courut qu’il se pouvait que le Cabildo rejetât la démission de Cisneros. La résolution officielle tardant à être rendue publique, la foule commença à remuer, clamant « le peuple veut savoir de quoi il s’agit ! ».
Le Cabildo se réunit à 9 heures du matin et refusa effectivement la démission de Cisneros, estimant que la foule n’avait aucun droit légitime à influencer une décision prise et déjà exécutée par le Cabildo. Il considérait que l’agitation populaire devait être réprimée par la force, et, attendu que la Junte détenait maintenant le pouvoir, tenait les membres de celle-ci pour comptables de tout changement qui serait apporté à la politique décidée. Afin de faire exécuter ces ordres, ils mandèrent les commandants en chef, mais ceux-ci n’y donnèrent aucune suite. Beaucoup d’entre eux, Saavedra inclus, n’apparurent point ; mais même ceux qui parurent alors annoncèrent ne pas vouloir endosser l’ordre du gouvernement, arguant que les commandants seraient à coup sûr désobéis s’ils ordonnaient aux troupes de réprimer les manifestants.
L’agitation de la foule s’accrut, et le cabildo fut pris d’assaut. Leiva et Lezica requirent que quelqu’un habilité à agir en porte-parole du peuple voulût les rejoindre à l’intérieur de la salle et exposer les vœux du peuple. Beruti, Chiclana, French et Grela furent admis à passer. Leiva tenta de dissuader Pancho Planes de se joindre à eux, mais il pénétra lui aussi dans la salle. Le Cabildo argumenta que Buenos Aires n’avait pas le droit de démanteler le système politique de la vice-royauté sans en discuter d’abord avec les autres provinces ; French et Chiclana rétorquèrent que la convocation d’un Congrès était d’ores et déjà décidée. Le Cabildo convoqua les commandants afin d’aviser avec eux. Ainsi que cela avait déjà été fait plusieurs fois dans les derniers jours, Romero représenta au Cabildo que les soldats se mutineraient s’ils étaient forcés de combattre la foule sur ordre de Cisneros. Le Cabildo toutefois ne voulut point en démordre, jusqu’à ce que le bruit de la manifestation eut pénétré dans la salle, faisant craindre que les manifestants pussent envahir le bâtiment et les atteindre. Martín Rodríguez déclara que la seule manière de calmer les manifestants était d’accepter la démission de Cisneros. Leiva cette fois fut d’accord et en convainquit les autres membres, et la multitude reflua alors vers la place. Rodríguez se dirigea vers la maison d’Azcuénaga pour y rencontrer les autres révolutionnaires et planifier les dernières étapes de la révolution. La manifestation envahit derechef le Cabildo, poussant cette fois jusqu’à la salle de délibération. Beruti prit la parole au nom du peuple, exigeant que la nouvelle junte fût élue par le peuple, et non par le Cabildo. Il laissa entendre que, outre les 400 personnes déjà rassemblées, les casernes étaient remplies de gens qui leur étaient loyaux et qui, si besoin était, prendraient le comma

 

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MessagePosté le: Mer 21 Juin - 05:26 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

L’armée du Nord
(en esp. Ejército del Norte), dénommée dans les documents d’époque armée du Pérou (en esp. Ejército del Perú), ou encore armée auxiliaire du Pérou, était un des corps militaires mis sur pied par les Provinces-Unies du Río de la Plata lors de la guerre que cette jeune république eut à mener pour son indépendance d’avec l’Espagne ; elle fut chargée d’intervenir, sous le commandement de Manuel Belgrano notamment, dans la partie nord-ouest de l’actuelle république argentine et dans le Haut-Pérou, correspondant grosso modo à l’actuelle Bolivia, régions où se situait l’un des principaux fronts de bataille contre les armées royalistes demeurées fidèles à la couronne d’Espagne.
Son activité sur le front indépendantiste débuta en 1810 et se termina en 1817, avec la défaite des forces commandées par Gregorio Aráoz de Lamadrid lors de la bataille de Sopachuy, dans le cadre d’une ultime tentative d’avancer vers le Haut-Pérou. L’armée du Nord, dès lors, cessa ses actions offensives, adoptant désormais une attitude seulement défensive. Le dessein offensif reposait dorénavant sur l’armée des Andes (Ejército de los Andes), sous les ordres de José de San Martín, lequel avait conçu l’idée de parvenir par la mer jusqu’à Lima, principal bastion royaliste, après avoir auparavant libéré le Chili.

