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Date de fondation du forum: 15 avril 2012.
MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1)
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saintluc
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MessagePosté le: Mer 7 Juin - 06:23 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

Page 1: soulèvement du Dos de Mayo - Terreur blanche -  siège de Tripolizza - massacre de Chios - massacre de Psara - bataille de Saint-Eustache - massacre de Myall Creek - révolte du peuple de Paris du 22 au 26 juin 1848 -   massacre de Tianjing - massacre de Mountain Meadows - Massacre de Damas -

Page 2:
massacre de Bear River massacre de Lawrence massacre de Sand Creek La Semaine sanglante, du dimanche 21 au dimanche suivant 28 mai 1871massacre de Batak - massacre de Wounded Knee - fusillade de Fourmiesmassacre des Italiens d'Aigues-Mortes massacre de Port-Arthur massacres hamidiens -  massacre de Lattimer Guerre d'indépendance cubaine massacre de Milan ou massacre de Bava-Beccaris massacre des Héréros et des Namas - Le Dimanche rouge  
       
Page 3: Les massacres d'Adana - Massacre de Tamines (Génocide arménien - Génocide assyrien  -  Génocide des Grecs Pontiques voir  9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) - terreur rouge - Terreur Blanche - incident de Nikolaïevsk - Bloody Sunday - révolte des marins de Kronstadt - incendie de Smyrne - massacre de Shanghai - massacre de Coniston - massacre des bananeraies - Holodomor -
 
   
Page 4: massacre de Simele - La nuit des Longs Couteaux - Terreur rouge - Terreur blanche - massacre de Graziani - massacre de Nankin - massacre de Dersim - massacre des Haïtiens de 1937 - Massacre de Ponce - Les Grandes Purges ou Grande Terreur - La nuit de Cristal - Aktion T4 -
         
Page 5: Le Dimanche sanglant de Bydgoszcz - massacre de Katyń massacre de Vinkt massacre du Paradis - massacre du bois d'Eraine - Massacre de Chasselay La Shoah  - Les crimes de guerre nazis en Union soviétique -               
       

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Dernière édition par saintluc le Dim 23 Juil - 14:28 (2017); édité 59 fois
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MessagePosté le: Mer 7 Juin - 06:23 (2017)    Sujet du message: Publicité

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saintluc
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MessagePosté le: Mer 7 Juin - 06:30 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

soulèvement du Dos de Mayo
(Levantamiento del 2 de mayo, soulèvement du 2 mai) de 1808 est le nom sous lequel on désigne la rébellion du peuple madrilène contre l'occupation de la ville par les Français, et qui s'étendit dans toute l'Espagne. Il marque le début de la guerre d'indépendance espagnole.
Il est aujourd'hui célébré dans la Communauté autonome de Madrid comme « Jour de la communauté » (Día de la Comunidad, équivalent pour la région d'une fête nationale).
Depuis les événements du soulèvement d'Aranjuez (17 mars 1808) pendant lesquels le roi Charles IV a abdiqué en faveur de son fils Ferdinand VII, Madrid est occupée par le général Murat (23 mars). Ferdinand VII revient à la cour, salué par les acclamations du peuple de Madrid. Napoléon l'invite à le rejoindre à Bayonne. Le 20, Ferdinand VII passe la frontière, espérant, lors de cette réunion, se faire reconnaître comme roi d'Espagne. Son père demande à se joindre à eux et arrive à Bayonne le 30 avril, escorté par les troupes françaises. En fait, Napoléon par ses pressions, obtient l'abdication de Charles IV et de Ferdinand VII en faveur de Joseph Bonaparte (futur Joseph Ier).
À Madrid, une Junta de Gobierno représente le roi Ferdinand VII. Cependant, le pouvoir effectif reste entre les mains de Murat, lequel a réduit la Junta de Gobierno à un rôle de simple marionnette ou de simple spectatrice des événements. Le 27 avril, Murat sollicite, théoriquement au nom de Charles IV, l'autorisation de conduire à Bayonne la reine d'Étrurie (fille de Charles IV) et l'infant François de Paule. Au début, lors de la réunion dans la nuit du 1er au 2 mai, la junte refuse, puis finalement cède à la suite des instructions de Ferdinand VII, amenées par un émissaire arrivé de Bayonne (« conserver la paix et l'harmonie avec les Français »).

Le 2 mai 1808, la multitude commença à se concentrer devant le palais royal. La foule vit comment les soldats français amenaient hors du palais la reine d'Étrurie. Sa sortie ne produisit aucun choc. La présence d'une autre voiture a fait penser qu'elle était destinée à l'infant François de Paule. Excitée par José Blas de Molina et aux cris de ¡Que nos lo llevan! (Ils nous l'enlèvent !), la foule pénétra dans le palais. L'infant apparut à un balcon augmentant l'agitation sur la place. Les deux officiers français chargés du transfert, le colonel Auguste Lagrange et Michel Desmaisieres furent sauvés par une patrouille passant par là. Ce tumulte est exploité par Murat, qui dépêche un bataillon de grenadiers de la Garde impériale au palais, accompagnés par de l'artillerie, lesquels tirent sans sommations sur la foule déchaînée. Cette foule se disperse dans tout Madrid aux cris de Mort aux Français. La lutte va s'étendre à Madrid et durera pendant des heures.

Les Madrilènes durent découvrir en cet instant les conditions de la guerre de rues : constitution de bandes de quartier commandés par des chefs improvisés ; obligation de trouver des armes (ils luttaient avec des couteaux face à des sabres) ; nécessité d'empêcher l'arrivée de nouvelles troupes françaises.
Tout cela ne fut pas suffisant et Murat put mettre en pratique une tactique aussi simple qu'efficace. Quand les Madrilènes ont voulu se rendre maîtres des portes de l'enceinte de Madrid pour empêcher l'arrivée des forces françaises cantonnées hors de Madrid, le gros des troupes de Murat (quelque 30 000 hommes) avait déjà pénétré dans la cité, faisant un mouvement concentrique pour entrer dans Madrid.
Cependant la résistance à l'avance des Français fut beaucoup plus efficace que ce qu'avait prévu Murat, spécialement à la porte de Tolède, la Puerta del Sol et le parc d'Artillerie de Monteleón ; cette opération permit à Murat de mettre Madrid sous la juridiction militaire, et de traiter les Madrilènes comme des rebelles. Il plaça également sous ses ordres la Junta de Gobierno.
L'un après l'autre, les foyers de résistance vont tomber. À la rue d'Alcalá et sur la Puerta del Sol, les chasseurs à cheval de la Garde impériale, appuyés par les mamelouks, dispersent les manifestants. Les soldats de Napoléon exercent leur cruauté sur le peuple madrilène. Des centaines d'Espagnols, hommes et femmes, et des soldats français meurent dans cet affrontement. Le tableau de Goya La Charge des Mamelouks reflète les combats de rue qui se sont produits ce jour.

Pendant ce temps, les militaires espagnols restent passifs dans leurs casernements, suivant les ordres du capitaine général Francisco Javier Negrete. Seuls les artilleurs du parc d'Artillerie situé au palais de Monteleón (es) désobéissent aux ordres et rejoignent l'insurrection. Les héros de plus haut grade seront les capitaines Luis Daoíz y Torres (es) (qui assume le commandement en tant que plus âgé) et Pedro Velarde Santillán. Avec leurs hommes ils se retranchent dans le parc d'Artillerie de Monteleón. Ils y sont assaillis par les troupes westphaliennes du général Lefranc. Mais ces derniers sont repoussés par une défense acharnée. Faisant alors venir deux pièces d'artillerie, les Français ouvrent le feu sur les Espagnols. Plusieurs colonnes françaises, couvertes par les canons, chargèrent les défenseurs du parc d'Artillerie.
Mais encore une fois, l'héroïque défense parvint à repousser les Westphaliens. Voulant en finir, Lefranc lança deux bataillons qui chargèrent les insurgés à la baïonnette. Cette fois, les Espagnols furent enfoncés. Daoiz et Velarde furent tués, ainsi que nombre de leurs hommes, tandis que d'autres étaient fait prisonniers.
Le 2 mai 1808, ce ne fut pas la rébellion de tous les Espagnols contre l'occupant français, mais celui du peuple espagnol contre un occupant toléré (par indifférence, peur ou intérêt) par un grand nombre des membres de l'Administration. La Carga de los Mamelucos (la Charge de Mamelouks) de Goya, représente les principales caractéristiques de la lutte : professionnels parfaitement équipés (les mamelouks ou les cuirassiers) juchés sur de grands chevaux qui dominent la populace à pied, seulement armée de couteaux ou de fusils archaïques ; présence active dans le combat de femmes, dont certaines perdront la vie (Manuela Malasaña ou Clara del Rey) ; présence quasi-exclusive du peuple et de certains militaires.

La répression est cruelle. Murat ne se contente pas d'avoir écrasé le soulèvement mais a trois objectifs : contrôler l'administration et l'armée espagnoles ; appliquer un châtiment rigoureux aux rebelles pour servir de leçon à tous les Espagnols ; et montrer que c'est lui qui gouverne l'Espagne. Le soir du 2 mai, il signe un décret qui crée une commission militaire, présidée par le général Grouchy pour condamner à mort tous ceux qui ont été arrêtés avec les armes à la main (Seront fusillés tous ceux qui durant la rébellion ont été pris avec des armes). Le Conseil de Castille publie une proclamation selon laquelle est déclarée illicite toute réunion dans des lieux publics ; on ordonne la remise de toutes les armes, blanches ou à feu. Des militaires espagnols collaborent avec Grouchy dans la commission militaire. Dans un premier temps, les classes dirigeantes paraissent préférer le triomphe des armes de Murat plutôt que de celles des patriotes, composés uniquement par les classes populaires.
Au Salón du Prado et dans les champs de La Moncloa (es), on fusilla des centaines de patriotes. Quelques milliers d'Espagnols moururent sans doute lors du soulèvement et des exécutions qui suivirent. De leur côté, les Français perdirent ce jour-là 60 officiers et 900 hommes du rang.
Murat pensait, sans doute, en avoir fini avec les élans révolutionnaires des Espagnols, en leur inspirant une terreur effrayante (garantissant pour lui-même la couronne d'Espagne). Cependant, le sang répandu ne fit qu'enflammer le courage des Espagnols. Il donna le signal du début de la lutte dans toute l'Espagne contre les troupes d'invasion. Ce même 2 mai, dans la soirée, dans la ville de Móstoles devant les nouvelles horribles qu'apportaient les fugitifs de la répression dans la capitale, un homme politique de premier plan (secrétaire del Almirantazgo y Fiscal del Supremo Consejo de Guerra), Juan Pérez Villaamil (es) fit signer par les alcaldes du village (Andrés Torrejón (es) et Simón Hernández (es)) un édit dans lequel tous les Espagnols étaient appelés à prendre les armes contre l'envahisseur, en commençant par accourir au secours de la capitale. Cet édit, d'une manière indirecte, provoqua le soulèvement général. Les débuts de celui-ci furent marqués par les mesures du corregidor de Talavera de la Reina, Pedro Pérez de la Mula, et de l’alcalde de Trujillo, Antonio Martín Rivas (es) ; tous les deux organisèrent des listes de volontaires, avec des vivres et des armes, pour venir en aide à la Cour.

 

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saintluc
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MessagePosté le: Mer 7 Juin - 21:54 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

L’expression de Terreur blanche a une origine qui reste très incertaine. Elle caractérise deux épisodes dans l’histoire de France : en 1795, dans le Midi, certains partisans royalistes pourchassent et massacrent les jacobins responsables de la Terreur « rouge » en place les années précédentes.
Cependant, à la fin de l’année 1815, après la chute définitive de Napoléon, elle est utilisée par les bonapartistes et les anciens révolutionnaires pour désigner les sanctions et les mesures d'éviction prises contre certains d'entre eux.
Le nouveau régime de Louis XVIII, en place depuis avril 1814, doit affronter une sérieuse épreuve à partir de mars 1815.
Napoléon s’est échappé de l’île d'Elbe et a débarqué à Golfe-Juan, le 1er mars 1815. Après une remontée triomphale sur Paris, il arrive, le 20 mars, au palais des Tuileries. Louis XVIII, abandonné par son armée, s’enfuit à Gand, en Belgique. Le lendemain de son arrivée à Paris, Napoléon abolit la noblesse et les titres et séquestre les biens des émigrés qui sont revenus en France depuis le début de la Restauration. L’empereur paraît renouer avec l’héritage de la Révolution de 1789. Il forme également un nouveau gouvernement composé d’anciens ministres, comme Fouché. Le rétablissement du régime impérial se heurte aux soulèvements royalistes menés par la duchesse d’Angoulême qui a levé une armée de quatre mille hommes, puis par le duc d’Angoulême dans la France méridionale. Grouchy en vient à bout le 8 avril et l’empereur leur impose des humiliations de toutes sortes : emprisonnements, imposition forcée des notabilités royalistes, etc.
Le 15 juin, Napoléon décide d’attaquer, en Belgique, des troupes anglaises et prussiennes. Il est battu, le 18 juin, à Waterloo. Il envisage tout de même de poursuivre la lutte, mais la Chambre des représentants ne le suit pas. Napoléon Ier abdique, le 22 juin, en faveur de son fils.
Exilé en Belgique pendant les Cent-Jours, Louis XVIII revient à Paris, le 8 juillet 1815. Il forme un gouvernement dominé par Talleyrand afin de prévenir toute réaction royaliste intérieure. Cependant, cette nouvelle composition ne répond pas aux aspirations des Ultras.

Difficilement contenue pendant les Cent-jours, la haine des royalistes explose à l’annonce de Waterloo. La Terreur Blanche est un mouvement de réaction contre les bonapartistes et les anciens révolutionnaires, dont la violence se développe dans le Midi et dans les vieux pays de contre-révolution comme la Vendée, la Bretagne et le Maine.
Des bandes de royalistes s’arment et terrorisent le pays. Ils sont connus sous le nom de Verdets car ils portent la cocarde verte, couleur du comte d’Artois, le chef des ultras royalistes. Cette vague de terreur royaliste est particulièrement sanglante autour de Marseille et de Toulouse, où des dizaines de soldats bonapartistes sont assassinés. Les Verdets y trouvent de nombreuses sympathies. Napoléon avait dû se déguiser lors de son voyage vers l’île d’Elbe, en 1814, afin d’échapper à la fureur des habitants de la vallée du Rhône, majoritairement royalistes.
Ainsi, des mouvements populaires et spontanés, très mal contrôlés par l’administration royale, apparaissent.

À Marseille, le peuple se soulève et massacre d’anciens Mamelouks de la garde impériale, le 25 juin 1815. À Toulouse, le général Ramel, commandant de cette place forte au nom de Louis XVIII, qui avait tenté de désarmer les Verdets, est assassiné le 15 août. À Avignon, le maréchal Brune, héros de l’Empire, est massacré par la foule et jeté dans le Rhône.
Dans le Gard, Jacques Dupont dit Trestaillons, à la tête de bandes armées, fait assassiner plusieurs dizaines de réformés, beaucoup d’autres sont persécutés et plusieurs milliers s’enfuient. Les seuls refuges espérés sont les prisons. Cependant, celles-ci sont vidées et leurs occupants sont exterminés.
Les troubles prennent fin à l’automne 1815 après la proclamation de Louis XVIII sur les excès du Midi le 1er septembre. Néanmoins, ni les troupes d’occupation en place depuis la défaite de Napoléon ni les autorités françaises, désorganisées, n’ont tenté d’arrêter les massacres.

Cette terreur d’origine populaire, se greffe, dans un climat de vengeance entretenu par les candidats ultras, aux élections législatives.
Celles-ci voient le triomphe des Ultras, proches du comte d’Artois. Ils remportent 350 sièges sur 398. Louis XVIII l’appelle « Chambre introuvable » car selon lui, même en désignant les députés, il n’aurait pu trouver une meilleure composition. Ce raz-de-marée réactionnaire reflète surtout le durcissement des notables des provinces, effrayés par les Cent-Jours, qui souhaitent arrêter la révolution. Talleyrand est remplacé par le duc de Richelieu. Le cabinet de ce dernier est composé, pour une partie, d’émigrés, comme lui, dont le vicomte Dubouchage, ancien ministre de la Marine de Louis XVI.
La Chambre élue en août ne reste pas inactive. Elle commence une épuration légale qui marque sa volonté de revanche sur la Révolution et l’Empire. L’épuration de l’administration est sévère ; elle touche plus du quart des fonctionnaires. Environ 70 000 personnes sont arrêtées pour « délit politique » et 6 000 condamnées. Cette épuration aboutit à la condamnation de plusieurs généraux de l’empire, ralliés à Napoléon durant les Cent-jours, en particulier La Bédoyère, Mouton-Duvernet, le maréchal Ney, héros de la campagne de Russie et les frères Faucher, qui sont fusillés. En janvier 1816, la loi contre les régicides condamne au bannissement tous les anciens conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XVI, comme Carnot et David.

De plus, la fin de l’année 1815 est marquée par plusieurs lois constitutives qui, ajoutées à l’épuration légale, sont appelées la « seconde Terreur Blanche » : cette législation répressive comprend la loi de sûreté générale du 29 octobre, qui suspend les libertés individuelles et permet d’emprisonner sans jugement, ainsi qu'une loi sur les cris et les écrits séditieux, le 9 novembre, prévoyant une juridiction correctionnelle, enfin, le 27 décembre, un rétablissement des cours prévôtales qui statuent en matières de crimes politiques sans jury ni appel. Ces mesures votées par la Chambre introuvable n’ont qu’une portée temporaire puisque Louis XVIII fait prévaloir par la suite sa politique de conciliation. Très contestées d’un point de vue juridique, elles ont tout de même prononcé 250 condamnations.

La Terreur blanche fait de 300 à 500 morts. À la fin de 1815, un mouvement de retour en arrière est largement engagé. Il semble que, dans les milieux politiques, l’ultracisme soit l’opinion dominante. La Terreur blanche décroît dans ses formes les plus extrêmes, même si Lagarde, un général modéré, est assassiné à Nîmes le 12 décembre pour avoir tenté de rouvrir un temple. Malgré les propos menaçants qui subsistent dans la Chambre introuvable, Louis XVIII la dissout, le 5 septembre 1816, mettant ainsi définitivement fin à la Terreur blanche.

 

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saintluc
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MessagePosté le: Mer 7 Juin - 22:18 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

 
siège de Tripolizza
,
entre mai et octobre 1821, est un épisode clé de la guerre d'indépendance grecque. La prise de Tripolizza, capitale ottomane du Péloponnèse, fut la première grande victoire des Grecs insurgés sous le commandement de Theódoros Kolokotrónis. Les combats se résumèrent longtemps à des escarmouches. Les quelques tentatives de sortie ottomanes se soldèrent par des échecs. Une reddition était en négociations à l'automne quand des Grecs pénétrèrent par surprise dans la ville le 5 octobre. On estime qu'un peu plus de 30 000 personnes, hommes, femmes et enfants, musulmans locaux ou réfugiés des alentours, devaient s'y trouver au début du siège, les rares Grecs de la ville l'ayant fuie à l'exception de 38 otages. En octobre, la population était tombée à 15 000, à la suite des nombreux décès à cause des combats, de la famine ou des épidémies, mais grâce aussi à quelques évacuations. Après la reddition de la ville, les troupes grecques exterminèrent près de 8 000 personnes, soit la quasi-totalité des survivants, et pillèrent leurs demeures.
La guerre d’indépendance grecque fut une guerre de libération contre l’occupation ottomane. Les affrontements principaux eurent lieu en Épire, autour d’Athènes et surtout dans le Péloponnèse.
Ali Pacha de Janina, le gouverneur ottoman de la région de l'Épire, qui cherchait à assurer définitivement l’indépendance de ses possessions, s’était révolté contre le Sultan Mahmoud II en 1820. La Porte (nom parfois donné au gouvernement de l’Empire ottoman) avait dû mobiliser toute une armée autour de Ioannina. Pour les patriotes grecs organisés dans la Philiki Etairia et qui préparaient le soulèvement national depuis la fin du xviiie siècle, cette rébellion rendait le moment favorable. Il y avait potentiellement moins de soldats turcs disponibles pour réprimer leur soulèvement. L’insurrection fut déclenchée dans le Péloponnèse. Elle commença entre le 15 et le 20 mars 1821 sous la double impulsion de Theodoros Kolokotronis, un des chefs de l’insurrection, et de l’archevêque de Patras, Germanos, qui proclama la guerre de libération nationale le 25 mars. Au même moment, Alexandre Ypsilántis pénétrait en Moldavie et Valachie, second foyer prévu pour l'insurrection, à la tête d'une troupe composée de membres de la Philiki Etairia installés en Russie. L'Empire ottoman réduisit l'insurrection dans les provinces danubiennes en neuf mois, alors qu'en Grèce même les insurgés triomphaient.

Les communications dans le Péloponnèse, région montagneuse, étaient beaucoup plus faciles par mer que par terre. Les principaux ports étaient contrôlés par des forteresses qui constituèrent les premiers objectifs des révolutionnaires grecs : Patras, protégé par les « château de Morée » et « château de Roumélie », sur le golfe de Corinthe ; Corinthe et l'Akrocorinthe ; Nauplie et le fort Palamède ; le rocher fortifié de Monemvasia ; les anciennes places fortes vénitiennes de Coron et Modon, et enfin les deux forts de Navarin. Ces places prises, la seule route d'entrée serait devenue l'isthme de Corinthe, plus facile à contrôler. Quant à Tripolizza, elle tenait l'intérieur de la péninsule.
Dès le 18 mars (julien), des combats s'étaient déroulés près de Kalavryta au nord de la péninsule qui fut prise le 21 mars (julien) ; le 23, ce fut le tour de Vostitsa au nord et Kalamata au sud, tandis que la région de Karytaina en Arcadie se soulevait. Le 25 mars (julien), tandis que Germanos proclamait le soulèvement national à Patras, un des « gérontes » de Tripolizza, Anagnostes Kontakes, organisait un camp militaire à Vérvena, en Arcadie, pour surveiller les mouvements des troupes ottomanes et protéger la région d'une potentielle contre-attaque. Le 26 mars (julien), Pyrgos en Élide se révolta ainsi que la région de Gastouni (nord-ouest du Péloponnèse). Le 28, le siège de Monemvasia, où 4 500 Turcs avaient trouvé refuge, commença. La ville ne fut prise que le 23 juillet (julien), à un moment où le moral des insurgés était au plus bas, à cause des difficultés du siège de Tripolizza. Le lendemain, à Aghios Athanasios près de Karytaina, Theódoros Kolokotrónis, à la tête de 300 Maniotes affronta durant six heures 1 700 soldats ottomans, venus d'Andritsaina. Ce fut la première véritable bataille de la guerre. Les Ottomans reculèrent. Kolokotrónis les poursuivit, les affronta et les vainquit à nouveau au passage de l'Alphée, près de Chazelaga. Deux jours plus tard, les Turcs qui avaient été défaits par Kolokotrónis, après avoir été rejoints par 2 500 autres soldats, prirent et brûlèrent le village de Salesi. Ce fut la première exaction de la guerre. 
Elle fut bientôt suivie de la reconquête de Patras par Yussuf Pacha qui en fit massacrer la population avant d'y mettre le feu, le 3 avril (julien). Le lendemain, commençait le siège de Nauplie, par des troupes terrestres d'un côté, mais aussi par les navires de Bouboulina de l'autre. Le 15 avril (julien), selon l'historiographie grecque, soixante-dix Grecs auraient été assiégés par 3 000 fantassins et cavaliers turcs dans le village de Lévidi. Une sortie grecque aurait mis les assiégeant en déroute. Ils se seraient enfuis jusqu'à Tripolizza

Les Grecs avaient, en parallèle, commencé à organiser des gouvernements locaux dans les diverses régions insurgées, afin de préparer la suite et de disposer d'instances dirigeantes dès l'indépendance. Un Sénat (ou « Gérousia ») du Péloponnèse se mit en place de façon spontanée d'abord à Kalamata sous la forme d'une « Gérousia de Messénie » le 6 avril 1821, puis dans les montagnes de Laconie le 7 juin pour l'ensemble de la presqu'île. Il s'agissait d'une assemblée de notables (« bourgeois », prêtres, chefs de guerre) représentative mais non élue. Des assemblées locales existaient dans les autres régions. Le Sénat du Péloponnèse s'était fixé comme objectif la prise de Tripolizza. Il avait ensuite prévu de se dissoudre et de convoquer une assemblée pour l'ensemble de la Grèce. Dès le 28 avril (julien), Kolokotrónis avait été nommé Commandant en chef (archistrátigos) de la région de Karytaina avec pour objectif la coordination des opérations militaires autour de Tripolizza en vue de prendre la ville
La ville fut fondée vers le xive siècle pour remplacer les trois villes dépeuplées de Mantinée, Tégée et Pallantion. Elle était capitale ottomane du Péloponnèse dont elle devint aussi la plus grande des villes. Elle est située au milieu d'un plateau à 650 mètres au-dessus du niveau de la mer, entourée à l'ouest et au nord par un amphithéâtre de montagnes, la chaîne des Tríkorpha et par des marais au nord-est. Elle avait déjà été assiégée par des Grecs insurgés, en 1770, lors de la « Révolution d'Orloff ». Là, les Ottomans victorieux avaient massacré la population grecque de la ville. Tripolizza était une ville pratiquement intégralement turque. D'après François Pouqueville qui en avait été le médecin lorsque détenu en 1799 successivement par Moustapha Pacha et par Ahmet Pacha, c'était l'évêché du Péloponnèse qui rapportait le moins et qui disposait du plus petit nombre de popes.
En 1821, elle était protégée par une enceinte épaisse de deux mètres à la base et de 70 cm au sommet, haute d'un peu plus de quatre mètres, avec une courtine et des tours, dont certaines avec des canons, et des demi-lunes à intervalle régulier tout au long de ses 3,5 km de circonférence. La muraille, dont le tracé était irrégulier, était percée de six portes. Il y avait encore un petit fort carré, le Grand Bastion, à l'intérieur des murs, sur une hauteur au sud-ouest. Cependant, elle était un objectif relativement plus facile que les autres forteresses du Péloponnèse. Au milieu d'une plaine alors que les autres étaient bien souvent sur des sommets escarpés ; entourée d'un simple mur de pierres quand Coron et Modon avaient été fortifiées par des ingénieurs vénitiens s'inspirant de Vauban ; et surtout au milieu des terres, sans espoir d'être secourue par la mer. Enfin, Tripolizza, en tant que capitale politique ottomane de la péninsule, abritait de nombreux riches Turcs. L'objectif était donc politique et financier.

