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Date de fondation du forum: 15 avril 2012.
9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1)
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saintluc



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MessagePosté le: Mar 9 Mai - 07:03 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

Revue du message précédent :

La bataille de Djerba est une bataille navale qui a lieu du 9 au 14 mai 1560 le long des côtes tunisiennes (au large de Djerba). Elle oppose la flotte de l'Empire ottoman, commandée par Piyale Pacha et Dragut, à une flotte européenne principalement composée de navires espagnols, napolitains, siciliens et maltais.
La bataille de Djerba représente l'apogée de la domination navale des Ottomans en Méditerranée.
Depuis la défaite de la bataille de Préveza, subie en 1538 face à la flotte ottomane commandée par Khayr ad-Din Barberousse, ainsi que la désastreuse expédition d'Alger de l'empereur Charles Quint en 1541, les principales puissances navales du bassin méditerranéen, l'Espagne et la République de Venise, se sentent de plus en plus menacées par les Ottomans et les corsaires barbaresques.
En 1551, les Ottomans prennent Tripoli aux mains des chevaliers de Malte, faisant de la ville un centre important pour les raids de pirates en Méditerranée et la capitale de la province ottomane de Tripolitaine.
Cette menace s'accentue lorsque Dragut mène l'invasion des îles Baléares en 1558, avec 150 navires et 15 000 hommes, et s'empare de Ciutadella de Menorca qui n'est défendue que par une petite garnison de quarante soldats (réduisant en esclavage plus de 4 000 habitants) ; il organise ensuite des raids contre les côtes méditerranéennes espagnoles en compagnie de Piyale Pacha. Le roi Philippe II d'Espagne décide alors de réagir et invite le pape Paul IV et ses alliés européens à entreprendre la reconquête de la ville de Tripoli, possédée par les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem jusqu'en août 1551, date à laquelle Dragut s'en empare, exploit qui lui a valu d'être nommé bey de Tripoli par le sultan ottoman Soliman le Magnifique

L'historien William H. Prescott aurait écrit que les sources décrivant la bataille étaient tellement contradictoires qu'il défiait le lecteur de les réconcilier.
En 1559, Philippe II autorise les chevaliers de Malte et le vice-roi de Naples à monter une expédition contre Tripoli et l'île de Djerba. Les historiens les plus réputés pensent que la flotte rassemblée par les puissances chrétiennes comporte environ cinquante à soixante galères et quarante à soixante navires plus petits. Par ailleurs, Giacomo Bosio, l'historien officiel de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem a indiqué qu'elle comportait 54 galères.
Fernand Braudel donne également le chiffre de 54 navires de guerre complétés par 36 navires de transport. L'un des comptages les plus détaillés est celui de Carmel Testa qui eut accès aux archives de l'ordre de Malte. Il liste précisément 54 galères, sept bricks, 17 frégates, deux galions, 28 navires marchands et douze petits navires. Ils étaient fournis par une coalition composée des républiques de Gênes et Naples, de la Sicile, de Florence, des États pontificaux et de l'ordre de Malte.
La flotte se rassemble à Messine sous le commandement de Giovanni Andrea Doria (neveu de l'amiral génois Andrea Doria) puis se dirige vers Malte où elle est bloquée pendant deux mois par le mauvais temps. Durant cette période, quelque 2000 hommes périssent en raison de diverses maladies. Le 10 février 1560, la flotte appareille pour Tripoli. Le nombre précis de soldats embarqués n'est pas connu. Braudel donne pour sa part le chiffre de 10 000 à 12 000, Testa 14 000 alors que des sources plus anciennes donnent un chiffre supérieur à 20 000, une exagération au regard du nombre d'hommes que peut contenir une galère du xvie siècle.
Bien que l'expédition n'accoste pas loin de Tripoli, le manque d'eau, la maladie et une violente tempête poussent les commandants à abandonner leurs objectifs d'origine et, le 7 mars, ils appareillent vers l'île de Djerba qu'ils prennent rapidement. Le vice-roi de Sicile, Don Juan de la Cerda, duc de Medina Coeli, ordonne la construction d'un fort sur l'île. À ce moment-là, une flotte ottomane d'environ 86 galères et galions, placés sous le commandement de l'amiral ottoman Piyale Pacha, est déjà en route depuis Istanbul. Cette flotte arrive à Djerba le 11 mai, à la surprise des forces chrétiennes

La bataille est une affaire d'heures : près de la moité des galères chrétiennes sont prises ou coulées. Anderso donne le bilan total des pertes chrétiennes à 18 000 mais Guilmartin les réduit à environ 9 000 dont près des deux-tiers sont des rameurs.
Les survivants trouvent refuge dans le fort, achevé quelques jours auparavant, qui est rapidement attaqué par les forces combinées de Piyale Pacha et Dragut (qui a rejoint Piyale Pacha au cours du troisième jour) mais pas avant que Giovanni Andrea Doria réussisse à s'échapper dans un petit navire. Après un siège de trois mois, la garnison se rend et, selon Bosio, Piyale Pacha ramène 5 000 prisonniers à Istanbul, dont le commandant espagnol, Don Alvaro de Sande, qui avait pris le commandement de la flotte chrétienne après la fuite de Doria. Les circonstances des derniers jours de la garnison assiégée sont contradictoires. Ogier Ghislain de Busbecq, l'ambassadeur autrichien à Istanbul, raconte dans ses Lettres turques que, reconnaissant la futilité de la résistance armée, de Sande essaya de s'échapper dans un petit bateau mais fut rapidement capturé. Dans d'autres récits, notamment celui de Braudel, il dirige une tentative de sortie le 29 juillet et se fait alors capturer. À travers les efforts de Busbecq, de Sande est libéré quelques années plus tard. Il combattra à nouveau les Ottomans lors du siège de Malte en 1565
Une tour composée de crânes, dite Borj-er-Rous, aurait été érigée par Dragut en hommage à cette bataille. Elle est détruite en 1848 sur ordres du bey de Tunis, à la demande du ministre espagnol des affaires étrangères, et remplacée par un obélisque
La bataille de Djerba représente l'apogée de la domination navale des Ottomans en Méditerranée qui grandissait depuis leur victoire à la bataille de Prévéza 22 ans plus tôt. Ils assiègent ensuite la nouvelle base de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1565 (après l'avoir chassé de Rhodes en 1522) mais perdent cette bataille décisive. Il faut attendre la destruction d'une large flotte ottomane à la bataille de Lépante en 1571 pour que la réputation d’invincibilité des Ottomans s'effondre.
Toutefois, à la suite de la prise de Chypre en 1571, les Ottomans parviennent à reconstruire leur flotte en moins d'un an et prennent Tunis aux Espagnols et à leurs vassaux hafsides en 1574
 


La bataille de Varna a eu lieu le 10 novembre 1444 entre Varna et Kaliakra dans l'Est de ce qui est actuellement la Bulgarie. Elle oppose les forces du sultan Murad II aux croisés commandés par Ladislas III Jagellon, roi de Pologne et de Hongrie. La bataille se solda par une victoire ottomane.
Après leur défaite à Belgrade en 1440, les Ottomans ont signé une trêve de dix ans avec la Hongrie que cette dernière ne respectait pas, puisqu'elle s'est entendue avec la République de Venise et le pape Eugène IV pour organiser une nouvelle croisade. Murad II, rappelé au pouvoir par le Grand Vizir Çandarlı Halil Hayreddin Pacha, décida donc de mener son armée sur les terres occidentales. Des bateaux français et italiens firent traverser le Bosphore à son armée.
L'armée chrétienne commandée par les voïvodes de Transylvanie et de Valachie, Jean Hunyadi et Vlad Dracul, était principalement formée de Hongrois, de Roumains et de Polonais, mais comptait aussi des détachements tchèques, croates, serbes, bulgares et russes, ainsi qu'un détachement français commandé par le légat papal Julien Cesarini.
La flotte vénitienne ne pouvait pas empêcher le transport des renforts turcs en provenance d'Asie Mineure. À cause de cela, Venise a été accusée de trahison et d'avoir laissé traverser le Bosphore aux turcs, chose qu'elle niera toujours.
Le 9 novembre, les Chrétiens sont alertés de la présence d'une énorme armée turque autour de Kaliakra, Jean Hunyadi va en reconnaissance l'examiner. Réalisant que les forces turques surpassent largement en nombre celles des Chrétiens, il convoque immédiatement un conseil de guerre. Cesarini est favorable à un retrait, les Turcs ayant l'avantage du terrain. Mais la fuite aurait laissé la possibilité aux Turcs de harceler sans relâche les Chrétiens, de plus la fierté du roi Ladislas et de Hunyadi leur interdisait la fuite. Cesarini propose alors de camper sur une position défensive et d'attendre des renforts moldaves, génois et grecs par la Mer Noire, de manière à prendre les Turcs à revers. Tous approuvent sauf Hunyadi qui préfère une attaque frontale pour paniquer l'ennemi. « S'échapper est impossible, se rendre est impensable. Battons-nous avec courage et honorons nos armes », dit-il.
Les Chrétiens, lancés dans un combat désespéré, se battent bravement et font de terribles dégâts dans les rangs turcs ; à tel point que la victoire aurait pu leur appartenir si le jeune roi de Pologne n'avait pas commis l'erreur de se lancer à la tête d'un petit contingent vers Murad, voulant le faire prisonnier. Le sultan apeuré est sur le point de fuir quand les Janissaires le retiennent et taillent en pièces le roi polonais dont la tête fut exposée dans la capitale ottomane.
Après cet épisode désastreux, les Chrétiens sont démoralisés, d'autant qu'une tempête empêche la venue de la flotte des Byzantins, des Moldaves et des Génois. L'armée chrétienne se dégage de la nasse de Kaliakra et fuit devant les Musulmans. Autant d'hommes périrent au cours de la bataille que lors de la fuite. Toutefois les pertes sévères infligées aux forces du sultan par les croisés retardèrent son avancée en Europe.


Le siège de Belgrade a eu lieu du 4 juillet au 22 juillet 1456. Après la chute de Constantinople en 1453, le sultan ottoman Mehmed II rassemblait des forces en vue de conquérir le Royaume de Hongrie. Son objectif immédiat était de s'emparer de la forteresse (en hongrois : végvár) de la ville de Belgrade (en hongrois : Nándorfehérvár). Jean Hunyadi, un noble hongrois seigneur de la Transylvanie, qui s'était déjà battu pendant deux décennies contre les Ottomans, s'attendait à leur attaque.
Le siège de Belgrade se transforma en une bataille majeure, au cours de laquelle Hunyadi conduisit une contre-attaque qui submergea le camp turc, contraignant le sultan Mehmed II, blessé durant l'affrontement, à lever le siège et à battre en retraite. Selon le pape Calixte III, ce siège « décida du sort de la Chrétienté »
À la fin de l'année 1455, Jean Hunyadi commença à organiser la résistance contre les Ottomans. À ses propres frais, il approvisionna et arma la forteresse de Belgrade, qu'il munit d'une forte garnison commandée par son beau-frère Mihály Szilágyi et son fils aîné László. Lui-même quitta la ville pour former une armée de soutien, ainsi qu'une flotte de deux cents corvettes. Les seigneurs hongrois, redoutant son pouvoir grandissant, le laissèrent encore une fois financer l'opération. En revanche, Hunyadi reçut l'appui du frère franciscain Jean de Capistran, qui prêchait le lancement d'une croisade. Grâce à lui, une armée de paysans et de fermiers, pour certains simplement armés de frondes et de faux, vint se ranger sous la bannière de Hunyadi, qui avait déjà réuni autour de lui quelques mercenaires et cavaliers. Au total, Hunyadi pouvait compter sur 25 à 30 000 hommes
Le sultan Mehmed II, surnommé Mehmed le Conquérant, à la tête d'une armée d'environ 70 000 soldats, arriva à Belgrade et mit le siège devant la ville le 4 juillet 1456. Dans la place, Szilágyi pouvait compter sur 5 à 7 000 hommes. Du haut d'un promontoire, le sultan commença à faire feu sur les murailles de la ville le 29 juin 1456. Il répartit ses hommes en trois corps. Le corps de Rouméliens, d'origine européenne, disposait de la majorité des 300 canons6 engagés dans le siège, la flotte ottomane, forte de deux cents navires mobilisant le reste. Les Rouméliens furent rangés sur le flanc ouest de l'armée, les Anatoliens occupant le flanc est. Au centre se trouvaient les janissaires, qui constituaient la garde personnelle du sultan, ainsi que le poste de commandement. Les Anatoliens, comme les janissaires, formaient un corps d'infanterie lourde. Mehmed II établit le gros de sa flotte au nord-ouest de la ville, de façon à contrôler les zones marécageuses situées autour de Belgrade et pour empêcher l'arrivée d'éventuels renforts. Il s'agissait aussi de surveiller la Save, au sud-ouest, pour empêcher que l'infanterie ne soit débordée par l'armée d'Hunyadi. Le Danube, à l'est, était gardé par les spahis, le corps de cavalerie légère du sultan, de façon que l'armée ne puisse être débordée sur la droite. Les 7 000 soldats de la forteresse tenaient bon. Pour leur défense, les assiégés comptaient principalement sur leur forteresse, l'une des plus importantes des Balkans depuis que Stefan Lazarević, en 1404, en avait fait la capitale du Despotat de Serbie. Le despote avait alors fait effectuer d'importants travaux pour transformer la citadelle byzantine en une puissante ville fortifiée .

Jean Hunyadi apprit la nouvelle du siège alors qu'il se trouvait en Hongrie pour recruter des troupes supplémentaires. Le cardinal Jean de Capistran l'y avait rejoint. Hunyadi et Capistran voyagèrent ensemble, chacun commandant ses troupes. À eux deux, ils réunissaient 40 à 50 000 hommes. Le 14 juillet 1456, Jean Hunyadi arriva à proximité de Belgrade et parvint à briser le blocus naval des Turcs, coulant trois galères et s'emparant de 24 navires.
Le 21 juillet, Mehmed II, désireux de tirer avantage des dommages causés à la forteresse, ordonna de donner l'assaut ; lancé au coucher du soleil, il dura toute la nuit. Les assiégeants entrèrent dans la ville basse et commencèrent à attaquer le fort. Hunyadi ordonna aux défenseurs de Belgrade de lancer sur les Ottomans des matériaux enflammés. Et, de fait, à cause des flammes, les janissaires furent séparés du reste de leur armée. Ils furent encerclés par les hommes de Szilágyi et le combat tourna à l'avantage des Chrétiens. Les Hongrois réussirent à repousser l'assaut des attaquants à l'extérieur des murs. Les janissaires, enfermés dans la ville, furent massacrés et les soldats turcs qui tentaient de s'emparer de la ville haute subirent de lourdes pertes. À un certain moment, un soldat turc réussit presque à planter l'étendard du sultan au sommet d'un bastion, mais un soldat appelé Titus Dugović (en hongrois : Dugovics Titusz) se jeta sur lui pour l'en empêcher et les deux hommes tombèrent du haut de la muraille. Quelques années plus tard, en souvenir de cet acte, le roi de Hongrie Matthias Corvin, anoblit le fils de Titus Dugović

Le 22 juillet 1456, les paysans-croisés engagèrent une action spontanée et contraignirent Capistran et Hunyadi à tirer parti des événements. En dépit des ordres de Hunyadi, des assiégés sortirent des murs de Belgrade à demi détruits et attaquèrent les soldats ottomans. Les spahis tentèrent en vain de repousser les attaquants. Immédiatement, d'autres Chrétiens rejoignirent le combat et ce qui était un incident isolé se transforma en une véritable bataille.
Jean de Capistran, qui tentait d'ordonner un repli, se vit entouré de 2 000 Croisés. Il prit alors la décision de se mettre à leur tête et les lança contre les lignes ottomanes en criant : « Le Seigneur, qui a fait le commencement, prendra soin de la fin ». Au même moment, Hunyadi lança une charge à partir du fort pour s'emparer des canons turcs. Selon les chroniqueurs, les Turcs, paralysés par la surprise, prirent la fuite. Les janissaires, au nombre de 5 000, tentèrent en vain de mettre un terme à la panique et de reprendre le camp. Le sultan lui-même s'engagea dans la bataille et se battit avec un chevalier en combat singulier ; il reçut une flèche dans la cuisse et tomba inanimé. Profitant de l'obscurité, les Turcs battirent en retraite, transportant leurs blessés dans 140 chariots. Le sultan reprit conscience dans la ville de Sarona. Apprenant que son armée avait été mise en déroute, que ses chefs avaient été tués et tout l'équipement abandonné sur place, il tenta de prendre du poison mais en fut empêché. Il rentra alors à Constantinople
Juste après la victoire, la peste fit son apparition dans l'armée hongroise. Jean Hunyadi fut touché par la maladie et mourut le 11 août 1456.
L'échec du siège de Belgrade arrêta la percée ottomane en Europe centrale pendant quelques années et offrit un répit de 70 ans à la Hongrie. Mais l'Empire ottoman conquit rapidement la Serbie et la Bosnie. Soliman le Magnifique s'empara de Belgrade en 1521 et fit le siège de Vienne en 1529. Leur avancée ne fut définitivement arrêtée qu'après la bataille de Vienne, en 1683

 
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MessagePosté le: Mar 9 Mai - 07:03 (2017)    Sujet du message: Publicité

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saintluc
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MessagePosté le: Mer 10 Mai - 06:21 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

La bataille de Mohács (en hongrois : Mohácsi csata) voit s’opposer, le 29 août 1526, les forces de l’Empire ottoman, menées par Soliman le Magnifique, et celles du royaume de Hongrie, commandées par le roi Louis II.
La victoire des Ottomans entraînera par la suite la partition de la Hongrie entre l’Empire ottoman, les souverains Habsbourg d’Autriche et la principauté de Transylvanie.
Le sultan ottoman Soliman le Magnifique quitte Constantinople en avril 1526 avec son gendre, le Grand Vizir Pargali Ibrahim Pacha et 55 000 hommes. Les Ottomans s’emparent en juillet de la forteresse de Peterwardein (Petrovaradin). Louis II de Hongrie réunit difficilement 40 000 hommes, des troupes de barons et des comitats qui sont placés sous le commandement de l’archevêque de Kalocsa, Pál Tomori (août). Les deux armées se rencontrent à Mohács (29 août) : l’élan des Hongrois est brisé par l’artillerie ottomane. Balayés par les Janissaires, ils s’enfuient vers des marais et Louis II, âgé de vingt ans, meurt noyé avec son cheval. Les chefs de l’armée et la moitié des soldats sont mis à mort.
Buda est prise (10 septembre) et la frontière ottomane est repoussée aux portes de Vienne. Quinze jours plus tard, Soliman reprend le chemin de Constantinople. Cette bataille est l'une des rares de l'Histoire qui n'a duré que 2 heures et demie.
Soliman soutient Szapolyai, un voïvode de Transylvanie, contre Ferdinand de Habsbourg pour succéder à Louis II. Jean Szapolyai est élu sans difficulté roi de Hongrie à la diète de Székesfehérvár (10 novembre 1526) mais la veuve de Louis II, Marie de Habsbourg, fait le jeu de son frère et convoque une autre diète à Presbourg, présidée par le palatin de la reine, qui proclame Ferdinand roi de Hongrie (17 décembre). Les Jagellon perdent les couronnes de Bohême et de Hongrie au profit des Habsbourg, conformément au traité de Worms. La Hongrie est divisée : Ferdinand de Habsbourg règne à l’ouest et Jean Szapolyai à l’est, en Transylvanie. Les deux rois s’affrontent.

La Chute de Gallipoli en 1354 correspond à la prise de possession par l'empire ottoman de la cité de Gallipoli au détriment de l'empire byzantin qui avait déjà perdu toutes ses possessions en Asie Mineure. L'accès à la mer Égée donne l'occasion aux Ottomans de lancer la conquête du Péloponnèse et plus loin au nord de la Serbie et de la Hongrie.
Au fil des années, des établissements turcs s'implantent sur la péninsule de Gallipoli pourtant encore aux mains des Byzantins. Au début de la décennie 1350, la petite forteresse de Zympa verrouille la cité. De plus, en 1354, Gallipoli est victime d'un tremblement de terre qui contraint les habitants à l'évacuer. À la suite de cet évènement, les Turcs prennent possession de la ville et en font une puissante forteresse qui pourra faciliter leur extension future en Europe.