L’armée du Nord, de nouveau sous le commandement de Belgrano, reçut mission à présent d’intervenir dans les combats liés au conflit intérieur entre le gouvernement central, avec siège à Buenos Aires, et les caudillos fédéralistes du Litoral. La mutinerie d’Arequito, en 1820, consécutive au refus des vétérans du front de l’indépendance à s’engager dans des luttes intestines fratricides, mit fin à son existence.
Avant cela, le corps expéditionnaire chargé de mener l’Expédition de libération au Paraguay (en esp. Expedición Libertadora al Paraguay, de septembre 1810 à mars 1811), placé sous les ordres de Belgrano, portait également l’appellation d’armée du Nord, mais ce nom vint ensuite, après l’échec militaire de ladite expédition, à être donné au corps œuvrant dans le Haut-Pérou.
Pendant la guerre de la Confédération (1836–1839), un nouveau corps d’armée, mené par Alejandro Heredia, reçut le nom d’armée du Nord (1837), mais disparut à son tour, après l’assassinat de son commandant en 1838, peu avant que n’éclatât la sédition contre Rosas connue sous le nom de Coalition du Nord, tandis que la guerre se terminait en 1839, avec la victoire chilienne lors de la bataille de Yungay et le retrait des troupes péruano-boliviennes hors du territoire argentin.

 

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MessagePosté le: Mer 21 Juin - 05:35 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

La
bataille de Huaqui
eut lieu le 20 juin 1811, en Bolivie, près du Río Desaguadero, au cours des guerres d'indépendance en Amérique du Sud. Les troupes des Provinces-Unies du Río de la Plata y furent défaites par les royalistes espagnols commandés par le général José Manuel de Goyeneche y Barreda. L'armée argentine dut se retirer du Haut-Pérou et ses deux commandants furent démis de leurs fonctions et remplacés par le général Manuel Belgrano, qui réorganisa l'armée et la prépara à arrêter la contre-offensive espagnole dans le nord de l'Argentine.

 

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MessagePosté le: Jeu 22 Juin - 04:55 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

La
bataille de Tucumán
eut lieu les 24 et 25 septembre 1812 près de la ville de San Miguel de Tucumán, au cours des guerres d'indépendance en Amérique du Sud. Les forces républicaines de l'armée du nord, dirigées par le général Manuel Belgrano, y battirent les royalistes commandés par le général Pío de Tristán, arrêtant ainsi la progression de l'armée espagnole en Argentine du nord-ouest et permettant aux troupes argentines, après une nouvelle victoire à Salta, de réaffirmer leur contrôle sur leurs frontières.
 

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MessagePosté le: Jeu 22 Juin - 05:03 (2017)    Sujet du message: 13 Les conflits concernant les pays latino-américains ARGENTINE (sommaire page 1) Répondre en citant

La
Bataille du Cerrito
  est une bataille livrée le 31 décembre 1812, pendant le deuxième siège de Montevideo, lors de la guerre d'indépendance d'Uruguay.
Assiégé depuis le 20 octobre 1812 par les troupes de Buenos Aires et les Orientaux (Uruguayens) de José Gervasio Artigas, commandés par le général argentin José Rondeau, le maréchal Vigodet, dernier gouverneur espagnol de Montevideo, oppose une résistance farouche. En décembre, les forces d'Artigas sont contraintes de quitter le siège et leur départ ne passe pas inaperçu des Espagnols qui décident d'en profiter pour préparer une sortie.

Celle-ci a lieu le 31 décembre. 1600 soldats espagnols surgissent de Montevideo et attaquent par surprise le campement argentin situé sur la colline du Cerrito. La bataille est âpre, mais les Argentins restent maître du terrain et rejettent les assaillants dans leurs lignes.
Cette victoire aggrave la situation des Espagnols mais n'entraînent pas la chute de la ville ; en effet Vigodet peut compter sur sa flotte pour le ravitaillement et l'apport de renforts et seule la victoire navale de l'amiral Guillermo Brown lors de la bataille du port del Buceo en 1814, rendra sa situation désespérée et conduira à sa capitulation le 20 juin 1814.

 
 

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