La population de la ville avait doublé dès le début de la guerre, pour atteindre, selon les sources, entre 25 00014 et 34 00015 habitants. Les Turcs du Péloponnèse, effrayés par les événements, combats et meurtres des trois premières semaines de l'insurrection, cherchèrent à se réfugier, avec leurs femmes et leurs enfants, dans les villes fortifiées. Ceux de Laconie et d'Arcadie, autour de 2 600 personnes se rendirent, logiquement, à Tripolizza. Tous les Grecs s'en étaient enfuis hormis trente-huit otages dont cinq évêques qui s'étaient rendus à la convocation bi-annuelle par les autorités ottomanes
Au début du mois de mai 1821, Khursit Pacha, gouverneur du Péloponnèse occupé alors à mater la rébellion d'Ali Pacha en Épire, envoya des troupes, commandées par son Kehaya Bey (lieutenant-gouverneur) Moustapha, renforcer la ville où elles arrivèrent le 12 mai. Parmi les renforts, se trouvaient 1 500 Albanais musulmans considérés comme des troupes d’élite car encore invaincues. La garnison de la ville atteignait alors 9 000 à 10 000 hommes, dont un corps de cavalerie et une centaine d'artilleurs envoyés spécialement de Constantinople pour servir la trentaine de canons de la ville (seuls sept étaient encore utilisables, après de nombreuses réparations, à la fin du siège)
Dans le même temps, les troupes grecques étaient de plus en plus nombreuses dans les camps autour Tripolizza, passant de 2 à 3 000 début mai, à plus de 6 000 au début de l'été8. Néanmoins, les Grecs ne disposaient pas de cavalerie et leur artillerie était réduite à une demi-douzaine de canons et deux mortiers18. Ils n'avaient pas non plus de service de santé qui pût soigner les blessés19. Les pallikares se trouvaient dans les villages à la limite entre les montagnes et la plaine à l'ouest de la ville : (du nord au sud) Levidi, Piana, Chrysovitsi, Valtéstsi et Vérvena. Il y avait quatre corps principaux : à l'aile gauche, 2 500 hommes sous les ordres de Kolokotrónis ; au centre, mille commandés par Anagnostarás ; à droite 1 500 sous Giatrako, et en réserve 1 500 autres commandés par Petrobey. Deux corps de 150 et 300 hommes surveillaient les routes d'Argos (et Nauplie) au nord et de Kalamata au sud.
Theodoros Kolokotronis mit aussi cette période à profit pour imposer une réorganisation des troupes grecques. Jusque-là, les insurgés appartenaient à une bande, très souvent familiale, (comme du temps où ils étaient klephtes) et obéissaient au chef de celle-ci, très souvent l'aîné de la famille. Leur armement était rudimentaire, le plus souvent un couteau voire des outils agricoles reconvertis (fer de bêche par exemple). Il n'y avait aucune coordination entre les bandes dont les chefs poursuivaient des objectifs personnels. Le ravitaillement était assuré par les femmes.
L'archistrátigos, qui avait suivi une formation militaire dans les troupes britanniques des îles ioniennes, dans lesquelles il avait atteint le grade de major, imposa un mode de fonctionnement plus rationnel. Les chefs de bande furent officiellement nommés « officiers », par un brevet écrit. Ils devaient fournir un décompte exact du nombre d'hommes constituant leur groupe. Cela était censé éviter qu'ils le gonflent afin d'obtenir plus d'armes, plus de nourriture et plus d'argent pour les soldes. Cela empêcha aussi que les hommes retournent chez eux sans qu'on le sût. Kolokotronis imposa enfin son commandement centralisé, une certaine discipline dans les bandes et une coordination entre celles-ci

Les villages et les villageois d'Arcadie furent chargés de ravitailler les assiégeants. Les ânes et les mulets firent la navette avec le pain. Karytaina se spécialisa dans la fourniture de bétail (chèvres et moutons) : 48 000 bêtes auraient été consommées par les troupes grecques. Dimitsana fournit la poudre et fut exonéré de tout autre prélèvement. Les bibliothèques des monastères voisins donnèrent à leur corps défendant le papier nécessaire aux cartouches. Les balles furent fondues à partir du plomb retiré des toits.
Comme toute ville assiégée, Tripolizza souffrit de problèmes d'approvisionnement. Les Grecs empêchèrent l'eau d'arriver à la ville. Des récits évoquent un empoisonnement de l'eau des aqueducs avec une plante de la famille des digitales. Cette légende peut avoir un fond de vérité, mais il est peu probable que le poison ait eu un effet quelconque, en raison des quantités énormes qu'il aurait fallu verser. Cependant, la rumeur aurait pu créer une panique parmi les assiégés. De plus, la ville disposait de puits en quantité suffisante pour son approvisionnement en eau. Très vite, les soldats albanais s'emparèrent des puits et en taxèrent l'utilisation.
La ville connut aussi progressivement des problèmes de nourriture. La nuit, les Maniotes installaient des marchés au pied des remparts et vendaient (à prix d'or) pain et fruits aux Turcs assiégés. Ce fut un échange commercial de ce genre qui le 5 octobre entraîna la prise de la ville. Jusqu'à la fin du mois d'août, la cavalerie ottomane effectuait des sorties de razzia, pillait des villages à quelques kilomètres de la ville et rapportait de quoi la nourrir. Les troupes de Theódoros Kolokotrónis finirent par y mettre fin. Tripolizza commença alors à manquer cruellement de nourriture. Les chevaux de la cavalerie, devenus inutiles et manquant de fourrage, furent alors mangés
Le 24 mai (12 mai julien), les Turcs de Tripolizza, qui venaient d'être renforcés par un contingent de mercenaires albanais envoyé de Patras, tentèrent une sortie pour raser le camp commandé par les Mavromichalis à Valtétsi, au sud-ouest de Tripolizza. Le village se trouvait au centre du dispositif grec, sur une petite colline. C'était aussi le plus proche de la ville. Il avait été sommairement fortifié : l'église était le principal point fort et en avant, trois tamboúria (redoutes) consistant en un mur d'un mètre de haut percé de meurtrières, avaient été construites. Moustapha Bey (le Kehaya Bey) qui gardait autour de lui en réserve ses 1 500 cavaliers, avait prévu une attaque en tenaille : une colonne de 3 500 hommes attaquant par le sud, une autre de 1 000 hommes par le nord et une troisième de 600 hommes prévue pour prendre à revers les Grecs qui ne pourraient manquer de se replier en abandonnant Valtetsi. Les Grecs ne se replièrent pas comme l'avait espéré le commandant ottoman. Ils résistèrent au contraire. De plus, sa cavalerie ne lui fut d'aucune utilité pour attaquer des redoutes au sommet d'une colline. Il en fut de même pour son artillerie, dont les servants ne se montrèrent pas capables d'atteindre les fortifications grecques. Kolokotrónis arriva au cours de la journée avec 1 200 hommes en renfort du camp de Chrysovitsi. À la tombée de la nuit, la décision n'était toujours pas faite. Chacun des adversaires avait espéré que l'autre se replierait avec l'arrivée de la nuit. Des nouveaux renforts grecs, 800 hommes, arrivèrent dans la nuit, prenant les Ottomans à revers. Moustapha Bey ordonna le repli. Les Grecs firent alors une sortie qui transforma le repli en déroute. La poursuite grecque fut ralentie par le pillage : les Turcs abandonnant armes et bagages, les Grecs s'arrêtaient pour les ramasser. La bataille avait duré 23 heures. Les Turcs auraient laissé derrière eux 300 morts et 500 blessés. Les Grecs auraient perdu 150 hommes, même s'ils ne reconnurent que quatre morts et dix-sept blessés. Cette victoire grecque fut importante psychologiquement. Elle montra que les insurgés ne s'effondraient pas à la première démonstration de force ottomane, comme la Porte l'avait espéré. Elle montra aussi que la réorganisation des troupes imposée par Kolokotronis était justifiée


Theódoros Kolokotrónis.

Le 18 mai (julien), Moustapha Bey, à la tête de 8 à 10 000 hommes, tenta une nouvelle sortie avec pour objectif Vérvena. Trois cents Grecs commandés par Nikétaras les rencontrèrent à Doliana. Les Turcs furent mis en déroute. Nikétaras y gagna son surnom de « Tourkophagos », le « Mangeur de Turcs ». Le 21 mai (julien), Kolokotrónis prit le village de Zarakova qu'il transforma en dépôt pour l'ensemble des opérations. Demetrios Plapoutas, avec des troupes venues des camps de Chrysovitsi et Piana s'empara de Trikorpha. L'étau autour de Tripolizza se resserrait.
Cependant, la situation se figea. Assiégés et assiégeants furent longtemps incapables de faire la différence. Les combats entrèrent dans une sorte de routine quotidienne, consistant principalement en des échanges d'insultes. Dès que quelque chose dépassait des fortifications, d'un côté ou de l'autre, il était accueilli par une volée de balles venues du camp adverse. Il arrivait que ce ne fût qu'un chapeau au sommet d'un bâton servant ainsi de distraction aux soldats. Lorsque la chaleur du jour devenait trop forte, juste après le zénith, les hommes venus des deux camps se retrouvaient à l'ombre, au pied des remparts pour discuter et fumer
Fin juin, Dimitrios Ypsilantis rejoignit les troupes grecques à Tripolizza. Son arrivée divisa les Grecs. Une partie le soutint, malgré la désastreuse défaite subie par son frère Alexandre dans les principautés danubiennes. Une deuxième partie resta fidèle à Theódoros Kolokotrónis. Une troisième partie était constituée de l'ancienne classe dominante grecque (clergé et propriétaires terriens) qui avaient acquis leur fortune et leur pouvoir au service de l'occupant ottoman. Ces chefs « civils », ou primats, (proésti ou prókriti en grec et kojabashi en turc) n'avaient apporté leur soutien à l'insurrection nationale que parce qu'ils désiraient remplacer l'autorité ottomane par la leur. Ils virent alors dans l'arrivée d'Ypsilantis un moyen de diminuer l'aura de Kolokotrónis et des « militaires ». Les futures guerres civiles entre insurgés grecs étaient donc déjà en germe lors de ce siège. Les hommes de Kolokotrónis ne tardèrent à proposer à leur chef l'élimination physique des primats.
Dès son arrivée à Tripolizza, Ypsilántis suggéra de remplacer le Sénat (ou Gérousia) du Péloponnèse par un gouvernement dont il serait le chef. Il demandait aussi à être nommé Commandant en Chef des forces armées grecques. Il déclencha alors la colère et des « civils » et des « militaires », créant une alliance de fait entre les primats et Kolokotrónis. Cette entente (temporaire) évita alors la guerre civile et le massacre des primats par les hommes de Kolokotrónis.
Un compromis fut finalement trouvé. Le 1er juillet (julien), le Sénat du Péloponnèse, réuni à Trikorpha nomma Ypsilántis à sa tête. Ce rôle faisait aussi de lui, comme pour d'autres chefs d'État, le Commandant en Chef des forces armées grecques. Kolokotrónis conservait le commandement 

La prise de Monemvasia le 23 juillet permit aux insurgés grecs de s'emparer de matériel militaire ottoman, dont trois mortiers et quelques autres canons qui furent envoyés aux assiégeants de Tripolizza. Les témoins et les récits du siège évoquent le rôle que tenta de jouer à ce moment-là un Italien nommé Tassi, originaire de Plaisance. Ruiné dans des opérations commerciales à Smyrne, il se fit philhellène et officier du génie. Il se fit nommer άρχιμηχανικός, ingénieur en chef. Il se disait envoyé comme agent secret par des personnages puissants et haut-placés prêts à aider la Grèce insurgée, dès qu'ils auraient reçu ses rapports favorables. Il laissait échapper, comme par mégarde, Metternich, Castelreagh ou Kapodistrias. Il affirmait qu'il était expert en artillerie et il se chargea de tester les mortiers avant de les utiliser contre la ville. Il en fit exploser un qui endommagea les deux autres. Il fut alors considéré comme espion par les Grecs κατάσκοπος, et se trouva en danger de mort. Ypsilántis l'«exfiltra» discrètement deux jours plus tard pour lui sauver la vie.
Les canons restant furent confiés au philhellène français, le colonel Maxime Raybaud. Cependant, il ne put les installer de façon à ce qu'ils menacent la ville. Début septembre, le philhellène écossais Thomas Gordon, accompagné d'Olivier Voutier, amena à Tripolizza des troupes (l'embryon de la future armée régulière grecque organisée sur l'ordre d'Ypsilántis par le philhellène français Baleste à Kalamata), six cents fusils français et trois obusiers. Leur maniement fut aussi confié au philhellène français Raybaud. Cependant, les canons qu'il fallut d'abord réparer, puis monter sur des affûts, ne furent pas très efficaces contre les murailles de la ville. Quant à Gordon, il avait organisé une compagnie de philhellènes et de Grecs qu'il payait sur ses propres deniers et dont il faisait l'instruction militaire.
Dès son arrivée en juillet, Ypsilántis avait suggéré à la ville de se rendre. La proposition avait été rejetée. Le 10 août (julien), Moustapha Bey tenta une dernière sortie. Ses troupes se heurtèrent au fossé que Kolokotrónis avait fait creuser autour de Tripolizza pour justement parer à cette éventualité. Le sort de la ville était joué. À la fin du mois, les forces grecques étaient devenues encore plus nombreuses (les estimations varient entre 10 000 et 20 000 hommes attirés par la perspective du pillage). Le 26 août (julien), Yannis Gouras à la tête de 2 000 pallikares avait repoussé 8 000 soldats ottomans envoyés soulager Tripolizza au col de Vasilika près de Livadiá. Lorsque la nouvelle que l'aide ne viendrait pas atteignit la ville assiégée, des divisions commencèrent à s'y faire sentir. Le Kehaya Bey Moustapha suggéra de tenter une dernière sortie et de se frayer un chemin jusqu'à Nauplie. Les Albanais envisagèrent de négocier un accord séparé avec les Grecs qui achèteraient leur départ pour ne pas avoir à les combattre. Les bourgeois turcs pensaient aussi à la reddition, quitte à abandonner tous leurs biens pour avoir la vie sauve

 

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MessagePosté le: Mer 7 Juin - 22:28 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

Le 24 septembre, les otages grecs encore aux mains des Turcs dans la ville écrivirent à la demande de ceux qui les détenaient une lettre aux assiégeants. Cette lettre demandait la reddition immédiate et sans condition des insurgés grecs s'ils désiraient obtenir la clémence du Sultan. Les exigences étaient bien sûr hors de toute proportion, mais il s'agissait seulement alors d'engager le dialogue. Les négociations réelles commencèrent deux jours plus tard. Les Grecs, pour montrer qu'ils étaient en position de force, y arrivèrent avec une heure de retard. Les négociateurs turcs, tous âgés, étaient menés par un ouléma, Cheik Nedjib Effendi et par Moustapha Bey de Patras. Les négociateurs grecs étaient menés par Kolokotrónis, Germanos, Giatrako, Anagnostaras et un primat de Karytaina. Ils exigeaient quarante millions de piastres, les armes et la moitié des effets des habitants de la ville en échange du libre passage vers Kalamata puis l'Afrique. Pendant dix jours, les conditions posées par les autorités ottomanes diminuèrent rapidement. Les assiégeants désiraient aussi que le siège s'achève rapidement, avant que le climat le rende difficile puis impossible. Le plateau de Tripolizza est un des rares lieux de Grèce avec un climat continental. La chaleur y est étouffante l'été, les pluies torrentielles à l'automne et l'hiver, gel et neige sont au rendez-vous. Les Grecs ne voulaient pas subir ces rigueurs du climat. Avec l'équinoxe, grains et vents commencèrent à se multiplier, et des Grecs tombèrent malades, d'autant plus que la faim commençait à menacer les assiégeants eux-mêmes dont les rations avaient été réduites.
Il y eut de nombreuses négociations séparées donnant lieu à des accords particuliers. Les Albanais négocièrent leur libre-passage vers l'Épire avec armes et bagages, à condition qu'ils rejoignent Ali Pacha insurgé ou tout au moins qu'ils ne combattent pas contre des Grecs. Les Turcs originaires de la ville maniote de Vardhoúni traitèrent avec leurs anciens voisins grecs et furent autorisés à traverser les lignes. Bouboulina elle-même aurait permis à des femmes turques d'acheter, au prix de leurs bijoux, le droit de quitter la ville. Kolokotrónis aurait vendu le libre-passage à un Juif, banquier du vizir, et à sa famille, pour 400 000 piastres. Le 26 septembre, il y eut aussi une quantité importante de femmes et d'enfants qui quittaient la ville quand les portes s'ouvrirent pour les négociations. Les Grecs avaient accueilli les premiers réfugiés dans leurs camps. Mais très vite, devant le danger de la disette qui les menacerait aussi s'ils continuaient ainsi, ils commencèrent à repousser les fuyards vers la ville en tirant dans leur direction. Les défenseurs ne voulaient plus de ces bouches inutiles dont ils avaient réussi à se débarrasser. Ils tirèrent donc aussi dans leur direction. Les Grecs se résolurent à les recevoir. Ils les installèrent dans un camp, derrière leurs lignes, sur la route de Kalavryta.


Nikítas Stamatelópoulos (Niketaras)

En pleines négociations, Dimitrios Ypsilantis quitta le siège, avec la majorité des philhellènes (sauf l'artilleur français Raybaud qui aurait préféré partir), l'intégralité de son embryon d'armée régulière et les plus gros canons. Kolokotrónis lui aurait suggéré d'aller empêcher un potentiel débarquement turc sur la côte nord du Péloponnèse où la flotte ottomane avait commencé à se montrer. Kolokotrónis lui avait adjoint son propre fils, Pános. Il semblerait que Kolokotrónis ait ainsi trouvé le moyen d'éloigner son rival Ypsilantis et d'être sûr, avec l'aide de son fils, qu'il resterait loin. De même, il semblerait qu'Ypsilantis ait sauté sur ce prétexte pour s'éloigner de la ville et ne pas partager la responsabilité des événements qui se profilaient. En effet, fin juillet, quand la citadelle de Navarin avait été prise, un accord avait été conclu mais n'avait pas été respecté par les Grecs qui avaient malgré tout tué l'intégralité de la garnison. Ypsilantis ne souhaitait pas exposer les troupes régulières qu'il avait eu tant de difficultés à créer et à discipliner, à un « mauvais exemple » de pillage sans respect des ordres et des accords
Pendant que les Grecs et les Ottomans négociaient la reddition de la ville, les Grecs négociaient entre eux le partage du butin. Si la ville se rendait, les soldats (qui n'avaient pas été payés depuis le début du siège) recevraient les deux-tiers du butin et le dernier tiers serait versé au Trésor national. Si la ville devait être prise, les soldats obtiendraient alors les trois-quarts du butin. Le partage entre les hommes serait équitable : ceux qui gardaient les cols de contre-attaques éventuelles obtiendraient autant que ceux qui faisaient le siège. Il était prévu des parts pour les familles des combattants morts. Enfin, des primes étaient offertes pour tout Turc capturé vivant, alors que jusque là, trois piastres étaient offertes par tête de Turc rapportée au camp, dont la quantité était telle que l'odeur incommodait Maxime Raybaud.


Le vendredi 5 octobre 1821 (23 septembre julien), alors que les négociations se poursuivaient et qu'une trêve était donc plus ou moins en application, un petit groupe de Grecs s'approcha de la porte sud-est de la ville, pour vendre des fruits, comme c'était devenu l'habitude. Ils découvrirent qu'elle n'était plus gardée et profitèrent de l'occasion. Ils se précipitèrent dans la ville et en ouvrirent la porte principale. Une autre version suggère que les soldats de base auraient considéré que leurs chefs les trompaient en négociant avec les assiégés, voire que leurs chefs étaient les seuls à s'enrichir pendant les négociations. Ils auraient alors attaqué pour s'emparer de leur part du butin. Les Grecs s'y engouffrèrent et commencèrent le carnage et le pillage.
Selon Maxime Raybaud, témoin des faits, dans le courant de la matinée, des Grecs avaient commencé à franchir la muraille sans opposition. Le canon de la forteresse dite du Grand Bastion fut alors tourné vers la partie de la ville qu'ils envahissaient. Une tour armée de quatre canons près de la porte de Navarin fut abandonnée par ses défenseurs ottomans qui se portèrent vers la partie de la ville où se déroulaient les combats. Raybaud et ses hommes, d'origine ionienne, s'en emparèrent. Ils en tournèrent les canons vers le Grand Bastion pour tenter de le réduire au silence mais Raybaud fut très vite laissé seul par ses canonniers qui préférèrent aller participer au massacre et au pillage.
Les mercenaires albanais, rassemblés dans la cour du palais, demandèrent le respect de l'accord qu'ils avaient conclu et purent s'installer à proximité de la ville ; ils partirent le 7 pour regagner leurs foyers en Épire.
Le carnage et le pillage durèrent trois jours. La quasi-totalité des Turcs et des Juifs de la ville furent tués. Selon Raybaud, les Grecs, alors même qu'ils s'apprêtaient à poignarder un Turc, s'arrêtaient pour aller tuer et brûler un Juif s'ils l'apercevaient à ce moment-là. Les récits évoquent des scènes horribles : maisons incendiées ; femmes et enfants défenestrés ; cadavres mutilés s'entassant sur les corps de ceux qui étaient morts précédemment de maladies ou de faim et dévorés par des chiens ; corps déterrés pour s'emparer des biens avec lesquels ils avaient été inhumés. Kolokotronis et Giatrako qui pénétrèrent alors à cheval dans la ville furent incapables de faire entendre raison à leurs hommes. Ils n'entendaient même plus leurs chefs. Le 6 octobre (24 septembre julien), Anagnostaras décréta une amnistie pour tous les vaincus. Elle resta lettre morte, tout comme son interdiction de tuer intra-muros. Le pillage finit par dégénérer. Ceux qui n'avaient pu s'emparer de butin attendaient aux portes de la ville pour tuer et dépouiller les Grecs plus chanceux qu'eux. On commença alors à abattre les murailles pour quitter la ville sans danger.