Le siège de Vienne de 1529 est l'un des épisodes les plus marquants des guerres entre l’Empire ottoman et le Saint-Empire.
Il représente l’avance extrême à l’ouest des campagnes militaires ottomanes en Europe, et peut être signalé comme celui qui finalement arrêta les forces ottomanes, malgré leur conquête de parties de la Hongrie appartenant à la Maison d'Autriche.
Le sultan Soliman I avait lancé une expansion de son empire : en 1521, il prit Belgrade, en 1522, il s'empara de Rhodes, tenu par l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, en 1526, à la suite de la bataille de Mohács contre les Impériaux et le royaume de Hongrie, il prit Buda et la majeure partie de la Hongrie, en 1527, il prit aux Vénitiens la Bosnie, la Croatie, la Slavonie et la Dalmatie.
Voyant le Saint-Empire comme un ennemi puissant, il avait l’intention de lancer une attaque directement contre le siège de l'Empire à Vienne. Dans le Saint-Empire, l’archiduc Ferdinand considérait l’avance ottomane ; le reste de l’Europe occidentale faisait de même, même si elle n'était pas toute — notamment François Ier — favorable à Ferdinand.
Au printemps de 1529, Soliman mobilisa une armée d’au moins 100 000 hommes et 500 pièces d’artillerie. Il y avait au moins 20 000 janissaires, plus des chevaliers hongrois se battant pour leur nouveau maître. Soliman agit en tant que commandant en chef et nomma son grand vizir Ibrahim comme seraskier, avec la responsabilité de la coordination.
Les pluies de printemps furent particulièrement importantes cette année-là, rendant les routes boueuses et difficiles pour les centaines de chameaux. Deux cents canons durent rebrousser chemin. Les Turcs comptaient sur les mineurs des Balkans pour abattre les murs de la forteresse

La population de la ville réagit avec terreur quand la nouvelle lui parvint des atrocités commises par les forces ottomanes sur les populations civiles mais se transforma en volonté farouche de résister. Ferdinand partit pour la relative sécurité de la Bohême après le refus par son frère Charles Quint de l’aider. Il désigna comme commandant le duc Frédéric qui donna le contrôle de la défense à un mercenaire allemand de 70 ans nommé Nicolas, comte von Salm.
Il vint avec 1000 lansquenets et 700 mousquetaires espagnols. Prenant charge de la garnison de 23 000 soldats, 2 000 cavaliers et 75 canons il fit renforcer en hâte les murs, de plus de 300 ans. Il ordonna le creusement de magasins à l’épreuve du feu, et des barricades au cas où les murs tomberaient. Afin de ménager les réserves de nourriture, il ordonna à 4 000 femmes, enfants et vieillards de sortir de la ville dans une colonne escortée. Cependant la basse Autriche était sillonnée par les éclaireurs ottomans, la plus grande partie de ce groupe fut massacré, soumis au supplice du pal, les enfants et les jeunes femmes étant réduits en esclavage
L’armée turque arriva en septembre. Une partie était malade et parmi les valides un tiers était de la cavalerie légère donc peu utile pour un siège. Les émissaires furent reçus par von Salm qui refusa de se rendre. Le lendemain 300 canons ouvrirent le feu simultanément, les servants ayant fait de gros efforts pour garder la poudre sèche, mais le résultat fut négligeable. Des flèches enflammées eurent peu d’effet. La réponse fut un raid surprise d’une centaine de cavaliers sous Eck von Reischach, qui tua deux équipes de canonniers avant de retourner dans la sécurité des murs. Le bombardement continua avec toujours aussi peu de résultats et il n’y avait aucun indice d’assaut

Le 1er octobre, un mineur chrétien qui avait réussi à s’échapper vers la ville rapporta que le véritable motif de la canonnade était de couvrir les bruits de creusement de tunnels de sape vers la cité. La porte carinthienne, l’une des quatre portes, était la cible apparente. Niklas Salm, un expert en tunnel, prit rapidement des mesures ingénieuses contre ces efforts, incluant de placer des seaux d’eau et des pois secs près des celliers proche de la porte. Quand ils bougèrent, une alarme fut donnée et des contre-mineurs commencèrent à creuser, découvrant six tunnels. Certains avaient déjà des tonneaux de poudre et d’autres avec encore des mineurs du côté ottoman. Comme l’utilisation de pistolets était impossible, ce fut un combat à l’arme blanche. Ceux qui revenaient étaient couverts de sang. Un baril explosa, tuant des dizaines d'hommes de chaque côté.
La majorité des mines furent découvertes avant que le moindre dommage puisse être fait, mais le creusement continuel épuisa les défenseurs et le 5 octobre deux mines explosèrent près de la porte du sel, laissant assez de place pour qu’une compagnie de soldats puisse y pénétrer. Les janissaires s’y engouffrèrent mais ils furent accueillis par les piquiers et durent faire retraite après de fortes pertes. La nuit suivante les Impériaux répliquèrent avec une nouvelle forme d’assaut. Des douzaines et peut-être des centaines de volontaires portant des capes noires et des bombes artisanales sortirent en silence pour se glisser jusqu’au camp ottoman, les jetèrent sur les tentes avant de s’enfuir. Deux mille Turcs périrent dans leur sommeil. Le combat continua sans répit. Une autre explosion à la porte de Carinthie amena une attaque par les janissaires qui fut repoussée par les arquebusiers et les guerriers bohémiens avec des épées à deux mains
Le 11 octobre la pluie continuait et d’autres chameaux tombèrent malades. Les Viennois commençaient à monter des canons sur les toits y compris ceux « royaux » qui avaient plus de portée que ceux des Turcs. La nourriture des assiégeants se faisait rare. Beaucoup de soldats turcs étaient malades à cause de la pluie ininterrompue. Soliman tint un conseil de guerre et il fut décidé d'un assaut final.
Le 14 octobre l’attaque commence avec seraskier, Ibrahim menant la charge personnellement vers la porte carinthienne avec les bachi-bouzouks, une milice, suivi des janissaires qui, pour la première fois, avaient une promesse de butin alors qu’ordinairement la ferveur devait suffire. Soliman ordonna l’attaque trois fois sans tenir compte des pertes. Salm vint lui-même participer mais fut immédiatement blessé grièvement et mourut sept mois plus tard. Entamé le 16 octobre, le retour de l'armée turque fut éprouvant pour cette troupe démoralisée : beaucoup de soldats, déjà malades, moururent épuisés, d'autant plus que les routes boueuses étaient devenues quasiment impraticables

 

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saintluc
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MessagePosté le: Jeu 11 Mai - 20:20 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

Le siège de Szigetvár ou bataille de Sziget (hongrois : szigetvári csata; croate : bitka kod Sigeta ou Szigetska bitka; turc : Zigetvar Kuşatması) est un siège de la forteresse de Szigetvár, à Baranya (près de l'actuelle frontière hongro-croate) qui a arrêté la progression de Soliman vers Vienne en 1566. La bataille a opposé une garnison combattant au nom de la monarchie Habsbourg autrichienne sous le commandement du croate Nikola Šubić Zrinski (hongrois : Zrínyi Miklós) aux forces des envahisseurs ottomans sous le commandement du sultan Soliman le Magnifique (turc ottoman : سليمان Süleymān).
Après la bataille de Mohács en 1526, qui a entrainé la chute du Royaume de Hongrie, l'empereur Ferdinand Ier est élu roi des nobles de Croatie et de Hongrie. Cette élection est suivie par une série de conflits avec les Habsbourg et leurs alliés, se battant contre l'Empire ottoman. Pendant la Petite Guerre de Hongrie (1529-1552), les deux parties s'épuisent, essuyant chacune de lourdes pertes. La campagne ottomane en Hongrie cesse jusqu'à l'assaut contre Szigetvár.
En janvier 1566, Soliman décide de partir en guerre une dernière fois. Le siège de Szigetvár a lieu du 5 août au 8 septembre 1566, et s'est soldé par une victoire ottomane. Les deux belligérants ont tout de même enduré de lourdes pertes, dont leurs commandants respectifs : Zrinski lors de l'assaut final et Soliman dans sa tente de causes naturelles. Plus de 20 000 Turcs sont morts durant l'attaque et presque toute la garnison de Zrinski est anéantie, surtout lors du dernier jour du siège. L'armée ottomane, victorieuse mais affaiblie, ne continue pas vers Vienne comme prévu cette année-là. La ville n'est plus menacée jusqu'en 1683 lors de la bataille de Vienne, menée par Kara Mustafa Paşa.
La bataille prend une si grande importance que le cardinal de Richelieu, ecclésiastique et homme d'État français, la désigne comme la « bataille qui a sauvé la civilisation ». Celle-ci est restée fameuse même en Croatie et en Hongrie, inspirant le poème épique hongrois « Siège de Sziget » et l'opéra croate « Nikola Šubić Zrinski »

Le 29 août 1526, les forces hongroises menées par le roi Louis II sont défaites à la bataille de Mohács par les forces ottomanes du sultan Soliman. Louis est tué pendant la bataille, ce qui met fin à l'indépendance du royaume de Hongrie, puisqu'il meurt sans héritier. La Hongrie et la Croatie deviennent alors des territoires disputés entre les Habsbourg d'Autriche et les Ottomans. L'empereur Ferdinand Ier de Habsbourg, frère de Charles Quint, prend comme épouse la fille de Louis II, et il est élu roi par la noblesse de Hongrie et de Croatie.
Le trône de Hongrie devient le sujet d'une dispute dynastique entre Ferdinand et le prince de Transylvanie Jean Zápolya, à qui Soliman a promis la Hongrie toute entière. Afin d'asseoir ses revendications, Ferdinand entreprend une campagne en Hongrie en 1527-1528 et prend Buda à Jean Zápolya, mais tous les gains de cette campagne sont perdus dès 1529 à la suite d'une contre-attaque ottomane. La même année, Soliman assiège Vienne, et bien qu'il ne parvienne pas à s'en emparer, cette date marque l'apogée de la puissance ottomane et de son extension en Europe centrale
Les années entre 1529 et 1552 sont connues sous le nom de « Petite Guerre de Hongrie ». Suivant l'échec ottoman lors du siège de Vienne en 1529, Ferdinand lance une contre-attaque en 1530 pour reprendre le dessus. Un assaut sur Buda est repoussé par Jean Zápolya, mais malgré tout, Ferdinand capture d'autres territoires, tels qu'Esztergom et d'autres forts sur le Danube, frontière stratégique vitale
La réponse de Soliman arrive en 1532 lorsqu'il mène une armée massive de 120 000 hommes pour assiéger Vienne une seconde fois. Ferdinand bat en retraite, ne laissant que 700 hommes sans canons et faiblement armés pour défendre Koszeg. Mais Pargalı İbrahim, le grand vizir ottoman, ne réalise pas à quel point Koszeg est facile à prendre. Soliman vient le rejoindre peu après le début du siège. Le capitaine croate Nikola Jurišić et sa garnison de 800 hommes résistent plus de vingt-cinq jours contre dix-neuf assauts et un bombardement incessant des Ottomans. La décision étant emportée définitivement par les Ottomans, une reddition avec des termes favorables est proposée à la ville. Jurišić rejette la proposition, mais les Ottomans se retirent quand même, ce qui mène à un traité de paix entre Ferdinand et Soliman. Jean Zápolya est reconnu comme roi de Hongrie par les Habsbourg, malgré son statut de vassal ottoman.

Le traité, en réalité, ne convient ni à Jean Zápolya ni à Ferdinand. Leurs armées se livrent alors à des escarmouches de part et d'autre des frontières. En 1537, Ferdinand attaque les forces de Zápolya à Osijek en violation du traité. Le siège est un désastre de magnitude similaire à Mohács, avec l'arrivée d'un renfort ottoman écrasant les Autrichiens. Plutôt que d'attaquer Vienne une autre fois, Soliman attaque Otrante en Italie. Malgré tout, la victoire navale ottomane lors de la bataille de Prévéza inflige aux Habsbourg une autre défaite cuisante.
Jean Zápolya décède en 1540, laissant sa succession à son fils Jean II Sigismund Zápolya. Étant encore enfant, le pays est véritablement gouverné par sa mère Isabelle Jagellon, avec un support continu de Soliman. Jean II reste roi de Hongrie jusqu'à son abdication en 1570 et le retour du pays sous contrôle des Habsbourg.
Une autre défaite humiliante est infligée aux Habsbourg lors du siège de Buda, où les Ottomans répondent à la demande d'aide d'Isabelle Jagellon. En avril 1543, Soliman lance une autre campagne en Hongrie, reprenant Bran et d'autres forts, si bien que le pays retourne sous contrôle ottoman. En août 1543, les Ottomans assiègent avec succès Esztergom, ce qui est suivi par la capture de trois autres villes hongroises : Székesfehérvár, Siklós et Szeged, offrant une meilleure sécurité à Buda.
Un autre traité de paix entre les Habsbourg et les Ottomans dure jusqu'en 1552 quand Soliman décide d'attaquer Eger. Le siège se révèle vain et la victoire des Habsbourg met fin à une période de pertes territoriales en Hongrie. Avoir pu conserver la ville donne aux Autrichiens de bonnes raisons de croire que la Hongrie est encore une terre contestée, et la campagne ottomane cesse, jusqu'à sa reprise en 1566
En janvier 1566, le sultan Soliman dirige l'Empire ottoman depuis 46 ans et part en guerre pour la dernière fois. Il a 72 ans, est extrêmement affaibli, et va au devant de sa treizième campagne militaire. Le 1er mai 1566, le sultan quitte Constantinople, à la tête de l'une des plus grandes armées qu'il ait jamais commandé.
Son ennemi, le comte Nikola Šubić Zrinski, est l'un des plus grands propriétaires terriens croates, un vétéran de la guerre de frontières et un ban du Royaume de Croatie (représentant royal) de 1542 à 1556 Dans ses jeunes années, il s'est distingué lors du siège de Vienne, menant jusqu'alors une brillante carrière militaire.
L'armée impériale de Soliman atteint Belgrade le 27 juin après une marche de 49 jours. Dans la ville, il rencontre Jean II Sigismund Zápolya, fils de Jean Zápolya, à qui le trône hongrois est promis. Apprenant le succès de Zrinski dans une attaque sur le camp turc à Siklós, Soliman décide de reporter son attaque sur Eger, portant son attention sur la forteresse de Zrinski à Szigetvár pour l'éliminer, le considérant comme une menace

L'avant-garde ottomane arrive le 2 août 1566 et les assiégés réalisent une série de sorties qui s'avèrent fructueuses, causant de lourdes pertes aux Turcs, pourtant bien plus nombreux. Le Sultan arrive alors le 5 août, guidant le contingent principal. Sa grande tente de guerre est érigée au sommet de la colline de Smiliehov, lui procurant ainsi une vue sur tout le champ de bataille. Il doit cependant rester au camp, se contentant de recevoir une multitude de rapports verbaux lui décrivant la progression de la bataille de la part de son grand vizir Sokollu Mehmed Paşa, le commandant opérationnel.
Le comte Zrinski se retrouve alors assiégé par une armée ennemie forte d'au moins 150 000 hommes et disposant d'une puissante artillerie21. Zrinski n'a à sa disposition qu'une force de 2 300 croates et magyars. Ces forces sont à la fois issues de son armée personnelle mais aussi de celles d'alliés. La majorité des défenseurs est croate, avec un contingent significatif d'hommes d'armes et un commandement hongrois.
Szigetvár est divisée par voie d'eau en trois sections : la vieille ville, la nouvelle et la forteresse, chacune d'entre elles étant reliée à la suivante par des ponts et par des routes. La forteresse n'est pas construite en hauteur, mais elle n'est cependant pas directement accessible à l'assaillant, une série de murs devant être pris et sécurisés avant de pouvoir lancer un assaut sur la forteresse centrale (la seule partie qui demeure encore debout aujourd'hui).
Quand le sultan apparaît devant la forteresse, il voit du tissu rouge accroché aux murs, comme il est de coutume lors d'événements festifs. Un seul et grand canon tire alors une fois afin d'accueillir le sultan ottoman. Le siège débute le 6 août quand Soliman ordonne un assaut général, qui est malgré tout repoussé avec succès. Les défenseurs, grandement submergés par le nombre et mal équipés, ne bénéficient d'aucune aide ni de renfort de la part de l'armée impériale de Vienne.
Après un mois de combats sanglants et épuisants, les rares survivants se replient dans la vieille ville afin d'y effectuer une dernière résistance. Le Sultan essaye de persuader Zrinski de se rendre, lui promettant même toute la Croatie qu'il gouvernera sous influence ottomane, mais ce dernier se contente de continuer à se battre sans répondre à la proposition.
La chute de la forteresse est alors inévitable, cependant le haut commandement ottoman hésite. Le 6 septembre, Soliman expire dans sa tente, sa mort ne pouvant être camouflée qu'au prix de grands efforts, seuls les intimes étant mis au courant de son trépas. Un courrier est envoyé du camp pour Constantinople, annonçant au successeur de Soliman, Selim II, sa prise officielle du pouvoir. L'émissaire n'a même pas dû se rendre compte de l'importance du courrier qu'il porte jusqu'en Asie mineure en seulement 8 jours

La bataille finale commence le 7 septembre, soit une journée après la mort de Soliman. À ce moment, les murs de la forteresse sont réduits à l'état de simples amas de pierres éclatées par les sapeurs ottomans, qui ont inséré des explosifs aux coins de la forteresse. Au matin, une attaque générale est lancée avec des salves d'armes à feu, un usage du feu grégeois et un feu nourri de l'artillerie. Rapidement, la dernière position retranchée des défenseurs est détruite, les cendres atteignant même les appartements privés du comte.
L'armée ottomane s'engouffre dans la cité, aux sons des tambours et des cris de guerre turcs. Zrinski se prépare pour une ultime charge en s'adressant ainsi à ses soldats :
« ...Sortons de cet enfer brûlant afin d'affronter nos ennemis en terrain découvert. Qui trépassera – se retrouvera aux côtés de Dieu. Qui survivra – son nom sera honoré. J'irais en premier, et ce que je ferai sera reproduit par vous-mêmes. Que Dieu me soit témoin – je ne vous abandonnerai jamais, mes frères et mes chevaliers !... »
Zrinski ne désire pas laisser les vagues ottomanes pénétrer dans ses derniers retranchements. Alors que les Turcs avancent en traversant un pont étroit, les défenseurs ouvrent la grille et font feu à l'aide d'un grand mortier contenant des barres de fer brisées, tuant 600 Turcs sur le coup. Zrinski ordonne ensuite à ses 600 soldats restants de charger. Il reçoit deux balles de mousquet à la poitrine, avant qu'une flèche ne vienne l'achever en se plantant à l'arrière de sa tête. À la vue de sa mort, certains de ses soldats se replient.
Le château tombe aux mains des Turcs et la quasi-totalité de la garnison est tuée. Quelques défenseurs capturés sont épargnés par des janissaires tant leur courage est impressionnant, sept défenseurs ayant pu fuir. Le corps de Zrinski est retrouvé et étêté, sa tête étant remise à l'empereur, alors que son corps est enterré par un Turc qui a été son prisonnier par le passé, Zrinski l'ayant bien traité
Avant de sortir de la forteresse, Zrinski ordonne qu'une mèche soit plantée dans les stocks de poudre et allumée. Après avoir massacré les derniers défenseurs, les assiégeants se déversent dans la forteresse. L'armée ottomane pénètre dans les ruines de Szigetvár et est prise au piège, des milliers de soldats ottomans périssant dans l'explosion.
La vie du vizir est sauvée par un domestique de Zrinski qui l'avertit du piège, pendant que ses troupes sont en quête de trésors. Alors que le vizir lui demande où est passé le trésor, le domestique annonce que ce dernier a été dilapidé il y a bien longtemps, et que les Turcs ne trouveraient sous terre que 3 000 livres de poudre prêtes à exploser. Le vizir et ses officiers montés ont juste le temps d'évacuer la zone, alors que 3 000 soldats turcs perdent la vie

Presque toute la garnison de Szigetvàr est détruite après la bataille finale. Les pertes ottomanes sont également très lourdes. 3 pachas, 7 000 janissaires et 28 000 soldats auraient péri6. Les sources varient sur le nombre exact avec des estimations entre 20 000 et 35 000 morts.
Après la bataille, le grand vizir diffuse des bulletins au nom du sultan, proclamant la victoire. Ces derniers annoncent que le sultan regrette que son état de santé actuel lui interdise de continuer une campagne couronnée de succès. Son corps est rapatrié à Constantinople pendant que les sources intérieures officielles prétendent maintenir la communication avec le défunt. Des sources turques estiment que l'illusion aurait été maintenue pendant trois semaines et que le médecin personnel du sultan aurait même été étranglé par précaution.
Le long voyage et le siège ont sûrement eu un effet néfaste sur la santé du sultan5. Sa mort signifie que toute avancée militaire est reportée, puisque le grand vizir doit retourner à Constantinople pour la succession du nouveau sultan, Selim II. Même si Soliman avait survécu, son armée n'aurait pas pu accomplir beaucoup dans le peu de temps qui s'est écoulé entre la chute de Sziget et le début de l'hive.
Deux ambassadeurs sont envoyés par l'empereur Maximilien : le croate Antun Vrančić et le styrien Christoph Teuffenbach. Ils arrivent à Constantinople le 26 août 1567 et sont bien reçus par le sultan Selim II. Un accord mettant fin à la guerre entre Autrichiens et Ottomans est trouvé le 17 février 1568, après cinq mois de négociations avec Sokollu Mehmet Pacha (aussi connu sous le nom de Mehmed-Paša Sokolović, étant originaire de Bosnie). Le traité d'Adrianople est signé le 21 février 1568. Le sultan Selim II accepte une trêve de huit ans. Ce traité instaurera en réalité une paix (relative) de 25 ans entre les empires jusqu'à la Longue Guerre. La trêve reste conditionnelle et Maximilien accepte malgré tout de verser un tribut annuel de 30 000 ducats aux Ottomans

La poète et écrivain croate de la Renaissance Brne Karnarutić, de Zadar, rédige « La conquête de la ville de Sziget » (croate : Vazetje Sigeta grada) quelque peu avant 1573. Son œuvre est publiée posthumement en 1584 à Venise. C'est la première œuvre historique épique croate, traitant de la bataille de Szigetvár. Elle est d'ailleurs inspirée par Judita de Marko Marulić, écrivain et humaniste croate.
La bataille est aussi immortalisée dans le poème hongrois épique Szigeti Veszedelem (« Siège de Sziget »), écrit en quinze parties par l'arrière petit-fils de Zrinski Miklós Zrínyi (également ban de Croatie) en 1647 et publié en 1651. C'est le premier poème épique rédigé en hongrois, aussi inspiré par Judita de Marulić. Kenneth Clark dans son célèbre Civilisation, liste Szigeti Veszedelem comme l'une des réalisations littéraires majeures du xviiie siècle. Bien que l'auteur, ainsi que d'autres membres de la famille Zrinski soient des ennemis jurés des Turcs, le poème ne les diabolise jamais. Il donne même une image très humaine et civilisée des Turcs, une histoire d'amour entre Deliman le tatare et la fille du sultan Cumilla s'entrelaçant même dans l'intrigue principale.
Petar Zrinski (hongrois : Zrínyi Péter), le frère de Nikola VII Zrinski, publie Opsida Sigecka (1647/1648) en croate, ce qui n'est pas surprenant puisque la famille Zrinski est bilingue.
Un autre poète noble croate, Pavao Ritter Vitezović, décrit la bataille. Son poème Odiljenje sigetsko (« L'adieu de Sziget »), publié pour la première fois en 1684, se remémore l'évènement sans rancœur ni soif de revanche envers les envahisseurs ottomans. Le dernier des quatre chants du poème est titré « Pierres tombales » et est constitué des épitaphes des soldats croates et turcs tombés au combat, tout en éprouvant un respect égal dans l'hommage rendu aux deux camps.
L'opéra d'Ivan Zajc « Nikola Šubić Zrinski » demeure sa plus célèbre œuvre en Croatie. Il paraît en 1876. Ce dernier raconte la résistance héroïque des croates devant les Turcs, telle une métaphore de leurs impulsions nationalistes qui apparaîtront plus tard sous la monarchie Habsbourg. Zrinski est représenté dans le scénario de l'opéra comme un héros croate du xviie siècle, qui a défait les Turcs plusieurs fois avant de périr tragiquement avec sa famille et ses proches partisans au cours du siège du château de Sziget. L'opéra possède une forte inspiration patriotique puisque comprenant la célèbre aria U boj, u boj

 

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MessagePosté le: Ven 12 Mai - 05:52 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

Le 10 mai 1529, une armée turque quitte Constantinople pour envahir la Hongrie. Le 20 juillet, János Szapolyai, entré en Hongrie avec l’appui de Soliman le Magnifique, lui rend hommage à Mohács. Soliman prend Buda le 8 septembre après avoir ravagé la Hongrie, réinstalle János Szapolyai sur le trône, puis marche sur Vienne8 qu'il assiège pour la première fois (27 septembre). Après une dernière attaque repoussée le 14 octobre, il lève le siège, découragé par les fortes pluies.
Les Ottomans lancent une deuxième campagne contre Vienne en 1532. L'armée ottomane est retenue par le siège de Kőszeg et doit rebrousser chemin.
Le 24 février 1538 un pacte entre Ferdinand Ier et János Szapolyai est conclu à Nagyvárad : les deux hommes se reconnaissent mutuellement. Si Szapolyai meurt sans héritier, la couronne doit revenir aux Habsbourg. Mais le 7 juillet 1540, sa femme, Isabelle Jagellon, donne la vie à un garçon nommé Zsigmond János. À la mort de János Szapolyai le 22 juillet 1540, les armées autrichiennes avancent en Hongrie. Soliman le Magnifique intervient de nouveau (1541 et 1543).
Soliman vainc les armées autrichiennes de Roggendorff le 28 août 1541 et enlève les chefs militaires hongrois venu le visiter dans son camp. Il fait installer un gouverneur turc à Buda et occuper la Cisdanubie en permanence. La Hongrie est divisée entre le sultan, Ferdinand et le jeune Jean Sigismond. En 1542, Ferdinand tente en vain de négocier la Hongrie moyennant le paiement tribut aux Turcs. Il réunit les États Généraux. Il entretient une armée permanente en Hongrie et tente vainement de prendre Pest (28 septembre-18 octobre). En juillet 1543, les Ottomans s'emparent de Pécs et d’Esztergom le 9 août.
Le 18 juin 1547, une trêve pour cinq ans est conclue à Andrinople entre Soliman et les Habsbourg moyennant un tribut annuel de 30 000 florins d’or.
Le 8 septembre 1549, le cardinal Giorgio Martinuzzi négocie la convention de Nyirbator qui assure la couronne de Hongrie aux Habsbourg, tout en conservant la Transylvanie à Jean Sigismond, qui renonce au titre de roi moyennant de gros avantages financiers. La reine mère Isabelle refuse, mais doit abdiquer le 19 juillet 1551 au traité d'Alba Iulia. Le 26 juillet, la diète de Kolozsvár reconnait Ferdinand comme seul souverain de Hongrie. Il fait alors occuper la Transylvanie par les troupes du général Castaldo. Martinuzzi devient voïévode, mais accusé de complot, est assassiné par les hommes du général (16 décembre). Jean Sigismond et sa mère partent pour la Silésie jusqu’en 1556.