Dimitrios Ypsilantis.

Dans les négociations séparées, 2 000 femmes et enfants avaient été autorisés à quitter, moyennant finances, Tripolizza. Ils se trouvaient encore très près de la ville le 5 octobre. Un groupe de soldats grecs les rejoignit et les massacra. Le Français Raybaud réussit à sauver une jeune fille qu'il confia ensuite à une famille corfiote.
Malgré l'absence des troupes d'élite albanaises, les soldats ottomans résistèrent. Une quarantaine réussit même à se réfugier à Nauplie après s'être frayés un chemin à travers les lignes grecques. Le 8 octobre (26 septembre julien), les soldats ottomans retranchés dans le Grand Bastion, mais à court d'eau et de nourriture, se rendirent. C'était le dernier point de résistance. La ville était totalement sous contrôle grec.
Quelques Ottomans eurent la vie sauve, protégés (contre rançon ou en vue de négociations) par Kolokotronis et Petrobey : la plupart des officiers ottomans, dont le Kehaya Bey Moustapha, et les femmes de Khursit Pacha61. Kiamil Bey, très riche propriétaire terrien et gouverneur de Corinthe, fut lui aussi épargné, les Grecs comptant l'utiliser pour accélérer la reddition de la forteresse de l'Acrocorinthe et s'emparer de ses richesses. Certains prisonniers furent assassinés par la suite ; Moustapha et les femmes de Khursit furent libérés en avril 1822 après plusieurs mois de tractations, contre une forte somme et une partie des otages grecs aux mains des Turcs
On estime qu'un peu plus de 30 000 personnes, hommes, femmes et enfants, devaient s'y trouver au début du siège. En octobre, la population était tombée à 15 000, à la suite des nombreux décès à cause des combats, de la famine ou des épidémies, mais aussi grâce aux diverses évacuations négociées séparément. Les troupes grecques ne respectèrent pas les conventions militaires en vigueur alors : la garnison pouvait être passée par les armes et la ville pillée, mais les civils devaient être épargnés. Ce ne fut pas le cas. Près de 8 000 personnes furent exterminées. Theódoros Kolokotrónis écrit dans ses Mémoires :
« Du vendredi au dimanche, les soldats grecs massacrèrent femmes, enfants et hommes. Au total, 32 000 personnes furent tuées à Tripolizza et dans ses environs. Un Hydriote, à lui seul, en tua plus de quatre-vingt-dix Finalement, un messager fut envoyé et le massacre s'arrêta. »
On estime les pertes grecques à 300 morts ou blessés lors de combats pour la prise de la ville. Parmi celles-ci, on compte les trente-huit otages qui ne furent pas tués par les Ottomans, mais qui décédèrent à la suite d'abord des mauvais traitements qu'ils avaient subis, puis à cause d'un changement trop brutal de régime alimentaire. Il faudrait ajouter les morts lors des affrontements fratricides à propos du butin. Le philhellène français Claude Denis Raffenel, (Histoire des événements de la Grèce.), les estime à 800. Les cadavres en décomposition, ajoutés aux mauvaises conditions d'hygiène au cours du siège (des deux côtés), entraînèrent le développement d'une épidémie (non identifiée par les témoins de l'époque) qui causa de nombreux morts, et surtout un exode rapide loin de la ville et de ses pestilences.
La ville presque détruite fut reconstruite par les Grecs. Elle fut reprise par Ibrahim Pacha au nom du Sultan en juin 1825. Kolokotronis avait essayé de la brûler pour empêcher les troupes égyptiennes de s'en emparer, mais celles-ci arrivèrent à temps pour éteindre l'incendie67. En août 1828, alors qu'il était vaincu partout et qu'il devait évacuer le Péloponnèse, Ibrahim Pacha ordonna la destruction systématique de Tripolizza

Dès la prise de la citadelle, Kolokotrónis s'y enferma, avec quelques-uns de ses hommes et membres de sa famille, et s'empara de toutes les richesses qui y avaient été accumulées69. Cette fortune lui servit durant la suite de la guerre, surtout pendant les guerres civiles entre Grecs, puisqu'il pouvait solder lui-même ses fidèles, sans dépendre du pouvoir. Il profita aussi des retombées politiques de sa victoire. Il avait été un des principaux avocats de la prise de la ville qu'il avait réalisée lui-même. Il apparaissait donc comme un stratège victorieux. Il devint de fait le véritable commandant en chef des troupes grecques, tandis que l'étoile d'Ypsilantis pâlissait.
La prise de Tripolizza entraîna un flottement dans la guerre. Un très grand nombre d'hommes avait été rassemblé au moment du siège. Les effectifs diminuèrent très rapidement. Une bonne partie s'en alla mettre à l'abri son butin et d'autres, considérant que la guerre était finie, rentrèrent purement et simplement chez eux avec leur butin. Les troupes des divers capitaines furent très fortement réduites. À l'Assemblée nationale d'Épidaure, qui s'ouvrit à la fin de l'année, le parti « militaire » se trouva en position de faiblesse face au parti des « politiques »
Si les défaites et les massacres subis par les Grecs émurent l'opinion internationale et entraînèrent le développement du philhellénisme, le massacre des Turcs de Tripolizza n'eut pas l'effet inverse. Un des seuls philhellènes à réagir négativement fut l'Écossais Thomas Gordon. Écœuré, il abandonna la cause grecque après avoir été témoin de la prise de cette ville. Il n'accepta de revenir, à ses propres conditions, que cinq ans plus tard.
Quand il ne fut pas purement et simplement ignoré, le massacre fut le plus souvent excusé en Occident. Si les journaux rapportaient les exactions ottomanes, celles des Grecs étaient passées sous silence. On peut lire dans le Niles' Register de 1822 à propos des Turcs morts à Tripolizza : « S'ils n'avaient pas été tués, ils auraient certainement massacré les Grecs. ».
Le massacre fut aussi justifié a posteriori par les souffrances endurées par les Grecs du temps de l'occupation ottomane et lors des premiers mois de la guerre. Ainsi, le philhellène Maxime Raybaud, avant d'évoquer le massacre, écrit : « Hélas, une population considérable devait être offerte aux mânes des victimes de Smyrne, Constantinople, Scala-Nova et Ayvali et de nouvelles douleurs, de nouveaux outrages pour l'humanité allaient venger quatre siècles d'oppression et d'injures. »
L'historien français Camille Leynadier dans le tome consacré à la Grèce dans son Histoire des Peuples et des Révolutions écrit en 1847 pages 135-136 : « Les Grecs noyèrent, pour ainsi dire, dans une mer de sang, les injures dévorées pendant des siècles. Toutes les dettes contractées envers la Porte, durant tant d'années, et en un si grand nombre de lieux, furent payées dans l'étroit espace d'une nuit et d'une ville. On aurait toujours ignoré jusqu'où avait été l'oppression musulmane, si on n'avait pas vu jusqu'où alla le ressentiment des victimes. »
L'historien grec Constantin Paparregopoulos écrivit, laconiquement, dans le tome consacré à la guerre d'indépendance de son Histoire de la Grèce moderne. paru en 1858 : « le 23 septembre, Tripoli [Tripolizza] elle-même, alors capitale du Péloponnèse, fut prise d'assaut. »
Encore aujourd'hui, l'événement est à peine évoqué, voire omis. C'était le cas dans les manuels grecs d'histoire à la fin des années 1980 où il était rapporté ainsi : « L'armée grecque s'engouffra dans la ville et il est impossible de décrire ce qui suivit. » Plus récemment, le Guide Bleu. Grèce continentale., dans son édition de 2006 propose à propos de la ville de Tripoli : « Création turque incendiée par Ibrahim Pacha pendant la guerre d'indépendance. »

 

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MessagePosté le: Jeu 8 Juin - 05:48 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

  massacre de Chios fut perpétré par les Ottomans contre la population grecque de l’île de Chios en avril 1822. Il constitue un des épisodes les plus célèbres de la guerre d'indépendance grecque.
L'île était une des plus riches de la mer Égée et les insurgés grecs tentèrent de la rallier à leur cause. L'Empire ottoman ne pouvait l'accepter. Il désirait faire un exemple qui impressionnerait ses sujets insoumis, voire aussi venger le massacre de Turcs par les Grecs lors du siège de Tripolizza. Après un débarquement d'un millier de partisans grecs, la Sublime Porte envoya près de 45 000 hommes avec ordre de reconquérir puis raser l'île et d'y tuer tous les hommes de plus de douze ans, toutes les femmes de plus de quarante ans et tous les enfants de moins de deux ans, les autres pouvant être réduits en esclavage. Le bilan est estimé à 25 000 morts tandis que 45 000 Grecs auraient été vendus comme esclaves. Seulement 10 000 à 15 000 personnes auraient pu s'enfuir et se réfugier principalement dans les autres îles de l'Égée. Ce massacre de civils par les troupes ottomanes marqua l'opinion publique internationale et participa au développement du philhellénisme.

Depuis le Moyen Âge, Chios était une île commerçante très riche. Elle intéressait les marchands italiens et fut une possession génoise à partir des premières années du xive siècle avant de passer sous la domination ottomane en 1566. Son intérêt économique, principalement lié au mastic, lui permit de jouir d'une relative liberté. La présence ottomane était en effet limitée : un gouverneur ou moutesélim, un cadi et quelques soldats dans l'ancienne forteresse génoise à Chora, la capitale. Ils n'avaient aucun pouvoir réel. Un conseil de démogérontes grecs (seize orthodoxes et deux catholiques) élus tous les ans gouvernait effectivement Chios.
Comme pour le reste des îles commerçantes de Grèce, le traité de Kutchuk-Kaïnardji (1774) accrut sa fortune. Les marchands de l'île disposaient d'agents commerciaux dans tous les grands ports de la Méditerranée, de Marseille à Odessa ou Alexandrie, mais aussi à Moscou. Le mastic était principalement produit dans le sud de l'île, autour d'une vingtaine de villages appelés les mastichochória (ou « villages à mastic »). Chios en exportait une cinquantaine de tonnes par an. Le revenu des taxes sur ce produit était l'apanage de la sœur du Sultan. Chios produisait en outre de la soie, du coton et des agrumes.
Les impôts n'étaient pas lourds. Les plus riches payaient onze piastres par an (on estime que se nourrir revenait à deux piastres par jour alors). L'île disposait d'une école et d'un hôpital dont les services étaient gratuits. Ils ne fonctionnaient que grâce à des donations. Un dicton grec d'alors disait que l'on avait autant de chances de rencontrer un Chiote soucieux qu'un cheval vert. La beauté des femmes de l'île était elle aussi devenue proverbiale, au point que les visiteurs occidentaux s'en faisaient régulièrement l'écho La richesse de Chios attira les convoitises.

La guerre d’indépendance grecque fut une guerre de libération contre l’occupation ottomane. Si les affrontements principaux eurent lieu dans le Péloponnèse et autour d’Athènes, d'autres régions furent concernées, comme les îles de l'Égée.
Ali Pacha de Janina qui cherchait à assurer définitivement l’indépendance de ses possessions en Épire s’était révolté contre le sultan Mahmoud II en 1820. La Porte (nom parfois aussi donné au gouvernement de l’Empire ottoman) avait dû mobiliser toute une armée autour de Ioannina. Pour les patriotes grecs organisés dans la Philiki Etairia et qui préparaient le soulèvement national depuis la fin du xviiie siècle, cette rébellion rendait le moment favorable. Il y avait potentiellement moins de soldats turcs disponibles pour réprimer leur soulèvement. L’insurrection fut déclenchée dans le Péloponnèse. Elle commença entre le 15 et le 20 mars 1821 sous la double impulsion de Theodoros Kolokotronis, un des chefs de l’insurrection, et de l’archevêque de Patras, Germanos, qui proclama, selon la tradition historiographique grecque, la guerre de libération nationale le 25 mars. Au même moment, Alexandre Ypsilántis pénétrait en Moldavie et Valachie, également insurgées, à la tête d'une troupe composée de membres de la Philiki Etairia installés en Russie. L'Empire ottoman réduisit l'insurrection dans les principautés danubiennes en neuf mois. En Grèce même, les insurgés triomphaient.
En octobre 1821, les troupes grecques, commandées par Kolokotronis, s'emparèrent, après cinq mois de siège, de Tripolizza, la capitale ottomane du Péloponnèse. Les Turcs et leur famille qui vivaient dans la péninsule s'y étaient réfugiés dès les premiers coups de feu de l'insurrection. On estime que 30 000 personnes, hommes, femmes et enfants, devaient s'y trouver au début du siège. En octobre, la population était tombée à 15 000, à la suite des nombreux décès à cause des combats, de la famine ou des épidémies, mais aussi des évacuations. Un certain nombre d'accords entre assiégés et assiégeants avaient permis de faire partir des soldats albanais qui rentrèrent chez eux ou des femmes et des enfants. Début octobre, alors que la ville tenait toujours, les Grecs, malgré les accords, massacrèrent 2 000 femmes et enfants qui quittaient Tripolizza. Lorsque la citadelle fut prise, les troupes grecques ne respectèrent pas les conventions militaires en vigueur alors : la garnison pouvait être passée par les armes et la ville pillée, mais les civils devaient être épargnés. Ce ne fut pas le cas. Près de 8 000 personnes furent exterminées.


Iákovos Tombázis

Au début de 1822, l'Assemblée nationale d'Épidaure proclama, unilatéralement, l'indépendance du pays. La Porte se devait de faire un exemple pour ramener ses sujets à l'obéissance. Le massacre de Chios constitua le point culminant de cette répression. Il fut aussi considéré comme une vengeance du massacre de Tripolizza.
En mai 1821, l'amiral hydriote Iákovos Tombázis vint sur l'île avec une partie de la flotte des insurgés pour essayer de convaincre les Chiotes de se joindre au mouvement. Pourtant, quelques semaines plus tôt, ils avaient envoyé une délégation à Psara, autre île d'armateurs insurgée, demandant expressément qu'on ne les impliquât pas. En effet, ils craignaient pour leurs « ressortissants », disséminés dans tous les ports de l'Empire ottoman et qui pourraient devenir les victimes de représailles de la part de la Porte. Les hommes de Tombázis parcoururent l'île pour rencontrer les habitants des villages directement, mais ils ne réussirent pas à atteindre leur objectif. Ils se retirèrent au bout de onze jours.
La réaction ottomane ne se fit pas attendre. Un gouverneur, Véhid-Pacha, fut envoyé par le Divan. Il s'installa dans la forteresse de Chora. Afin de s'assurer que les Chiotes ne bougeraient pas, il demanda quarante otages (dont l'archevêque Pláton Franghiadi, les démogérontes et des membres des principales familles de l'île comme les Argenti, les Mavrocordato ou les Rallis). Ils furent enfermés dans la forteresse. Trois furent envoyés, par voie de terre car on craignait les navires grecs, à Constantinople. Les mastichochória fournirent quant à eux douze otages. Les armes de la population grecque furent saisies. La Porte répondit aux demandes d'aide du gouverneur en lui envoyant un millier d'hommes depuis Tchesmé, en face sur le continent. Peu disciplinés, ils étaient attirés par le pillage. Ils patrouillèrent la campagne de l'île, y semant la terreur. Des cas de pillages, d'agressions voire d'exécutions sont rapportés dès ce moment.
Le commerce vers Chios commença à diminuer et l'approvisionnement fut plus difficilement assuré. Le système d'aide mis en place au temps de la prospérité réussit encore à fonctionner et la famine fut évitée. De nouvelles troupes arrivèrent ensuite, plus disciplinées. Au printemps 1822, la garnison de la citadelle comprenait 4 500 hommes. Le nouveau gouverneur, Bachet-Pacha, imposa aux Chiotes une contribution extraordinaire et leur fit payer l'entretien de ses hommes. Les greniers à blé furent aussi vidés


Lykoúrgos Logothétis

La rumeur parvint à Chios que Samos armait une troupe pour lui venir en aide. Les démogérontes et l'archevêque envoyèrent des émissaires à travers l'île pour recommander aux habitants de ne pas réagir si elle venait à débarquer, afin de ne pas déclencher la colère ottomane.
Le 22 mars 1822 (11 mars julien), Lykoúrgos Logothétis, venu de Samos avec 2 500 hommes rejoignit sur Chios le capétan local Antónios Bourniás, ancien officier de l'armée française lors de la campagne d'Égypte, et ses 150 klephtes. Ils obligèrent les six cents Ottomans envoyés pour les repousser à se replier dans la forteresse de la capitale de l'île (Chora). Un duel d'artillerie commença entre la citadelle et les canons grecs disposés au bord de la mer et sur les collines de Tourlotí et Asómati au-dessus de la citadelle. La ville fut quant à elle prise et pillée. Les klephtes brûlèrent les bâtiments de la douane et firent fondre le plomb des toits des deux mosquées pour couler de nouvelles munitions. Lorsque les maisons des musulmans eurent été vidées, celles des riches commerçants grecs ne furent pas épargnées. Le butin fut envoyé à Samos.
Cependant, la force samienne n'était ni suffisante ni suffisamment armée pour prendre la citadelle. Les canons grecs durent se taire faute de boulets (d'où la nécessité de fondre le plomb pour en fabriquer). Logothétis demanda alors de l'aide à la Grèce insurgée. Psara promit vingt barils de poudre et deux canons (mais pas de boulets) ainsi que six navires de guerre. Le gouvernement installé alors à Corinthe promit quant à lui deux mortiers, cinq batteries de siège et des philhellènes pour les manier. Mais l'aide fut longue à être organisée et transportée. Elle ne parvint pas avant la contre-attaque ottomane.
L'archevêque fut libéré et les démogérontes déposés et remplacés par un conseil révolutionnaire de sept éphores au nom du gouvernement grec insurgé de Dimitrios Ypsilantis. Cependant, Logothétis et Bourniás désiraient tous deux être proclamés « Sauveur de Chios ». Ils finirent par se mettre d'accord en divisant l'île en deux : le nord pour Bourniás et le sud (avec Chora) pour Logothétis. Les forces militaires et l'administration étaient aussi divisées, réduisant toute possibilité d'action concertée en cas de contre-offensive ottomane. Logothétis était soutenu par ses Samiens, Bourniás s'appuyait sur la foule.
La population de l'île ne réagit pas ainsi que ses notables l'y avaient exhorté. Des paysans, encouragés par certains popes, s'emparèrent d'armes de fortune et, venus des villages de l'intérieur de l'île, marchèrent sur Chora. Ils réussirent à faire bouger une partie de la population pauvre de la capitale. Ils parcouraient les rues, croix et icônes en tête, en chantant des hymnes patriotiques. Mais dès que les troupes ottomanes de la citadelle semblaient vouloir faire une sortie, ils se dispersaient. On voit ici la division sociale très nette qui caractérisa les réactions à la guerre d'indépendance et qui mena aux diverses guerres civiles qui la marquèrent. Bourniás se méfiait des riches familles de l'île qu'il soupçonnait de vouloir fuir. Il utilisa la foule pour les surveiller et multiplia les visites domiciliaires pour s'assurer qu'elles restaient sur l'île

La Porte fit arrêter sept riches Chiotes résidant à Constantinople qui rejoignirent leurs compatriotes déjà otages. Le capitan pacha (amiral de la flotte ottomane), Kara-Ali, reçut l'ordre de transporter à Tchesmé 15 000 hommes qui devaient rejoindre les 30 000 qui commençaient à s'y rassembler. La majorité étaient des volontaires, attirés par l'espoir du pillage des richesses de Chios. Un régiment aurait même été constitué uniquement de religieux musulmans. La composition de ces troupes fit craindre le pire aux diplomates occidentaux en poste à Smyrne et Constantinople.
Le jeudi 11 avril, celui juste avant Pâques, la flotte de Kara-Ali, composée de 46 navires transportant 7 000 hommes, se présenta devant Chios. La résistance grecque fut brève : un navire ottoman avec quatre-vingts hommes à bord s'échoua. Les passagers qui ne se noyèrent pas furent tués par une fusillade grecque. Le débarquement ottoman ne put cependant être repoussé. Il fut aidé par une sortie des troupes ottomanes de la citadelle. Logothétis et ses Samiens se replièrent. Ils furent rejoints à Aghios Georgios, 9 km au sud-ouest de Chora. 
Ils résistèrent le temps que des navires de Psara arrivent pour les évacuer. Chora fut alors pillée et ses habitants massacrés : têtes et oreilles furent envoyées au Sultan qui les fit exposer devant le Sérail.
Les Ottomans continuaient à arriver depuis Tchesmé sur le continent. Ils commencèrent à se répandre dans les campagnes de l'île. Les Grecs cherchèrent alors refuge dans les divers monastères de l'île qui disposaient pour la plupart de murailles, de puits ou de citernes et de réserves de nourriture. Ils espéraient pouvoir y attendre en toute sécurité que l'orage passe. Néa Moní, un monastère du xie siècle dans les collines au centre de l'île, accueillit 2 000 personnes qui furent massacrées lorsque les Ottomans s'en emparèrent
Le jour de Pâques, le dimanche 14 avril (2 avril julien), une force de 15 000 soldats ottomans, après avoir sécurisé la forteresse de Chora, marcha sur le monastère d'Aghios Minas, au sud de Chora, dans lequel 3 000 Grecs avaient trouvé refuge. Les assiégés ayant refusé de se rendre, le monastère fut incendié. Tous les réfugiés périrent et le monastère fut en grande partie rasé. Le lendemain, les Ottomans attaquèrent le village d'Aghios Georgios et massacrèrent les 2 300 Samiens et Chiotes qui s'y étaient réfugiés. Il fut alors annoncé une amnistie totale pour les autres habitants de l'île qui quittèrent leurs cachettes et furent massacrés.
Les notables de l'île retenus otages à Chora furent exécutés le 5 mai. Seuls les Catholiques eurent la vie sauve. Les diplomates français (consul à Chios, vice-consul à Smyrne et ambassadeur à Constantinople) avaient obtenu leur libération. Les quarante-neuf autres furent pendus sur ordre du Sultan : huit aux mâts de la Capudana (navire amiral du capitan pacha), les autres aux arbres le long de la route sous les remparts ouest de la forteresse. Les otages à Constantinople furent décapités deux semaines plus tard et les Constantinopolitains originaires de l'île furent eux aussi exécutés.
Au début du xxe siècle, un instituteur de Chios, l'île redevenue grecque, entreprit de rassembler les témoignages de survivants et de réfugiés ailleurs en Grèce ou de leurs descendants. La collection d'histoires ainsi réunie est hétéroclite. On y trouve des légendes, considérées comme vraies par ceux qui les racontaient comme ces Turcs devenus aveugles au moment de tuer un pope. Elle comprend aussi des récits d'atrocités ou d'actes de générosité de la part des Ottomans ce qui montre que tous les Turcs n'étaient pas des monstres sanguinaires. Surtout, les conditions de survie, dans la campagne, dans la montagne ou dans les grottes sont évoquées : le problème de la faim, de la soif ou des bébés qui pleuraient et risquaient de révéler les cachettes aux bandes de soldats parcourant l'île. Il faut ainsi penser à relativiser les sources, anciennes ou récentes, évoquant les massacres.

Vendre les Chiotes comme esclaves était une activité plus profitable que de les massacrer. Kara-Ali l'avait d'abord interdit, mais il avait dû s'y résoudre, constatant que ses hommes exécutaient leurs prisonniers. La réduction en esclavage apparaissait alors un peu plus « humaine ». À la fin du mois de mai 1822, deux mois après le débarquement, près de 45 000 hommes, femmes et enfants, sans distinctions sociales, avaient été déportés vers les marchés aux esclaves de Smyrne, Constantinople, mais aussi d'Égypte et de « Barbarie » (Afrique du nord ottomane). Les diplomates occidentaux, dont l'ambassadeur britannique Strangford, avaient protesté, en vain.
Quelques esclaves eurent la chance d'être rachetés, surtout par de riches marchands d'origine chiote à Smyrne. Ils payaient ce qui devenait de fait une rançon et envoyaient leurs biens nouvellement acquis à Trieste surtout, ou dans le reste de l'Europe occidentale, où ils redevenaient libres. Mais il ne fut pas possible de racheter tout le monde, principalement en raison du coût. Une femme de la bonne société chiote et ses deux filles furent rachetées 15 000 piastres. Le vice-consul britannique à Chios, M. Giudici, acheta quant à lui plusieurs centaines d'esclaves. Les soldats ottomans se tournèrent vers lui quand il devint impossible, en raison du nombre d'esclaves, de les transporter sur le continent pour les vendre. Giudici dépensa une fortune.
Fin juin, un ordre impérial interdit la vente de Chiotes sur les marchés aux esclaves de Constantinople. La sœur du Sultan voulait vérifier d'abord que les habitants de ses villages à mastic n'étaient pas dans le lot. Mais la plupart des esclaves chiotes avaient déjà été vendus et la « source d'approvisionnement » était tarie

Fuir l'île offrait le meilleur espoir de survie. Pour s'embarquer, la baie de Mestá à l'ouest était pratiquement la seule solution puisqu'elle était éloignée des côtes turques. Le village médiéval de Mestá, à plus de trois kilomètres de la mer accueillit près de 5 000 réfugiés qui guettaient l'apparition de voiles amies sur la mer. Des navires de Psara, Samos, Hydra et Spetses vinrent les secourir. Il y eut aussi quelques navires occidentaux. Les Psariotes auraient demandé aux réfugiés de payer leur passage. Si Psara était l'île la plus proche, elle n'était qu'une première étape. Sa petite taille l'empêchait de recevoir les fuyards. La destination principale de l'exode fut Syros, dans les Cyclades. D'autres îles les accueillirent. Certains survivants s'engagèrent aussi dans la guerre d'indépendance sur le continent.
Les mastichochória (« villages à mastic ») furent, dans un premier temps, épargnés. Kara-Ali, après le départ des derniers Samiens, soit une semaine après son débarquement, leur fit porter, par trois agents consulaires occidentaux une proposition d'amnistie et une lettre rédigée par les notables toujours otages enjoignant d'accepter la proposition. Les villages se soumirent et un lieutenant de Kara-Ali, Elez Aga, fut envoyé pour assurer leur protection.


Kara-Ali fit aussi respecter les consulats des puissances occidentales. Ainsi, 1 200 Grecs furent protégés dans le consulat français et tous les Catholiques trouvèrent refuge dans le consulat autrichien
Début mai, la flotte grecque commandée par Andréas Miaoulis et composée de cinquante-six navires de guerre et huit brûlots provenant d'Hydra, Spetses et Psara, se dirigea vers Chios. Elle n'avait pas pu venir plus tôt, immobilisée comme bien souvent au cours de la guerre d'indépendance par des problèmes d'intendance, de financement et des dissensions au niveau du commandement . Pendant un mois, de nombreuses escarmouches se succédèrent, sans que jamais la décision ne soit faite.
Le 18 juin (6 juin julien) 1822, le capitaine psariote Constantin Kanaris coula le vaisseau amiral ottoman avec un brûlot, tuant l'amiral ottoman Kara Ali et 2 000 marins turcs. Cette action est considérée par l'historiographie grecque comme ayant vengé les massacres de Chios. La flotte ottomane était ancrée dans la baie de Chora. L'attaque eut lieu le soir, au moment de la rupture du jeûne du Ramadan. Toute la journée, deux navires grecs avaient lutté contre le fort vent du nord, semblant essayer de s'enfuir en passant le cap nord de l'île en remontant, avec grandes difficultés, au vent. En fait, il s'agissait de deux brûlots qui se mettaient en position pour pouvoir attaquer. Depuis les combats navals de l'été et de l'automne précédent, la conception des brûlots avait été améliorée. Ils étaient dès lors renforcés avec du cuivre pour empêcher que les flammes les désintègrent complètement avant qu'ils aient rempli leur office. Au coucher du soleil, ils changèrent de cap et forcèrent l'allure, vent arrière. La flotte ottomane était illuminée pour les célébrations religieuses et la Capudana et le navire du vice-amiral l'étaient le plus. Le brûlot de Kanaris éperonna le navire-amiral ottoman vers minuit. Le mât de beaupré fut coincé dans un sabord au niveau de la proue et la mèche allumée. Kanaris et ses hommes évacuèrent leur brûlot tandis que le navire-amiral s'embrasait en quelques minutes. Les marins turcs essayèrent de s'enfuir avec les canots de sauvetage, dont deux trop chargés coulèrent. Les esclaves chiotes présents dans les cales du navire furent abandonnés à leur sort. Kara Ali, alors qu'il embarquait dans une chaloupe, reçut un espar enflammé sur la tête. Conduit sur la terre ferme, il mourut le lendemain. Il fut enterré dans la citadelle de Chora. Son navire explosa au bout de trois-quarts d'heure, quand la réserve de poudre fut touchée. L'autre brûlot, commandé par Andréas Pipínos, réussit à mettre le feu au navire du vice-amiral, mais celui-ci parvint à se dégager sans gros dégâts. Le brûlot alla s'échouer sur la côte d'Asie mineure où il brûla toute la nuit. Les flammes des incendies furent aperçues jusqu'à Smyrne, distante de près de 75 km.


La mort du Capidan-Pacha et la destruction du principal navire de la flotte ottomane furent rapidement vengées. Les mastichochória avaient été protégés depuis avril. Ils étaient les derniers endroits de l'île sur lesquels la répression ne s'était pas abattue. De nombreux Chiotes, venus de toute l'île, y avaient aussi trouvé refuge. Une troupe de 20 000 soldats turcs ravagea la région qui connut le même sort que Chios deux mois plus tôt : villages brûlés et habitants massacrés ou vendus comme esclaves
La population de l'île au début de 1822 est estimée entre 100 000 et 120 000 personnes dont 30 000 habitaient Chora. Il y aurait eu aussi autour de 2 000 musulmans sur l'île. Le chiffre le plus courant pour la population après les massacres est de 20 000. Le philhellène et historien écossais, Thomas Gordon donne seulement 1 800 habitants restés sur l'île en août, précisant que le village le plus peuplé n'abritait que 12 personnes ; selon lui, l'île avait retrouvé une certaine prospérité dès 1827, et était alors peuplée par 22 000 personnes revenues d'exil. Les estimations les plus courantes sont 25 000 morts et 45 000 personnes réduites en esclavage. 10 000 à 20 000 auraient réussi à s'enfuir. L'île disposait aussi d'une des plus grandes bibliothèques de l'Égée (70 000 volumes), intégralement détruite. Les récoltes pourrirent aussi sur pied à l'été 1822, plus personne ne pouvant moissonner.
Ce massacre de la quasi-totalité de la population de Chios pose un certain nombre de questions et de problèmes historiographiques. La réaction ottomane semble en effet disproportionnée en regard du danger. Logothétis et ses hommes ne pouvaient réellement menacer la garnison de Chora, au moins deux fois plus nombreuse. Les autorités ottomanes locales savaient de plus que les Samiens ne seraient pas vraiment soutenus par la population insulaire. Les milliers d'hommes envoyés par la Porte n'étaient pas vraiment nécessaires si chasser les Samiens de Chios était l'objectif. Leur indiscipline ne pouvait que mener au désastre, tandis qu'une simple opération de « maintien de l'ordre » aurait permis de conserver la fidélité et les revenus de Chios. Une partie de la réponse pourrait se trouver dans des problèmes politiques au niveau du gouvernement ottoman. Le principal avocat de l'exécution des otages à Constantinople était le ministre Halet Effendi, qui avait à faire oublier certaines de ses erreurs politiques qui l'avaient rendu impopulaire. Le massacre de Chios aurait pu servir à détourner l'attention dans l'Empire31. Il est probable aussi que la Porte cherchait à faire un exemple pour impressionner ses sujets qui auraient pu être tentés de rejoindre l'insurrection grecque, ou de profiter des difficultés qu'elle créait.

La première réaction fut purement matérielle et financière. Chios était une île commerçante, engagée dans des échanges à travers toute l'Europe. Le massacre et les pillages ruinèrent bien sûr les maisons de commerce chiotes, mais ils touchèrent aussi leurs correspondants qui ne pouvaient plus compter sur le paiement des sommes engagées. Le 17 juin 1822, le consul britannique à Smyrne évaluait la perte pour les commerçants britanniques, en traites non payées, à 195 millions de piastres.
Ensuite, l'émotion face aux horreurs commises prit le relais. Castlereagh, le Foreign Secretary britannique, menaça l'Empire ottoman d'une rupture des relations diplomatiques. Cependant, l'attitude du gouvernement britannique évolua. Il cessa de considérer les insurgés grecs comme des rebelles pour leur accorder le statut de belligérants. Les règles appliquées à une nation en guerre pouvaient dès lors concerner la Grèce. Ainsi, le blocus naval exercé par la flotte grecque le long des côtes ottomanes devenait par exemple légal, étant acte de guerre.
En France, Delacroix exposa sa Scène des massacres de Scio au Salon de 1824. Charles X en fit immédiatement l'acquisition pour les collections du Louvre. Aux Expositions au profit des Grecs, tenues à l'été 1827 à la galerie Lebrun, l'élève de David, Henri Decaisne, exposa un Factionnaire grec trouvant sur le rivage le corps d'une jeune fille de Chios. En Russie, le prince Golitsyne organisa une collecte de fonds pour venir en aide aux victimes des massacres.
Les écrivains participèrent à la diffusion de cette émotion. Le recueil de poèmes Les Orientales de Victor Hugo, comprend un poème « L'enfant grec » consacré au massacre de Chios. Le poète américain William Cullen Bryant publia en 1824 un poème intitulé « The Massacre at Scio ».
Antoine Prosper Guerrier de Dumast fit paraître dès 1822, chez Didot frères, un poème lyrique Chios, la Grèce et l'Europe:
« Au sein de l'Europe, dirai-je, renaissait un peuple fameux, dont la nouvelle et brillante aurore
Mariait l'espérance avec le souvenir
Long-temps, il implora sous les destins contraires
LE SECOURS DE SES FRÈRES
Demandez à la Mort s'il a pu l'obtenir. »
Béranger écrit dans une de ses chansons, consacrée au massacre suivant, celui de Psara :
« N’as-tu, Chios, pu sauver un seul être
qui vînt ici raconter tous tes maux ? »


Le village de Mestá.

En 1827, à la suite de la signature du traité de Londres, le 6 juin, il devint clair que Chios ne serait pas incluse dans le territoire de la Grèce indépendante. Il fut alors décidé de profiter de la relative bienveillance des puissances européennes et d'essayer de les mettre devant le fait accompli à propos de Chios. Des Chiotes exilés décidèrent de financer une expédition pour « reprendre » l'île. Le commandement en fut confié au colonel Fabvier. Une commission chiote fut constituée sur Syros, chargée de récolter des fonds ainsi que de coordonner l'action avec les nouveaux démogérontes qui gouvernaient l'île. Fin novembre 1827, après la bataille de Navarin, l'expédition assiégeait et bombardait la forteresse de Chora. La question de l'implication du gouvernement grec de l'époque s'est posée. Avait-il ou non soutenu le projet ? Toujours est-il que le gouvernement suivant, celui de Ioánnis Kapodístrias désavoua l'expédition. La tentative se solda par un échec. Le corps expéditionnaire était composé de pallikares, des soldats irréguliers dont se méfiait Fabvier. Il ne put les empêcher de se livrer au pillage, des légations occidentales ou des maisons des Grecs. Le paiement des soldes était aussi très souvent en retard. Les navires grecs n'étaient pas en mesure d'interdire un débarquement de troupes ottomanes venues de Tchesmé. Cependant, les marines occidentales (surtout les vaisseaux français) purent empêcher un nouveau massacre par leur seule présence.
L’indépendance de la Grèce fut acquise en 1830, mais Chios ne rejoignit ce pays qu’en 1912.

 

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MessagePosté le: Jeu 8 Juin - 20:26 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

 
massacre de Psara
est un épisode de la guerre d'indépendance grecque. Il fut perpétré par les Ottomans contre la population grecque de l’île de Psara en juillet 1824. Psara était une île d'armateurs et de marins dont la flotte menait régulièrement des actions contre l'Empire ottoman. Le sultan Mahmoud II en décida la destruction afin de faciliter une contre-attaque en Grèce continentale. Plus de cent cinquante navires firent débarquer plusieurs milliers d'hommes sur une île d'une quarantaine de kilomètres carrés qui avaient accueilli de nombreux survivants de massacres précédents. Le bilan est estimé à 17 000 morts ou vendus comme esclaves. Mais, contrairement au massacre similaire sur Chios avec lequel il fut peut-être confondu, celui-ci ne suscita que très peu d'émotion en Occident.
La guerre d’indépendance grecque fut une guerre de libération contre l’occupation ottomane. Si les affrontements principaux eurent lieu dans le Péloponnèse et autour d’Athènes, d'autres régions furent concernées, comme les îles de l'Égée.
Ali Pacha de Janina qui cherchait à assurer définitivement l’indépendance de ses possessions en Épire s’était révolté contre le sultan Mahmoud II en 1820. La Porte (nom parfois aussi donné au gouvernement de l’Empire ottoman) avait dû mobiliser toute une armée autour de Ioannina. Pour les patriotes grecs organisés dans la Philiki Etairia et qui préparaient le soulèvement national depuis la fin du xviiie siècle, cette rébellion rendait le moment favorable. Il y avait potentiellement moins de soldats turcs disponibles pour réprimer leur soulèvement. L’insurrection fut déclenchée dans le Péloponnèse. Elle commença entre le 15 et le 20 mars 1821 sous la double impulsion de Theodoros Kolokotronis, un des chefs de l’insurrection, et de l’archevêque de Patras, Germanos, qui proclama la guerre de libération nationale le 25 mars. Au même moment, Alexandre Ypsilántis pénétrait en Moldavie et Valachie, second foyer prévu pour l'insurrection, à la tête d'une troupe composée de membres de la Philiki Etairia installés en Russie. L'Empire ottoman réduisit l'insurrection dans les provinces danubiennes en neuf mois, tandis qu'en Grèce même, les insurgés triomphaient. Entre 1821 et 1824, les Ottomans avaient été chassés du Péloponnèse, de la Grèce centrale et de la plupart des îles de l'Égée. La flotte ottomane était bloquée en Propontide grâce à l'engagement des navires des principales îles d'armateurs : Hydra, Spetses et Psara.

Les victoires grecques avaient cependant été de courte durée. Deux guerres civiles avaient affaibli le mouvement entre 1823 et 1825. Il y avait en effet une forte opposition entre deux catégories de dirigeants potentiels, avec deux types de légitimité tout aussi valables. D’un côté, se trouvaient les notables marchands issus de l’administration ottomane du continent et de la bourgeoisie maritime des îles. De l’autre, il y avait les chefs de guerre issus de la classe « para-sociale » des klephtes et armatoles, souvent en fait réellement issus de la paysannerie comme Kolokotronis et espérant donner un rôle politique plus important aux paysans. On assista alors à deux guerres civiles en 1823-1825. La première avait été provoquée par les notables qui voulaient reprendre le contrôle de la révolution et la remettre dans la voie qu'ils défendaient en écartant les chefs de guerre du pouvoir. La seconde opposa le continent aux îles5. Le sultan avait aussi appelé à l’aide son vassal égyptien Mehemet Ali qui avait dépêché en Grèce son fils Ibrahim Pacha avec une flotte et, dans un premier temps, 8 000 puis 25 000 hommes. La flotte et les troupes égyptiennes avaient d'abord réduit l'insurrection en Crète et à Kassos, puis ce fut le tour de Psara

Psara était une île peu fertile. Sa principale production agricole était un vin de qualité moyenne. Ses habitants, entre 5 000 et 6 000 au début de la guerre d'indépendance, étaient principalement des pêcheurs et des marins. L'aridité de l'île l'avait poussée vers la mer et le commerce. Comme pour le reste des îles commerçantes de Grèce, le traité de Kutchuk-Kaïnardji (1774) accrut sa fortune. Le commerce du blé lors des guerres napoléoniennes lui avait aussi profité : ses navires avaient forcé le blocus maritime imposé par les Britanniques à la France. Toutes les îles de l'Égée dépendaient du Capitan Pacha, mais Psara, ainsi qu'Hydra et Spetses, avait acheté leur liberté. Un impôt léger, prélevé par les Grecs eux-mêmes, était payé au Capitan Pacha et des marins étaient mis à la disposition de la flotte ottomane. L'île était gouvernée par trois « démogérontes » élus tous les ans par quarante électeurs désignés eux aussi tous les ans par l'ensemble de la population.
La situation géographique de Psara faisait qu'elle pouvait assez facilement surveiller l'entrée des Dardanelles et prévenir d'une sortie de la flotte ottomane.
Psara s'engagea dans la guerre d'indépendance grecque le dimanche de Pâques 1821, soit deux semaines après le début du soulèvement dans le Péloponnèse. Quarante de ses navires marchands, convertis rapidement en « navires de guerre » furent alors mis au service de la Grèce insurgée9. La flotte ottomane était quant à elle une véritable flotte de guerre avec des vaisseaux de ligne et des navires de soutien. Les Grecs compensèrent cette infériorité grâce à une spécialité psariote : le brûlot qui avait démontré son efficacité lors de la bataille de Chesmé pendant la révolution d'Orloff (1769-1771). Quatre brûlots psariotes avaient réussi à se glisser dans la ligne ottomane et à l'enflammer, amenant à terme sa destruction.

Ses vaisseaux contrôlèrent très rapidement l'Égée. Ainsi, dès le mois d'avril, la Porte avait rassemblé 3 000 hommes à Smyrne avant de les envoyer écraser le soulèvement en Grèce. Sept navires de Psara intervinrent pour empêcher la traversée. Un navire ottoman fut coulé et quatre autres capturés (avec les 450 hommes qu'ils transportaient). Le 14 mai, Andreas Giannitsi, un capitaine psariote, fit un coup de main contre un fort du golfe d'Enos (sur la côte thrace) et captura vingt-trois canons, deux obusiers et leurs munitions. L'île participa au premier engagement naval de grande ampleur le 7 juin 1821, lors de la bataille d'Eresós (une baie de Lesbos). Le deuxième plus grand vaisseau de ligne ottoman, armé de soixante-seize canons, s'était trouvé coupé du reste de la flotte. Il fut décidé d'utiliser des brûlots. Seuls des vieux marins psariotes, vétérans de Chesmé, connaissaient encore la technique. Le troisième brûlot fut le bon : le navire prit feu, s'échoua puis explosa après la fuite de son équipage. Lorsque le reste de la flotte ottomane arriva le lendemain, les navires grecs s'avancèrent vers celle-ci et la mirent en fuite. Le mois suivant, une flotte combinée de quatre-vingt-dix navires de Psara, Hydra, Spetses et Kassos empêcha un débarquement sur Samos mené par le Capitan Pacha Kara-Ali qui commandait quatre vaisseaux de ligne, cinq frégates et une vingtaine de vaisseaux transportant 12 000 soldats ottomans
Psara participa à l'évacuation des chrétiens chassés de Kydonies lors des exactions ottomanes dans la ville à l'été 1821, puis à l'évacuation des Chiotes survivants lors du massacre de Chios en mai 1822. Ses navires composèrent aussi la flotte grecque combinée (Psara, Hydra, Spetses) de cinquante-six vaisseaux de ligne et huit brûlots, qui donnèrent la chasse à la flotte ottomane dans la seconde moitié du mois de mai 1822 après les massacres. Le 18 juin (6 juin julien) 1822, le capitaine psariote Constantin Kanaris coula le vaisseau amiral ottoman avec son brûlot, tuant l'amiral ottoman Kara Ali et 2 000 marins turcs. La flotte ottomane était ancrée dans la baie de Chora, capitale de Chios. L'attaque eut lieu le soir, au moment de la rupture du jeûne du Ramadan. Le brûlot de Kanaris éperonna la Capudana (navire amiral de la flotte ottomane) vers minuit. Le mât de beaupré fut coincé dans un sabord au niveau de la proue et la mèche allumée. Kanaris et ses hommes évacuèrent tandis que le navire-amiral s'embrasait en quelques minutes. Les marins turcs essayèrent de s'enfuir avec les canots de sauvetage, dont deux trop chargés coulèrent. Kara-Ali, alors qu'il embarquait dans une chaloupe, reçut un espar enflammé sur la tête. Conduit sur la terre ferme, il mourut le lendemain. Il fut enterré dans la citadelle de Chora. Son navire explosa au bout de trois-quarts d'heure, quand la réserve de poudre fut touchée.
Les marins psariotes lançaient souvent des coups de main contre les côtes turques, pillant et rançonnant les habitants, et paralysaient les communications et le commerce en empêchant la navigation côtière.
L'île devint donc une des principales cibles du sultan ottoman lors de sa contre-attaque face à la Grèce insurgée. Mahmoud II, découvrant la taille de Psara comparée aux torts que l'île lui causait, aurait déclaré :
« Ôtez-moi de la carte cette petite tache ; dites à mon Capitan Pacha d'attacher cette roche à son vaisseau et de me l'amener. »

Les troupes d'Ibrahim Pacha avaient écrasé le soulèvement en Crète, mais ses navires avaient été harcelés par les flottes de Kassos et surtout de Psara. Afin de faciliter un prochain débarquement dans le Péloponnèse, la Porte décida de réduire ces deux îles. Ibrahim Pacha se chargea de Kassos début juin. La flotte ottomane, commandée depuis le printemps 1823 par le Capitan Pacha Husrev, s'attaqua à Psara le mois suivant. Ces deux îles étaient des cibles relativement faciles : proches des côtes d'Asie mineure, elles étaient par contre éloignées des renforts potentiels venus de Grèce continentale. Dans les deux cas, les flottes d'Hydra et Spetses arrivèrent trop tard
Au début de l'été 1824, une attaque semblant imminente, les démogérontes de l'île prirent un certain nombre de dispositions. Certaines furent positives, comme le renforcement des citadelles (en l'occurrence des monastères fortifiés) d'Aghios Nikolaos (Saint-Nicolas dite parfois aussi Saint-Jean) et Palaiokastro, qui reçut 24 nouvelles batteries. D'autres furent moins heureuses : les navires présents furent démâtés afin de servir de rempart en mer, mais ils perdirent toute possibilité de manœuvre ainsi que leur utilité comme moyen de fuite (à moins que les démogérontes n'aient voulu en quelque sorte « brûler leurs vaisseaux » comme semble le suggérer la décision de brûler tous les gouvernails) ; les défenseurs potentiels furent aussi répartis sur l'ensemble des côtes, même aux endroits où tout débarquement était impossible, réduisant ainsi les défenses principales, dont celles de la ville. Il semblerait enfin que le commandement d'un secteur ait été confié à deux Arvanites (Albanais chrétiens ayant fui les persécutions ottomanes au xviiie siècle), Kotas et Karabelias, achetés par le Capitan Pacha.
Le 27 juin, une douzaine de frégates ottomanes vinrent reconnaître les côtes de l'île, afin de repérer le lieu le plus propice au débarquement. Les canonnades depuis la côte furent sans effet. Le 2 juillet 1824 (20 juin julien), une première attaque eut lieu au nord de l'île, dans la baie de Kanalos. Elle se résuma à un échange d'artillerie. Le soir, les navires de guerre et de transport relâchèrent entre Lesbos et Psara, tous fanaux allumés pour éviter toute surprise. Konstantin Kanaris décrit la mer cette nuit-là comme un « immense pont de bateaux »