Soliman réagit à l'invasion de la Transylvanie. Les troupes du vizir Mehmed Sokolli passent le Danube le 7 septembre 1551, prennent Lippa (Lipova le 8 octobre et assiègent Timişoara (16-17 octobre), mais se retirent à Belgrade à l'approche de l'hiver (16 novembre). Timişoara tombe le 30 juillet 1552, mais les Ottomans échouent devant Eger, grâce à la résistance de la garnison d’Étienne Dobo le 19 octobre. Ils occupent le Banat qui devient le vilayet de Temesvár. Sur ordre du sultan (1554), la Diète de Transylvanie rappelle Jean Sigismond et sa mère Isabelle.
En mai 1558, les Ottomans s'emparent de la forteresse de Tata. Soliman le Magnifique réclame comme préalable à la paix la remise de Szigetvár, ce que Ferdinand de Habsbourg refuse ; un armistice est cependant conclu pour sept mois à la fin de l'année. Après de longues négociations, une paix de statu quo est signée à Prague en juin 1562. Ferdinand verse un tribut aux Turcs et reconnaît Zapolyai en Transylvanie. L'accord établit un condominium, c’est-à-dire un partage des impôts levés par les agents des Habsbourg, du moins sur les régions frontalières de Hongrie.
Le 5 août 1566, le sultan Soliman assiège la forteresse de Szigetvár (Szeged) défendue par les Croates et les Hongrois de Nicolas Zrinyi, capitaine général de Transdanubie. Ils résistent jusqu’au 8 septembre et périssent les armes à la main au cours d’une ultime sortie. Soliman meurt pendant le siège et les Turcs battent en retraite.
Le 17 février 1568, la paix est signée à Andrinople entre l’empire ottoman et Maximilien II d’Autriche. La Hongrie reste partagée entre l’empereur, la Transylvanie et les Ottomans. L’empereur continue à payer un tribut annuel de 30 000 florins, reconnaît l’indépendance de la Transylvanie et admet une zone frontière en Hongrie. Le traité est renouvelé en 1575, 1584 et 1590. Les Habsbourg créent en Hongrie une « frontière militaire » composée d’une série de places fortes, s’ajoutant au châteaux fortifiés des Pálffy et des Rakóczi, de la mer Adriatique aux monts de Slovaquie. En face, les Ottomans construisent des fortifications plus légères. La frontière est stabilisée pour un siècle. Le 16 août 1570, au traité de Spire, signé avec Maximilien II, Zsigmond János renonce au titre de roi de Hongrie pour celui de « prince de Transylvanie ».

La Hongrie royale, qui forme un arc de cercle depuis l’Adriatique et les régions croates jusqu’aux pays ruthènes au nord-est, est gouvernée par un Conseil de lieutenance présidé par le primat. Le siège du gouvernement est à Presbourg (Bratislava), tandis que le primat de Hongrie siège à Trnava (Tyrnau, Nagyszombat). De fait le pays est gouverné depuis Vienne. La Transylvanie est gouvernée par Jean Sigismond et par son tuteur le cardinal Martinuzzi (Gyögy Fráter Utiesenic, 1482-1551), un soldat d’origine croato-dalmate. À côté du prince siège à Alba Iulia une diète réunissant les délégués des trois nations qui élisent le prince et désignent les membres du conseil qui l’assiste dans son gouvernement.
Après la campagne de 1541-1543, le pachalik de Buda devient une province de l’Empire ottoman jusqu’en 1699. La fuite de la plupart des seigneurs laisse les paysans sous l’autorité directe du sultan. Les terres nobles sont transformées en timars – fiefs non-héréditaires d’un spahi – mais les paysans restent soumis aux mêmes redevances et obligations avec en plus le kharadj (capitation payée par les non-musulmans), mais les corvées disparaissent. Sauf pour les affaires de police et d’impôts, la population a peu de contact avec les Ottomans. Les garnisons turques sont enfermées dans des forteresses et n’y a ni conversions massives, ni influences culturelles fortes. Les villes gardent leur statut d’autonomie mais payent un tribut au sultan qui leur laisse une large indépendance dans les domaines administratifs et religieux. Elles ont des mosquées et des hammams ; certaines églises à Pest, Pécs et Esztergom sont transformées en mosquées, mais la culture hongroise est maintenue par les collèges calvinistes des bourgs.
Le protestantisme peut se développer librement, et dans les années 1550, la Hongrie est pratiquement entièrement acquise à la Réforme. Le calvinisme se diffuse parmi les Magyars de toutes conditions. Le roi Jean Sigismond permet la diffusion du luthéranisme en Transylvanie et la sécularisation des biens de l’Église au profit des seigneurs. Le 4 juin 1564, la Diète transylvaine réunie à Torda reconnaît l’égalité des droits entre les religions catholique, luthérienne (la « religion allemande ») et calviniste (la « religion hongroise »). Vers cette époque, le prêtre antitrinitarien Ferenc Dávid fonde l’Église unitarienne de Transylvanie ; il gagne à sa cause une grande partie de la noblesse. En février 1567, un synode calviniste réunit à Debrecen réalise l’unité de l’église réformée hongroise contre les antitrinitariens de Transylvanie. La Diète de Torda (6-13 janvier 1568) proclame la liberté religieuse en Transylvanie, admettant quatre religions : catholicisme, confession d’Augsbourg, confession Helvétique et unitariens. Le prince Jean-Sigismond se convertit au protestantisme sous l’influence de son médecin italien Giorgio Blandrata qui se reconnaît comme antitrinitaire ; la Diète proclame en 1571 l'Antitrinitarisme quatrième des confessions reconnues sous le nom d’unitarianisme. Mais elle est persécutée après la mort de Jean-Sigismond et les Unitariens rejoignent l’Église réformée ou fuient en Pologne.
De l’autre côte de la frontière, une ligne défensive s’organise, de Fiume (Rijeka) à Szathmar (actuellement Satu Mare). Elle est constituée de châteaux tenus par des garnisons souvent étrangères. Autour d’eux s’étendent des cantons militaires peuplés de paysans échappant aux corvées et aux obligations féodales contre prestation du service militaire aux capitaines des châteaux. Cette population est très diverse : elle compte des paysans hongrois ou autrichiens fuyant le servage perpétuel (les Haïdouks en Hongrie orientale), des Serbes venus de l’Empire ottoman (Uskok, réfugiés). Outre leurs obligations locales, ils fournissent des soldats pour l’armée impériale, formant les régiments de Croates, les hussards. Le primat Nicolas Olah fait publier les décrets du concile de Trente, clôt en 1563. Dès 1560, il installe les jésuites dans un royaume où, en dehors de la Croatie, il n’y a plus de catholiques, même si le catholicisme demeure la seule religion d’État. Rodolphe II, roi de Hongrie en 1572 puis empereur en 1576, impose la Contre-Réforme en Hongrie royale.
Au xvie siècle, on assiste à une expansion de l’agriculture en Hongrie l’augmentation des surfaces ensemencées. La faux remplace la faucille. Les gros bourgs de la plaine occupés par les Turcs se spécialisent dans l’élevage intensif des bovins, exportés vers la Hongrie royale, Vienne et l’Allemagne (près de 100 000 bêtes par an). Le territoire hongrois occupé par les Turcs pendant 150 ans connaît une période de pillage, de rapts d’enfant (pour recruter le corps des janissaires), de dépeuplement de milliers de villages et hameaux. Ce dernier s’est produit, hormis les guerres, en raison de l’extension des pâturages pour l’élevage au détriment des cultures céréalières. L’abandon des villages va de pair avec le développement de gros bourgs ruraux.
Les troupes turques régulières et leurs auxiliaires tatars font de terribles ravages qui culminent pendant la Longue Guerre (1593-1606). La Porte administre sa province pour en tirer le plus de profit possible (impôts, tributs, taxes et rançons). Elle montre une grande tolérance religieuse et collabore avec la noblesse hongroise qui garde ses prérogatives, dans une sorte de condominium.

Le 22 juin 1593, le Pacha de Bosnie, Hassan, qui opérait sans cesse des raids en Croatie est arrêté par le ban, battu et tué à Sisak ce qui provoque la reprise des hostilités entre les Habsbourg et les Ottomans. Le 13 août, le sultan Murad III, prétextant un non-paiement du tribut, déclare la guerre à l'Empire. Une guerre d’escarmouche pour le contrôle de la Transylvanie n’aboutit à rien, sinon à libérer l’empereur de l’obligation du don annuel.
Après la mort de Michel le Brave, assassiné peu sur ordre de Georges Basta, envoyé de l’empereur le 19 août 1601, Sigismond Báthory reprend la Transylvanie, puis le 29 juin 1602, à la suite de la convention de Cluj, la cède définitivement aux Habsbourg.
Le 14 octobre 1604 commence l'insurrection mené par Étienne Bocskai en Transylvanie (1604-1606). Le général Belgiojos, sur ordre de l’archiduc d'Autriche Matthias, s’empare de l’église de Kassa, en Hongrie pour la rendre au culte catholique, alors que la ville est luthérienne à 95 %. Belgiojoso occupe les domaines d’Illésháry puis tente de s’emparer des terres de Bocskai. La diète hongroise rompt avec les Habsbourg. Gabriel Bethlen, gentilhomme hongrois calviniste de Transylvanie, demande à Bocskai, ancien conseiller de Báthory, de mener l’insurrection et de négocier une alliance avec les Turcs le 19 novembre. Belgiojoso réagit et tente de s’emparer de la Transylvanie avec l’aide de Basta. Bocskai, dépourvu de troupes, s’allie aux haïdouks, troupes auxiliaires hongroises révoltées, et repousse l’attaque de Belgiojoso à l’automne. Il contre-attaque, prend Debrecen et Kassa et libère la Transylvanie. Belgiojoso et Basta se replient en Transdanubie.
Le 20 avril 1605, Étienne Bocskai, voïévode de Transylvanie depuis le 21 janvier, est élu prince de Hongrie. Il conquiert la Transdanubie tandis que les Turcs reprennent Esztergom.
Le 23 juin 1606, un traité de paix est signé à Vienne entre l’empereur Rodolphe II et Étienne Bocskai. La dignité de palatin est rétablie, les finances du royaume de Hongrie échappent au contrôle de Vienne. Les offices civils et militaires seront confiés exclusivement à des Hongrois. La liberté confessionnelle est établie pour les ordres. Bocskai est confirmé comme prince de Transylvanie mais renonce au titre de roi de Hongrie. À sa mort (29 décembre 1606), la Transylvanie connaît sept ans d’instabilité avant le règne de Gábor Bethlen (1613). La paix permet l’installation de 10 000 haïdouks comme paysans libres en Transylvanie. Les troupes impériales évacuent un pays dévasté et exsangue. La brève période de paix qui suit lui permet de se reconstruire.
Le 11 novembre 1606, la paix de Zsitvatorok met fin à la Longue guerre. Le tribut annuel dû par l’empereur au Sultan est transformé en « présent ». Les deux empires traitent pour la première fois à égalité, recevant l'autorisation de construire de nouvelles forteresses à la frontière. La Porte conserve Kanizsa, Esztergom et Eger, mais abandonne la région de Vac.

 

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MessagePosté le: Sam 13 Mai - 07:00 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

 bataille de Călugăreni se déroula le 23 août 1595 (13 août 1595 a.s.). Elle opposa le voïvode Michel le Brave de Valachie à la tête d'une armée de 16 000 hommes, à une armée ottomane de 120 000 hommes commandée par Koca Sinan Pacha. La bataille s'est déroulée en trois phases dans des marais au sud-ouest de Bucarest. Michel, bien qu'étant resté maître du terrain en raison de sa très bonne connaissance des lieux et de son habile tactique, dut se replier car il n'aurait pu faire face à une nouvelle attaque. Le résultat est en fait indécis, mais l'historiographie et la filmographie roumaines ont fait de cette demi-victoire un épisode glorieux.

 Battaille de Cecora a lieu le 19 et 20 octobre 1595, lors de la guerre des magnats moldaves entre l'armée République des Deux Nations et de la Principauté de Moldavie, commandée par Jan Zamoyski d'une part et l'armée de l'Empire Ottoman et le Khanat de Crimée, commandée par Ghazi II Giray. La bataille s'est soldée par un victoire polonaise et moldave.

 La guerre de Candie ou guerre de Crète opposa la République de Venise à l'Empire ottoman de 1645 à 1669. L'Empire ottoman conquit rapidement la Crète, alors la plus grande et la plus riche province de l'empire vénitien, mais le siège de sa capitale se prolongea pendant plus de vingt ans.
Le conflit se déroula principalement sur l'île de Crète, mais de nombreux combats navals opposèrent les deux camps dans l'Égée et quelques opérations eurent lieu en Dalmatie.
Malgré la rapide conquête de l'île au cours des premières années de la guerre, la résistance prolongée de sa capitale Candie obligea les deux parties à porter leur attention sur le ravitaillement de leurs armées respectives. La principale chance de succès pour les Vénitiens reposait en particulier sur leur flotte et sa capacité à couper les lignes de ravitaillement et de renforts ottomans. Malgré l'aide de leurs alliés européens et leur domination maritime, ils ne furent cependant jamais en mesure d'assurer un blocus total du détroit des Dardanelles et d'empêcher le ravitaillement de l'armée ottomane. De leur côté, les Turcs furent gênés par des problèmes intérieurs et la dispersion de leurs forces vers la Transylvanie et l'Autriche.
La prolongation du conflit épuisa l'économie vénitienne basée sur le commerce avec le Proche-Orient, et la lassitude gagna la République à partir des années 1660, malgré l'aide apportée par ses alliés. De leur côté, les Ottomans ayant réussi à conserver leurs forces en Crète, lancèrent une dernière grande offensive en 1666 sous le commandement direct du Grand Vizir, qui fut le point de départ de la période la plus sanglante du siège qui dura encore deux ans.
Finalement, la reddition de la forteresse fut négociée, mettant fin à la guerre. Aux termes du traité de paix, Venise ne conserva que quelques forteresses insulaires (Souda, Gramvoussa et Spinalonga) en Crète, et des gains territoriaux minimes en Dalmatie.
Depuis la perte de Chypre lors de la guerre précédente, l'île de Crète était la dernière possession importante de Venise en Méditerranée orientale. Son importance stratégique en faisait une cible naturelle pour l'expansion ottomane dans la région, tandis que sa taille et la fertilité de son sol, joints au mauvais état de ses fortifications, la rendait une proie plus tentante que Malte, dont les défenses, âprement défendue, avait déjà couté très cher (30 000 hommes sur 40 000 ) à Soliman le Magnifique lors du grand siège de 1565.

L'attaque le 28 septembre 1644, au large de Rhodes, du précieux convoi rapatriant la sultane et l'héritier, de leur pèlerinage à la Mecque, par les chevaliers de Malte, servit de prétexte à l'empire ottoman pour déclarer la guerre en 1645. Une expédition rassemblant 50 000 soldats et plus de 400 vaisseaux fut préparée, sous les ordres de Silahdar Youssouf Pacha. L'armada ottomane appareilla le 30 avril, en direction de Navarin dans le Péloponnèse, où elle resta trois semaines. L'objectif n'avait pas été annoncé, mais les Ottomans laissaient entendre qu'il s'agirait de Malte.
Les vénitiens se laissèrent surprendre par le subterfuge ottoman, et furent surpris par l'arrivée de la flotte ottomane en Crète le 23 juin 1645. Malgré les efforts du nouveau provveditore generale, Andrea Corner, les défenses vénitiennes étaient en mauvais état. Les fortifications étaient importantes, mais leur entretien avait été longtemps négligé et un gros effort fut entrepris pour leur réparation. Alarmée par les préparatifs ottomans, la République renforça la Crète fin 1644 avec 2500 soldats et des provisions, et commença à armer sa flotte tandis qu'une assistance était promise par le Pape et la Toscane en cas de guerre. Cependant, la population grecque locale n'était pas bien disposée envers les Vénitiens, une situation qui s'avéra d'une importance cruciale par la suite. Non seulement les Ottomans furent ainsi en mesure de prendre rapidement le contrôle de l'arrière-pays, mais au cours des années suivantes ils purent être ravitaillés directement par la population alors qu'ils étaient pratiquement coupés de leurs lignes d'approvisionnement maritimes.
Les Ottomans débarquèrent d'abord à 15 milles à l'ouest de la Canée, la milice locale fuyant devant eux. Ils attaquèrent alors l'île fortifiée de San Todero, dont le commandant Blasio Zulian fit sauter avec lui-même la forteresse et la garnison plutôt que de tomber aux mains de l'ennemi. L'armée ottomane avança ensuite vers la Canée, qui tomba le 22 août après un siège de 56 jours. Dans l'intervalle les Vénitiens avaient reçu des renforts, l'aide promise commençant à arriver sous la forme de galères papales, toscanes, maltaises et napolitaines. En septembre, la flotte ottomane était désemparée, mais les flottes chrétiennes alliées, sous le commandement timoré de Niccolo Ludovisi, ne parvinrent pas à se saisir de l'occasion pour frapper un coup décisif. Quand les forces alliées lancèrent une contre-attaque sur la Canée le 1er octobre, avec une flotte de 90 navires, la défense turque acharnée et le manque de coopération des Alliés condamnèrent l'attaque à l'échec. Peu après, les alliés des Vénitiens regagnèrent leurs bases.
Venise n'était pas de force à affronter directement l'armée ottomane sur terre, mais possédait une puissante marine. En 1645 les Vénitiens et leurs alliés possédaient 60 à 70 galères, 4 galéasses et environ 36 galions. Les Vénitiens bénéficiaient en outre d'une supériorité due à l'utilisation combinée des navires à rames et à voile, alors que la marine ottomane étaient presque entièrement composée de galères. Afin d'augmenter leurs forces les deux belligérants louèrent des navires marchands armés des Pays-Bas, puis de l'Angleterre (en particulier les Ottomans).

La première opération vénitienne fut une tentative de bloquer lesDardanelles en 1646. Afin d'empêcher le ravitaillement de l'armée turque en Crète, une force de 23 navires vénitiens commandés par Tommaso Morosini écuma l'Égée à la recherche des navires turcs, et tenta de s'emparer de l'île stratégique de Ténédos, à l'entrée des Détroits. Le capitan-pacha Kara Musa lança une flotte de 80 vaisseaux contre les Vénitiens, mais elle fut repoussée à l'intérieur des Dardanelles le 26 mai. Cependant, la flotte vénitiens ne put empêcher une sortie ottomane le 4 juin, lorsque le manque de vent permit aux galères turques d'échapper aux navires vénitiens. Les Ottomans furent donc en mesure de débarquer de nouvelles troupes et du ravitaillement en Crète sans rencontrer d'opposition. Les efforts de la marine vénitienne pour contrer les opérations terrestres turques furent eux aussi un échec, à la fois à cause du manque d'audace des commandants, des retards de paiement de la solde des marins et des effets d'une épidémie.
Le 27 janvier 1647, Tommaso Morosini fut tué lorsque son navire dut affronter la flotte ottomane entière, soit 45 galères. Dans le combat qui s'ensuivit, les Vénitiens causèrent cependant de lourdes pertes à leurs adversaires, dont Kara Musa lui-même. Le navire fut sauvé par l'arrivée du reste de la flotte, sous a direction du nouveau Capitaine-général, Giovanni Battista Grimani. Cet affrontement au cours duquel un seul navire vénitien avait causé de tels dommages à leur flotte entière porta un sérieux coup au moral des Ottomans. Malgré quelques succès dont un raid sur Tchesmé, le reste de l'année fut néanmoins un échec pour les vénitiens qui ne parvinrent pas à empêcher le ravitaillement des troupes turques en Crète, malgré les tentatives de blocus des ports.
Les Vénitiens retournèrent dans les Dardanelles en 1648. En dépit de la perte de nombreux navires et de l'amiral Grimani lui-même lors d'une tempête à la mi-mars, les renforts conduits par Giacomo da Riva permirent à la flotte de 65 vaisseaux de retrouver une puissance suffisante pour bloquer efficacement les Détroits pendant toute l'année. Les Ottomans réagirent en construisant une nouvelle flotte à Tchesmé, obligeant ainsi leurs adversaires à diviser leurs forces, ce qui permit à la flotte ottomane renforcée de briser le blocus en 1649 sous le commandement du Capitan-Pacha Voinok Ahmed. Malgré une victoire sur la flotte ottomane à l'ancre à Phocée le 12 mai 1649, qui permit la capture ou la destruction de nombreux navires, da Riva fut incapable d'empêcher la flotte turque de rejoindre la Crète. Ceci révéla la faiblesse de la position vénitienne : le maintien d'un blocus prolongé avec des galères était une tâche difficile en soi, et la République ne disposait pas de suffisamment de navires pour contrôler à la fois les Dardanelles et le détroit de Chios.
Pendant la majeure partie de 1650, une flotte vénitienne de 41 navires continua le blocus des Dardanelles, empêchant Haideragazade Mehmed Pacha de rejoindre la Crète. Il fut remplacé à la fin de l'année par Hozamzade Ali Pacha, gouverneur de Rhodes, qui utilisa une tactique astucieuse pour échapper au blocus : il attendit l'arrivée de l'hiver et le retrait des Vénitiens pour rassembler quelques bateaux, embarquer plusieurs milliers de soldats avec d'importantes provisions et faire voile vers la Crète sans opposition.
Le 10 juillet 1651, la première bataille navale significative de la guerre eut lieu au sud de Naxos, durant trois jours au cours desquels 58 navires vénitiens sous le commandement d'Alvise Mocenigo remportèrent la victoire sur une flotte ottomane deux fois plus nombreuse. Les rescapés de la glotte ottomane se replièrent sur Rhodes, d'où ils réussirent néanmoins à gagner la Crète. Mocenigo fut remplacé peu après par Leonardo Foscolo.
Les deux adversaires ne furent pas très actifs dans les deux années qui suivirent, les Ottomans réussissant cependant à ravitailler leurs troupes en Crète et à garder leur flotte intacte.

La flotte ottomane fut réorganisée et renforcée à partir de 1654 : l'arsenal de la Corne d'Or produisit de nouveaux vaisseaux de guerre, et des escadres de Tripolitaine et de Tunis arrivèrent pour la rejoindre. L'amiral Kara Mourad fit voile depuis les Dardanelles début mai, avec 79 navires (40 navires à voile, 33 galères et 6 galéasses), et fut encore rejoint par 22 galères des côtes de l'Égée et 14 vaisseaux barbaresques. Cette force possédait un énorme avantage numérique face à la flotte vénitienne de blocus de 26 navires, sous le commandement de Giuseppe Dolfin. La bataille qui s'ensuivit fut une victoire ottomane; cependant, le fait que leur flotte avait réussi à échapper à l'ennemi malgré son infériorité numérique, la lourdeur des pertes ottomanes et la bravoure manifestée par les équipages la transforma en une victoire morale pour les Vénitiens. La flotte ottomane renforcée des escadres égéenne et barbaresque s'avança pour piller l'île vénitienne de Tinos mais se retira après une brève escarmouche avec les Vénitiens d'Alvise Mocenigo le 21 juin. Kara Mourad réussit à échapper aux Vénitiens pendant le reste de l'année, les deux flottes parcourant l'Égée de long en large, avant de retourner aux Dardanelles en septembre à cause d'une agitation chez les Janissaires de la flotte. Les derniers mois de 1654 furent marqués par des changements importants dans le commandement vénitien: Mocenigo mourut à Candie et fut remplacé comme Capitaine général de la Mer par Francesco Morosini, qui s'était distingué lors des précédents combats.
Morosini adopta une conduite plus énergique dans la poursuite de la guerre : au printemps 1655 il effectua un raid sur les entrepôts ottomans d'Égine, et rasa le port de Volos lors d'une attaque nocturne le 23 mars. Début juin, il rallia les Dardanelles, attendant le départ de la flotte turque qui fut toutefois retardé à la suite de l'instabilité du gouvernement ottoman. Laissant Lazzaro Mocenigo avec la moitié de la flotte (36 naires) pour garder les Détroits, Morosini retourna dans les Cyclades. Cependant, une semaine après son départ, le 21 juin, la flotte ottomane de 143 navires commandée par Moustapha Pacha fit son apparition. La bataille fut une nette victoire vénitienne. La flotte ottomane évita l'engagement pour le reste de l'année, avant de rejoindre ses quartiers d'hiver, laissant Morosini libre de mettre le siège devant l'île stratégique de Monemvasia au sud du Péloponnèse, sans succès. En septembre Morosini fut nommé en tant que nouveau provéditeur de Crète, Lorenzo Marcello lui succédant au poste de Capitaine-général de la Mer.
En dépit de leur domination navale face aux Turcs au cours des années précédentes, les Vénitiens n'avaient pas réussi à transformer leur avantage en résultats concrets; ils avaient certes réussi à prendre le contrôle de la mer Égée et de ses îles, levant impôts et recrues, mais malgré leurs défaites les Ottomans étaient toujours en mesure de parcourir l'Égée et de ravitailler leurs troupes en Crète, en particulier depuis les ports d'Alexandrie, Rhodes, Chios, ou Monemvasia. En juin 1656 toutefois, une flotte vénéto-maltaise de 37 vaisseaux, commandée par Marcello, infligea à la flotte ottomane de 108 navires sa « pire défaite navale depuis Lépante ». Soixante navires ottomans furent détruits, 24 capturés et 5000 galériens chrétiens furent libérés. Les Vénitiens et les Maltais de leur côté subirent aussi des pertes, dont l'amiral Marcello. Malgré le départ du contingent maltais après la bataille, l'étendue de ce succès permit aux Vénitiens, sous le commandement de Barbado Badoer, de s'emparer de Ténédos (8 juillet) et Lemnos (20 août). Ces iles constituant des bases arrières stratégiquement situées à l'entrée des Détroits, permirent de rendre le blocus vénitien plus efficace; les lignes d'approvisionnement de la Crète furent ainsi coupées et Constantinople subit une disette au cours de l'hiver suivant.
Les Ottomans renversèrent la situation l'année suivante, en 1657. Le nouveau Grand vizir Mehmet Köprülü, investi de pouvoirs quasi-dictatoriaux à partir de septembre 1656, donna un nouvel élan à l'effort de guerre de l'Empire. La flotte, renforcée et placée sous le commandement d'un nouveau capitan-pacha, Topal Mehmet, força le blocus vénitien en mars et se dirigea vers Tenedos, sans toutefois attaquer l'île défendue par une trop forte garnison. En mai les vénitiens de Lazare Mocenigo remportèrent quelques victoires mineures.
Renforcé par des navires maltais et papaux, Mocenigo rallia les Dardanelles, attendant le passage de la flotte ottomane, qui se présenta le 17 juillet. À la suite de désaccords entre les commandants chrétiens, la ligne de combat ne put être complètement formée et la flotte turque put ainsi franchir les Détroits avant le début de la bataille. Celle-ci fut constituée d'une série d'engagements durant 3 jours, les deux flottes dérivant vers le sud et l'ouest des Dardanelles vers l'intérieur de l'Égée. Les combats prirent fin le soir du 19 juillet lorsqu'une explosion détruisit le vaisseau amiral vénitien, tuant Mocenigo et forçant la flotte alliée au repli. Dans cette bataille les Vénitiens infligèrent de plus lourdes pertes à leurs adversaires que les leurs, mais les ottomans avaient atteint leur but: le blocus était forcé. Sous la direction personnelle du Grand Vizir, renforcée de navires et d'équipages des États barbaresques, la flotte ottomane reconquit Lemnos le 3 août et Tenedos le 12 novembre, enlevant ainsi tout espoir pour les Vénitiens de rétablir un blocus aussi serré qu'auparavant.

En 1658 les forces ottomanes furent détournées vers le nord par une campagne contre le prince de Transylvanie, Georges II Rákóczi, qui se transforma en un conflit prolongé avec les Habsbourg. Les quelques années suivantes, la flotte vénitienne à nouveau commandée par Morosini essaya sans succès de maintenir le blocus du détroit des Dardanelles. Morosini reprit par ailleurs sa tactique d'attaque des bastions ottomans : un siège de l'île de Sainte Maure (Leucade) en août 1658 fut un échec, mais en 1659 les Vénitiens alliés aux Maniotes saccagèrent Kalamata dans le Péloponnèse, suivie par Torone en Chalcidique, Karystos en Eubée et Tchesmé. Cependant, Venise ne disposant pas de forces suffisantes pour occuper durablement ces places-fortes, ces raids ne rapportèrent rien de concret à la République. Du côté ottoman, Mehmet Koprülü ordonna la construction de deux forts, « Sedd el Bahr » (Rempart de la Mer) et « Koum-Kalé », de part et d'autre de l'entrée des Dardanelles, afin d'en interdire l'accès aux Vénitiens.
Pendant ce temps, la lassitude avait gagné les Vénitiens qui souffraient de l'interruption du commerce. Des négociateurs furent envoyés aux Ottomans, mais ceux-ci exigèrent l'abandon total de la Crète, ce qui était inacceptable pour la République. La fin de la guerre franco-espagnole encouragea par ailleurs les Vénitiens qui espéraient recevoir une aide plus importante en argent et en troupes, notamment de la part de la France dont les relations avec la Porte, traditionnellement bonnes, venaient de se dégrader.
Cette aide se matérialisa effectivement rapidement, des particuliers ou des groupes entiers venant de toute l'Europe occidentale s'engager comme volontaires dans l'armée vénitienne, tandis que les souverains se sentaient obligés de leur côté de fournir troupes, ravitaillement et navires. Le premier contingent français de 4 200 hommes commandés par le prince Almerigo d'Este arriva en avril 1660, en même temps que d'autres contingents de mercenaires allemands, de troupes savoyardes, et de navires maltaise, toscans et français. En dépit de ces renforts, les opérations de Morosini en 1660 furent un échec : un assaut sur La Canée en août réussit à s'emparer des fortifications extérieures mais échoue à reprendre la ville; de même en septembre, une attaque contre les lignes de siège ottomanes à Candie ne permet pas la levée du siège malgré les succès remportés. Après la mort du prince d'Este à Naxos peu après, le contingent français fut rapatrié, suivi rapidement par Morosini, découragé, qui fut remplacé par un de ses parents, Giorgio. En 1661, celui-ci remporta quelques succès mineurs : il leva un blocus de l'île de Tinos, puis se lança à la poursuite de la flotte ottomane et la battit à Milos. Les années suivantes furent en revanche peu actives; bien que les Ottomans soient fortement engagés en Hongrie contre les Autrichiens et que leur flotte prenne rarement la mer, les Vénitiens ne réussirent pas à tirer avantage de la situation et hormis l'interception près de Cos d'un convoi de ravitaillement venant d'Alexandrie en 1662, il y eut peu d'initiatives.

Si les Vénitiens étaient inactifs, ce n'était pas le cas des Ottomans : après la signature de la Paix de Vasvár en 1664, ils furent en mesure de concentrer leurs forces contre la Crète. Le grand vizir Fazil Ahmet Köprülü débuta de vastes préparatifs au cours de l'hiver 1665-1666, et envoya 9 000 hommes renforcer les troupes turques en Crète. Une proposition de paix ottomane, qui aurait autorisé Venise à conserver Candie en échange d'un tribut annuel, fut refusée, et en mai 1666 l'armée ottomane, sous le commandement personnel du grand vizir, quitta la Thrace pour la Grèce du sud, d'où elle devait embarquer pour la Crète au cours de l'hiver.
En février 1667, les Vénitiens reçurent d'importants renforts de France et de Savoie, au total 21 vaisseaux et environ 6 000 hommes, mais comme par le passé les conflits de préséance entre les alliés gênèrent les opérations. Francesco Morosini, à nouveau Capitaine-général, chercha à engager les Ottomans mais ceux-ci évitèrent le combat et, s'appuyant sur leur supériorité logistique, purent continuer à ravitailler leurs troupes. Le seul succès allié de l'année 1667 fut une attaque ottomane repoussée contre Cythère.
Le 8 mars 1668, les Vénitiens remportèrent une bataille disputée au large de sainte Pélagie (ouest de la baie d'Héraklion), au cours de laquelle 2 000 soldats ottomans et 12 galères tentèrent de capturer une petite escadre de galères vénitiennes. Prévenu de leurs intentions, Morosini la renforça et remporta une victoire coûteuse, qui fut la dernière de cette guerre en mer.
À nouveau renforcés par des vaisseaux du Pape et des Hospitaliers, les Vénitiens imposèrent au cours de l'été un blocus à la Canée, la principale base d'approvisionnement ottomane. Pour sécuriser leur mouillage de l'îlot de San Todero, les alliés capturèrent le 3 août la forteresse côtière de Santa Marina, un succès mineur qui n'empêcha finalement pas la flotte du Capitan Pacha de rejoindre la Canée en septembre, avec des troupes fraiches et du ravitaillement, après le départ de l'escadre malto-papale.

Au mois de juin 1669, arriva devant Candie une importante force française envoyée par Louis XIV sur sollicitation du pape Clément IX5. Elle se composait de 41 bâtiments de tout type (vaisseaux, galères, transports) embarquant 6 à 7 000 hommes de troupe sous les ordres du duc de Beaufort et naviguait sous pavillon pontifical pour ne pas froisser l’Empire ottoman avec qui la France avait de gros intérêts commerciaux. Le 25 juin, elle débarquait et tentait une attaque nocturne sur les retranchements est de Candie. Ce fut un échec sanglant qui coûtât la vie à 800 hommes dont le duc de Beaufort.
Le nouveau chef, Vivonne, essaya de mieux se coordonner avec le gouverneur vénitien. Un conseil de guerre franco-vénitien décida de lancer une attaque à l’ouest de la ville, appuyée par un intense bombardement naval. En vain : les boulets n’entamèrent pas les positions turques et l’attaque fut stoppée par l’explosion d’un vaisseau français. Découragés par les lourdes pertes et la mésentente avec les Vénitiens, Vivonne décidât de remettre à la voile vers la France, ce qui fut fait le 20 août 1669.
L’intervention française, même si elle avait été mieux commandée, était probablement trop tardive pour espérer sauver la ville pressée par 60 000 combattants turcs. Le gouverneur Francesco Morosini comprit qu’il ne restait plus guère d’espoir et fut très affecté par la trahison de l’ingénieur grec Berchet qui avait livré tous les plans de la forteresse aux Turcs. Le 6 septembre 1669, il obtenait du grand vizir Köprülü une capitulation honorable pour éviter un massacre : tous les civils et soldats italiens purent quitter librement la ville
Le front dalmate fut un théâtre d'action séparé, actif surtout au début de la guerre. Les conditions y étaient presque inverses de celles de Crète : pour les Ottomans, il était éloigné et relativement insignifiant, tandis que les Vénitiens opéraient près de leurs bases de ravitaillement et bénéficiaient d'une domination navale complète et pouvaient ainsi ravitailler facilement leurs points d'appui côtiers. En outre, et contrairement à la Crète, ils bénéficiaient du soutien de la population locale, en particulier les 'Morlacci.
Les Ottomans lancèrent une attaque de grande envergure en 1646, avec quelques gains significatifs dont la capture des îles de Krk, Pag et Cres, et surtout le forteresse de Novigrad, considérée comme imprenable, qui se rendit le 4 juillet après seulement deux jours de bombardement. Les Turcs étaient alors en position de menacer les deux principaux bastions vénitiens en Dalmatie, Zadar et Split. Un renversement de situation eut cependant lieu l'année suivante : le commandant vénitien Leonardo Foscolo s'empara de plusieurs forts, reprit Novigrad, captura temporairement la forteresse de Knin et prit Klis, alors que les Ottomans échouaient à prendre la forteresse de Šibenik malgré un siège d'un mois en août et septembre. Durant les quelques années suivantes, les opérations militaires restèrent au point mort à cause d'une famine et d'une épidémie chez les Vénitiens de Zadar, tandis que les deux parties dirigeaient leurs efforts en direction de la zone égéenne. Les Ottomans étant occupés sur d'autres fronts plus prioritaires, le théâtre dalmate ne connut pas d'autres opérations militaires. La paix signée en 1699 entérina donc des gains significatifs en Dalmatie pour Venise, son territoire étant triplé et son contrôle de l'Adriatique ainsi assuré.
La reddition de Candie marqua la fin de quatre siècles et demi de domination vénitienne en Crète, et l'apogée territorial de l'Empire ottoman. Le coût et les pertes élevées subies pendant cette guerre prolongée contribuèrent cependant grandement au déclin de cet empire au cours de la fin du siècle. De son côté, Venise avait perdu la plus grande et la plus prospère de ses colonies, sa position prééminente dans le commerce méditerranéen avait diminué, et son trésor était épuisé, la défense de Candie ayant à elle seule coûté 4 253 000 ducats. Ces pertes n'étaient pas suffisamment compensées par les gains en Dalmatie. À son retour à Venise en 1670, Morosini fut jugé pour insubordination et trahison, mais acquitté. Quinze ans plus tard, il commanderait les forces vénitiennes pendant la guerre de Morée au cours de laquelle eut lieu une dernière tentative pour reconquérir l'île, en 1692, qui échoua. Les derniers bastions vénitiens en Crète seraient perdus en 1715, et l'île allait demeurer sous domination ottomane directe jusqu'à son autonomie en 1897.

 

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MessagePosté le: Dim 14 Mai - 08:52 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

La bataille de Focchies est livrée le 12 mai 1649 pendant la guerre de Crète ou guerre de Candie (1645-1669). Elle oppose en mer Égée, dans le port de Focchies (aujourd'hui Foça) près de Chios et de Smyrne, une flotte ottomane à une escadre vénitienne commandée par l'amiral Giacomo Riva qui remporte la victoire.

La bataille de Paros est livrée le 10 juillet 1651 pendant la guerre de Crète ou guerre de Candie (1645-1669). Elle oppose en mer Égée, au large de Paros et de Santorin, dans les Cyclades, une flotte ottomane à une escadre vénitienne commandée par l'amiral Alvise Mocenigo. Quoique moitié moins nombreux que leurs adversaires, les Vénitiens remportent la victoire.

Le siège de Candie est un épisode de la conquête de la Crète par les Ottomans. Il oppose les Vénitiens, alors maîtres de l'île, à l'Empire ottoman de 1648 à 1669. Long de vingt et un ans, le siège de Candie est considéré comme le plus long de l'histoire.
Aux xve et xvie siècles, l'Empire ottoman poursuit son expansion dans la Mer Égée. Rhodes tombe en 1522, en 1537, Venise perd ses possessions de Morée, Nauplie et Malvoisie. Chios tombe en 1556, en 1570, les Turcs débarquent à Chypre que le Pape Pie V tente de sauver, en vain. Néanmoins, cette défaite aboutira à l'instauration de la Sainte Alliance. Les forces de la Chrétienté catholique romaine s'uniront pour gagner la bataille de Lépante qui donnera un coup d'arrêt à l’expansion ottomane pour plusieurs décennies.
À la suite de l'attaque le 28 septembre 1644 à quelques lieues de Rhodes, par six galères de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem sous commandement du Sieur Gabriel De bois-Brodant, amiral des galères, du convoi ottoman de dix navires sous le commandement de Zemis Aga, dont trois furent pris d'assaut mais seulement deux capturés, (le Galion de 1 200 tonneaux de la Sultane et une galère flottant entre deux eaux, en raison de grands dégâts à la coque et de son lourd et précieux chargement) ralliant Alexandrie à Constantinople, rapatriant entre autres butins, une partie du harem du sultan Ibrahim Ier, son héritier et la mère de ce dernier (morte quelque temps plus tard, des conséquences des mauvais traitements infligés par ses geôliers), de retour de leur pèlerinage à la Mecque. L'héritier, jamais libéré, fut envoyé aux frères dominicains pour en faire un bon chrétien.
Le Sultan tient les Vénitiens pour responsables, en particulier parce que la ville de Candie abrite les Chevaliers de Malte. Entre 1645 et 1648, l'ensemble de la Crète tombe sous domination ottomane, à l'exception de quelques places dont Gramvoussa, Spinalonga, Souda et Candie, l'actuelle Héraklion

Le siège de Candie débute en mai 1648. Emmenés par Deli Hussein, les Turcs installent leur camp 7 km à l'ouest de Candie5. Les premiers assauts ont lieu le 2 juillet 1648 et sont repoussés par les Vénitiens. Candie était jusqu'à présent alimentée en eau depuis les sources d'Aghia Irini par un aqueduc: les Turcs détruisent cet aqueduc et assiègent totalement la ville, coupant la route aux Vénitiens vers l'intérieur des terres. Seule la voie maritime leur reste ouverte.
Au cours des six premiers mois de siège, les Turcs perdent 20 000 hommes. Cependant, jusqu'en 1666, le siège de Candie semble au point mort. En guerre dans les Balkans, l'Empire ottoman n'est pas en mesure d'apporter davantage d'aide aux assiégeants de Candie. Dans le même temps, l'affaire commence à prendre une dimension européenne. Venise insiste auprès des grandes puissances européennes pour qu'elles interviennent dans le conflit. L'Espagne fournit du blé et donne 154 000 realia et 8 navires de guerre. En 1660, Mazarin envoie le prince Almerigo d'Este et 4 000 hommes afin de reprendre La Canée ; une expédition qui tourne court et qui voit la destruction des villages crétois ayant soutenu les forces françaises. Une épidémie de peste aggrave un peu plus la situation et entraîne la mort du prince d'Este à Paros.
En août 1664, la Paix de Vasvár soulage la Porte du front des Balkans et elle peut désormais venir en aide aux troupes de Crète. Le vainqueur des Allemands et des Autrichiens à Neuhaüsel, le Grand vizir Fazil Ahmet Köprülü, prend la tête des opérations le 3 novembre 1666. Une nouvelle force vénitienne doit aussi être envoyée en Crète, sous le commandement d'un général français, le marquis de Ville. Sa présence n'apporte pas de réels changements, Venise envoie par la suite Francesco Morosini provéditeur et futur doge. Au cours des 3 dernières années de siège, les toutes dernières technologies de l'époque sont mises à l'essai dans les deux camps.
Au printemps 1667, 64 galères transportant 40 000 Turcs du Péloponnèse débarquent en Crète. La ville est alors bombardée quotidiennement. Au cours du siège, la désertion est largement encouragée par les Turcs. Köprülü aurait dépensé 700 000 pièces d'or à cette tâche. En novembre 1667, le colonel Andreas Barotsis déserte et passe du côté turc, leur indiquant les points faibles des fortifications de Candie. C'est probablement l'événement décisif du siège.
Des troupes continuent d'affluer en provenance de toute l'Europe : 600 Français le 2 novembre 1668, décimés lors d'un unique assaut contre les Ottomans le 16 décembre, 2 000 soldats du Saint-Empire romain germanique, 4 000 hommes du duc de Hanovre, 200 du grand maître de l'ordre Teutonique, 900 Italiens sont envoyés par Venise, 2 500 le 16 mai 1669 puis 1 300 Strasbourgeois et Bavarois. Malgré ce flux régulier de renforts, la mésentente entre les commandants occidentaux empêche une réelle amélioration de la situation.