Le 3 juillet 1824 (21 juin julien), les 176 vaisseaux commandés par Husrev Pacha transportant les soldats ottomans attaquèrent Psara. L'île qui n'était habituellement peuplée que de 6 000 à 7 000 habitants, abritait alors plus de 25 000 personnes, réfugiées d'Aivali et de Chios. Les quelques vaisseaux qui la protégeaient ne firent pas le poids. La flotte se scinda en deux colonnes. La première effectua une attaque de diversion sur la partie la plus fortifiée de la baie où se trouve la capitale de l'île. La seconde se porta vers la partie de la côte défendue par Kotas et Karabelias, au nord de l'île, près de la baie de Kanalos, et réussit, sous le couvert de l'épaisse fumée créée par une décharge de ses canons, à faire débarquer plus de 10 000 Albanais musulmans, qui constituaient alors les troupes d’élite de l'armée ottomane, commandés par Ismael Pliassa, dans la petite baie voisine d'Erino. Ils s'avancèrent très rapidement dans les terres, prirent la batterie de quatre ou cinq canons qui protégeait la côte. Kotas et Karabelias passèrent alors du côté des attaquants qui les exécutèrent aussitôt, considérant qu'il n'était pas possible de faire confiance à des traîtres. Les défenseurs (523 Psariotes, 800 Rouméliotes et 125 Samiotes) finirent par succomber, après avoir neutralisé 4 000 Albanais. La route de la capitale Psara, de l'autre côté de l'île, était ouverte. Les rares défenseurs psariotes ou macédoniens furent bousculés et n'empêchèrent jamais la progression des janissaires
 

La colonne ottomane s'avança alors vers le sud. Elle se scinda en deux. Une partie (3 000 soldats) se dirigea vers le sud-est, vers la petite ville de Ftelio dont les canons tournés vers la mer menaçaient la flotte ottomane. Après une résistance acharnée, les Grecs finirent par succomber et périrent au combat. La flotte de Husrev Pacha, quant à elle, fit le tour de l'île par l'est et attaqua le port prenant ses défenseurs (informés du débarquement au nord) à revers. Une partie des femmes et des enfants avaient été évacués sur les navires dans la rade. La confusion avait déjà causé la perte des plus faibles et des plus jeunes enfants, abandonnés ou noyés par leur mère qui ne pouvaient s'en occuper. La survie de l'une passait par la mort de l'autre. Ces navires furent victimes du bombardement naval des frégates ottomanes. Les femmes et enfants qui pensaient y avoir trouvé un refuge périrent.
Les soldats ottomans qui constituaient la seconde partie de la colonne venue du nord, atteignirent Psara (Chora), la capitale de l'île, vers le milieu de la journée. Ils la prirent puis la rasèrent, mais après avoir dû s'emparer des maisons une par une. Quatre mille des 7 000 habitants de la ville furent massacrés. Leurs oreilles et leurs nez coupés furent salés et envoyés à Constantinople. Les autres furent réduits en esclavage. Les divers récits évoquent les femmes qui se seraient jetées dans la mer avec leurs enfants, préférant, comme les Souliotes, choisir leur mort. D'autres se seraient jetées dans la mêlée pour y périr (et éviter le viol), après avoir assisté à la mort de leur époux. Les Turcs subirent quant à eux de lourdes pertes.
Le lendemain, le siège de la forteresse de Palaiokastro, tenue par les Grecs, prit fin. Ses 500 à 600 défenseurs (mercenaires arvanites ou macédoniens selon les ouvrages, et Psariotes dont des femmes et des enfants) subirent divers assauts au cours de la journée et virent leur nombre diminuer à chaque fois. Réduits des deux-tiers, ils décidèrent d'emporter leurs assaillants avec eux dans la mort. À nouveau les versions divergent. L'historien grec Constantin Paparregopoulos et le philhellène Gordon rapportent qu'après avoir tenté vainement d'enflammer une réserve souterraine de poudre à l'extérieur et perdu six hommes dans la tentative, les Grecs décidèrent de n'utiliser que les réserves à l'intérieur des fortifications. Pour les autres, au moment de l'assaut final, les défenseurs attendirent que le plus d'ennemis possible aient pénétré dans l'enceinte. Le drapeau psariote portant la devise Ελευθερία ή θάνατος (« La liberté ou la mort ») fut hissé et le chef des défenseurs, Antonios Vratsanos, mit lui-même le feu au magasin de poudres, tuant assiégés et assiégeants.

Les rares Psariotes (et réfugiés) qui réussirent à survivre au massacre auraient profité de la confusion créée par l'explosion de Palaiokastro pour s'enfuir à bord d'une centaine de petites embarcations démâtées et sans gouvernail. Selon Constantin Paparregopoulos, dix-neuf bricks, mouillés entre Psara et le petit îlot d'Antipsara, à l'ouest, auraient réussi à échapper à la flotte ottomane. Ils transportaient les principaux notables et les plus riches familles de l'île. Ils dérivèrent jusqu'à Tinos, Syros, Mykonos et Naxos ; les navires rescapés prirent comme nouvelle base l'île d'Égine, d'où ils participèrent aux combats ultérieurs. Après la fin de la guerre, les réfugiés émigrèrent vers l'Eubée, où ils fondèrent la ville de Néa Psara. La frégate française Isis, qui croisait dans les parages aurait quant à elle recueilli 156 survivants.
L'île aurait abrité 25 000 personnes avant l'attaque. Le bilan le plus courant est autour de 17 000 morts et vendus comme esclaves. Pour Constantin Paparregopoulos, il y aurait eu 3 600 survivants. Le Capitan-Pacha prit ou brûla une centaine de navires psariotes. L'île fut surtout totalement désertée. Les observateurs dans les quelques années suivantes évoquaient une île intégralement vide. La flotte ottomane gagna ensuite sa base de Mytilène pour fêter sa victoire, laissant une garnison sur l'île et une escadre
Le massacre de Psara eut pour première conséquence la fin très provisoire des querelles intestines, voire des guerres civiles, entre insurgés grecs. Craignant de subir le même sort, les autres îles s'organisèrent. Le moindre mouvement de la flotte ottomane fut relayé à travers l'archipel.
Les premiers navires psariotes rescapés arrivèrent à Hydra la nuit du 4 juillet, provoquant la consternation et déclenchant une réaction rapide de la flotte grecque : Hydra et Spetses armèrent les vaisseaux encore au port (une première escadre, partie secourir Kassos, était déjà en mer depuis le 29 juin) et les réunit aux navires survivants de Psara ; la flottille combinée (seize navires et quatre brûlots), commandée par l'amiral Andreas Miaoulis, appareilla les 6 et 7 juillet, espérant secourir les défenseurs de Palaiokastro. La première escadre grecque, commandée par Sachtouris, revenait de Kassos en direction d'Hydra quand elle reçut l'ordre de joindre le reste de la flotte. Les deux flottilles manquèrent cependant leur rendez-vous.
Le 15 juillet 1824 (3 juillet julien), Miaoulis fit débarquer 1 500 pallikares grecs qui reconquirent l'île aux 1 000 soldats ottomans que Husrev Pacha avait laissés sur l'île. Les Ottomans furent traqués et égorgés dans les ruines de la ville et de Palaiokastron. Le dernier canon en état de fonctionner dans la citadelle fut récupéré. Les Grecs donnèrent ensuite la chasse à la flottille ottomane restée sur place, l'engagèrent et, après un combat de cinq heures, coulèrent les vingt navires turcs qui la composaient36 ; l'arrivée inopinée de la seconde division de Sachtouris, attirée par le bruit du canon, compléta la défaite ottomane.
Informé de ces évènements le 18, Husrev quitta Lesbos avec le gros de la flotte ottomane et rencontra les Grecs au nord de Chios le matin du 19 juillet. Malgré l'ordre de Miaoulis d'attaquer, une partie des navires grecs refusa de combattre et quitta la flotte ; le manque de vent bloqua ensuite les manœuvres. Les deux flottes restèrent en vue jusqu'au 22 juillet, puis Miaoulis, dont les navires se dispersaient progressivement, donna l'ordre de rentrer et rejoignit Hydra le 28. Psara fut alors à nouveau occupée par Husrev ; il récupéra les derniers canons, fit raser les derniers bâtiments encore debout et combler le port, puis après un court passage à Lesbos se dirigea vers son objectif suivant, l'île de Samos.
Les flottes grecque et turque s'affrontèrent à nouveau à plusieurs reprises en août ; des navires turcs furent détruits par des brûlots, et les Ottomans finirent par se replier vers Cos à la fin du mois, épargnant ainsi Samos.
Si l’indépendance de la Grèce fut acquise en 1830, Psara ne rejoignit ce pays qu’en 1912. À la fin du xixe siècle, l'île comptait 932 habitants (dont 9 musulmans et 4 juifs)

L'indignation face au massacre de Psara fut bien souvent englobée dans celle ayant suivi le massacre de Chios. Le célèbre tableau d'Eugène Delacroix, Scène des massacres de Scio, fut en effet exposé au Salon de 1824, l'année du massacre de Psara. De même, la mort de Lord Byron lors du siège de Missolonghi avait dirigé les regards des philhellènes vers d'autres parties de la Grèce.
Béranger écrivit cependant un poème Psara où il critiquait l'inaction occidentale après les massacres à Chios et imaginait les soldats ottomans chantant en massacrant sur l'île :
« Mais de Chios recommencent les fêtes ;
Psara succombe, et voilà ses soutiens !
Pillons ces murs ! De l'or ! Du vin ! Des femmes !
Vierges, l'outrage ajoute à vos appas.
Le glaive après purifîra vos âmes :
les rois chrétiens ne vous vengeront pas. »

 

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MessagePosté le: Ven 9 Juin - 06:06 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

empire ottoman
Égypte siège de Missolonghi
République hellénique en 1825-1826 est un épisode clef de la guerre d'indépendance grecque (1821-1829), car il a été un facteur essentiel du basculement de l’opinion européenne en faveur de l’indépendance grecque. Son importance est donc aussi politique que militaire.
Par sa situation sur la rive nord du Golfe de Patras, Missolonghi (grec moderne : Μεσολόγγι) est une place stratégique qui commande l'accès au Golfe de Corinthe, mais aussi au Péloponnèse et à la Grèce du nord1. Elle avait prouvé cette importance au xvie siècle lors de la bataille de Lépante.
Missolonghi fut assiégée à plusieurs reprises par les Ottomans au cours de la guerre d’indépendance grecque : en 1822, puis en 1823. Les défenseurs de la ville furent alors rejoints, financés et entraînés par Lord Byron en 1824. Les Ottomans assiégèrent de nouveau Missolonghi en 1825-1826 et finirent par s'emparer de la ville en avril 1826.
La mort de Byron dès 1824, ainsi que la défense héroïque et le sacrifice de la population au cours des sièges, marquèrent les philhellènes et l’Europe en général, de sorte que cette défaite des Grecs joua un rôle déterminant dans l'obtention de leur indépendance trois ans plus tard.
La guerre d’indépendance grecque fut une guerre de libération contre l’occupation ottomane. Si les affrontements principaux eurent lieu dans le Péloponnèse et autour d’Athènes, il y eut aussi des combats en Épire et en Grèce centrale.
En effet, Ali Pacha de Janina qui cherchait à assurer définitivement l’indépendance de ses possessions en Épire s’était révolté contre le Sultan Mahmoud II en 1820. La Porte (nom parfois aussi donné au gouvernement de l’Empire ottoman) avait dû mobiliser toute une armée autour de Ioannina. Le Sultan avait envoyé Khursit Pacha, alors gouverneur du Péloponnèse, et ses troupes pour mater la rébellion. Missolonghi était le port stratégique de communication entre les deux régions : Péloponnèse et Épire.
Pour les patriotes grecs organisés dans la Philiki Etairia et qui préparaient le soulèvement national depuis la fin du xviiie siècle, la rébellion d’Ali Pacha rendait le moment favorable. Il y avait potentiellement moins de soldats ottomans disponibles pour réprimer leur soulèvement. L’insurrection fut déclenchée dans le Péloponnèse. Elle commença entre le 15 et le 20 mars 1821, sur toute la côte Nord du Péloponnèse (Patras, Vostitsa, Kalavryta) et dans le Magne. Theodoros Kolokotronis, un des chefs de l’insurrection, avait sillonné le Péloponnèse au début de 1821 afin de faire avancer la cause de l’indépendance. Il était parti de Zante qui avec Corfou était une des bases de préparation de l’insurrection. Les îles Ioniennes fermaient le golfe de Corinthe dont Missolonghi, avec Patras commandait l’entrée. Le 25 mars, l’archevêque de Patras Germanos, proclama la guerre de libération nationale.

Les insurgés grecs prirent en quelques mois le contrôle de l'Acarnanie et de l'Étolie (l'ouest de la Grèce continentale, au sud du golfe d'Arta), tandis qu'en Épire les Souliotes alliés à Ali Pacha avaient repris possession de leurs montagnes en novembre 1820 et harcelaient avec les armatoles de la région les troupes ottomanes. L’alliance était une alliance de circonstance ; les Grecs n’oubliant pas qu’Ali Pacha avait massacré les Souliotes au début du siècle. Deux tentatives ottomanes de traverser les passes du Makrynoros (la principale voie de passage entre la région d'Arta et l'Étolie-Acarnanie) furent repoussées en mai et juin. Fin novembre, la coalition des armatoles grecs, des Souliotes et des troupes d'Ali attaqua Arta ; malgré des succès initiaux, ils ne réussirent pas à en garder le contrôle lors de la contre-attaque ottomane. Les troupes d'Ali quittèrent alors leurs alliés et passèrent dans le camp ottoman, en partie suite aux exactions anti-musulmanes des chrétiens (conversions forcées, destruction de mosquées, massacres notamment celui de Tripolizza en octobre).
Ali Pacha finit par être tué au début de 1822. Alors, les Ottomans purent tourner leurs forces contre les insurgés, au sud et en Épire. Khursit Pacha, ayant négocié avec les Grecs la libération de ses femmes et de son lieutenant capturés à Tripolizza en échange d'une forte somme et de la libération de ses otages souliotes, reprit l'offensive fin mai 1822.
Missolonghi comptait au début des années 1820 autour de 5 500 habitants, vivant presque tous de la mer. Construite à une des extrémités d’une baie peu profonde donc difficile d’accès aux navires à fort tirant d’eau, la ville n’est séparée de la mer distante de 7 km que par une lagune marécageuse appelée Limnothalassa ; elle est ainsi protégée à l’ouest et au sud. L’entrée de la baie est de plus commandée par les îlots de Vasiladi, Dolmâ et Anatolikon (sur lequel était bâtie une forteresse). Vers l’est, le mont Aracinthe constitue une autre défense naturelle. Malgré ces protections physiques, ses défenses terrestres se résumaient à un petit fossé presque comblé, un mur mal entretenu et quatre vieux canons

Après la défaite et la mort d’Ali Pacha, les Souliotes se retrouvèrent donc quasiment seuls face aux nombreuses troupes de Khursit Pacha (14 000 hommes). Ils appelèrent alors à leur aide les autres Grecs insurgés. Aléxandros Mavrokordátos fut dépêché sur place avec 920 pallikares grecs et 120 philhellènes. Ses huit navires quittèrent Corinthe pour Missolonghi, port d’entrée en Étolie. Les Souliotes, dans un dernier effort, avaient réussi à se dégager. Mavrokordátos se porta à leur rencontre, puis marcha sur Arta où il fut défait le 16 juillet (4 juillet du calendrier julien) par 7 à 8 000 Ottomans au cours de la bataille de Péta. Il perdit le tiers de ses hommes et la moitié de ses philhellènes et dut se replier vers le sud. Après une capitulation signée en août, les Souliotes rejoignirent Céphalonie en septembre sur des navires britanniques
À la mi-octobre, l’armée ottomane commandée par Omer Vrioni quitta Arta et traversa le Makrynoros sans rencontrer d'opposition, une partie des armatoles s'étant ralliée au camp ottoman. Il fallut évacuer l’Étolie, la population grecque de la région abandonnant ses possessions en brûlant fermes et récoltes pour ne rien laisser aux Ottomans.
Les Grecs refluaient vers Missolonghi. Ils y furent rejoints par l’armée ottomane le 6 novembre (25 octobre julien). Alors que l’infanterie turque bloquait la ville par la terre, trois navires de guerre mettaient en place un blocus maritime. Mavrokordátos et Markos Botzaris ne voulaient pas abandonner Missolonghi car la perte de la ville aurait ouvert la porte du Péloponnèse aux troupes turques. Il y avait alors face à face 360 Grecs avec des vivres et des munitions pour un mois et 11 000 soldats ottomans avec onze canons et quatre obusiers. Parmi les soldats de la Porte, se trouvaient des Albanais musulmans, considérés comme des troupes d’élite car encore invaincues1.
Omer Vrioni commença par négocier pour obtenir une reddition sans avoir à combattre. Pour montrer sa bonne volonté, il accorda une trêve de huit jours afin que les Grecs réunissent les vaisseaux nécessaires à l’évacuation des civils. Hydra et Spetses envoyèrent sept navires qui, au lieu d’évacuer les populations, donnèrent la chasse aux navires ottomans (21 novembre 9 novembre julien), puis firent débarquer des renforts : d’abord 700 Péloponnésiens commandés entre autres par Petrobey Mavromichalis, puis 1 000 autres pallikares et leurs capétans (commandants) avec des provisions et des munitions (25 novembre 13 novembre julien).


Markos Botzaris

Les assiégeants souffraient quant à eux de la disette et de maladies (la région de Missolonghi est très marécageuse). De plus, les soldats albanais engagés par Omer Vrioni, qui n’avaient pas touché leur solde, refusaient de combattre. Les sorties régulières et meurtrières des assiégés démoralisaient les troupes ottomanes.
Omer Vrioni décida d’en finir en attaquant le jour de Noël 1822 (du calendrier julien). Il espérait que les assiégés, occupés par la fête religieuse seraient moins sur leurs gardes. L’effet de surprise échoua car des chrétiens au service des Ottomans réussirent à prévenir les Grecs. Ceux-ci étaient tous à leur poste de combat quand l’infanterie ottomane passa à l’action. Le combat dura trois heures. Les Ottomans durent finalement battre en retraite après avoir perdu 500 hommes (morts et blessés) et douze bannières. Les Grecs n’auraient eu à déplorer que quatre morts.
Les assiégés continuèrent leurs sorties de harcèlement les jours suivants. Ils étaient aidés par des petites bandes de pallikares qui avaient réussi à rejoindre Missolonghi par la terre. Une expédition de secours pour dégager les Grecs était annoncée. Des troupes commandées par Mavromichalis furent envoyées vers les bouches de l'Achéloos afin de couper la retraite ottomane. Par ailleurs, certains armatoles comme Rhangos, qui étaient passés dans le camp ottoman en juillet après la défaite de Péta, rejoignirent à nouveau le camp grec et occupèrent les défilés du Macrynoros.
De plus en plus menacé, Omer Vrioni donna l’ordre de lever le camp. Les Ottomans levèrent le siège dans la nuit du 11 au 12 janvier 1823 (31 décembre 1822 du calendrier julien), laissant sur place toute leur artillerie. Un désaccord, comme il y en avait alors beaucoup, entre les chefs grecs retarda la poursuite. l'armée ottomane ne put franchir l'Acheloos en crue, et dut s'installer dans les ruines de Vrachori ; une tentative de franchissement fut repoussée le 2 février, et la famine se fit durement ressentir dans le camp ottoman, la région ayant été dévastée. Le fleuve ne put être franchi que le 27 février, 600 soldats trouvant la mort par noyade. Finalement, les restes de l'armée ottomane rejoignirent leurs bases de Vonitsa et Prévéza autour du 5 mars, en traversant le golfe ambracique par bateau.
Le bilan de ce premier siège de Missolonghi fut positif pour les Grecs insurgés. Les Albanais de l’armée ottomane perdirent leur réputation d’invincibilité. Les Ottomans ne pouvaient plus, en tout cas par le nord, essayer de reprendre le Péloponnèse lors de cette campagne. La victoire à Missolonghi permit aux Grecs de croire en une possible victoire finale. Enfin, les nations d’Europe occidentale commencèrent à s’intéresser au sort des Grecs qui semblaient pouvoir gagner
En 1823 les Grecs profitèrent de la période de répit avant la campagne suivante, et peut-être de l’argent des philhellènes, pour améliorer les fortifications. La tâche fut confiée à l’ingénieur Coccini. Un nouveau mur avait été construit, avec des bastions auxquels on avait donné les noms de héros de la guerre d’indépendance comme Botzaris, Makris, Kyriakoulis Mavromichalis, Kanaris, Sachtouris, Miaoulis, Drakoulis (un dramaturge mort à la bataille de Dragatsani), Normann (un général philhellène décédé lors d’un siège précédent et enterré dans la ville) et Byron, mais aussi de personnalités s'étant illustrées au cours de guerres d'indépendance, comme Benjamin Franklin, Guillaume Tell, Kościuszko, Skanderbeg, Guillaume d'Orange, d'intellectuels comme Rigas ou Koraïs, et d'autres personnalités comme l'ingénieur en fortifications Montalembert, l'ancien évêque d'Arta Ignace, lord Sheffield (un Anglais ayant secouru des Grecs dont Coccini en Italie) et l'oncle et bienfaiteur de Coccini. Une cinquantaine de canons dont quatre obusiers constituaient maintenant l’artillerie de défense.