Pour la France, l'expédition de Candie est un prélude à la guerre de Hollande qui commence en 1672, l'une des premières grandes opérations militaires de Louis XIV, qualifiée de « croisade » par les historiens Ozkan Bardakçi et François Pugnière, car il s'agit de défendre Venise, alors la principale alliée de la Papauté, face aux Turcs. Le but principal de l'expédition française est selon les historiens d'obtenir une place plus importante des Français, déjà bien placé au Vatican, une part plus importante et plus influente au conclave de Rome.
Sollicité par les milieux catholiques, Louis XIV et son nouveau secrétaire d'État à la Marine Colbert envoient une expédition de grande ampleur de 6 000 hommes et 42 navires, en deux temps, sous la bannière du pape Clément IX, pour dissimuler son double jeu à ses alliés ottomans. Au nombre des régiments de l'expédition française figure le régiment de Vendôme, commandé par son lieutenant-colonel, François de Rose, marquis de Provenchère.
Le 16 juin, 6 000 Français avec 31 navires débarquent, commandés par le prince François de Vendôme, duc de Beaufort. La première sortie a lieu le 25 juin ; après un succès initial, les Français sont repoussés par la contre-attaque ottomane et subissent un désastre, avec la perte de 800 hommes et la mort du duc de Beaufort.
Le second contingent arrive le 3 juillet. Une nouvelle sortie a lieu le 25 juillet, appuyée par un intense bombardement, mais est un nouvel échec. Un navire français explose par accident, causant des pertes et des dégâts à la flotte.
Ces revers enveniment les relations entre les Vénitiens et les Français, dont les troupes sont décimées par les combats et les épidémies.
Le 21 août 1669, la flotte française et les alliés lèvent donc l'ancre pour le retour. L'expédition a coûté plusieurs dizaines de bateaux à la marine française

Le départ des troupes françaises (16 au 20 août 1669) précipite la tenue de négociations entre Morosini et les Turcs en vue de la reddition de la ville. Les négociations débutent à la fin du mois d'août et durent une vingtaine de jours, jusqu'au 16 septembre 1669. Les hostilités cessent alors immédiatement, et les Vénitiens ont douze jours pour évacuer la ville19. Le traité autorise la population chrétienne à quitter la ville avec tout ce qu'elle peut emmener. Ainsi, le 27 septembre, la ville est presque vidée de sa population. Une partie de la population s'est réfugiée sur l'îlot de Dia, à proximité de Candie, avant de s'embarquer vers d'autres îles de la mer Ionienne ou de l'Égée.
Le coût humain du siège est important. Les sources turques font état de 137 116 Turcs tués dont 25 000 janissaires et 15 pachas, mais désormais, la présence vénitienne en Crète se limite à trois ports : Gramvoussa, Souda et Spinalonga


 

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MessagePosté le: Dim 14 Mai - 09:06 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

La bataille de Khotin (ou de Hotin, nom moldave, la forteresse se trouvant alors en Moldavie) se déroule le 11 novembre 1673 entre d'une part les troupes polonaises et moldaves respectivement commandées par Jean Sobieski et par Étienne Petriceicou, et d'autre part les troupes ottomanes, commandées par Hussein Pacha. Grâce à un assaut éclair, Sobieski et Petriceicou purent s'emparer du campement et disperser l'armée ottomane.
Malgré cette victoire, le cours de la guerre ne changea pas et la République des Deux Nations ne parvînt pas à récupérer la Podolie avec la forteresse de Kamianets-Podilskyï, perdues au profit des Ottomans l'année précédente.
Le prestige de Sobieski en fut cependant augmenté et vînt à être connu en Europe. Cette victoire lui permit d’être élu roi de Pologne l’année suivante. Étienne Petriceicou eut moins de chance en Moldavie : il fut chassé du pouvoir par les boyards pro-Ottomans au profit de Démétrius Cantacuzène, revient grâce à ses alliés polonais, mais en mars 1684 il est de nouveau renversé et finit sa vie en exil en Pologne.

La Guerre de Morée ou sixième guerre turco-vénitienne est un conflit ayant opposé la République de Venise à l'Empire ottoman de 1684 à 1699, dans le cadre plus général de la Grande guerre turque.
La principale campagne se déroula dans le Péloponnèse (Morée ottomane), d'où son nom, mais des affrontements eurent lieu en Dalmatie et dans la mer Égée.
L'issue de cette guerre fut victorieuse pour Venise et ses alliés : aux termes du traité de Karlowitz en 1699, elle conserva une grande partie de ses conquêtes, dont le Péloponnèse.
Venise et l'empire ottoman s'affrontaient depuis le xve siècle en Méditerranée orientale, ces conflits ayant entrainé la perte progressive de la plupart des possessions vénitiennes (Eubée, Chypre). La dernière guerre les ayant opposés de 1645 à 1669, la guerre de Candie, avait vu la perte de la dernière grande île encore sous domination vénitienne, la Crète.
Depuis 1683, une nouvelle guerre opposait les Ottomans aux Autrichiens ; après le siège de Vienne et la victoire des armées coalisées en septembre 1683, Venise, ayant adhéré à la Sainte Ligue, saisit l'occasion de l'affaiblissement des armées ottomanes et déclara la guerre le 25 avril 1684. Le commandement dut confié à Francesco Morosini, qui s'était illustré dans les conflits précédents.

La première attaque se fit contre l'île de Leucade qui tomba le 6 août 1684. Les Vénitiens s'emparèrent ensuite de la côte située en face des îles ioniennes, les forteresses de Vonitza et Préveza tombant en septembre. Ces succès initiaux furent importants pour les Vénitiens, à la fois pour le moral des troupes mais aussi parce qu'ils permirent d'assurer les communications avec Venise, d'empêcher les Ottomans de menacer les îles ioniennes et d'envoyer des renforts dans le Péloponnèse par cette voie, et qu'ils encouragèrent les Grecs à coopérer avec eux contre les Turcs.
Le 25 juin 1685, l'armée vénitienne débarqua dans le sud du Péloponnèse devant Coron, qu'elle conquit après 49 jours de siège. Elle occupa ensuite la Messénie et le Magne, après une victoire sur les troupes ottomanes devant Kalamata. En octobre, l'armée regagna les îles ioniennes pour hiverner.
Les opérations reprirent en avril 1686. L'armée de terre fut placée sous le commandement du général suédois Otto Wilhelm de Kœnigsmark tandis que Morosini conservait le commandement de la flotte. Navarin fut pris en juin après qu'une armée de secours fut battue par les Vénitiens. Modon tomba début juillet.
Les Vénitiens avancèrent alors en direction d'Argos et de Nauplie, alors la ville la plus importante du Péloponnèse. L'armée débarqua à Nauplie entre le 30 juillet et le 4 août, et Kœnigsmark lança immédiatement l'assaut sur la colline Palamède, alors non fortifiée, qui domine la ville. Malgré ce succès, l'arrivée d'une armée de secours turque commandée par Ismail Pacha à Argos rendit la situation vénitienne précaire. Les Vénitiens remportèrent la victoire sur cette armée qui se retira sur Corinthe, et purent prendre Argos; pendant deux semaines ils durent cependant faire face à la fois aux attaques d'Ismail Pacha, aux sorties des assiégés, et à une nouvelle épidémie de peste. Le 29 août 1686, l'armée de secours subit une lourde défaite et la forteresse de Nauplie dut se rendre le 3 septembre. La ville devint alors la principale base d'opérations des Vénitiens; Ismail Pacha se retira en Achaïe après avoir renforcé la garnison de Corinthe.
Malgré les pertes dues à des épidémies pendant l'automne et l'hiver 1686, Morosini, ayant reçu des renforts de mercenaires allemands en avril 1687, put avancer contre les derniers bastions ottomans au nord-ouest du Péloponnèse, la ville de Patras et le fort de Rion. Après une victoire vénitienne devant Patras, les forces ottomanes n'opposèrent plus de resistance et les Vénitiens occupèrent en quelques jours les forteresses de Patras, Rion, Antirion et Naupacte abandonnées par leurs garnisons. Corinthe fut occupée le 7 août et Mystra à la fin du mois. Seule Monemvassia restait aux mains des Turcs, résistant jusqu'en 1690.

Ayant conquis l'ensemble du Péloponnèse, Morosini s'attaqua ensuite à la Grèce centrale. L'armée de Kœnigsmark débarqua à Éleusis le 21 septembre 1687 tandis que la flotte vénitienne entrait au Pirée. Les Turcs évacuèrent rapidement la ville d'Athènes mais se réfugièrent dans la forteresse de l'Acropole, qui subit un siège de six jours occasionnant de nombreuses destructions aux monuments antiques, notamment lors de l'explosion du Parthénon.
Malgré la reddition de la citadelle le 29 septembre, la situation de Morosini restait mal assurée. Les Ottomans rassemblaient une armée à Thèbes et leur cavalerie contrôlait la plaine de l'Attique, limitant les mouvements vénitiens aux environs d'Athènes. En décembre, le contingent hanovrien fort de 1 400 hommes quitta l'armée, et une nouvelle épidémie se déclara. Les Vénitiens furent donc forcés de se replier sur le Péloponnèse en avril 1688, emportant avec eux de nombreuses œuvres d'art prélevées sur les monuments.
Morosini, ayant entre-temps été élu doge, reprit cependant l'offensive en juillet, débarquant sur l'île d'Eubée pour mettre le siège devant sa ville principale, Négrepont (Chalcis). La flotte ne parvint pas à assurer un blocus total de la forteresse qui put donc être ravitaillée ; les Vénitiens et leur alliés subirent de lourdes pertes, particulièrement lors d'une nouvelle épidémie qui emporta le général Kœnigsmark le 15 septembre. Après un dernier assaut le 12 octobre qui se révéla un échec coûteux, Morosini dut accepter la défaite et l'armée se retira le 20 octobre vers Argos, ayant perdu 9 000 hommes.
L'échec du siège de Négrepont eut de sévères répercussions dans le camp vénitien. Les mercenaires allemands restant quittèrent l'armée début novembre. Morosini lança néanmoins une nouvelle attaque sur Monemvassia en 1689, sans succès, mais sa santé chancelante le força à rentrer peu après à Venise. Ces évènements marquèrent la fin des succès vénitiens dans cette guerre, et le début d'une série de contre-attaques ottomanes victorieuses.

Les défaites successives en Hongrie (Bataille de Mohács) et en Morée eurent d'importantes répercussions à Constantinople. Le sultan Mehmed IV fut déposé en 1687 au profit de son frère Soliman II. Alors que l'Empire Ottoman désirait initialement la conclusion de la paix, la déclaration de la guerre de la Ligue d'Augsbourg en 1688 encouragea les dirigeants ottomans à la poursuite des hostilités, les forces autrichiennes devant se tourner en partie contre la France. Sous la direction efficace du nouveau grand vizir Moustafa, les Ottomans passèrent à la contre-attaque; cependant, leurs efforts étant principalement dirigés contre l'Autriche, ils ne furent jamais en mesure de rassembler des forces suffisamment importantes pour reconquérir complètement les territoires perdus contre les Vénitiens.
 En 1688, les Ottomans se tournèrent vers le pirate maniote Limberakis Gerakaris, emprisonné à Constantinople depuis plusieurs années. Libéré et investi du titre de « Bey du Magne », il fut autorisé à recruter quelques centaines de soldats et rejoint l'armée ottomane à Thèbes. Il fut amené à jouer un rôle important dans la suite du conflit, ses raids audacieux et destructeurs épuisant les ressources de la République et constituant une menace majeure pour les territoires vénitiens.
À cette époque, une large bande de no man's land s'étendait en travers de la Grèce centrale, entre les bastions ottomans à l'est et les territoires sous contrôle vénitien à l'ouest. La majeure partie des arrière-pays montagneux de Phocide et d'Évrytanie était aux mains de bandes armées composées de Grecs, d'Albanais et de déserteurs dalmates de l'armée vénitienne. Gérakaris essaya d'abord de faire entrer ces troupes au service des Ottomans, en vain. En 1689, il dirigea son premier raid contre Missolonghi, à la tête d'une troupe composite de 2000 hommes, Turcs, Albanais et Grecs. La même année, les Ottomans envahirent la Grèce centrale et, bien que repoussés à Naupacte, reprirent le contrôle de l'intérieur du pays. Cependant, au même moment, les Vénitiens prirent Monemvassia, le dernier bastion turc en Morée.
En 1692, Gérakaris lança une attaque ottomane dans le Péloponnèse ; il prit Corinthe et assiégea sans succès l'Acrocorinthe et Argos avant de devoir se replier devant l'arrivée de renforts vénitiens. Il renouvela ses attaques en 1694 et 1695, mais trahit alors les Ottomans et passa du côté vénitien. Cependant, sa conduite brutale et ses intrigues inquiétèrent les Vénitiens, qui l'emprisonnèrent après qu'il eut saccagé Arta en août 1696.

Afin d'aider les Grecs d'Himarë qui s'étaient révoltés contre les Turcs, et après quelques succès dans le nord de l'Albanie et au Monténégro (prise de Castelnuovo), la flotte vénitienne lança en septembre 1690 une attaque contre le port ottoman de Valona, sur l'Adriatique. Le siège, du 11 au 18 septembre, fut un succès et permit à la révolte de se répandre dans la région. Cependant les Ottomans purent lancer en 1691 une contre-attaque massive, et à la mi-mars la zone était à nouveau sous leur contrôle.
En 1692, une flotte vénitienne commandée par Domenico Mocenigo attaqua la Crète et mit le siège devant sa capitale, Candie, tandis que les Chrétiens de l'île se révoltaient contre les Ottomans. Cette tentative fut cependant un échec, les Turcs s'emparant même par trahison de la forteresse de Gramvoussa, une des dernières possessions vénitiennes en Crète.
Dans l'espoir de reprendre l'avantage, Morosini reprit personnellement le commandement des opérations en 1692, mais son âge avancé ne lui permit pas de s'illustrer à nouveau et il mourut à Nauplie le 16 janvier 1694. Son successeur, Antonio Zeno, dirigea contre l'avis de ses officiers une expédition contre la riche île de Chios. L'île fut prise facilement, mais la réponse turque fut rapide et massive; après une double bataille navale en février 1695 qui fut une défaite pour les Vénitiens, ceux-ci furent contraints à un repli humiliant.
Encouragés par ces victoires, les Ottomans tentèrent une nouvelle invasion du Péloponnèse mais furent battus par le général Adam Heinrich von Steinau en:Adam Heinrich von Steinau et repoussés vers leur base de Thèbes. C'est alors que Steinau persuada Limberakis de rejoindre le camp vénitien.
Plusieurs combats opposèrent les deux flottes, en particulier à Lesbos en 1690, Chios en 1695, Andros en 1696, Lemnos en 1697, Samothrace en 1698, mais ils furent généralement indécis et ne permirent pas un l'un des adversaires de prendre l'avantage.
Battu dans les Balkans par l'Autriche, l'empire ottoman engagea des pourparlers de paix avec les membres de la Sainte-Ligue, aboutissant au traité de Karlowitz, signé en janvier 1699. Celui-ci confirmait les conquêtes de Céphalonie, du Péloponnèse (Morée) et de l'île d'Égine par la République de Venise.
Le Péloponnèse fut divisé en quatre provinces: la Romanie, la Laconie, la Messénie et l'Achaïe, avec respectivement pour capitales Nauplie, Malvoisie, Navarin et Patras. Un vaste programme de fortifications fut lancé, avec notamment la construction de la forteresse Palamède à Nauplie.
La guerre avait cependant provoqué une crise démographique et économique, et les Vénitiens ne surent pas gagner la confiance de leurs sujets orthodoxes habitués à une autonomie relative sous le régime des Milliyets de l'Empire ottoman, et qui supportaient mal la bureaucratie vénitienne et surtout la taxation. La République vénitienne, affaiblie, avait des difficultés à établir efficacement son autorité.
La Morée fut reconquise par les Ottomans au cours d'une rapide campagne en 1715.

 

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MessagePosté le: Lun 15 Mai - 08:20 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

Les sièges de Buda sont deux épisodes de la campagne de Hongrie qui oppose la Sainte Ligue et l’Empire ottoman. Après un demi-échec sanglant devant la ville en 1684, la Sainte Ligue mobilise deux ans plus tard une armée importante et s'empare de Buda après un long siège.
À l'issue de l'échec du second siège de Vienne, entrepris par les Turcs en 1683, qui marque la reprise de la Guerre austro-turque (1683-1699), les Habsbourg lancent une vaste contre-offensive pour conquérir la Hongrie et sa capitale, Buda, ottomane depuis plus d'un siècle.
Lors du Siège de Buda (1541), la capitale du royaume de Hongrie était tombée aux mains des Turcs. Au cours des 145 années qui suivent, elle est gouvernée par les Ottomans, qui y imposent le système administratif de leur empire.
À la suite de la défaite ottomane devant Vienne en 1683, l’empereur Léopold Ier juge opportun de contre-attaquer plus à l’est, transformant ainsi la victoire tactique que constitue la levée du siège de Vienne en victoire stratégique, destinée à permettre la conquête de la plaine hongroise. Avec l’appui du pape Innocent XI, il participe à la formation d'une Sainte Ligue contre la grande puissance musulmane, unissant sous sa bannière le roi Sobieski de Pologne et la République de Venise, officialisée le 5 mars 1684.

La Sainte-Ligue est une coalition de princes chrétiens, catholiques et protestants, dirigée contre la présence ottomane en Europe. Elle regroupe le Saint-Empire, représentés par les États héréditaires des Habsbourg, les électorats de Saxe, de Bavière et de Brandenbourg.
À cette coalition d'États monarchiques s'ajoutent des volontaires venus de toute l'Europe, notamment 6 000 Français, attirés par l'esprit de croisade, ainsi que des compagnies venues des cercles impériaux.
Cette coalition est soutenue financièrement par le Pape et l'Espagne, qui fournissent l'argent nécessaire à l'entretien de l'armée coalisée
L'armée rassemblée par la Ligue pour la conquête de Buda regroupe, le 16 juin 1686, 52 000 hommes, appartenant à des détachements envoyés par les princes chrétiens.
C'est donc une armée de vétérans qui se prépare à conquérir la ville de Buda en 1686
Capitale du royaume de Hongrie, la ville foyer culturel au xve siècle, la ville occupe au milieu de xviie siècle un site stratégique sur le Danube, inexpugnable avec les moyens de l'époque; la ville fait l'objet, entre 1541 et 1684, de cinq tentatives de reconquête menées par les Habsbourg, toutes vouées à l'échec.
Cependant, au fil des hostilités qui se prolongent et en dépit des exhortations du Saint-Siège, la conquête de Buda ne constitue plus un objectif essentiel pour l'Autriche, dont les généraux développent différentes stratégies pour la conduite de la guerre

La ville d'Esztergom, capitale du sandjak éponyme, est prise après un court siège (du 22 au 28 octobre 1683), assurant à l'armée impériale une base solide au nord de Buda. Au printemps 1684, une armée d'environ 38 000 hommes, commandée par Charles V de Lorraine, marche sur Buda pour la libérer des Turcs. Le 30 mai 1684, les Impériaux apprennent que le serasker est arrivé à Buda pour prendre la tête des opérations.
Le pont sur le Danube à Esztergom ayant été rétabli le 13 juin, la tête de l'armée impériale, commandée par Maximilien von Starhemberg (de) et le général de cavalerie Louis-Guillaume de Bade-Bade atteint les murs de Visegrád le 15 juin. La ville, située en face d'Esztergom sur la rive gauche du Danube, est prise d'assaut ; une diversion ottomane vers Esztergom, le 17 juin, reste sans effet, et la citadelle de Visegrád capitule le 18 juin.
Le 27 juin, à Vác, l’armée impériale tombe sur un le corps d'armée turc, fort de 17 000 hommes. Alors que les Turcs se sont retranchés sur une position favorable, Charles V, à l'issue d'une préparation d'artillerie, part à l’assaut des positions ottomanes. Le centre de l'armée impériale, mené par Maximilien von Starhemberg, met l'ennemi en fuite à l'issue de la brève bataille de Vác. La ville tombe aux mains des Autrichiens le soir même.