Au printemps 1823, le Sultan entreprit une contre-offensive en Grèce, sous la direction de Mehémet-Pacha. Une partie de l’armée, commandée par le pacha de Scodra Moustaï, devait reprendre le siège de Missolonghi avec 13 000 hommes. Le Souliote Markos Botzaris tenta avec 2 500 montagnards acarnaniens et étoliens et 450 Souliotes d’arrêter la progression ottomane le 20 août (9 août julien). Il mourut lors des combats et son corps fut enterré à Missolonghi. En plus de Botzaris, les Grecs n'auraient perdu que 60 hommes. Les pertes ottomanes furent de 800 tués. Le frère de Markos, Constantin, prit la tête de la troupe de son frère mais les Grecs furent battus dans les engagements suivants et ne parvinrent pas à arrêter leurs ennemis.
Moustaï fit sa jonction avec 3 000 Albanais d’Omer Vrioni et mit le siège au village d’Anatolikon qu’il commença à bombarder le 17 octobre. Malgré les 2 000 projectiles envoyés, Anatolikon ne subit que peu de dommages. Le 20 octobre, Moustaï dut renoncer à couper la route maritime du ravitaillement de Missolonghi. Les vaisseaux grecs réussissaient à se frayer un chemin dans la baie peu profonde, ce qu’étaient incapables de faire les vaisseaux ottomans. Les assiégés étaient toujours ravitaillés, tandis que les assiégeants souffraient de la faim et les maladies avaient déjà emporté 2 000 soldats ottomans, qui étaient en outre divisés par des querelles entre les Guègues de Moustaï et les Tosques de Vrioni. Plutôt que d’affronter l’hiver, Moustaï leva le siège le 11 décembre.
Les défenseurs grecs déploraient la perte de 200 hommes

En Europe occidentale, la cause grecque devint le symbole du combat des libéraux et devenait l’incarnation de toutes leurs causes : liberté bien sûr, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et lutte contre l’oppression d’une monarchie conservatrice et archaïque. Un courant de sympathie pour les Grecs insurgés parcourut donc leurs rangs. Parmi eux, les plus engagés se baptisèrent philhellènes et s’organisèrent en comités un peu partout en Europe, mais aussi en Amérique. Leur principale activité fut de lever des fonds pour acheter des armes. Leur livraison fut confiée aux plus intrépides d’entre eux. Le poète britannique Lord Byron, déjà sur le continent depuis plusieurs années fut chargé par le Comité Philhellène de Londres, dirigé par son ami John Cam Hobhouse, avec qui il avait visité la Grèce dans les années 1810, d’apporter l’aide des philhellènes britanniques aux Grecs. Il quitta le port de Gênes pour Céphalonie en juillet 1823 avec un chargement d’armes et d’or. Aléxandros Mavrokordátos réussit alors à le convaincre de passer sur le continent.
Quelque temps avant de débarquer à Missolonghi, Lord Byron écrit dans son journal (le 17 décembre) :
« Les Turcs ne sont plus devant Missolonghi - personne ne sait pourquoi ils sont partis vu qu’ils ont laissé derrière eux quantité de provisions et de munitions - et la garnison n’a effectué aucune sortie, tout au moins aucune qui ait servi à quelque chose ; ils n’ont pas investi Missolonghi une seule fois cette année, mais ils ont bombardé Anatoliko. »
Lord Byron débarqua le 5 janvier 1824. Il fut accueilli par Mavrokordatos qui était arrivé en décembre. Les Souliotes s’étaient définitivement installés dans la ville mais, ils ne combattaient plus car leur solde n’avait pas été réglée. Byron utilisa une partie de sa fortune pour les payer. Il en engagea 500 qu’il entreprit de former à la discipline militaire occidentale. Il dut y renoncer. Il n’eut pas plus de succès avec les Grecs qu’il engagea à leur place. La fièvre qu’il avait contractée lors de son voyage de 181127 fut réactivée par l’air malsain des marais de la région. Il décéda le 19 avril 1824 (7 avril julien), jour de Pâques. Il fut alors considéré comme un martyr de la cause philhellène.

En mars 1825, les Ottomans assiégèrent une nouvelle fois la ville que sa position géographique rendait toujours indispensable aux deux adversaires. Le port constituait en effet le dernier bastion grec dans l'ouest de la Grèce continentale. Pour les Ottomans, les humiliations subies lors des sièges de 1822 et 1823 avaient accru leur désir de s’en emparer, pour une question d’honneur. Le Sultan avait envoyé son meilleur général, Rachid Pacha dit Kioutagi, qui avait déjà participé au premier siège, à qui il aurait dit : « Ou Missolonghi, ou ta tête ! ». Il disposait de 20 000 hommes dont 3 000 sapeurs (soldats du génie chargés de « saper » les fortifications adverses). Le siège fut mis devant Anatolikon le 23 avril (11 avril julien), et devant Missolonghi le 27 avril (15 avril julien). Les artilleurs ottomans furent lents à installer leurs batteries. Le 17 mai, seulement trois canons et deux obusiers avaient été installés. Les défenseurs grecs rendaient leur tâche difficile, puisque les Ottomans devaient travailler sous leur feu. Missolonghi était défendue par 3 000 Grecs, dont un grand nombre de Souliotes. Au cours du mois de juin, 1 500 volontaires descendirent des montagnes renforcer Missolonghi. Le gouvernement central avait nommé un comité de trois notables responsable de la défense de la ville (deux commerçants et un fonctionnaire). Sans réelle expérience militaire, ils avaient délégué aux divers capitans. Ceux-ci se réunissaient tous les jours pour se concerter. Cependant, la place était principalement commandée par Nótis Botsáris qui les coordonnait. Le philhellène suisse Johann Jacob Mayer publiait dans la ville une gazette pour maintenir le moral des habitants. Ce journal est considéré comme le premier journal de Grèce. Les assiégeants étaient ravitaillés par Naupacte et Patras.
Pendant deux mois, le siège fit peu de victimes, des deux côtés. Les brèches faites par les sapeurs ottomans étaient réparées la nuit suivante par les civils grecs à qui cette tâche avait été confiée (femmes, enfants et vieillards). En juin, les assiégés furent ravitaillés par une flotte commandée par Giorgos Negkas. Et le 20 juin, ils purent effectuer une sortie. Les sapeurs des assiégés firent exploser une mine dans le mur de circonvallation que des ingénieurs autrichiens au service des Ottomans avaient construit. L’attaque permit aux Grecs de tuer une centaine de soldats ennemis

 

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MessagePosté le: Ven 9 Juin - 06:17 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

Tant que les communications maritimes furent possibles, les assiégés reçurent provisions et munitions du Péloponnèse et des îles Ioniennes. Mais, le 29 juin 1825, l’amiral ottoman Topal Pacha entra dans le lagon avec environ quatre-vingts vaisseaux turcs, égyptiens et algériens, la plus grande partie transportant des munitions et des provisions, mais aussi de nouvelles pièces d’artillerie. Missolonghi était coupée du reste de la Grèce. Cette fois, c’était au tour des Ottomans d’être ravitaillés. Rachid Pacha demanda à la ville de se rendre. La réponse des assiégés fut : « Les clés de la ville pendent au bout de nos canons. » Le 2 juillet, une mine détruisit le bastion « Botsaris » et les Ottomans tentèrent de pénétrer dans la ville. Ils furent repoussés. Rachid Pacha proposa à nouveau à la ville de se rendre. Les défenseurs se contentèrent d’envoyer de l’alcool aux Ottomans en leur précisant que c’était pour leur donner du courage, car prendre la ville ne serait pas facile. Le 18 juillet, le bastion « Franklin » fut capturé et les Ottomans y firent flotter leurs couleurs. Le moral dans la ville fut atteint. La contre-attaque grecque empêcha que les assiégeants entrent dans la ville. Le bastion fut repris à la fin de la journée. Les combats avaient fait 500 morts.
Le 23 juillet (julien), l’amiral grec Andreas Miaoulis réussit à forcer le blocus et à apporter des provisions à la ville. Il attaqua la flotte ottomane avec 40 navires et des brûlots. Les navires ottomans s’enfuirent, regagnant le port d'Alexandrie et le blocus fut brisé ; les navires grecs détruisirent ensuite une partie de la flottille de canots des assiégeants qui occupait le lagon. Quelques jours plus tard, des troupes commandées par Yeóryios Karaïskákis, commandant militaire de la Grèce de l’Ouest, et Kitsos Tzavelas, arrivèrent sur les arrières du camp ottoman ; une attaque combinée contre le camp de Rachid Pacha fut organisée dans la nuit du 25 juillet (julien), la garnison faisant une sortie avec un millier d'hommes contre les tranchées ottomanes, tandis que Karaiskaki attaquait par l'arrière avec 500 hommes.
Il envoya ensuite des troupes renforcer la garnison de Missolonghi, soulageant ainsi les assiégés. Le 28 septembre, Karaïskákis s’empara à Amphilochie du ravitaillement destiné aux Ottomans.
Le Sultan ayant laissé à Rachid Pacha jusqu’au beïram (Aïd pour les Ottomans) pour remplir sa mission, celui-ci tenta un dernier assaut désespéré qui échoua à nouveau. Ses troupes souffraient de plus en plus de la faim et des maladies. Des soldats commençaient à déserter. Les sorties des assiégés faisaient aussi beaucoup de mal au moral des assiégeants. Le 18 octobre 1825, Rachid Pacha interrompit le siège et se retira dans un camp retranché, à 1 km de la ville.

Le Sultan avait appelé à son aide Mehemet Ali, son vassal égyptien. Ce dernier avait envoyé son fils Ibrahim Pacha qui avait débarqué dans le Péloponnèse le 26 février 1825 et l’avait reconquis. La défaite de Rachid Pacha devant Missolonghi renforçait encore l’éclat de ses victoires. Il voulut encore accroître sa réputation et le prestige des troupes égyptiennes en réussissant là où les troupes turques avaient échoué.
Il envoya une partie de sa flotte bloquer Missolonghi en novembre 1825, puis traversa le golfe de Corinthe depuis Patras avec ses troupes et mit le siège devant la ville le 5 janvier 1826 (26 décembre 1825 du calendrier julien). Les travaux de réfection des fortifications mises à mal par le dernier siège n’avaient cependant pas pu être achevés. De nombreux habitants, autant de bouches inutiles, étaient aussi revenus, les Ottomans partis. Ibrahim Pacha se moqua de Rachid Pacha, disant qu’en huit mois il n’avait pas été capable de franchir cette clôture. Il désignait les remparts de la ville. Il affirma qu’en quinze jours il en viendrait à bout.
Vers la mi-janvier, Miaoulis réussit une nouvelle fois à ravitailler la ville. Cependant, l’opération fut plus difficile que les fois précédentes. Le trésor grec était à sec. Il fallait choisir : payer les marins pour transporter le ravitaillement depuis Hydra ou acheter ce ravitaillement. Les marins finirent par renoncer à leur solde et les philhellènes envoyèrent de nouveaux subsides. Devant Missolonghi, la flotte de Miaoulis se heurta à une forte opposition de la part de la flotte égyptienne mais réussit difficilement à passer.

Le 18 février, les travaux de siège étaient achevés. Ibrahim Pacha commença le bombardement. Entre le 25 et le 28 février, ses quarante canons et obusiers envoyèrent 8000 boulets ou bombes sur la ville. Les dégâts furent considérables. Dans ses Chroniques helléniques, Ellinika chronika, Mayer, favorable aux assiégés, rapporta que les obus de mortier principalement firent des dizaines de morts. Cependant les hommes d’Ibrahim Pacha furent incapables de prendre les murs de la ville malgré un triple assaut nocturne fin février. Ibrahim Pacha dut reconnaître qu’il ne pourrait réussir seul et se tourna alors vers Rachid Pacha à qui il demanda de l’aide. Les deux armées réunies scellèrent le sort de Missolonghi.
La flotte d’Ibrahim Pacha réussit à mettre en place un blocus total du port, empêchant l’arrivée de tout nouveau ravitaillement. Les îlots protégeant la ville du côté du lagon tombèrent les uns après les autres. Vassiladi, défendu par une centaine de combattants fut capturé par Hussein Bey, beau-frère d’Ibrahim Pacha, le 9 mars (25 février julien), après qu’une bombe fut tombée sur un magasin de poudre. Il n’y eut que trois survivants. Dalmâ fut capturé le 14 mars (28 février julien) et ses deux cents défenseurs périrent. Anatolikon se rendit le 15 mars (1er mars julien). Ibrahim Pacha épargna les défenseurs, en espérant que Missolonghi suivrait l’exemple du fort. Les deux pachas proposèrent une nouvelle fois aux assiégés de se rendre. La réponse fut « Nous mourrons, nous ne nous rendrons pas. Huit mille armes sanglantes ne se rendent pas. »33. Les assiégés exagéraient leur nombre, pour intimider les Ottomans. Le 15 avril (3 avril julien) Miaoulis s’approcha avec une trentaine de vaisseaux pour forcer le blocus naval, ce fut une défaite grecque et l’amiral ne fut plus en mesure de venir en aide à la ville. Le bombardement se poursuivit et le moral de la population baissa.
On peut lire dans les Ellinika chronika de Mayer :
« Nous souffrons de la faim, de la soif et de nombreuses maladies. 1.740 d’entre nos frères ont déjà péri. Plus de 100 000 bombes lancées par l’ennemi ont détruit les remparts et nos maisons. Nous souffrons des tortures du froid car nous manquons de bois. Quand on pense à tout ce qui nous fait défaut, il est incroyable de voir le courage et le moral de nos défenseurs. Dans quelques jours, tous ces braves ne seront plus que des ombres d’anges, des martyrs devant le trône de Dieu accusant l’indifférence du monde chrétien. Au nom de tous nos braves, j’annonce que nous avons fait le serment devant Dieu de défendre chaque pouce de terrain de la terre de Missolonghi. Nous préférons nous enterrer sous les ruines de notre ville plutôt que d’entendre parler de reddition. Nous vivons nos derniers instants. L’Histoire jugera et les générations futures pleureront notre sort. Quant à moi, penser que le sang d’un Suisse, descendant de Guillaume Tell, se mêlera à celui des héros de la Grèce m’emplit de fierté. »
Le haut commissaire de la République des Sept-Îles, sir Frederick Adam, essaya de faire signer un traité de paix mais en vain.


Ibrahim Pacha

La situation devint désespérée pour les défenseurs de la ville. Ils mourraient de faim s’ils restaient dans Missolonghi. Ils risquaient la mort s’ils tentaient une sortie, mais ils avaient une chance de survivre. Après environ un an à tenir la ville, les chefs grecs, Nótis Botsáris, Kitsos Tzavellas et Makris élaborèrent un plan pour s’échapper. Yeóryios Karaïskákis devait attaquer les Ottomans par l’arrière et ainsi créer une diversion pour permettre aux assiégés de s’échapper de la ville. Sur les 9 000 habitants, environ 7 000 étaient assez forts pour prendre part à ce plan. Ceux qui restaient derrière, blessés trop gravement pour pouvoir se déplacer et quelques derniers défenseurs prêts à se sacrifier, connaissaient leur sort.
L’évêque de Prévéza, Joseph, rédigea une déclaration qui fut signée par l’intégralité de la population :
« Au nom de la Sainte Trinité.
En nous voyant, armée et citoyens, jeunes et vieux, privés de tout espoir, manquant même du minimum vital depuis quarante jours aujourd’hui ; voyant que nous avons rempli nos devoirs de soldats fidèles envers leur nation au cours d’un siège ; voyant que si nous restons un jour de plus, nous allons mourir sur place au milieu de la rue ; considérant qu’il n’y a plus d’espoir de recevoir d’aide, ni par la mer, ni par la terre pour continuer le combat ; nous avons unanimement décidé, puisque nous sommes vainqueurs : Notre Sortie se fera à deux heures du matin, dans la nuit du samedi 10 avril, au lever du soleil du Dimanche des Rameaux, que l’aide vienne ou non. »

Dans la nuit du 22 au 23 avril (10 avril du calendrier julien), trois colonnes furent organisées, commandées respectivement par Botzaris, Tzavellas et Makris. Environ 2 000 hommes armés se trouvaient en avant et en arrière-garde. Au milieu, 5 000 vieillards, femmes et enfants étaient eux aussi armés. Certaines femmes s’étaient habillées en hommes, avaient pris les armes et avaient rejoint les combattants. Les assiégeants auraient cependant été prévenus par un déserteur bulgare. Ibrahim Pacha avait décidé de laisser passer les Grecs : il préférait qu’ils quittent la ville, qui ne serait plus défendue ; de même, les affronter en rase campagne serait plus aisé.
Les assiégés chargèrent hors des murs de la ville sous le feu des Ottomans en position défensive. Ils se heurtèrent aux différents ouvrages construits par les Ottomans pour empêcher toute sortie. La cavalerie égyptienne chargeant, la plupart des Grecs paniquèrent et se replièrent vers la ville. Les soldats albanais au service des pachas les poursuivirent. Bien que les soldats grecs aient réussi à se ressaisir, ils ne purent éviter le massacre. Des 7 000 personnes environ qui essayèrent de s’enfuir, environ 1 800 hommes et femmes réussirent à le faire sains et saufs
Le lendemain matin, dimanche des Rameaux, les Turcs et les Égyptiens entrèrent dans la ville. Les Grecs, menés par Kapsalis, se firent exploser avec leurs poudrières plutôt que de se rendre. Les survivants furent massacrés ou vendus comme esclaves. Les Ottomans placèrent également 3 000 têtes tranchées sur les remparts.

Après cet épisode héroïque et meurtrier, le courant de sympathie pour la cause grecque s’amplifia en Europe occidentale. La mort de Byron, en martyr, avait déjà nourri le philhellénisme. Le sort de Missolonghi lors de la « Sortie » infructueuse accentua le phénomène. Les plus célèbres des partisans des Grecs, artistes reconnus, mirent leur art au service de la cause grecque. Leur propagande, par sa qualité et sa quantité, maintint vivant l’intérêt occidental pour l’insurrection, mais aussi la mauvaise conscience des gouvernements.
Ainsi, Chateaubriand écrivait dans sa « Note sur la Grèce » (où il appelait à aider la Grèce insurgée) qui précède en 1826 son Itinéraire de Paris à Jérusalem, alors qu’il apprenait qu’Ibrahim Pacha venait aider Rachid Pacha :
« Missolonghi, presque sans fortifications, repoussant les barbares entrés deux fois jusque dans ses murs ».
« On aime encore à espérer que Missolonghi n’aura pas succombé, que ses habitants, par un nouveau prodige de courage, auront donné le temps à la chrétienté enfin éclairée de venir à leur secours. Mais s’il en était autrement, chrétiens héroïques, s’il était vrai que, près d’expirer, vous nous eussiez chargés du soin de votre mémoire, si notre nom avait obtenu l’honneur d’être au nombre des derniers mots que vous avez prononcés, que pourrions-nous faire pour nous montrer digne d’exécuter le testament de votre gloire ? Que sont à tant de hauts faits, à tant d’adversités, d’inutiles discours ? Une seule épée tirée dans une cause si sainte aurait mieux valu que toutes les harangues de la terre. »
Victor Hugo écrivait dans Les Orientales (« Les Têtes du Sérail ») en 1826 :
« Frères, Missolonghi fumante nous réclame,
Les Turcs ont investi ses remparts généreux.
Renvoyons leurs vaisseaux à leurs villes lointaines.
(...)
Missolonghi ! - Les Turcs ! - Chassons ô camarades,
Leurs canons de ses forts, leur flotte de ses rades. »
Rossini, directeur du théâtre des Italiens depuis 1824, organisa, le 3 avril 1826 un concert en faveur des assiégés[réf. nécessaire].
Des étudiants parisiens auraient organisé une manifestation en apprenant la nouvelle de la chute de Missolonghi. Ils se seraient rendus aux Tuileries et auraient obtenu de Charles X, sorti sur son balcon, la promesse d’aider les Grecs.
Eugène Delacroix connut avec le tableau de la Grèce sur les ruines de Missolonghi (1826) le même triomphe qu'avec les Scènes des massacres de Scio (1824). Chateaubriand et Palmerston prononcèrent des discours en faveur de la Grèce devant leurs parlements respectifs. L’archéologue et antiquisant allemand Niebuhr fit des discours qui permirent de récolter des fonds pour les comités philhellènes allemands. Le Suisse Jean-Gabriel Eynard et le roi Louis Ier de Bavière dépensèrent une partie de leur fortune pour racheter les femmes et enfants de Missolonghi vendus comme esclaves en Égypte. Alexandre Pouchkine quant à lui défendit la cause de l’insurrection en Russie. Émile Souvestre se fit connaître grâce à sa pièce de théâtre Le Siège de Missolonghi en 1828.

Le traité de Londres fut signé le 6 juillet 1827. La France, la Russie et le Royaume-Uni reconnurent l’autonomie de la Grèce qui resterait vassale de l’Empire ottoman. Les trois puissances se mirent d’accord pour une intervention limitée afin de convaincre la Porte d’accepter les termes du traité. Une expédition navale de démonstration fut suggérée et adoptée. Une flotte conjointe russe, française et britannique fut envoyée pour exercer une pression diplomatique sur Constantinople. La bataille de Navarin, pas vraiment prévue, plutôt due à une rencontre de hasard, entraîna la destruction de la flotte turco-égyptienne. Ensuite, la France envoya une expédition terrestre, l’Expédition de Morée.
 Ainsi, la prise de Missolonghi entraîna l’intervention des puissances européennes et permit la libération finale de la Grèce dans la guerre
d’indépendance.

Il fallut deux ans pour que Missolonghi soit reprise par les Grecs.
Le 27 décembre (15 décembre du calendrier julien) 1827, la Karteria, navire de guerre à vapeur, commandée par le capitaine Frank Abney Hastings, fit débarquer des soldats sur l’îlot de Vasilidi. Ils s’emparèrent du fort. Hastings fut ensuite mortellement blessé lors du débarquement sur Anatolikon le 23 mai (11 mai julien) 1828. Le 15 mai (3 mai julien) 1829, 4 000 soldats grecs commandés par Augustinos Kapodistrias mirent le siège devant la ville. Les défenseurs ottomans se rendirent sans combattre.
Aujourd’hui, seule la partie centrale des remparts est conservée, dont la « Porte de la Sortie » de 1826. Juste à côté de cette porte, dans un grand parc, se trouve l’heroön ou « Jardin des Héros » dédié aux défenseurs de la ville tombés lors des sièges. Un tumulus central accueille les anonymes. À sa droite, la tombe de Markos Botzaris par le sculpteur français David d’Angers, puis le monument à Byron qui contient le cœur du poète philhellène. Le musée de la ville commémore les sièges grâce à de nombreuses œuvres, dont une Grèce sur les ruines de Missolonghi de Delacroix. La Société Byron tient aussi régulièrement des colloques à Missolonghi.

   

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MessagePosté le: Sam 10 Juin - 06:02 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

  bataille de Saint-Eustache
 
Patriotes s'est produite le 14 décembre 1837 à Saint-Eustache au Québec (Canada). Il s'agit d'un des engagements entre les troupes britanniques et les patriotes du Bas-Canada lors de la Rébellion de 1837-38. La région au nord de Montréal où s'est déroulée cette bataille était connue comme un foyer du ressentiment contre l'absolutisme britannique.
Situé près de la Rivière-des-Mille-Îles, le village de Saint-Eustache est le centre d'activités socio-économiques de la Seigneurie des Mille-Îles, à l'aube des événements de 1837. Au nord-ouest de Montréal, est le chef-lieu de la troisième région en importance au Bas-Canada par sa population et n'a pas connu de problème économique grave dans les années 1830. Plusieurs des chefs de la Rébellion demeurent dans la région dont Girouard, Scott, Girod, Jean-Olivier Chénier, Jean-Baptiste Dumouchelle, Luc-Hyacinthe Masson et Chartier. L'agitation y est donc très forte comme l'autoritarisme du gouvernement britannique.
John Colborne, commandant en chef des forces armées britanniques dans les colonies du Haut et du Bas-Canada, veut éliminer les centres de résistance lorsque les événements de 1837 éclatent. Selon ses informations, la région de Saint-Eustache s'organise et pose un grand risque. Il décide donc d'envoyer des troupes, depuis Montréal, le 13 décembre.

Les troupes du général Colborne, traversent la Rivière-des-Mille-Îles à la hauteur de Sainte-Rose sur l'Île Jésus. On retrouve sous les ordres du général John Colborne deux brigades. La première, dirigée par le colonel John Maitland, est formée du 32e Régiment et du 83e Régiment, comportant 1200 soldats, ainsi que le Royal Montreal Cavalry avec 52 volontaires. La deuxième brigade, sous le commandement du colonel George Augustus Wetherall (vainqueur à la bataille de Saint-Charles le 25 novembre) comporte 78 hommes de troupes du Royal Artillery et 53 volontaires du Montreal Rifles Corps. Elle comporte également un détachement de 83 volontaires loyalistes de Saint-Eustache, le St.Eustache Loyal Volunteers qui a pour mission de couper la retraite des Patriotes sur la rivière des Mille-Îles, gelée en décembre à cette époque, et 45 volontaires du Queen's Light Dragoons. Au total, 1280 soldats réguliers et 220 volontaires avec tout leur équipement et train de munitions.
Dès 11h15, le tocsin sonne quand les volontaires de la troupe sont aperçus et Chénier se rue, avec 150 à 300 rebelles, à leur rencontre. Mais les tirs des troupes régulières les forcent à se replier. Les patriotes se retranchent dans le couvent, le presbytère, l'église de Saint-Eustache et le manoir seigneurial. Le rebelle patriote Amury Girod quitta le champ de bataille au début de l'affrontement, prétendant ramener des renforts de Saint-Benoît. Suspecté de trahison, des patriotes le poursuivirent et finalement Girod se serait suicidé.