Le 30 juin, le gros de l’armée impériale entre dans la cité de Pest, que les Turcs ont incendiée en la quittant. Repassant le Danube à Vác, les Autrichiens mettent le siège devant Buda, tenue par 10 000 défenseurs Turcs. L’armée impériale, forte de 34 000 hommes, entreprend le bombardement de la forteresse avec 200 canons le 14 juillet 1684, date anniversaire du début du siège de Vienne. la conduite du siège est confié au maréchal von Starhemberg, le défenseur héroïque de Vienne.
Le 18 juillet, Charles de Lorraine s'installe avec son armée sur les hauteurs qui entourent Buda, laissant l'assaut de la ville aux soins de Stahremberg. Le même jour, l'armée du serasker tente une attaque sur les arrières des Impériaux tandis que les janissaires de la garnison de Buda, par un mouvement concerté, font une sortie contre les assiégeants ; cette attaque reste sans effet. Le 19 juillet, l’armée impériale envahit la partie basse de la ville de Buda, mais, faute d'un contingent suffisant pour l'occuper, le maréchal von Starhemberg ordonne d'incendier les maisons.
Le 1er août, le gouverneur de Buda, Kara Mohammed Pacha, est tué par une bombe ; Cheytan Ibrahim Pacha lui succède et tient en échec les assaillants. Au cours des mois de juillet et d'août, l’armée impériale multiplie les assauts contre la citadelle, mais est chaque fois repoussée. Au début du mois de septembre, un général autrichien signale à l’état-major que le nombre de combattants valides a fondu à 12 500 hommes et que le moral des troupes est au plus bas. Le 11 septembre, un corps d'armée de réserve atteint Buda, et on organise la relève.
Du 22 au 25 septembre , une armée de secours ottomane commandée par le serasker Mustafa Pacha de Rodosto tente plusieurs attaques contre les lignes extérieures des assiégeants, appuyées par des sorties de la place. L'arrivée de renforts allemands commandés par l’Électeur de Bavière amène le serasker à se retirer. Le 25 septembre, l’Électeur envoie un émissaire au pacha de Buda pour le sommer de capituler : le pacha lui fait voir ses fortifications, ses troupes et ses provisions pour lui montrer qu'il n'a aucune raison de se rendre. Au fil des assauts, rendus encore plus meurtriers par les tirs de la garnison assiégée, l’armée impériale perd l'espoir. Le maréchal von Starhemberg, grièvement blessé, perd la confiance de la troupe : il est alors relevé de son commandement.
Le mois d'octobre est marqué par des pluies incessantes, ce qui accélère la décision de repli. Charles de Lorraine, malade, laisse le commandement à l’Électeur de Bavière et au comte de Caprara. Le 30 octobre, l’armée autrichienne lève le camp après 109 jours de siège, non sans avoir rasé la ville de Pest et les faubourgs de Buda pour ne pas les laisser à l'ennemi. Elle a été décimée pour plusieurs raisons : multiples escarmouches, dysenterie, épidémie de fièvre, des tranchées mal dessinées, et divers mécomptes tactiques. La retraite est rendue encore plus difficile par le harcèlement de la cavalerie turque, la crue du Danube qui complique la circulation des péniches et la rupture du pont d'Esztergom qui ne sera rétabli que le 13 novembre. Les pertes de l'armée chrétienne sont évaluées entre 10 000 et 28 000 hommes

Instruit par l'échec de 1684, Charles de Lorraine ne relance les opérations qu'à l'issue d'une minutieuse préparation ; la campagne de 1685 donne aux troupes impériales, en dépit de succès en apparence modestes, de solides bases de départ en vue du siège, mettant la ville presque sur la ligne de front austro-turque. La prise de Neuhaeusel (Nové Zámky, Érsekújvár, Uyvar), capitale du pachalik d'Uyvar, le 19 août 1685, assure ses communications au nord.
En 1686, deux années après le premier siège avorté de Buda, la Couronne d'Autriche lance une nouvelle campagne d'invasion de la Hongrie ottomane. Cette fois, l'armée de la Sainte Ligue, deux fois plus nombreuse qu'en 1684, compte 74 000 hommes de toutes nationalités, des artilleurs et des officiers en grand nombre. L'état-major impérial songe d'abord à s'emparer de Stuhlweissenburg (Székesfehérvár) ou d'Erlau (Eger), ou à mener un raid contre le pont d'Osijek, voie de passage vitale de l'armée ottomane sur la Drave ; mais la sécheresse cause une pénurie de fourrage pour la cavalerie et retarde le début des opérations. Le 10 juin 1686, le chancelier impérial Theodor Heinrich von Strattmann (de) donne l'ordre de reprendre le siège de Buda
Les opérations pour la prise de la ville débutent le 12 juin contre des forces ottomanes composées de troupes de forteresse et de la garnison de Buda. Selon des prisonniers ottomans, la garnison se compose de 3 000 janissaires et 5 000 autres soldats sous un chef âgé mais résolu, Abdurrahman Abdi Pacha.
La place est investie à partir du 18 juin par des unités de cavalerie, rapidement rejointes par les unités d'infanterie. Le siège proprement dit commence le 18 par les travaux de terrassement, destinés à protéger les assaillants d'une attaque de l'extérieur, mais la tranchée est ouverte seulement le 20, marquant le début officiel du siège, tandis que l'artillerie de siège arrive dans le camp chrétien.
Face à ces préparatifs de siège, les Ottomans ne restent pas inactifs. En effet, dès le 20 juin, la cavalerie alliée doit repousser une tentative de secours de la ville menée depuis les confins ottomans; un détachement de 4 000 cavaliers est ainsi détaché pour la protection des pionniers, chargés des travaux de terrassement, indispensables à la prise de la ville. Le prince Eugène et ses dragons couvrent l'arrière-garde autrichienne contre l'armée de secours turque.
La brèche est ouverte dans la ville basse, à la suite d'un intense pilonnage sur les murailles de la ville. la ville basse est prise d'assaut le 24 juin, les Ottomans se repliant dans la ville haute, dans l'attente de l'armée de secours.
La ville haute subit un intense bombardement, créant des brèches dans la muraille de la citadelle et touchant notamment la poudrière. Un assaut est alors ordonné, à l'issue duquel des unités allemandes parviennent à conquérir une partie de la première muraille de la citadelle.
Le 13 août, on annonce l'arrivée d'une armée de secours ottomane de 60 000 soldats sous le commandement du grand vizir Kara Ibrahim Pacha (en). En fait, seul un détachement de 6 000 janissaires et 4 000 sipahis se présente devant les lignes des Impériaux le 14 août ; il est repoussé et 3 000 janissaires sont tués. Une nouvelle tentative pour faire entrer des renforts dans la place, le 29 août, est encore un échec. Le grand vizir livre une série d'escarmouches au sud de Buda avant de se replier sur Esseck (Osijek) et abandonner la forteresse à son sort.
Une fois les armées de secours ottomanes écartées, le siège reprend avec plus d'intensité à partir du 20 août, réduisant une à une les défenses de la ville

 Parallèlement aux opérations militaires, Charles de Lorraine, l'un des commandants de l'armée chrétienne, souhaite obtenir la reddition de la ville, encerclée par un triple réseau de tranchées et de fortifications.
Ainsi, le 22 juillet 1686, il propose aux assiégés la reddition de la ville, garantissant en échange l'évacuation de la garnison. Cette proposition fait l'objet de contre-propositions du pacha de la ville encerclée, qui est favorable à l'échange de la ville contre une autre ville conquise par les coalisés, clause refusée par Charles de Lorraine.
À côté de ces négociations officielles, le pacha mène des négociations séparées avec certains capitaines alliés, notamment avec l’Électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière, chef en second de l'armée impériale, sans succès
Le 3 septembre, la ville est prise d'assaut. 3 000 hommes de la garnison ottomane résistant aux assauts chrétiens sont massacrés (en dépit de quelques redditions partielles), tandis que 1 500 soldats ottomans, sous la conduite du second du pacha, se rendent aux troupes de la Sainte-Ligue. Dans le même temps, une partie de la population de la ville est massacrée lors de l'assaut.
Après 143 années d'occupation turque, la ville tombe enfin. Une fois dans les murs, les vainqueurs se déchaînent contre les « païens ». La crainte des ottomans, alimentée par les récits d'atrocités contre les civils et les positions religieuses de l'Église de Rome, constitue une peur profondément ancrée dans la conscience européenne de l'époque :
« Buda fut prise et abandonnée au pillage. Les soldats commirent de tels excès contre les Turcs, dont la longue et patiente résistance avait coûté la vie à un nombre incroyable de leurs camarades, qu'il n'eurent d'égard ni à l'âge ni au sexe. L'Électeur de Bavière et le duc de Lorraine, choqués en apprenant le nombre d'hommes tués et de femmes violées, donnèrent des ordres pour mettre un terme au massacre, et sauvèrent la vie à plus de 2 000 Turcs. »
Plus de 3 000 Turcs trouvent la mort au cours de la mise à sac, et les violences frappent non seulement les musulmans, mais aussi les juifs de Buda (considérés comme des collaborateurs et partisans des Musulmans). On suppose qu'en l'espace des trois jours qui suivirent la reconquête de la ville, la communauté juive de Buda fut anéantie par des massacres de grande ampleur.
La conquête de Buda par les impériaux est abondamment exploitée par la famille de Habsbourg.
Tout d'abord, le parlement hongrois, réuni à Presbourg en novembre 1687 à la suite de la victoire de Mohács, reconnaît la souveraineté héréditaire des Habsbourg sur la couronne de Hongrie, renonçant à tout recours futur. En outre, ce parlement se propose de couronner lui-même roi de Hongrie le prince héritier Habsbourg du vivant même de son père. C'est ainsi que le 9 décembre 1687 Joseph, le fils de l’empereur Léopold, âgé seulement de 9 ans, est sacré roi de Hongrie avec la couronne de saint Étienne. La Hongrie, devenue un fief héréditaire Habsbourg, vit finalement dès le mois de juin 1688 la création d'une « commission pour l'établissement de la monarchie de Hongrie », destinée à promouvoir dans le pays un fort mouvement monarchiste, favorable à l’absolutisme et au mercantilisme viennois.
Ensuite, la victoire génère par la suite une intense propagande, mise en œuvre par les Habsbourg, magnifiant les acteurs de la reconquête du royaume et les Habsourg, pour le compte desquels la reconquête est menée

 

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MessagePosté le: Mar 16 Mai - 06:24 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

La bataille de Slankamen se déroula le 19 août 1691 près de Slankamen (Salankamen), au nord-ouest de Belgrade, et opposa les armées ottomanes aux forces armées autrichiennes et brandebourgeoises.
Les Ottomans avaient connu de nombreuses défaites contre les Autrichiens, les plus célèbres étant la tentative de la prise de Vienne (Autriche) en 1683, la perte de Belgrade récupérée par Maximilien II de Bavière en 1688, et la retraite de la Bosnie en 1689. Deux ans après la reprise de Belgrade, le général Louis-Guillaume de Bade-Bade (Ludwig Wilhelm von Baden-Baden) marcha accompagné de 20 000 autrichiens et 10 000 serbes (3600 cavaliers legers et 6400 fantassins) commandés par Jovan Monasterlija le long du Danube pour faire face à l'armée ottomane, composée de 55 000 hommes et commandée par le grand vizir Mustafa Köprülü.
La bataille se déroula du côté occidental du Danube, près de la sortie de son affluent Tisza. Après une dure bataille, l'armée autrichienne (20 000 hommes aidés de 10 000 miliciens serbes) victorieuse dispersa les troupes ottomanes et découvrit le corps de Mustafa Köprülü tué lors du combat.
La bataille de Slankamen fut la dernière bataille de la guerre austro-ottomane de 1683-1697, qui s'acheva par le traité de Karlowitz en 1699.
Un obélisque de 16 mètres de haut commémore la victoire autrichienne de Slankamen.

La Bataille de Zenta eut lieu le 11 septembre 1697 juste au sud de la moderne Senta, en Serbie, sur la rive orientale de la Tisza. Ce fut une bataille décisive de la cinquième guerre austro-turque ainsi que l'une des pires défaites jamais infligées à l'Empire ottoman. Cette victoire des Habsbourg fut la dernière étape qui força l'Empire ottoman à signer le traité de Karlowitz, en 1699, qui mit fin à la domination turque sur la Hongrie.
Après le sauvetage de Vienne à la bataille du Kahlenberg en 1683, les Habsourg, héritiers de la couronne de Hongrie peuvent mener une politique offensive dans la plaine hongroise. Ainsi, en 1688, Belgrade ainsi que la plus grande partie de la Plaine de Pannonie est occupée par les Habsbourg. Mais la Guerre de la Ligue d'Augsbourg contre la France distraient de plus en plus de troupes du théatre danubien et le nouveau Grand vizir réorganise l'armée ottomane, entraînant la fin de la succession des succès autrichiens. Belgrade est reprise par les Turcs en 1690 et la campagne militaire de l'année suivante est relativement indécise.
Après une longue période sans mouvements de grande envergure, le sultan Mustafa II, qui vient alors d'accéder au pouvoir, semble vouloir reprendre l'offensive. Eugène de Savoie-Carignan est alors mis à la tête de l'armée du front oriental dans ce qui était son premier commandement indépendant. Ce commandement inaugure la première d'une série de campagnes victorieuses pour le Prince Eugène.
De plus, la fin de la guerre avec la France permet un redéploiement des forces militaires impériales contre l'empire ottoman. Dans le même temps, Louis XIV modifie sa politique en Europe, abandonnant les Malcontents hongrois, les alliances de revers avec les Ottomans ou les Suédois contre les Habsbourg.
Dans le même temps, les problèmes de commandement au sein des troupes impériales se résolvent : Louis de Bade, Türkenlouis, n'exerce plus de commandement en Hongrie, tandis que l'incapable Frédéric-Auguste de Saxe est remplacé à la faveur de son élection au trône de Pologne.
En dépit de retours offensifs en Hongrie, le redressement ottoman du début des années 1690 semble compromis par les succès russes à Azov
Le Prince Eugène, acteur des choix stratégiques opérés à partir du début des années 1690 par les Habsbourg d'Autriche, est nommé commandant en chef de l'armée de Hongrie le 5 juillet 1697, dans le contexte du départ de l'électeur de Saxe.
Son armée compte alors en tout 70 000 hommes mais seulement la moitié de ces effectifs se révèlent prêts à se battre. Comme le trésor de guerre est vide, Eugène doit emprunter de l'argent pour payer les soldes et créer un service médical fonctionnel. Grâce au palatin Paul Esterházy, l'armée Habsbourg se renforce également de 20 000 combattants hongrois, et des unités de cavalerie serbes se joignent également aux forces d'Eugène.
Quand arrive la nouvelle que le sultan et son armée se trouve à Belgrade, Eugène décide de rassembler toutes ses troupes disponibles en Hongrie et en Transylvanie et les fait avancer en direction de Petrovaradin, ayant désormais une armée de plus de 50 000 hommes pour faire face aux Ottomans. Le 18 juillet, dans le village de Kolut, Eugène passe ses forces en revue avant de poursuivre son avance sur Petrovaradin en passant par Sombor. Durant le mois d'août, Eugène propose la bataille dans les alentours de la forteresse de Petrovaradin mais les Ottomans, qui tentent d'y mettre le siège, refusent la bataille. Au mois de septembre, les Ottomans font mouvement vers le nord dans le but de prendre la forteresse de Szeged, suivis par l'armée impériale.

Après la capture de Djafer Pacha par la cavalerie impériale, le projet de siège de Szeged est abandonné; le sultan décide de prendre ses quartiers d'hiver près de Timişoara. À cette nouvelle, il décide de forcer les Ottomans à livrer bataille.
Le 11 septembre 1697, l'armée ottomane tente de passer à gué la rivière Tisza près de Zenta, sans savoir que l'armée impériale se trouvait dans une zone toute proche. Ainsi, le Prince Eugène se trouve en mesure d'attaquer par surprise les Ottomans alors en plein franchissement de la rivière. Après un bombardement d'artillerie intensif, les régiments de dragons impériaux démontent et avancent à pieds vers les fossés entourant le camp ottoman, échangeant des coups de feu avec l'ennemi. Les troupes ottomanes derrière les retranchements battent alors en retraite dans une grande confusion vers le pont, très vite encombré. L'artillerie autrichienne prend pour cible ces troupes, faisant un massacre. Le flanc droit de l'armée impériale attaque, s'infiltrant entre le flanc gauche des ottomans et le pont, coupant ainsi leur retraite. Dans le même temps, les forces impériales attaquent de front et, après un féroce corps-à-corps, franchit les tranchées entourant le camp ottoman. À l'intérieur du camp, au milieu du train de provisions, les soldats impériaux poursuivent leur attaque implacablement et environ 20 000 Ottomans sont tués sur le champ de bataille alors que 10 000 autres se noient dans la Tisza.
La bataille constitue une victoire totale pour les Autrichiens ; au prix de pertes minimes (environ 500 morts), ils ont infligé la perte de 30 000 hommes aux Ottomans et capturé le harem du sultan, 87 canons et les coffres du trésor royal. L'armée ottomane est alors dispersée et les Impériaux envahissent la Bosnie sans rencontrer la moindre résistance.
La riche ville de Sarajevo, pratiquement sans défense, est une proie tentante pour les Autrichiens. Les habitants font l'erreur de refuser l'accès aux musulmans de la région fuyant l'invasion, puis de tuer les émissaires autrichiens. Les Impériaux pillent la ville de fond en comble, puis l'incendient. Les musulmans sont emmenés en esclavage et la minorité chrétienne de la ville, par crainte des représailles, s'enfuit en territoire autrichien. Seul le château, défendu par la garnison ottomane, est épargné.
Par le traité de Karlowitz de 1699, le sultan Mustafa II doit céder à l'empereur Léopold la Transylvanie ainsi que les provinces ottomanes de Buda, d'Eger et de Kanizsa, qui deviennent ou sont intégrées aux provinces des Habsbourg connues sous le nom de principauté de Transylvanie, royaume de Hongrie, royaume de Slavonie et Confins militaires.

 

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MessagePosté le: Jeu 18 Mai - 06:45 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

 
La guerre polono-cosaque-tatare est un conflit qui se déroule de 1666 à 1671 sur le territoire de l'actuelle Ukraine. Les belligérants sont l'hetmanat cosaque d'Ukraine, vassal de la République polono-lituanienne, et le khanat tatar de Crimée, vassal de l'Empire ottoman, avec une implication limitée de leurs métropoles respectives.
Depuis la révolte de Bohdan Khmelnytsky (1649-1657) et la guerre russo-polonaise de 1654-1667, l'Ukraine est partagée entre les zones d'influence du tsarat de Russie (Ukraine de la rive gauche du Dniepr) et de la Pologne-Lituanie (Ukraine de la rive gauche). Les cosaques ukrainiens gardent cependant leur autonomie et le droit d'élire leurs hetmans. En 1666, l'hetman Petro Dorochenko tente de faire reconnaître son pouvoir sur les deux rives, mais il se heurte à l'opposition de la Russie et de la Pologne. Il fait appel au sultan ottoman Mehmed IV et se reconnaît comme son vassal.
Les Tatars de Crimée, vassaux largement autonomes du sultan, pratiquaient habituellement des razzias en territoire polono-lituanien pour en ramener du butin et des esclaves. Ils entrent en Ukraine pour soutenir Petro Dorochenko, mais sont battus à plusieurs reprises par le général polonais Jean Sobieski (futur roi de Pologne). Un armistice est conclu après la bataille de Pidhaïtsi (en) (6-16 octobre 1667).
En 1668, à Constantinople, le sultan Mehmed IV est en mesure de dicter ses conditions aux envoyés du tsar Alexis Ier et à ceux des cosaques et de la Diète polono-lituanienne (en), le trône de Pologne étant vacant après l'abdication de Jean II Casimir Vasa. Le sultan déclare ne pas s'inquiéter du traité d'Androussovo signé entre Polonais et Russes car, dit-il, l'Empire ottoman est beaucoup plus fort que n'importe quelle puissance chrétienne. Le texte de l'accord polono-ottoman renouvelle, pour l'essentiel, les conventions antérieures:
« 1° Un voile était jeté sur tout le passé ; 2° Les griefs mutuels seraient produits par des ambassades ; 3° les amis et les ennemis seraient communs ; 4° la Pologne serait mise à l'abri des attaques des Tatars Nogaïs du Boudjak et d'Akkerman, soumis au khan de Crimée ; 5° sur les instances du kalgha [ministre du khan de Crimée], les cosaques déserteurs de la cause polonaise étaient reçus en grâce ; 6° les esclaves seraient remis en liberté ; 7° il devait être mis fin à toute irruption. ».
Les hostilités reprennent en 1670 lorsque Petro Dorochenko fait une nouvelle tentative pour reprendre le pouvoir en Ukraine. En 1671, le khan de Crimée Adil Giray, favorable à une alliance avec la Pologne-Lituanie, est destitué sous la pression du sultan ottoman et remplacé par Sélim Ier Giray. La petite guerre frontalière entre cosaques et Tatars débouche rapidement sur un conflit ouvert avec intervention des forces principales des deux États, la guerre polono-turque de 1672-1676 qui entraîne la perte de la Podolie (sud-ouest de l'Ukraine) par la Pologne.

La guerre russo-turque (1568-1570) (mentionnée dans les sources ottomanes sous le nom d'« expédition d'Astrakhan », Astrahan Seferi) est une guerre entre le Tsarat de Russie et l'Empire ottoman. Le casus belli en était le khanat d'Astrakhan.
En 1556, le khanat d'Astrakhan est conquis par Ivan le Terrible, qui y fait construire une nouvelle forteresse sur une colline escarpée surplombant la Volga. L'avancée russe coupe les routes commerciales terrestre reliant l'Asie centrale à la Crimée et l'Anatolie au nord de la mer caspienne, affaiblissant l'influence ottomane dans la région (la voie terrestre par le sud étant contrôlée par les Séfévides).
En 1568, le grand vizir Sokollu Mehmet Pacha, qui détenait le réel pouvoir dans l'administration de l'Empire ottoman sous Selim II, lance le premier affrontement entre l'Empire ottoman et son futur rival du Nord. Les résultats laissent présager les nombreuses catastrophes à venir. Un plan détaillé visant à relier la Volga et le Don par un canal est décidé à Constantinople, et, à l'été 1569, une grande force commandée par Kasim Pacha, de 20 000 Turcs et 50 000 Tatars, est envoyée pour assiéger Astrakhan et commencer les travaux de percement du canal, tandis qu'une flotte ottomane assiège Azov.
Le tsar dépêche alors le prince Vassili Serebriany-Obolensky avec 30 000 hommes à l’aide des assiégés et le roi de Pologne envoie l’ataman Michał Wiśniowiecki des cosaques zaporogues en renfort. Les cosaques harcèlent alors régulièrement le camp ottoman. Une action concertée des assiégés, cosaques et des troupes de soutien russes est décidée.
Une sortie de la garnison commandée par le prince Piotr Semionovitch Serebriany-Obolensky, le gouverneur militaire d'Astrakhan, fixe les assiégeants ; les Cosaques s’emparent du camp de Kasim Pacha ; l’armée de secours russe attaque et disperse les ouvriers et la force tatare envoyés pour leur protection. Sur le chemin du retour, jusqu'à 70 % des soldats et des travailleurs meurent de froid dans les steppes ou sont victimes d'attaques circassiennes. La flotte ottomane est détruite par une tempête.
L'Empire ottoman, bien que militairement vaincu, insiste sur la libre circulation des pèlerins musulmans et des commerçants de l'Asie centrale, ainsi que sur la destruction du fort russe situé sur le fleuve Terek.