Le village est rapidement encerclé et pendant une heure l'artillerie bombarde les bâtiments contenant les insurgés sans grand effet. Le général Colborne tente de pulvériser la porte de l'église avec un obusier mais le feu nourri des défenseurs fait reculer les servants de la pièce. Graduellement, le presbytère et les autres refuges tombent les uns après les autres. L'église est la dernière à tomber et devient la cible des tirs nourris britanniques.
Chénier, devenu commandant des rebelles, y résiste avec environ 60 hommes mais un groupe de soldats réussit à s'infiltrer dans la sacristie à l'arrière du bâtiment. Ceux-ci mettent le feu qui s'étend rapidement. Les rebelles se trouvent surtout aux jubés et doivent sauter par les fenêtres pour échapper aux flammes, car les escaliers avaient été démolis pour empêcher les troupes britanniques de pouvoir les atteindre. Les hommes sont ainsi exposés au tir ennemi et plusieurs sont blessés ou tués, dont Chénier. Il essaie quand même de fuir mais est tué dans sa tentative, prononçant Souvenez-vous de Weir !, une référence à George Weir.
La bataille a duré plus de quatre heures et se termine avec la défaite des Patriotes. On compte 70 morts chez les rebelles, une quinzaine de blessés et 120 prisonniers. Les Britanniques ont un mort et huit blessées, dont deux mourront plus tard. Les troupes, mais surtout les volontaires loyalistes, brûlent 65 maisons des 150 du village et se livrent au pillage.

  

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MessagePosté le: Sam 10 Juin - 06:25 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

massacre de Myall Creek fut un massacre commis à l'encontre de vingt-huit Aborigènes d'Australie par douze colons blancs le 10 juin 1838, sur les terres d'un éleveur de moutons à Myall Creek, près d'Inverell, dans le nord de la Nouvelle-Galles du Sud. De tels massacres n'étaient pas inhabituels, mais celui de Myall Creek eut ceci de particulier que sept des meurtriers furent reconnus coupables, condamnés à mort et exécutés par pendaison. Ce fut la première fois que des Blancs furent exécutés pour avoir assassiné des Aborigènes pour des questions de propriété (vol de bétail).
En l'an 2000, un mémorial fut érigé en souvenir des victimes.
Un groupe d'hommes, composé de onze forçats et d'un homme libre, John Fleming, arrivèrent à une cabane de la station de la Myall Creek appartenant à Henry Dangar le 10 juin 1838. Ils firent part à un ouvrier de la station, George Anderson, de leur intention de rassembler tous les autochtones qu'ils pourraient trouver. Ils affirmèrent vouloir agir par mesure de représailles pour des vols de bétail, même s'ils n'avaient pas tenté d'identifier les responsables du vol. Les hommes réunirent vingt-huit personnes, principalement des femmes et des enfants, dans un groupe de quarante à cinquante Aborigènes qui campaient dans la région. Ils les emmenèrent derrière une colline, loin de la cabane et les assassinèrent. Les corps furent ensuite brûlés.
Lorsque le gérant de la station, un certain M. Hobbs, revint quelques jours plus tard et découvrit les ossements, il décida de déclarer l'incident, parcourant 400 km à travers les plaines de Liverpool jusqu'à Muswellbrook. Le magistrat de l'endroit, le capitaine Edouard Day, signala l'incident au secrétaire colonial, Edward Deas Thomson, qui en rendit compte au gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud, George Gipps.
Gipps ne prit pas immédiatement de décision, mais en juillet, après avoir été invité à le faire par le ministre de la justice, John Plunkett, il ordonna à Day de prendre un groupe de policiers à cheval et d'aller enquêter. Arrivés sur l'endroit où les autochtones auraient été tués, ils trouvèrent de nombreux ossements calcinés, avec des fragments d'au moins une vingtaine de crânes différents, et d'autres restes squelettiques identifiables en quantité telle que Day en conclut qu'au moins vingt-sept personnes avaient été tuées là. Day fit son rapport en septembre, après quarante-sept jours d'enquête et repartit après avoir capturé les onze condamnés. Fleming ne fut pas capturé.

À partir du 15 novembre 1838, l'affaire fut jugée par le président de la Cour de Nouvelle-Galles du Sud, James Dowling. Les forçats étaient représentés par des avocats payés par une association de propriétaires fonciers et d'éleveurs de la région des plaines de Liverpool. L'association des Noirs, comme ils s'appelaient eux-mêmes, fut représentée par un magistrat local, qui apparemment utilisa de son influence pour rencontrer les prisonniers à Sydney, où il semble qu'il les ait encouragés à ne faire qu'un et à se tenir à cette attitude. Pas un seul des onze accusés ne témoigna contre ses coaccusés au procès, ce que Gipps attribua au rôle du magistrat.
Anderson, l'ouvrier de la ferme, le seul témoin blanc, fut le témoin clé de l'accusation. Il dit à la cour comment les douze hommes avaient attaché les victimes ensemble et précisa que certains des jeunes et des vieux étaient incapables de marcher. Le berger dit également que le fils de l'un des détenus lui avait montré une épée couverte de sang. Le témoignage d'Anderson fut soutenu par le capitaine Day, qui avait mené l'enquête et ramené les preuves médico-légales recueillies sur les lieux.
Dowling prit soin de rappeler au jury que la loi ne faisait aucune distinction entre l'assassinat d'un Autochtone et celui d'un Européen. Le jury, après avoir délibéré pendant vingt minutes, déclara que les onze hommes n'étaient pas coupables. Plus tard, l'un des jurés déclara au journal The Australian que, bien qu'il estimait les hommes coupables d'assassinat, il ne pouvait pas condamner un blanc pour avoir tué un Aborigène :
« Je considère les Noirs comme un ensemble de singes et plus vite ils seront exterminés de la surface de la terre, mieux ce sera. Je savais que ces hommes étaient coupables d'assassinat, mais je n'aurais jamais voulu voir un homme blanc pendu pour avoir tué un noir. »
Cependant, avant que les hommes ne soient remis en liberté, le ministre de la justice ordonna que sept des hommes soient jugés pour l'assassinat de l'un des enfants qui avaient été tués. Le deuxième procès eut lieu le 29 novembre. Anderson, qui avait été le témoin-clé lors du premier procès, donna un compte-rendu plus détaillé du massacre lors du deuxième procès. Il dit au tribunal que:
« Pendant que le patron était en voyage, environ dix hommes sont venus un samedi, je ne peux pas dire combien de jours après le départ du chef, à cheval, armés de fusils, d'épées et de pistolets, tous étaient armés ... les Noirs, quand ils ont vu les hommes arriver, ont couru vers notre maison et tous les hommes sont alors descendus de cheval. J'ai demandé ce qu'ils allaient faire aux Noirs et Russel m'a dit : « Nous allons les amener derrière la montagne pour leur faire peur. »

Anderson apporta ensuite la preuve que les Autochtones dans la cabane lui avaient demandé de l'aide. Il déclara qu'au moins une femme fut laissée chez lui parce que, lui ont-ils dit, elle était très belle, et qu'un jeune enfant qui avait été laissé avec lui, tenta de suivre sa mère qui était partie entravée avec les autres, avant qu'Anderson ne le ramène chez lui.
Les Blancs revinrent seuls tard dans la journée et, le lendemain matin, ils prirent dans la cabanes des rondins de bois pour le feu, et plus loin :
« J'ai vu de la fumée dans la direction où ils étaient partis et ce peu de temps après qu'ils ont emporté les rondins pour le feu… Fleming dit à Kilmeister d'aller ramasser du bois dans les alentours et soyez sûr que tout a été brûlé… Les filles sont parties, les deux garçons et l'enfant que j'ai renvoyé avec 10 noirs sont partis dans la matinée… Je ne voulais pas les garder car les hommes pouvaient revenir et les tuer. »

Anderson certifia qu'il avait dit toute la vérité au second procès. Il dit qu'il ne cherchait pas de récompense pour son témoignage mais, plutôt, "la protection de la justice". Le procès se poursuivit jusqu'à 2 h du matin le 30 novembre, lorsque les sept hommes furent reconnus coupables. Le 5 décembre, ils furent condamnés à être pendus. La sentence fut ratifiée par le Conseil Exécutif de Nouvelle-Galles du Sud le 7 décembre, Gipps écrivant plus tard, dans un rapport, qu'aucune circonstance atténuante ne pouvait être accordée à aucun des accusés et qu'il ne pouvait pas dire que l'un des hommes était plus ou moins coupable que les autres. Les sept hommes furent exécutés de bonne heure le 18 décembre.
Alors que ce n'était pas la première fois que des colons étaient pendus pour le meurtre d'Aborigènes, c'était la première fois que les colons ont été reconnus coupables et pendus pour le meurtre prémédité de personnes autochtones pour des questions de terres.
L'affaire fit grand bruit dans la population et raviva les tensions entre Blancs et Aborigènes. Les médias prirent parfois parti en faveur des coupables. Par exemple, un article paru dans The Sydney Morning Herald dit "toute cette bande d'animaux noirs ne valent pas l'argent que les colons devront payer pour l'impression des documents idiots de la cour sur lesquels nous avons déjà perdu trop de temps».
John Fleming, le leader du massacre, ne fut jamais capturé et aurait été responsable des massacres dans les plaines de Liverpool et de la Nouvelle-Angleterre. Son frère. Joseph Fleming, aurait aussi été lié à des massacres dans la région de Maranoa du sud-ouest du Queensland.
John Blake, l'un des quatre hommes acquittés lors du premier procès et qui ne fut pas inculpé au second, s'est suicidé en se tranchant la gorge en 1852. Ses descendants, qui vivent encore dans la région d'Inverell, disent qu'ils aiment à croire que le suicide de Blake serait dû aux remords éprouvés par celui-ci.

 

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MessagePosté le: Dim 11 Juin - 06:18 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

Les journées de Juin sont une
révolte du peuple de Paris du 22 au 26 juin 1848
socialistes
pour protester contre la fermeture des Ateliers nationaux.
La crise économique et sociale, qui avait causé le fort mécontentement populaire ayant débouché sur la révolution de février 1848, persiste. L'incertitude quant à l'orientation plus ou moins sociale de la république proclamée solennellement le 4 mai, incite les détenteurs de capitaux à retirer leurs fonds des banques qui manquent alors de liquidités pour consentir des prêts et soutenir l'escompte. Le nombre de chômeurs augmente. Il y a près de 115 000 personnes inscrites dans les Ateliers nationaux parisiens le 18 mai. Cela génère une dépense de près de 200 000 francs par jour. Grâce à la propagande de Falloux (faux rapports de la commission du travail de l'Assemblée Constituante) et des partisans de l'ordre, les rentiers et les bourgeois s'exaspèrent de devoir entretenir un nombre croissant de chômeurs. Les ateliers nationaux sont une infamie morale aux yeux des classes dominantes. Le coût des ateliers nationaux représente en réalité moins de 1 % du budget global du gouvernement. Certains fins esprits les surnomment : les « râteliers nationaux ». Ils consistent en fait en des activités de terrassement. De fait si la République manque de moyens c'est qu'elle s'est engagée à rembourser intégralement les aristocrates lésés par la mise en place de la République, allant même jusqu'à créer un nouvel impôt dans ce but, tout en le justifiant, justement, par le coût prétendument exorbitant des ateliers nationaux.
Mécontents, les ouvriers des Ateliers nationaux se tournent vers les démocrates socialistes ou bien les partisans de Louis-Napoléon Bonaparte. Certains ouvriers s'organisent et fondent le 20 mai la Société des corporations réunies qui regroupe une bonne partie des ouvriers ayant participé aux travaux de la Commission du Luxembourg mise en place par le gouvernement provisoire dès le lendemain de la révolution de février. Le 28 mai paraît le journal Le travail et le 4 juin Le Journal des travailleurs qui développent des idées républicaines et sociales. Les ouvriers des Ateliers nationaux et ceux de la Commission du Luxembourg s'entendent pour présenter des listes communes aux élections complémentaires pour l'Assemblée nationale des 4 et 5 juin. Le mouvement républicain progressiste, bien qu'amputé de ses chefs après l'échec de la manifestation du 15 mai 1848, progresse à Paris (Marc Caussidière, Pierre Leroux et Pierre-Joseph Proudhon sont élus).

Parallèlement, le « parti bonapartiste » prend de l'ampleur. Ses partisans mettent en avant les idées sociales du prétendant au trône Louis-Napoléon Bonaparte, auteur de De l'extinction du paupérisme, et jouent sur le souvenir encore frais du Premier Empire. Les ouvriers de La Villette pétitionnent pour que Louis Napoléon Bonaparte soit nommé Consul. La 7e légion de la Garde nationale (celle des quartiers populaires du Panthéon, de Saint-Marcel et de Saint-Victor) envisage de le prendre comme colonel en remplacement du républicain Armand Barbès que la Commission exécutive, le gouvernement, vient de jeter en prison. Aux élections, Louis Napoléon Bonaparte est triomphalement élu à Paris et dans quatre autres départements. Il renonce provisoirement à quitter son exil londonien pour venir siéger.
De ces élections, la majorité très conservatrice de l'Assemblée nationale (les républicains du lendemain, en fait des monarchistes camouflés) sort renforcée. Adolphe Thiers, battu le 23 avril, est confortablement élu à Paris et dans trois départements, accompagné de 5 nouveaux élus conservateurs parisiens (sur les 11 sièges à pourvoir à Paris) il apporte son savoir-faire politique et son animosité contre la République.
Débarrassée des chefs républicains progressistes après l'échec de la manifestation du 15 mai 1848, la majorité conservatrice de l'Assemblée nationale s'emploie à faire disparaître les Ateliers nationaux symbole de la politique sociale mise en place après la révolution de février 1848. Le 16 mai, la Commission du Luxembourg est supprimée, les ateliers sociaux (différents des ateliers nationaux) créés sont progressivement détruits, son président Louis Blanc étant par ailleurs sous la menace d'une arrestation et d'une enquête de la part de l'Assemblée nationale. Dès le 24 mai, Ulysse Trélat ministre des Travaux publics demande la suppression des Ateliers nationaux. Il est secondé à l'Assemblée par les très conservateurs comte de Falloux et comte de Montalembert. Le 30 mai, l'Assemblée décide que les ouvriers domiciliés depuis moins de trois mois dans le département de la Seine doivent regagner la province. On tente ainsi de dégonfler les effectifs de chômeurs secourus et de réduire une possible résistance des ouvriers parisiens.

Mais le gouvernement - la Commission exécutive - composée de républicains modérés, répugne à mettre en cause un des acquis les plus sociaux de la nouvelle république. Le décret du 24 mai est suspendu. Pour gagner la sympathie populaire, la Commission exécutive projette la création d'un crédit foncier devant aider les paysans très touchés par la crise économique. La réduction du très impopulaire impôt sur le sel est envisagée.
Afin de fournir du travail aux ouvriers des Ateliers nationaux, la Commission projette de nationaliser les compagnies de chemin de fer dont les chantiers ferroviaires seraient tenus par les chômeurs. Devant cette mise en cause de la propriété privée, la majorité conservatrice de l'Assemblée décide d'intensifier son action.
Les 14 et 15 juin, Falloux et Goudchaux sont élus respectivement rapporteur et président de la Commission spéciale sur les Ateliers nationaux.
Les 19 et 20 juin, l'Assemblée vote la dissolution des Ateliers nationaux. Le 21, la Commission exécutive cède et décrète la fermeture des Ateliers nationaux : les ouvriers âgés de 18 à 25 ans doivent s'enrôler dans l'armée, les autres doivent se rendre en province, et notamment en Sologne pour y creuser le canal de la Sauldre. Le 21 juin Le Moniteur, le Journal Officiel de l'époque, publie le décret.
Le 22 juin l'agitation se propage. Friedrich Engels écrit : « La ville était divisée en deux camps. La ligne de partage partait de l'extrémité nord-est de la ville, de Montmartre, pour descendre jusqu'à la porte Saint-Denis, de là, descendait la rue Saint-Denis, traversait l'île de la Cité et longeait la rue Saint-Jacques, jusqu'à la barrière. Ce qui était à l'est était occupé et fortifié par les ouvriers; c'est de la partie ouest qu'attaquait la bourgeoisie et qu'elle recevait ses renforts. »
Le 23 sont dressées les premières barricades.
Les causes de la révolte ouvrière
26 février : création des Ateliers nationaux visant à résorber le chômage des ouvriers dans les grandes villes (la crise économique sévit depuis 1847).
15 mars : tentative de l'extrême gauche, qui sent la conjoncture défavorable, de faire repousser les élections.
23 et 24 avril : élection de l'Assemblée constituante ; unanimisme républicain chez les candidats ; les vainqueurs sont ceux qui figuraient sur plusieurs listes (scrutin de liste départemental jusqu'en 1852), donc modérés, qui se révélèrent au fil du temps républicains du lendemain. Les positions des uns et des autres se décantèrent à l'épreuve des faits.
21 juin : les Ateliers nationaux sont supprimés en raison de leur coût, parce que le travail (essentiellement le repavage des rues) n'existe plus, laissant place à l'agitation politique quotidienne. Le coût des ateliers nationaux ne représente en réalité que moins de 1 % du budget global du gouvernement.


Barricades de la rue Saint-Maur durant les journées de Juin, sur un daguerréotype de 1848

22 juin : Agitation en divers points de la capitale.
Les journées insurrectionnelles
23 juin : début de la révolte populaire de Juin par l'établissement des premières barricades, durement réprimée par l'armée menée par le général Cavaignac. Le général Hippolyte-Marie-Guillaume de Rosnyvinen de Piré a fourni le témoignage suivant, inattendu, de l'attitude des insurgés de la barricade de la rue Nationale-Saint-Martin ce jour-là :
« Citoyens représentants, entré le premier à la baïonnette, le 23 juin, dans la barricade de la rue Nationale-Saint-Martin, je me suis vu quelques instants seul au milieu des insurgés animés d'une exaspération indicible. Nous combattions à outrance de part et d'autre ; ils pouvaient me tuer, ils ne l'ont pas fait ! J'étais dans les rangs de la Garde nationale, en grande tenue d'officier général ; ils ont respecté le vétéran d'Austerlitz et de Waterloo ! Le souvenir de leur générosité ne s'effacera jamais de ma mémoire... Je les ai combattus à mort, je les ai vus braves Français qu'ils sont ; encore une fois, ils ont épargné ma vie ; ils sont vaincus, malheureux, je leur dois le partage de mon pain... Advienne que pourra ! »
24 juin : le Panthéon de Paris est un des centres de l'insurrection. Plus de 1 500 insurgés s'y sont réfugiés. Ils sont délogés par le colonel Henri-Georges Boulay de la Meurthe à la tête d'un régiment de la garde républicaine.Le général Damesme sera mortellement blessé lors de ces combats.
25 juin : Monseigneur Affre, archevêque de Paris, est mortellement blessé sur les barricades. Le général Bréa est tué par les insurgés à la barrière d'Italie.
Face aux émeutiers, la police parisienne avec ses 3 000 membres est impuissante et ne peut qu'alerter les autorités et grâce à ses indicateurs, renseigner les forces gouvernementales qui furent déployées sous les ordres du général Louis Eugène Cavaignac.
Celles-ci disposèrent de 25 000 militaires de l'armée française, en grande partie des fils de paysans, 17 000 gardes nationaux (boutiquiers et bourgeois de Paris et de province), 15 000 gardes mobiles (recrutés dans les parties les plus pauvres du prolétariat parisien) et 2 500 gardes républicains (ex-municipaux) de la police.
Les journées de juin 1848 font de nombreuses victimes. Les forces gouvernementales perdent environ 1 600 hommes dont un millier de militaires.
La République réprime dans le sang la révolution parisienne. Le nombre d'insurgés tués pendant les combats fut estimé entre 3 000 et 5 000 personnes auxquelles s'ajoutent environ 1 500 fusillés sans jugement. Il y a environ 25 000 arrestations et 11 000 condamnations à la prison ou à la déportation en Algérie.
Selon le rapport du préfet de police François Joseph Ducoux du 8 octobre, du côté des forces gouvernementales, les combats ont fait 1 460 morts, dont les deux tiers pour l'armée et la garde nationale. Les pertes de la garde républicaine sont de 92 morts, dont deux officiers supérieurs. Sept généraux sont tués et cinq autres blessés.
Le 3 juillet, le général Cavaignac affirme que le nombre des insurgés étaient au maximum de 50 000 et que les pertes de l'armée sont de 703 morts ou blessés.
Selon Ernest Lavisse et Philippe Sagnac, les pertes de l'armée sont de 800 morts et 1 500 blessés, celles des gardes mobiles de 100 morts et 600 blessés tandis que celles des gardes nationaux et des insurgés sont inconnues.
Pour Alain Bauer et Christophe Soullez, les pertes sont au total de 15 000 tués ou blessés, dont 1 800 morts pour les forces de l'ordre et 4 000 tués pour les insurgés sur 25 000 combattants

Selon les statistiques des journaux de médecine, 2 529 blessés ont été recensés dans les hôpitaux de Paris, cependant de nombreux blessés ont été soignés à domicile.
Marx et Engels analysent cette révolution comme l'acte de naissance de l'indépendance du mouvement ouvrier. Les acteurs de la Révolution de février 1848 se sont divisés en deux camps. Le premier, celui de la bourgeoisie, est satisfait de la mise en place de la République telle qu'elle est. Désormais, face à elle, les ouvriers n'ont pas oublié les mots d'ordre de « République sociale » et c'est logiquement qu'on les retrouve en juin pour les défendre encore.
Ces événements renouvellent la méfiance ancienne des classes dirigeantes envers Paris. Rien d'étonnant donc à voir surgir dans les discours politiques bourgeois un certain culte de la province, de la classe moyenne paysanne comme pilier de la République. L'image est réutilisée plus tard, lors de la IIIe République.
La conséquence juridique de cette insurrection est quasi immédiate : la Constitution en cours de discussion est amendée pour en retirer toute référence sociale utilisable. La république sociale disparaît et, dans le même temps, la peur des rouges augmente et conduit à des votes de plus en plus conservateurs, d'abord au sein de la Constituante elle-même, ensuite, au moment de la désignation des corps constitués. Les élections présidentielles puis législatives amènent au pouvoir le neveu du premier empereur et une majorité monarchiste, étrange mélange pour une République.
Paris, saigné par les combats et la répression, perd la prééminence dans la vie politique. De plus, une grande partie du peuple parisien se détourne de cette République qui a fait tirer sur le peuple. Louis-Napoléon Bonaparte sait en tirer profit lorsqu'il décide de mettre fin à cette seconde expérience républicaine en France.
Une des conséquences des Journées de Juin 1848 est, quelques années plus tard, la destruction symbolique des quartiers centraux parisiens par Haussmann, dont les percées urbaines (le boulevard de Sébastopol en particulier) ont coupé en leur cœur les lieux de l'insurrection, où étaient dressées de nombreuses barricades, mais aussi d'où venaient de nombreux insurgés, ouvriers et artisans de la fabrique parisienne.
26 juin : fin de la révolte avec la chute de la dernière barricade, située faubourg Saint-Antoine. Ces journées révolutionnaires ont fait environ 4 000 morts du côté des insurgés, et 4 000 prisonniers sont déportés en Algérie. L'Assemblée décide de poursuites à l'égard de Louis Blanc.
28 juin : l'Assemblée remercie le général Cavaignac en le nommant chef du pouvoir exécutif.
3 juillet : dissolution des Ateliers nationaux.
27 juillet : à la suite de la répression des journées de Juin, l’Assemblée restreint l'activité des Clubs et y interdit la participation des femmes et des enfants.
28 juillet : Loi sur les clubs


 

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MessagePosté le: Dim 11 Juin - 06:32 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

  massacre de Tianjing eut lieu à Nankin (rebaptisé Tianjing, « Capitale Céleste » par les Taiping) en septembre-octobre 1856.
Au cours de cette période eut lieu une série d'assassinats entre les principaux chefs de la Révolte des Taiping, qui se déroulait alors en Chine, et qui est la plus grande guerre civile de l'histoire (avec 20 à 30 millions de morts).
Ce massacre fut le point de départ de la désagrégation du mouvement Taiping, mettant fin à l'unité de la révolte, qui y perdit de plus ses meilleurs généraux.
Ce fut donc probablement le moment crucial où la guerre a basculé en faveur de la dynastie des Qing.