La guerre russo-turque de 1676-1681 est un conflit ayant opposé les empires russe et ottoman dans la seconde moitié du xviie siècle, avec comme enjeu la domination territoriale de l'Ukraine à partir de la ville stratégique de Tchyhyryne, située sur la rive droite du Dniepr, c'est-à-dire en Ukraine occidentale.
Après avoir envahi et dévasté la Podolie lors de la guerre contre la Pologne de 1672–1676, le gouvernement ottoman cherchait à étendre sa domination sur la partie de l'Ukraine s'étendant à l'ouest de la rive droite du Dniepr, avec l'appui de son vassal (depuis 1669) le hetman Petro Dorochenko. Or, la politique pro-turque de ce dernier mécontentait de nombreux cosaques ukrainiens, lesquels désignèrent en 1674 Ivan Samoïlovitch, le hetman d'Ukraine orientale, comme unique hetman de toute l'Ukraine.
Dorochenko décide d'attaquer. En 1676, son armée, forte de 12 000 hommes, s'empare de la ville de Tchyhyryne, comptant sur le soutien d'une armée turque composée de Tatars de Crimée. Mais les forces russes et ukrainiennes commandées par Samoïlovitch et le prince Romodanovski mettent le siège devant Tchyhyryne et obtiennent la reddition de Dorochenko. L'armée russo-ukrainienne se retire ensuite sur la rive gauche du Dniepr en laissant une garnison dans Tchyhyryne. Le sultan turc nomme alors Iouri Khmelnytsky, son ancien prisonnier de guerre, hetman d'Ukraine occidentale. En juillet 1677, il donne l'ordre à son armée de 120 000 hommes placée sous le commandement d'Ibrahim Pacha de marcher à son tour sur Tchyhyryne, mais celui-ci ne parvient pas à reprendre la ville.
En juillet 1678, une armée turque d'environ 80 000 hommes ayant à sa tête le Grand vizir Kara Mustafa assiège une nouvelle fois Tchyhyryne et réussit le11 août 1678 à entrer dans la ville, qui est en grande partie détruite. L'armée russo-ukrainienne (200 000 hommes) devra à nouveau se replier derrière le Dniepr après avoir battu l'armée turque lancée à sa poursuite, ce qui lui assure la sécurité par la suite.
En 1679 et 1680, les Russes repoussent à nouveau les attaques des Tatars de Crimée et le 3 janvier 1681 les belligérants signent le traité de Bakhtchyssaraï établissant la frontière russo-turque sur le Dniepr.

La guerre russo-turque de 1686–1700 est l’un des théâtres des efforts conjoints des Européens à la fin du xviie siècle pour repousser l’Empire ottoman.
Le conflit russo-ottoman démarre quand la Russie, alors dirigée par la régente Sophia Alexeievna, qui sera déposée du trône par son frère Pierre le Grand en 1689, rejoint la coalition anti-turque comprenant l’Autriche, la Pologne et Venise en 1686. Au cours de la guerre, les armées russes mettent sur pied les campagnes de Crimée de 1687 et 1689 et les campagnes d’Azov (en) de 1695 et 1696.
La Russie préparant la guerre avec la Suède et les autres nations ayant signé le traité de Karlowitz avec la Sublime Porte en 1699, le gouvernement du tsar conclut le traité de Constantinople avec l’Empire ottoman en 1700, mettant un terme à la guerre.

La guerre russo-turque de 1710-1711 survient après que les Russes ont défait les Suédois à la bataille de Poltava. Avec l’aide des diplomates autrichiens et français, Charles XII de Suède, blessé, peut s’échapper du champ de bataille pour trouver refuge à la cour du sultan ottoman Ahmet III, qu’il persuade d’entrer en guerre contre la Russie le 20 novembre 1710.
Le principal affrontement du conflit est la campagne mal préparée du Prut en 1711, au cours de laquelle les troupes russes sous la direction de Boris Cheremetiev tentent d’envahir la Moldavie, alors vassale des Ottomans, avec le soutien du souverain moldave Dimitrie Cantemir, mais ils sont encerclés et battus par les troupes turques du Grand Vizir Baltacı Mehmet Pacha (tr), dans une bataille décisive qui se déroule à Stănileşti (ro), le 18 juillet 1711. L’armée russe a souffert du manque d’informations et d’intendance, tandis que la Porte a su mobiliser une armée bien plus importante et mieux équipée en artillerie.
Le conflit s’achève le 21 juillet par la conclusion du traité de Fălciu, à la grande déception de Charles XII. Le traité stipule qu’Azov est rendue aux Ottomans, que Taganrog et plusieurs autres forteresses russes doivent être démantelées, et l’arrêt de l’ingérence russe dans les affaires de la Pologne et de la Moldavie.

La guerre russo-turque de 1735-1739 est un conflit opposant la Russie impériale à l’Empire ottoman causé par les contradictions nées de la guerre de Succession de Pologne de 1733–1735 et les raids menés par les Tatars de Crimée. La guerre est aussi une nouvelle manifestation des efforts russes pour obtenir un accès aux « mers chaudes ».
Avant l’éclatement de la guerre russo-turque, la Russie cherche à s’assurer une situation internationale favorable en signant plusieurs traités avec la Perse en 1732–1735 (en guerre avec la Turquie ottomane entre 1730 et 1736) et en soutenant ascension au trône de Pologne d’Auguste III en 1735, contre le protégé de la France Stanislas Leszczyński, favorable à la Turquie.
La Russie et le Saint-Empire envisagent une vaste offensive dans les Balkans afin d'en exclure définitivement les Turcs. Un accord avait été conclu entre les deux grandes puissances en 1726.
Le casus belli sont les raids des Tatars de Crimée, vassaux des Ottomans, sur l’Ukraine à la fin de 1735 et la campagne militaire du khan de Crimée dans le Caucase. En 1736, le commandement russe planifie la prise d’Azov et de la Crimée. Cette offensive étant considérée comme un casus belli par La Porte.
En 1735, à la veille de la guerre, les Russes concluent la paix avec la Perse, rétrocédant tous les territoires conquis au cours de la guerre russo-persane de 1722-1723.
Le 20 mai 1736, l’armée russe du Dniepr, forte de 62 000 hommes et sous le commandement du maréchal Burckhardt Christoph von Münnich, prend d’assaut les fortifications turques à Perekop et occupent Bakhtchyssaraï le 17 juin. Cependant, l’insuffisance du ravitaillement ajoutée à la survenue d’une épidémie force Münnich à faire retraite vers l’Ukraine. Le 19 juin, l’armée russe du Don — 28 000 soldats sous le commandement du général Peter de Lacy appuyé par la flottille du Don (en) sous le commandement du vice-amiral Pierre Bredal — s’empare de la forteresse d’Azov. En juillet 1737, l’armée de Münnich prend d’assaut la forteresse ottomane d’Otchakov. Les troupes de Lacy (déjà fortes de 40 000) font mouvement en Crimée au même moment, infligeant un certain nombre de défaites à l’armée du khan de Crimée et s’emparant de Karasubazar. Cependant, Lacy et ses régiments sont contraints de se retirer de Crimée en raison de la déficience du train des équipages.
En juillet 1737, les impériaux, dont les troupes sont commandées par François-Étienne de Lorraine assisté du général Seckendorff, entrent en guerre contre l’Empire ottoman, lancent une offensive en Macédoine et s'emparent de Niš. Mais la même année, les Turcs lancent une contre-offensive et reprennent Niš. En 1738, ils parviennent même à reprendre Belgrade et Semendria. En août, la Russie, le Saint-Empire et la Sublime Porte entament des négociations à Nemirov dont il ne ressort rien. Aucune opération militaire d’importance ne se déroule en 1738. L’armée russe doit abandonner Otchakov et la péninsule de Kinbourn en raison de l’irruption de la peste bubonique.
En 1739, les armées de Münnich franchissent le Dniepr, battant les Ottomans à la bataille de Stavuchany (en) et occupent la forteresse de Khotin (le 19 août) et Iaşi. Cependant, le Saint-Empire est à nouveau battu par les Turcs et signe la paix séparée de Belgrade avec l’Empire ottoman le 18 septembre, par lequel l'Empereur cède la Valachie occidentale, le nord de la Serbie et Belgrade. Ce retrait des Impériaux, ajouté à l’imminence d’une invasion suédoise, force la Russie à signer le traité de Nyssa avec la Turquie le 3 octobre, qui met un terme à la guerre




 

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MessagePosté le: Ven 19 Mai - 04:37 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

La sixième guerre russo-turque qui débuta en 1768 et se termina en 1774 opposa la Russie à l'Empire ottoman, allié du khanat de Crimée. La Russie désirait obtenir un débouché sur la mer Noire.
La Russie lorgne déjà depuis un siècle sur l'Empire ottoman, qui ne cesse de décliner d'un point de vue militaire. Depuis la paix de Nissa en 1739, des agents russes s'étaient infiltrés dans les Balkans avec pour objectif de provoquer des soulèvements. En 1767, ils encouragèrent un nouveau soulèvement au Monténégro. Un aventurier, Stefan Mali, qui prétendait être l'empereur Pierre III, éliminé par sa femme Catherine II, s'empara du pouvoir. Le but de la Russie était de disposer d'un port et la libre navigation sur la mer Noire.

Mais ce sont les événements de Pologne qui provoquèrent la guerre entre ces deux puissances. Depuis la fin de la guerre de Sept Ans, des troupes russes stationnaient sur le sol polonais afin de protéger la minorité orthodoxe. La Pologne était devenue une sorte de protectorat russe qui se concrétisa par le traité perpétuel de mars 1768. Cela provoqua un soulèvement nationaliste polonais. Les Ukrainiens, à l'inverse, étaient favorable aux Russes et se joignirent à ces derniers pour réprimer la révolte. En poursuivant un groupe d'insurgés, les Ukrainiens brûlèrent la petite ville de Balta sur le territoire ottoman. Comme il ne s'agissait pas de soldats russes, Catherine II nia toute responsabilité dans cet incident. Poussée par le khan tatar ainsi que par la France, La Porte exigea l'évacuation de la Pologne par la Russie mais cette dernière s'y refusait, si bien que La Porte déclara la guerre à la Russie le 6 octobre 1768.
L'Empire ottoman déclara la guerre alors que son armée n'était pas prête. La Russie devait envoyer une armée vers le Danube afin d'empêcher le soutien turc à la Pologne et sa flotte de Baltique en Méditerranée afin de soutenir les révoltes orthodoxes dans le monde ottoman. Les troupes russes commencent par prendre Azov en 1769 puis poursuivent leur avantage dans les principautés danubiennes. En 1770, les Russes occupent Iași puis Bucarest, mais faute de secours, ils ne peuvent poursuivre leur offensive.
Dans le même temps, la flotte russe de Baltique commandée par le comte Alexis Orlov, aidée par les Anglais, opérait un tour d'Europe afin de rejoindre la mer Méditerranée. Son premier objectif était les côtes du Péloponnèse, où des agents russes avaient fait éclater un soulèvement. Les Russes occupèrent le port de Navarin. Mais l'hostilité de la population grecque envers les habitants musulmans de la ville rendirent l'occupation difficile. Les Russes furent contraints d'abandonner les Grecs.
La flotte russe se dirigea ensuite vers la mer Égée. En juillet 1770, elle livra la bataille de Chesmé et anéantit la flotte turque. Les bateaux turcs au mouillage les uns à côté des autres à Chesmé, en face de Chios, furent détruits dans un incendie.
La Méditerranée orientale était désormais ouverte à la flotte russe mais cette dernière se contenta de quelques coups de main contre Rhodes et les îles voisines. Le passage des Détroits était impossible pour la flotte russe.

Après cet exploit, Catherine II ambitionne de prendre la forteresse de Kertch qui commande le passage entre la mer d'Azov et la mer Noire. Elle désire également contrôler les principautés danubiennes. Les puissances européennes s'inquiètent désormais de cet accroissement territorial de la Russie. Frédéric II de Prusse craint une entente entre la Russie et l'Autriche pour se partager les dépouilles de l'Empire ottoman. L'Autriche craint une pénétration russe dans les principautés danubiennes qu'elle considère comme sa voie naturelle d'expansion. La France tente de créer une alliance entre Turcs et insurgés polonais. En 1770, une nouvelle guerre générale menace l'Europe. En septembre 1770, l'impératrice et le roi de Prusse se rencontrent à Neustadt en Moravie. En 1771, les troupes russes occupent totalement la Crimée. Le khanat de Crimée passe sous suzeraineté russe et Catherine II y installe un de ses protégés. L'Autriche est décidée coûte que coûte à éviter toute nouvelle extension de la Russie et commence ses préparatifs militaires. Finalement, Autriche et Prusse arrivent à un accord. En compensation des avantages territoriaux russes, l'Autriche, la Prusse et la Russie s'entendent sur le partage de la Pologne. En obtenant la Galicie, l'Autriche accepte les futures annexions russes.
En août 1772, les négociations pour la paix débutent entre la Russie et l'Empire ottoman mais elles traînent en longueur car la Sublime Porte est réticente à céder sur tous les plans. Finalement, le maréchal Roumiantsev franchit le Danube et pénètre en Bulgarie. Le sultan est contraint d'accepter la paix.
Le 21 juillet 1774 est signé le traité de Küçük Kaynarca entre l'Empire russe et l'Empire ottoman. La Russie renonce aux principautés danubiennes, mais obtient les ports d'Azov et de Kinburn. La Crimée devient indépendante mais dans les faits, le khanat devient un protectorat russe. Le sultan reconnaît la souveraineté russe sur les Cosaques Zaporogues. Catherine II obtient la construction d'une église orthodoxe qui allait devenir le symbole de la protection de la Russie sur les chrétiens de l'empire ottoman. La Russie obtient également des privilèges commerciaux ainsi que des consuls pour y veiller. Les navires commerciaux russes peuvent désormais naviguer sur la mer Noire. La Porte doit verser une énorme indemnité de guerre à la Russie.
Le 4 mai 1775 est signé un traité entre l'Autriche et l'Empire ottoman par lequel ce dernier cède la Bucovine à l'Autriche en contrepartie de son abstention durant le conflit.

La révolution d'Orloff ou expédition des frères Orloff (grec moderne : Ορλωφικά, événements d'Orloff, russe : Пелопоннесское восстание, révolte du Péloponnèse) est un épisode de la guerre russo-turque qui opposa la Russie de Catherine II et l'Empire ottoman entre 1768 et 1774. Cet épisode révolutionnaire se déroula en Grèce, principalement dans le sud du Péloponnèse à partir du Magne et en mer Égée, dans les Cyclades. Elle est considérée comme un des prémices de la guerre d'indépendance grecque.
Un certain nombre de légendes populaires à propos de la libération des Grecs et de la reconquête de Constantinople couraient aux xviie et xviiie siècles.
Elles faisaient intervenir « Dieu et ses Saints guerriers » aux côtés des soldats grecs. saint Georges et l'archange saint Michel principalement, précédés du prophète Élie sur son char de feu, les mèneraient à la victoire. La foudre frapperait les Ottomans ; les montagnes les écraseraient. Lorsqu'ils arriveraient en vue de Constantinople, le dernier empereur, Constantin XI Paléologue se réveillerait. En effet, une autre légende racontait que lors de la prise de la ville, alors qu'il allait être tué par un Ottoman, il fut enlevé par les anges et transporté dans une caverne près de la Chrysoporta, la « Porte d'Or », une des nombreuses portes de la ville. Là, transformé en marbre, il attendrait le jour où les anges viendraient le délivrer. Le Marmaromenos Vassilias, l'« empereur de marbre », une fois réveillé, prendrait la tête du combat et chasserait les Ottomans de Constantinople. Il les poursuivrait ensuite pour les renvoyer définitivement à Kokkini Milia (le « Pommier Rouge »), le lieu mythique d'Asie centrale d'où ils seraient partis. Les guerriers grecs seraient aussi accompagnés dans ce combat d'un xanthon genos, d'un peuple de libérateurs blonds venus du Nord. C'est pour cela que les Grecs ont toujours cru que les Russes, seuls orthodoxes à n'être pas soumis ou vassaux des Ottomans, viendraient les aider à recouvrer leur liberté.
Une autre légende concernait une prophétie de Léon VI le Sage. Il aurait annoncé que Constantinople serait libérée 320 ans après avoir été conquise, soit en 1773.
La Russie qui cherchait un débouché sur une mer tempérée affrontait régulièrement l'Empire ottoman pour atteindre d'abord la mer Noire, voire la Méditerranée. Elle sut utiliser ces légendes grecques. Ainsi, Catherine II avait prénommé son fils, qui devait lui succéder, Constantin. Aussi, lorsque les Russes attaquèrent les Ottomans en 1769, il sembla à certains Grecs évident que les légendes allaient devenir réalité et que les prophéties allaient se réaliser.

En janvier 1769, les différends entre Russes et Ottomans à propos de la Pologne amenèrent une guerre entre les deux empires.
Le comte Grégory Orloff, alors le favori de la Tsarine, avait noué des contacts avec des Grecs, principalement Gregori Papadopoulos, originaire de Thessalie. Papadopoulos avait rencontré à Kalamata un chef de guerre maniote de la famille Mavromichalis et des primats, des évêques et des klephtes. Il rapportait au comte Orloff un promesse écrite et signée d'un soulèvement de 100 000 Grecs si une escadre russe, apportant des armes, paraissait en Égée.
En septembre 1769, une flotte de sept vaisseaux de ligne, quatre frégates et des bâtiments de transport quittait Saint-Pétersbourg. Cette flotte était commandée par deux frères du comte Orlov : Fiodor et Alexeï. Elle se divisa en deux au niveau de Malte, Féodor allant chercher dans l'île l'aide des chevaliers de l'ordre de Malte, qui lui fut refusée. Alexis mouilla dans la baie de Coron et mit le siège à la ville. Les Grecs furent déçus de voir que les forces russes se limitaient à 800 hommes. Cependant, Mavromichalis souleva le Magne et Benáki la plaine de Kalamata. Les Ottomans se réfugièrent d'abord dans leurs places-fortes du Péloponnèse : Nauplie, Corinthe et Tripolizza.
Alexeï Orlov organisa deux troupes gréco-russes appelées légion occidentale de Sparte et légion orientale de Sparte. La première se dirigea vers l'Arcadie et Tripolizza et l'autre vers Mistra, qui fut conquise. Les Ottomans survivants et leur famille obtinrent le libre-passage. Une sorte de gouvernement provisoire fut installé à Mistra. Le siège de Coron ne donnant rien, la flotte russe alla s'abriter dans la baie de Navarin
Plus au nord, Missolonghi et Patras s'étaient révoltées. La contre-attaque ottomane commença par ces villes. 15 000 Albanais musulmans furent utilisés par la Porte. Patras fut prise et incendiée. Tous les hommes en âge de porter les armes furent égorgés. À Tripolizza, des Grecs furent massacrés. Les troupes ottomanes rallièrent Coron, puis Modon, assiégée par les Russes, qui y laissèrent leur artillerie. Elle marchèrent ensuite sur le Magne. Mavromichalis et 400 Maniotes les rencontrèrent au défilé de Nysie, au sud-ouest de la plaine de Messénie. Cette bataille est considérée par les philhellènes comme les Thermopyles de cette insurrection.
Le siège fut mis à Navarin. Alexeï Orlov fut évacué en mai 1770 par la seconde partie de l'escadre russe venue à son secours.
La flotte ottomane chercha à éviter l'affrontement avec la flotte russe. Elle se réfugia d'abord à Nauplie, puis entre Chios et la côte d'Asie mineure, en face de Tchesmé. L'affrontement eut lieu là le 7 juillet 1770. La défaite ottomane fut totale, un seul navire ne fut pas coulé : il fut capturé. Les autres furent tous détruits, principalement grâce aux brûlots. La flotte russe alla parader devant Constantinople puis mit le siège à Lemnos. Il dura trois mois, puis les renforts ottomans obligèrent Alexis Orloff à évacuer.
La flotte russe alla hiverner dans la baie de Naoussa, au nord de l'île de Paros, dans les Cyclades. Touchée par une épidémie à l'été 1771, elle évacua la Grèce, abandonnant ses alliés

Carte du conflit. Vert : opérations conjointes des Russes et des Grecs insurgés. Bleu : forteresses et opérations des Grecs insurgés. Rouge : opérations des Turcs et des Albanais et principaux ravages

Pour la Russie, l'expédition et la guerre eurent un résultat favorable, avec le traité de Kutchuk-Kaïnardji qui lui donna de nombreux avantages dans le Levant.
Le résultat est plus mitigé pour les Grecs. Les récits des exactions vengeresses des Ottomans sont nombreuses : massacres, pillages, destructions des récoltes, arrachages des oliviers... Les mercenaires albanais, au lieu de repartir, décidèrent de rester sur place dans le Péloponnèse, dévastant le pays, si bien que les autorités ottomanes durent envoyer de nouvelles armées contre eux, et ne purent en venir à bout qu'après plusieurs campagnes.
François Pouqueville, dans son Histoire de la régénération des Grecs en 1824 parlait de « traite des Blancs » qui dura huit ans et « dépeupla le Péloponnèse». Il en est de même dans l’Itinéraire de Paris à Jérusalem de Chateaubriand.
Cependant, les excès ottomans suscitèrent la fuite de nombreux Grecs. Cette émigration devint une diaspora qui entra en contact avec les idées nouvelles des Lumières et transforma l'idéologie nationale grecque. Cela déboucha sur la création de la Philiki Etairia puis la guerre d'indépendance grecque. Les îles furent comparativement épargnées par la vindicte ottomane et leur commerce, passé sous pavillon russe grâce au traité de Küçük Kaynarca, devint florissant. Les fortunes d'Hydra ou Psara trouvèrent là leur origine. La flotte et la richesse de ces îles furent déterminantes lors de la guerre d'indépendance grecque. La région du Magne obtint un statut de quasi-autonomie.