Le massacre de Tianjing implique les principaux chefs de la Révolte des Taiping, et en particulier :
Yang Xiuqing, le « Roi de l'Est », qui sera assassiné, car il accapare de plus en plus le pouvoir depuis déjà plusieurs années, et il prévoit sans doute de s'emparer de son trône.
Au cours de ses transes mystiques, il déclare parler « au nom de Dieu le Père », ce qui rend alors ses décisions sans appel ; il est détesté par Wei Changhui et Qin Rigang ;
Hong Xiuquan, le « Roi Céleste », et chef suprême des Taiping, qui va se défaire de Yang Xiuqing, dont l'ambition démesurée lui porte ombrage, et lui fait maintenant craindre pour sa vie ;
Wei Changhui, le Roi du Nord, qui déteste Yang Xiuqing, qui l'avait fait fouetter au nom de Dieu le Père. Yang Xiuqing l'obligeait également à se courber devant lui lorsqu'il parlait au nom de Dieu; il assassina Yang Xiuqing et ses partisans, mais sera assassiné à son tour par Hong Xiuquan ;
Shi Dakai, Roi de Yi, dont le beau-père avait été fouetté sur ordre de Yang Xiuqing, et dont la femme et les enfants seront massacrés par Wei Changhui lors des incidents, après que Wei Changhui a tenté de l'assassiner lui-même ;
Qin Rigang, humilié par Yang Xiuqing, qui l'avait fait fouetter au nom de Dieu le Père, et dont il devait parfois aider à porter la chaise à porteurs. Il participe à l'assassinat aux côtés de Wei Changhui;
Chen Chenyong, oncle du fameux général Chen Yucheng, et lui-même secrétaire de Hong Xiuquan[réf. nécessaire]. Fouetté lui aussi sur ordre de Yang Xiuqing, c'est lui qui convaincra Hong Xiuquan que Yang Xiuqing prépare un coup d'État, où il a l'intention de tuer Hong lui-même pour s'emparer du pouvoir.

Causes de tension entre les protagonistes
Divergences stratégiques entre les partisans d'attaquer les Qing au nord (Pékin), position que défendent Wei Changhui et Qin Rigang, et partisans de se borner à la région de Nankin (point de vue défendu par Yang Xiuqing) .
Ambition folle de Yang Xiuqing : En août 1856, Yang Xiuqing (parlant au nom de Dieu le Père) demande au Roi Céleste Hong Xiuquan, chef suprême des Taiping, de lui décerner, à lui et à son fils, le titre de « Seigneur des Dix Mille Ans », identique au titre de Hong Xiuquan. C'était là revendiquer l'égalité avec Hong Xiuquan, puisque jusque là, Yang Xiuqing n'était que « Seigneur des Neuf Mille Ans ». Sur le moment, Hong semble acquiescer.
Jalousie de Hong Xiuquan face aux prétentions de Yang Xiuqing, qui se prétendait porte-parole privilégié de Dieu le Père, allant jusqu'à déclarer en 1853 que, en tant que représentant de Dieu, il allait punir Hong Xiuquan de 40 coups (de fouet), pour avoir donné des coups de pied à des concubines de son harem alors qu'elles étaient enceintes.
Lorsque Chen Chenyong explique à Hong Xiuquan que Yang Xiuqing prépare en réalité un coup d’État, Hong Xiuquan rappelle immédiatement ses plus fidèles généraux, Wei Changhui, Qin Rigang, et Shi Dakai.
Le meurtre de Yang Xiuqing
Wei Changhui et Qin Rigang reviennent précipitamment. Ils sont à Nankin le 1er septembre 1856, et décident de ne pas attendre Shi Dakai, qui, compte tenu de son éloignement, n'arrivera qu'en octobre. En effet, Yang Xiuqing a 6 000 soldats loyaux prêts à la défendre tout près de Nankin, et attendre serait folie.
Ils décident donc de passer tout de suite à l'action, et d'assassiner Yang Xiuqing tout de suite.
Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1856, ils pénètrent en force chez Yang Xiuqing, et le tuent avant qu'il n'ait eu le temps de s'enfuir.
Mais, en dépit de ce qui avait été prévu avec Hong Xiuquan, ils massacrent aussitôt la famille de Yang Xiuqing ainsi que toute sa suite

Massacres en série
Hong Xiuquan, furieux (ou faisant semblant d'être furieux) les condamne à 400 coups de fouet en public pour avoir outrepassé ses ordres. Les 6000 hommes de Yang Xiuqing sont conviés au spectacle, mais doivent laisser leurs armes à l'entrée du palais. Ils sont aussitôt arrêtés, puis massacrés.
Sous l'impulsion de Wei Changhui, le massacre continue alors pendant deux à trois mois, tuant au total de 20 000 à 30 000 partisans de Yang Xiuqing, ou adversaires potentiels de Wei Changhui.
Début octobre, Shi Dakai arrive enfin. Il reproche amèrement à Wei Changhui de s'être livré à de pareils excès ; Wei réagit très mal. Shi Dakai n'a que le temps de s'enfuir, car le soir même de leur rencontre, Wei Changhui donne l'assaut à la maison de Shi Dakai et massacre sa femme, ses enfants et toute sa suite.
Vengeance de Shi Dakai
Shi Dakai, général brillant, rassemble 100 000 hommes avec lesquels il marche sur Nankin, et exige de Hong Xiuquan la tête de Wei Changhui et de Qin Rigang. N'ayant pas d'autre issue, Hong Xiuquan fait décapiter Wei Changhui le 2 novembre, puis Qin Rigang et Chen Chengyong ; il envoie la tête de Wei à Shi Dakai. Chen Chenyong est également exécuté sur ordre de Hong Xiuquan.
Conséquences du massacre de Tianjing
Elles sont catastrophiques pour les Taiping :
Perte définitive de Wuhan : Wuhan en effet était défendue vaillamment par Wei June (韋俊), fils du frère de Wei Changhui. Quand il apprit que son oncle avait été massacré, il abandonne Wuhan à son sort en décembre 1856, avant de se rendre à l'armée Qing;
Déstabilisation définitive du haut commandement des Taiping : Hong Xiuquan n'a désormais plus confiance qu'en ses deux frères, qu'il nomme comme Rois pour faire contrepoids à Shi Dakai ;
Départ de Shi Dakai : écœuré par la situation et la méfiance dont Hong Xiuquan fait montre à son égard - alors qu'il l'avait pourtant nommé Conseiller Militaire (軍師) (en pratique, général en chef) en remplacement de Yang Xiuqing - Shi Dakai quitte définitivement les Taiping, accompagné de son armée ;
Nouvelle chance pour l'armée de Xiang : au moment de l'incident, Zeng Guofan, son général, était cerné sur lac Poyang (au sud du Yangzi Jiang) par les troupes Taiping. Utilisant des cordages pour barrer l'entrée du lac, les Taiping coupèrent en deux la flotte de jonques de guerre Qing et commencèrent à les couler. Zeng Guofan désespérait de la situation, quand il vit toutes les troupes Taiping se retirer, à cause du massacre de Tianjing;
Abandon définitif de toute tentative d'attaque vers le nord (Pékin).



 
 

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MessagePosté le: Lun 12 Juin - 05:21 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

Le massacre de Mountain Meadows eut lieu le 11 septembre 1857, lorsque 50 à 60 miliciens mormons locaux du sud de l’Utah, accompagnés d’alliés amérindiens, massacrèrent quelque 120 émigrants qui se rendaient avec des chariots en Californie. Ce crime atroce, qui n’épargna que 17 enfants de six ans et moins, se produisit dans une vallée de montagne appelée Mountain Meadows, à environ 55 kilomètres au sud-ouest de Cedar City. Il eut lieu dans le contexte de la guerre de l'Utah, un conflit entre des mormons et le gouvernement fédéral des États-Unis.
Au milieu du xixe siècle, un flot continu de caravanes d'émigrants traversait le territoire de l'Utah, en route pour la Californie. Les sentiments entre ces émigrants et les mormons, qui peuplaient l'Utah, n'étaient pas toujours cordiaux. Les émigrants entraient souvent dans le territoire avec un préjugé profondément enraciné contre les mormons. Souvent ces compagnies contenaient des Missouriens qui avaient participé à chasser les mormons du Missouri. Certains mormons ne pouvaient s'empêcher d'éprouver à l'égard de ceux-ci de la rancune et de la suspicion.
Ces caravanes d'émigrants contribuèrent beaucoup à susciter l'antagonisme des Indiens dans tout le territoire. Les gens de l'Est, en général, ne partageaient pas le sentiment de fraternité qu'avaient manifesté les mormons vis-à-vis des Peaux-Rouges. Ils les considéraient comme étant à peine supérieurs au niveau des animaux et tiraient souvent sur eux sans provocation. Les Indiens qui entraient dans leurs camps pour faire un commerce pacifique étaient souvent maltraités et quelques-uns furent tués par simple méchanceté. Ceci suscita la colère des tribus indiennes. C'était particulièrement le cas dans les colonies du sud. La colère des colons blancs s'éveilla, elle aussi. Précédemment, il avait été difficile de contenir les Indiens, mais maintenant cela devenait impossible.
Une crise se produisit au moment où une grosse compagnie d'émigrants venus de l'Arkansas était en route vers la Californie, par le sud de l'Utah en 1857. Cette compagnie contenait un groupe de Missouriens qui se donnait le nom de « Missouri Wildcats » (Chats sauvages du Missouri). Leur esprit semblait dominer la caravane. Ils se vantaient ouvertement d'avoir contribué à chasser les mormons du Missouri et de l'Illinois, et de ce qu’ils allaient revenir aider l'armée qui approchait de l'Utah à exterminer les mormons.

Les récits concernant leur comportement pendant qu'ils traversaient les colonies du sud sont si contradictoires qu'il est difficile de déterminer l'entière vérité. Parmi les accusations portées contre eux, il y avait l'affirmation qu'ils avaient empoisonné un bœuf mort, ce qui produisit la mort de plusieurs Indiens Païutes qui en mangèrent. On affirma aussi qu'ils avaient empoisonné les sources, ce qui produisit la mort de plusieurs bestiaux et rendit malades les colons qui tentèrent de sauver la graisse des animaux.
Les Indiens étaient terriblement excités. Toutes les insultes accumulées par les nombreuses caravanes les incitèrent à chercher vengeance. Dans l'esprit des Indiens, tous les blancs, à part les mormons, appartenaient à une seule tribu, les « Mericats ». Leur loi exigeait une vengeance sanglante contre tous ceux qui appartenaient à la tribu coupable.
Ordinairement les colons exerçaient leur influence pour maintenir la paix et empêcher à tout prix que les caravanes d'émigrants fussent attaquées. Il semble que cette fois-ci on ne tenta pas de les arrêter. Beaucoup de blancs avaient été irrités au maximum par les provocations des « Missouri Wildcats » et par leurs déprédations.
Le 6 septembre 1857, pendant que la caravane d'émigrants avait installé un camp prolongé à « Mountain Meadows », à soixante-cinq kilomètres au sud-ouest de Cedar City, se tint un conseil des principaux mormons de cette ville. On décida d'envoyer un messager à Brigham Young, président de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours et gouverneur du Territoire de l'Utah, pour l’informer de la situation. James Haslam, de Cedar City, était ce messager.
Haslam se rendit à toute allure à Salt Lake City. Il parcourut cinq cents kilomètres en trois jours depuis Cedar City. Parvenu devant Brigham Young, il lui remit un message qui faisait état de la situation. Après avoir lu le message que Haslam apportait, le gouverneur Young lui demanda s'il pouvait supporter le voyage de retour. Il répondit par l'affirmative. Après plusieurs heures de sommeil, il monta à cheval pour le voyage de retour. En lui remettant une réponse non scellée, le président Young lui dit : « Allez le plus vite que vous pouvez ; n'épargnez pas votre cheval. Il ne faut pas gêner les émigrants, même s'il faut l’Iron County pour l’empêcher. Ils doivent passer librement sans être molestés ».
Dans les instructions que Haslam ramenait au colonel Isaac C. Haight de Cedar City, on lit : « En ce qui concerne les caravanes d'émigrants traversant nos colonies, nous ne devons pas les gêner tant qu'elles n'auront pas été averties de ne plus passer par ici. Vous ne devez pas vous en mêler. Nous nous doutons bien que les Indiens feront ce qui leur plaît, mais vous devez essayer de garder de bonnes relations avec eux ».
Haslam arriva le 13 septembre à Cedar City, ayant fait ce voyage de plus de mille kilomètres en six jours. Après avoir lu le message, le colonel Haight répondit, en larmes : « Trop tard, trop tard ». Haslam raconta plus tard : « Le massacre était terminé avant que je ne fusse rentré chez moi »

Mountain Meadows était une étroite vallée de huit kilomètres de long, située à cinq cent dix kilomètres au sud et un peu à l'ouest de Salt Lake City. Elle se trouve sur un plateau qui constitue le bord sud du Grand Bassin. La première semaine de septembre 1857, les émigrants d'Arkansas et du Missouri allèrent camper à l'extrémité sud de la vallée, près d'une source.
Plusieurs centaines d'Indiens se rassemblèrent dans le voisinage et, à l'aube du 8 ou du 9 septembre, lancèrent une attaque contre les émigrants. Cette attaque fut repoussée et les émigrants se préparèrent à soutenir un siège en vue d'une prochaine agression.
Entre-temps les Indiens envoyèrent des coureurs dans les tribus voisines pour rassembler des guerriers. Ils appelèrent aussi John D. Lee, qui avait été en contact étroit avec les affaires indiennes, étant leur fermier, en le priant de venir les conduire à la victoire. Lee se hâta de sa résidence à Harmony jusqu'au théâtre des opérations et sembla partager la frénésie des Peaux-Rouges. Plus tard d'autres hommes blancs apparurent sur la scène, ayant été attirés vers les prairies, leurs services ayant été requis pour ensevelir les morts. Certains restèrent, volontairement ou de force, pour participer à l'ultime confrontation.
Le matin du 11 septembre, une délégation brandissant un drapeau blanc fut envoyée au camp des émigrants à qui l'on proposa les termes d'une reddition. Les émigrants devaient rendre leurs armes. Les blessés devaient être chargés dans les chariots, suivis par les femmes et les enfants, et les hommes devaient fermer la marche en file unique. Ils devaient être ainsi escortés par les blancs jusqu'à Cedar City.
Tout ceci fut accepté, et la marche commença. À une courte distance du camp, les hommes blancs, à un signal donné, tombèrent sur les émigrants désarmés. En même temps, des centaines d'Indiens, qui étaient restés en embuscade, se précipitèrent sur la compagnie. En cinq minutes, la tragédie était terminée. Trois hommes seulement échappèrent à l'assaut mortel mais, poursuivis par les indiens, le sursis fut de courte durée. Seuls 17 enfants de moins de 8 ans furent épargnés grâce à leur jeune âge. Dans un premier temps, les colons s'occupèrent d'eux. Plus tard, le gouvernement des États-Unis créa un fonds pour prendre soin de ces enfants et les confier à des parents, en Arkansas et au Missouri, ou à l'orphelinat de St-Louis.


Exécution de John D. Lee par un peloton d'exécution pour son rôle dans le massacre de Mountain Meadows, 20 ans après sur les lieux même du massacre

La nouvelle du massacre de Mountain Meadows fut un choc pour les dirigeants de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours et suscita une tristesse profonde dans tout le territoire d'Utah. Dès qu’il apprit le drame, Brigham Young envoya George A. Smith faire une enquête sur l'affaire. Celui-ci fit un rapport officiel à Brigham Young en 1858. À ce moment-là, Brigham Young avait laissé toute autorité civile à son successeur, le gouverneur Cumming. John D. Lee, l'agent du bureau des affaires indiennes, dans son rapport au gouvernement, donna sa propre version de la tragédie, mais le gouvernement n'ordonna pas d'enquête.
Brigham Young insista auprès du gouverneur Cumming pour qu'il fît une enquête sur l'accusation de participation d'hommes blancs au massacre. En 1876, Brigham Young dit à la barre des témoins : « Peu après l'arrivée du gouverneur Cumming, je lui demandai d'emmener le juge Gradlebough, qui appartenait au district du sud, et lui dis que je les accompagnerais avec une aide suffisante pour faire une enquête en la matière et faire comparaître les coupables devant la justice ».
Le gouverneur Cumming, devant les difficultés de la « guerre d'Utah » et le pardon de ceux qui s'étaient rendus coupables contre le gouvernement des États-Unis, ne fit rien pour poursuivre ceux qui avaient participé au massacre.
Les non-mormons tentèrent de rendre Brigham Young responsable de la tragédie. Le juge Cradlebough prit la tête de cette attaque et tenta en 1859 d'étudier l'affaire. Forney, l'agent pour les affaires indiennes, dit à propos de cette tentative : « Je crains, et je regrette de devoir le dire, qu'il y ait chez certaines personnes un plus grand empressement à impliquer Brigham Young et les autres dignitaires de l'Église dans toutes les offenses criminelles qu'un effort diligent pour punir les coupables réels des délits ».
Des années plus tard John D. Lee fut condamné pour le crime et le paya de sa vie. Son exécution eut lieu sur l'emplacement de la tragédie. Brigham Young dit alors : Lee "n'a pas à moitié expié pour ce grand crime" . D'autres hommes impliqués s'enfuirent du territoire et moururent fugitifs.
Pour l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, rien n'excuse le massacre de Mountain Meadows. Les coupables ne furent jamais tenus pour innocents par l'Église. Les principaux protagonistes du drame furent excommuniés.
L'Église considère qu'elle n’est pas à condamner à cause des actes vils d'un petit nombre de ses membres. Pour les saints des derniers jours, la loi de l'Église avait été exprimée de la façon suivante dans une révélation reçue par Joseph Smith en 1831 : « Et maintenant, voici, je parle à l'Église. Tu ne tueras pas ; celui qui tue n'aura pas de pardon dans ce monde ni dans le monde à venir. De plus, je le dis, tu ne tueras pas ; mais celui qui tue mourra... Et il arrivera que si quelqu’un parmi vous tue, il sera livré et traité selon les lois du pays ; car souvenez-vous qu'il n'y a pas de pardon pour lui ; et les preuves seront établies selon les lois du pays ».
Le mardi 11 septembre 2007, lors de la cérémonie commémorative du cent-cinquantenaire organisée sur les lieux du drame — où sont enterrés les restes des 120 victimes hommes, femmes et enfants —, l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours présenta ses excuses aux centaines de descendants des victimes et des survivants et reconnut la responsabilité de ses dirigeants locaux et de ses membres impliqués dans le massacre. Des regrets furent également exprimés à l’égard de la tribu indienne des Païutes qui fut incitée par ruse à participer à la tuerie et longtemps jugée seule responsable



 

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saintluc
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MessagePosté le: Lun 12 Juin - 05:29 (2017)    Sujet du message: MASSACRES, GENOCIDES, ATROCITES, ETC... 1 (Sommaire page 1) Répondre en citant

Massacre de Damas du 9 au 18 juillet 1860 est celui de chrétiens par des musulmans. Quatre à six mille personnes sont tuées. Des milliers de chrétiens sont sauvés par l'émir algérien Abd el-Kader (1808-1883).
Les massacres de Damas interviennent à la suite des massacres des Chrétiens du Mont Liban par les druzes principalement. Ce qui les déclencha principalement fut la chute de la ville de Zahlé (à majorité melkite grecque-catholique) considéré imprenable par tous et l'impunité des coupables des massacres du Mont Liban, laissant à penser que les massacres de chrétiens ne seraient point réprimandés par la porte "Gouvernement Ottoman". Il est nécessaire de rappeler aussi que ces massacres interviennent et furent surement le jeu de manipulation externes et internes ainsi que principalement des rivalités économiques. Les Chrétiens étant principalement détenteurs de monopole sur certains marchés ils ont probablement suscité la jalousie. Ils interviennent aussi dans une logique de l'affaiblissement de l'empire ottoman et du Printemps des peuples en 1848 et de la nouvelle égalité plus ou moins accordé par la porte pour l'ensemble de ce ces sujets. Cette période cauchemardesque de l'histoire des chrétiens d'orient fut la cause principale du début de leur exode vers l'Europe, l'Afrique et les Amériques mais aussi vers l'Egypte où de nombreuses familles syriennes et libanaises chrétiennes s'installèrent à la fin du XIXe siècle.

Les troubles confessionnels du Mont-Liban se sont étendus à Damas entre le 9 et le 17 juillet 1860. Sans que le gouverneur ottoman de la ville, Ahmed Pacha, ne s'interpose, des fanatiques attaquent les quartiers chrétiens, melkite et maronite, tuant plus de cinq mille habitants selon le général d'Hautpoul.
L'émir Abd el-Kader intervient pour arrêter le massacre et protège au péril de sa vie1 la communauté des chrétiens de Damas. Grâce à son influence auprès des dignitaires de la ville et aux membres de sa suite qui l'ont suivi dans son exil, quelque 12 000 survivront, mais 10 000 trouveront tout de même la mort.
Abd el-Kader doit même s'interposer par la force avec les membres de sa suite, pour protéger les familles chrétiennes venues se réfugier en nombre dans le quartier des Algériens. Il fait tuer certains pillards. À la suite de ces événements et le calme revenu, il se retire plusieurs jours sur la tombe de Ibn Arabî (quartier de Sheikh Mouhidin) pour prier, méditer et jeûner. Cet épisode est relaté dans Damas, jardin de l'Islam de Myriam Harry (1948 ?). Il est important de noter que les Chrétiens furent pris par surprise et que la porte, soit le gouvernement Ottoman facilitèrent probablement le massacre et y prirent part fort probablement, cependant les Chrétiens résistèrent vaillamment et certains villages résistèrent avec succès (i.e : Sednaya). D'autres furent forcés de se convertir pour survivre.
Encore aujourd'hui, certains Syriens sont appelés « Algériens » en référence à ces membres de la suite d'Abd el-Kader dont ils sont descendants et des Algériens qui se sont regroupés autour de lui dans son exil, installés dans le quartier de Salhieh (qui à l'époque est encore un réseau de petites ruelles ottomanes, et non le quartier à l'architecture coloniale que l'on connaît aujourd'hui).
À la suite des massacres de chrétiens perpétrés par les Druzes dans le mont Liban (mars à juillet 1860) et à Damas (9 au 18 juillet), les puissances européennes décidèrent l'envoi d'une expédition chargée officiellement d'apporter une aide aux troupes du sultan pour rétablir l'ordre dans cette contrée de l'Empire ottoman.
L'expédition française en Syrie dura du mois d'août 1860 au mois de juin 1861.
Dans les faits, et selon le mot de Napoléon III lui-même, l'expédition fut une « opération à but humanitaire ».
Conséquence pérenne de cette intervention : l'autonomie du Liban vis-à-vis de la Syrie, consacrée le 9 juin 1861 par la nomination par le sultan d'un gouverneur propre à la nouvelle entité, l'Arménien Garabet Artin dit « Daoud Pacha »

 

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