Le traité de Küçük Kaynarca (ou Koutchouk-Kaïnardji), conclu entre la Russie et l’Empire ottoman le 21 juillet 1774, met fin à la guerre russo-turque de 1768-1774 qui vit les hospodars phanariotes et la noblesse des principautés danubiennes de Moldavie et Valachie, tributaires de la « Sublime Porte », prendre le parti russe, les populations d’une partie de la Grèce se soulever, et l’expédition des frères Orloff s’y joindre.
Ce traité de paix est l’un des plus défavorables signés par les Ottomans. Il fut signé à Küçük Kaynarca (« petite source chaude », en turc), aujourd'hui Kaïnardja, dans le nord-est de la Bulgarie.
Le traité accorde l’indépendance au Khanat de Crimée qui ne tarde pas à passer sous contrôle russe et où le sultan ne conserve qu’une primauté religieuse sur les populations musulmanes (en majorité tatares). Les navires marchands battant pavillon russe obtiennent la libre circulation à travers les détroits des Dardanelles et du Bosphore et dans tous les ports ottomans du Levant. Les Russes s’emparent de différentes places fortes ottomanes, dont Azov. L’Empire ottoman reconnaît aussi le partage de la Pologne.
En outre, ce traité transforme la vassalité des Moldaves et des Valaques envers la « Sublime Porte » en une sorte de condominium russo-turc, le Tzar devenant protecteur des hospodars, de la noblesse et de l’église roumaine, le Sultan demeurant le destinataire du tribut versé par ces principautés danubiennes.
Enfin, la Russie est reconnue protectrice de tous les orthodoxes de l’Empire ottoman (sans que le patriarche orthodoxe de Constantinople ait été consulté). Les îles grecques qui étaient passées sous contrôle russe pendant le conflit sont exonérées d'impôts.
Ce traité donne un cadre juridique à l’action de la Russie dans les Balkans sous des motifs religieux, ouvrant la voie aux prémices du panslavisme et du nationalisme roumain et grec. Il représente une étape importante de l’affaiblissement de l’Empire ottoman, commencé en 1699 avec le Traité de Karlowitz, et qui s’achève en 1923 par l’effondrement du Sultanat et son remplacement par la république turque.
Un certain nombre de marchands et armateurs grecs (d’Hydra par exemple) se placent sous protectorat russe et font battre pavillon russe à leurs navires. Ils commencent ainsi à faire fortune et préparent, sur les plans financier et naval, la renaissance culturelle grecque et la guerre d’indépendance grecque.
Selon Yves Ternon, les articles 7 et 16 du traité « ouvrent un chapitre nouveau du droit des gens : ils consacrent le droit d’ingérence dans les affaires intérieures d’un État souverain, sous prétexte humanitaire ».

Modifications territoriales issues du traité : en rose la Russie, en jaune le Khanat de Crimée, en vert l'Empire ottoman (états chrétiens vassaux en vert pâle).

 

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saintluc
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MessagePosté le: Sam 20 Mai - 05:44 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

La bataille de Tchesmé est un affrontement entre les flottes de la Russie de Catherine II et de l'Empire ottoman lors de la guerre qui les opposa entre 1768 et 1774. Elle se déroula lors de l'épisode dit de la révolution d'Orloff dans le chenal entre l'île de Chios et la ville d'Asie mineure de Tchesmé.
La flotte ottomane avait évité la flotte russe tout le printemps 1770. Le capoudan-pacha espérait que la contre-attaque terrestre affamerait les troupes russes qui privées de ressources et de vivres seraient vaincues sans combat. Après avoir mouillé à Nauplie, la flotte s'était réfugiée à Chios. Rejointe par la flotte russe, elle ne put refuser plus longtemps l'affrontement.
Le capoudan-pacha plaça sa flotte en croissant le long du rivage et gagna la terre ferme. Il laissa le navire amiral, la Capoudana à son second Hassan-Bey.
Au bout de quatre heures de combat, la capoudana était abordée par le navire amiral russe. Le combat se déroula au corps à corps jusqu'à ce que la capoudana explosât, faisant couler en même temps les deux navires. Les navires ottomans survivants se réfugièrent dans la baie de Tchesmé. Ils y furent coulés par des brûlots grecs originaires de Psara. Un seul vaisseau turc ne fut pas coulé : il fut pris par les Russes.

La septième guerre russo-turque se déroula de 1787 à 1792 et opposa l'Empire russe et l'Autriche à l'Empire ottoman. En effet, les Ottomans montrent leur inquiétude face à l'expansion russe vers le sud, à travers l'Ukraine et la Crimée, alors territoire de colonisation.
Sous l'influence de son ancien favori, Grigori Potemkine, l'impératrice Catherine II envisage une extension de son empire vers le sud. Elle désire expulser les Turcs d'Europe afin de reconstruire l'Empire byzantin et de le donner à son petit-fils Constantin. Cet empire, qui aurait pour capitale Constantinople, est destiné à englober la Grèce, la Thrace, la Macédoine et la Bulgarie, tandis que les principautés danubiennes formeraient un « royaume de Dacie », promis à Potemkine. Le reste des Balkans, c'est-à-dire la Bosnie, la Serbie et l'Albanie, serait donné en compensation à l'Autriche. Venise obtiendrait la Morée, la Crète et Chypre.
En Crimée, l'impératrice avait mis sur le trône le khan Sahin Giray. Les Russes sont contraints d'intervenir plusieurs fois pour mater des révoltes et maintenir le pouvoir nominal du khan. La dernière intervention entraîne l'occupation du pays en 1782. La Crimée est officiellement annexée le 19 avril 1783, permettant à l'Empire russe de disposer désormais d'une base maritime en mer Noire. De plus, la Géorgie est placée sous protectorat russe et une flotte fut créée en mer Noire, autant de sources d'inquiétudes aux yeux des Turcs ottomans. Le 14 août 1787, le sultan fait parvenir un ultimatum à l'impératrice – en voyage dans le sud de la Russie pour voir les progrès de la flotte russe – exigeant l'évacuation de la Crimée et de la Géorgie. L'ambassadeur russe de Constantinople est arrêté si bien que le 15 septembre 1787, la Russie déclare la guerre à l'Empire ottoman. L'Autriche attend le 9 février 1788 pour se joindre à la Russie.
Joseph II, commandant des troupes autrichiennes, se révèle un piètre stratège. Les Turcs ravagent le territoire des Habsbourg, amenant l'empereur à négocier. De leur côté, les Russes commandés par Potemkine prennent Otchakov en décembre 1788. Le nouveau sultan Selim III refuse la négociation, mais les Autrichiens se ressaisissent. En 1789, les troupes du maréchal Ernst Gideon von Laudon prennent Belgrade et chassent les Ottomans de Bosnie. De son côté, le prince de Saxe-Cobourg conquiert Bucarest, tandis que les Russes avancent en Valachie et, avec l'appui d'un important corps autrichien, remportent des victoires sur les Turcs à Focşani et à Mărtinești (en).
L'empereur Joseph II meurt le 20 février 1790. Son successeur Léopold II, afin de lutter contre la propagation des idées révolutionnaires — qui contaminent les Pays-Bas et la Hongrie — change radicalement de politique extérieure. Il amorce un rapprochement avec la Prusse mais cette dernière est alliée de l'Empire ottoman si bien que l'Autriche doit abandonner son allié russe et renoncer à tout agrandissement territorial. Le 4 août 1791 est signé le traité de Sistova entre l'Empire ottoman et l'Autriche par lequel cette dernière abandonne ses conquêtes, à quelques maigres exceptions près, soit la ville d'Orșova dans le Banat, et deux forteresses en Croatie.
Malgré la défection de son allié autrichien, la Russie poursuit son avantage sur l'Empire ottoman. La flotte russe remporte une victoire sur la flotte ottomane à Khadjibey en septembre 1790 et le 11 décembre, Souvorov prend la forteresse d'Izmaïl dans le sud de la Bessarabie. La nouvelle puissance russe inquiète la Grande-Bretagne, d'autant plus qu'elle pourrait devenir la nouvelle source de matières premières de la France à la suite d'un accord commercial passé avec cette dernière. William Pitt envoie donc un ultimatum à la Russie interdisant l'extension au-delà du Dniepr et l'annexion d'Otchakov. La flotte britannique devait attaquer en Baltique alors qu'une armée prussienne doit attaquer en Livonie, mais William Pitt n'est pas soutenu dans son pays si bien qu'il doit renoncer à soutenir La Porte.
Un armistice est conclu entre les deux belligérants en août 1791. Le 9 janvier 1792 est signée le traité de Iassy entre l'Empire russe et l'Empire ottoman, par lequel la Russie obtient la forteresse d'Otchakov et le Yédisan. L’Empire ottoman reconnaît en outre l'annexion russe de la Crimée tandis que la Russie évacue les principautés danubiennes.

La huitième guerre russo-turque se déroula de 1806 à 1812 et oppose l'Empire de Russie à l'Empire ottoman à la suite de la révolte des Serbes.
Le 14 février 1804, trois cent chefs locaux serbes se réunissent à Orašac, près de Topola, et prêtent serment de lutter jusqu'à la mort contre les Turcs ottomans, se choisissant comme chef Karađorđe. Cette rébellion est provoquée par l'élimination physique des chefs serbes par le pouvoir ottoman.
Les insurgés cherchent d'abord le soutien de l'Autriche mais déçus par l'attitude de cette dernière, ils se tournent vers le tsar et envoient une délégation en Russie. Le tsar Alexandre Ier, qui a les yeux tournés vers Napoléon Ier, ne peut accorder qu'un soutien financier et la promesse d'un appui diplomatique. Malgré le peu de soutien, la révolte des Serbes prend de l'ampleur.
Ce n'est que lorsque la France tente un rapprochement avec La Porte, que la Russie change d'attitude. À la suite du traité de Presbourg, la France s'agrandit de quelques provinces sur la côte adriatique. L'intrusion française dans les Balkans modifie l'équilibre diplomatique : la France, pour se maintenir dans cette région, doit chercher l'appui de l'Empire ottoman. Napoléon Ier envoie à Istanbul le général Horace Sébastiani, qui obtient le renvoi des hospodars de Valachie et de Moldavie, trop dociles envers le tsar. Fort de ce nouveau soutien, le sultan réaffirme sa souveraineté sur les îles Ioniennes et ferme les détroits aux navires militaires. Alexandre Ier réagit en ordonnant l'invasion des principautés danubiennes si bien que le sultan déclare la guerre à la Russie en novembre 1806.
La Russie, en guerre contre la France, peut compter sur l'appui de ses alliés, dans le cadre de la guerre anglo-turque. Dès janvier 1807, une flotte britannique force le détroit des Dardanelles et menace Constantinople. Le général Sébastiani, aidé de techniciens français, a renforcé les défenses de la ville si bien que la flotte britannique doit faire demi-tour en mars. Une autre expédition est envoyée contre Alexandrie qui est occupée mais les troupes britanniques ne peuvent pénétrer en Égypte.
De son côté, l'armée impériale russe fait sa jonction avec les troupes serbes le 17 juin 1807 près de Vidin. Les Russes prétextent le soutien aux peuples opprimés par le joug ottoman pour instaurer un protectorat sur le jeune État serbe. Les Ottomans réagissent par une triple offensive sur les îles Ioniennes — menée par le pacha Ali de Janina —, sur la Serbie — menée par le pacha Osman Pazvantoğlu de Vidin — et sur la Valachie. Les Turcs ottomans viennent mettre le siège devant Bucarest.
La paix de Tilsit signée en juillet 1807 entre Napoléon Ier et Alexandre Ier vient mettre un terme au conflit. Même si les deux empereurs envisagent un partage ultérieur de l'Empire ottoman, Napoléon exige pour l'instant le retrait des troupes russes des Balkans, tandis que les îles Ioniennes échoient à la France. Le 24 août 1807 est signé l'armistice de Slobozia. La Russie doit évacuer les principautés danubiennes et sa flotte est autorisée à traverser les Détroits pour revenir en Russie. Il n'est pas fait mention des Serbes et des Roumains qui sont ainsi sacrifiés par les grandes puissances et restent officiellement sous domination respectivement ottomane et russe (la Russie ne respecte pas l'accord et continue à occuper les principautés danubiennes, vivant sur le pays).

La situation des insurgés Serbes devient très difficile, d'autant plus que ces derniers sont divisés sur la conduite diplomatique à suivre : les uns étant pour poursuivre dans la voie de la Russie, les autres pour obtenir un soutien autrichien, quitte à en devenir un protectorat. Ce sont des événements extérieurs qui permettent une nouvelle fois aux Serbes de revenir sur le devant de la scène européenne. En septembre 1808, lors de l'entrevue d'Erfurt, Napoléon promet la Moldavie et la Valachie au tsar, car il désire avoir les mains libres pour réprimer la révolte espagnole. La guerre entre la Russie et l'Empire ottoman reprend en mars 1809.
Karageorges s'entend avec le tsar pour une offensive conjointe contre les Turcs. Les Serbes lancent deux offensives sur le sandjak de Novi Pazar — afin d'établir une liaison avec les insurgés monténégrins — et sur Niš. Cette dernière échoue et l'armée ottomane lance une grande contre-offensive menaçant Belgrade. Karageorges tente de trouver le soutien de Napoléon en lui offrant de devenir le protecteur des Serbes, mais en vain. Les révoltés sont sauvés par l'offensive russe du prince Bagration en Moldavie. Les Russes installent des garnisons en territoire serbe. Mais le tsar, sentant venir la rupture avec la France, est décidé à avoir les mains libres au Sud et offre la paix au Sultan.
En mai 1812 est signé le traité de Bucarest entre la Russie et l'Empire ottoman qui met fin à la huitième guerre russo-turque. La Russie évacue les principautés roumaines mais annexe la Moldavie orientale et le Boudjak ottoman, formant sa nouvelle province de Bessarabie. Le hospodar moldave, Veniamin Costache, protesta vainement contre la perte de plus d'un tiers de son pays, faisant valoir que s'il était un vassal de la « Sublime Porte », le traité de vassalité n'en garantissait pas moins les frontières moldaves. Mais l'habileté du négociateur du Tzar, l'émigré français Alexandre de Langeron, face au représentant ottoman, le prince phanariote Mourousi, permit à la Russie de passer outre. Selon l'article VIII du traité, les Serbes devaient détruire leurs fortifications et accepter le rétablissement de la souveraineté ottomane, en échange de quoi il leur est promis l'amnistie générale et une autonomie interne. Les Serbes n'acceptent pas cet abandon par la Russie et la révolte se poursuit jusqu'en 1813, date de la répression ottomane. Par ailleurs, la Russie obtint aussi des droits de commerce sur le Danube. Le traité, signé par le commandant russe Mikhaïl Koutouzov, n'a été ratifié par Alexandre Ier de Russie que la veille de l'invasion de la Russie par Napoléon. Pour n'avoir pas su prévoir l'attaque de Napoléon et retarder les négociations jusque-là pour limiter les pertes ottomanes, le prince Mourousi finit décapité sur ordre du sultan Mahmoud II.

La neuvième guerre russo-turque se déroula de 1828 à 1829 lorsque la Russie décida de soutenir la révolte des Grecs contre l'Empire ottoman.
La Russie se voulait la « protectrice naturelle » des chrétiens orthodoxes des Balkans. Les Serbes s'étaient soulevés en 1804 et en 1813, les roumains suivirent en 1821. Serbie, Valachie et Moldavie s'émancipaient de plus en plus et se rapprochaient de la Russie. Celle-ci avait d'ailleurs annexé en 1812 la moitié orientale de la Moldavie, alors appelée Bessarabie. Comme les autres puissances de la Sainte-Alliance après le Congrès de Vienne, la Russie faisait circuler des agents pour prendre la mesure de la faiblesse ou non de l'Empire ottoman, dit l'Homme malade de l'Europe.
De plus, depuis le xviiie siècle, des sociétés philhellènes animées par des émigrés grecs inspiraient la solidarité des Occidentaux vis-à-vis de leur cause. Une « Société des Amis » pour l'indépendance de la Grèce, s'était créée à Odessa, où vivait une forte minorité de Grecs. Ces Grecs étaient sous la protection de la Russie et avaient le même objectif : soutenir les révoltes anti-ottomanes afin d'obtenir une intervention militaire russe. Toute l'Europe intellectuelle et romantique déplorait le sort des Grecs, de Lord Byron à Victor Hugo. Lorsque les révoltes grecque et roumaine éclatent en 1821, la Russie intervient dans les principautés roumaines pour mater la révolution, et reste sur ses gardes face à la révolution grecque et au Congrès d'Épidaure de 1822, car elle ne tient pas à une guerre isolée contre l'Empire ottoman. Mais le massacre de Chios par les Turcs cette même année révolte l'Europe, et lorsque le Royaume-Uni se montre finalement bien disposé à l'égard d'une délégation grecque venue lui demander de l'aide, la Russie change d'attitude, afin de ne pas laisser l'initiative à l'Angleterre, son rival principal pendant tout le xixe siècle.
Alexandre Ier propose la tenue d'un congrès en janvier 1824 afin de proposer la partition de la Grèce en trois, chacune des régions bénéficiant d'une certaine autonomie sur le modèle des principautés roumaines et de la Serbie, autonomes mais vassales de la « Sublime Porte » ; mais les Puissances s'opposent à ce plan.
La mort d'Alexandre et l'avènement de Nicolas Ier changent la donne. Ce dernier en effet adresse un ultimatum à l'Empire ottoman, le 16 mars 1826, alors que les Turcs aidés de la flotte et d'une armée égyptiennes répriment cruellement l'insurrection grecque (siège de Missolonghi). Cet ultimatum enjoint au Sultan de respecter la clause VIII du traité de Bucarest. Le sultan s'incline et en octobre est conclue la convention de Cetatea-Alba par laquelle les principautés roumaines et la Serbie sont placées sous la protection du tsar, tout en restant tributaires de l'Empire ottoman.
Le Royaume-Uni avait tenté un rapprochement avec la Russie mais face à cet élargissement de la zone d'influence russe, Canning persuade Charles X de France de se joindre au traité de Londres signé en juillet 1827, par lequel les trois puissances envisagent la création d'un État grec autonome dans le cadre de l'Empire ottoman. Le 20 octobre 1827, la flotte ottomane est détruite lors de la bataille de Navarin par une flotte anglo-franco-russe. Cet épisode est resté célèbre dans la littérature européenne de l'époque.
Malgré l'appui des opinions européennes favorables à la cause grecque, la destruction de la flotte turque inquiète le nouveau ministre des Affaires étrangères britannique, le duc de Wellington, un conservateur soucieux d'équilibre en Orient et se méfiant des mouvements révolutionnaires. Wellington adopte une attitude menaçante vis-à-vis de la Russie. À ce stade, la Grande-Bretagne développe un discours russophobe qui est conceptualisé par Lord Edward Ellenborough, ministre dirigeant la Compagnie des Indes orientales et qui a cours jusqu'au début du xxe siècle. L'Angleterre, première puissance maritime du monde, ne voulait pas que la Russie se rapproche des Détroits et voulait garder la Turquie, comme la Perse, dans son orbite d'influence (voir « Grand Jeu »).
L'appui moral britannique à la Turquie et la promesse de soutiens logistiques poussent le sultan à dénoncer la convention de Cetatea Alba. En conséquence de quoi, le 26 avril 1828, le tsar déclare la guerre à l'Empire ottoman.

Au déclenchement des hostilités, l'armée russe comptait 92 000 hommes, et l'armée ottomane 150 000. En juin 1828, le gros des troupes russes, commandées par l'empereur Nicolas Ier, traverse le Danube et pénètre en Dobrogée. Auparavant, le général en chef de l'armée russe, le prince Pierre Wittgenstein, était entré en Valachie et s'était emparé de Brăila et Bucarest où il avait été accueilli en libérateur.
Les Russes mettent ensuite le siège devant trois villes fortifiées de la Bulgarie ottomane : Choumen, Varna et Silistra. Avec l'aide de la flotte de la mer Noire, commandée par Alexeï Greig, Varna tombe le 29 septembre. Le siège de Choumen se révèle plus problématique, la garnison ottomane étant supérieure en nombre aux assaillants ; de plus, les Ottomans parviennent à couper les Russes de leurs bases, ce qui entraîne une disette et contribue au déclenchement d'épidémies dans leur troupes. Sur toute la durée de la guerre, les maladies font plus de victimes que les combats.
L'hiver approchant, l'armée russe doit abandonner les sièges de Choumen et de Silistra, et se retirer en Moldavie russe. En février 1829, Wittgenstein, jugé trop pusillanime par l'empereur, est remplacé par Ivan Dibich, tandis que Nicolas Ier part pour Saint-Pétersbourg. Le 7 mai, Dibitch traverse à nouveau le Danube avec 60 000 hommes et remet le siège devant Silistra. Une armée ottomane de secours de 40 000 hommes est mise en déroute par Dibitch lors de la bataille de Kulevtcha, le 30 mai et Silistra tombe aux mains des Russes le 19 juin. Dans le même temps, sur le front du Caucase, le général Paskiévitch prend Akhaltsikhe, Erevan, Kars, puis Erzeroum le 27 juin.
Le 2 juillet, Dibitch lance une offensive à travers les Balkans, la première dans l'histoire militaire russe depuis les campagnes de Sviatoslav Ier au xe siècle. 35 000 hommes peuvent ainsi contourner Choumen et marcher sur Constantinople. Bourgas tombe le 12 juillet. Le 28 août, Dibitch est à soixante-huit kilomètres de Constantinople, ce qui déclenche la panique dans la capitale.
Le sultan se voit alors contraint de demander la paix, qui est conclue à Andrinople le 14 septembre 1829. Par le traité d'Andrinople (aujourd'hui Edirne), la Russie avance autour de la mer Noire, sur des rives peuplées de chrétiens orthodoxes, pontiques et géorgiens sur la rive caucasienne, roumains et russes sur la rive occidentale. L'Empire ottoman reconnaît la souveraineté russe sur la Géorgie, une partie de l'Arménie et le Delta du Danube (qu'elle gardera jusqu'en 1856). La Principauté de Serbie obtient l'autonomie au sein de l'Empire ottoman. La Russie est autorisée à établir un protectorat sur la Moldavie et la Valachie, vassales de l'Empire ottoman depuis le XVe siècle. Ce protectorat sert de garantie pour le paiement des lourdes indemnités de guerre que se voit imposer la Turquie. La question des détroits n'est réglée que quatre ans plus tard, par le traité d'Unkiar-Skelessi. Enfin, l'Empire ottoman est obligé d'accepter le Protocole de Londres (1829) établissant l'autonomie grecque au sud de la ligne Arta-Volos. Ce traité, relativement modéré vue l'ampleur de la défaite turque, ne manque pas de provoquer les protestations de l'Angleterre, et relance l'affrontement indirect du « Grand Jeu ».
En fait, les seules acquisitions d'importance stratégique pour la Russie furent les forteresses de Poti et d'Anapa sur la mer Noire, et le Delta du Danube ; quant à la Circassie, indépendante de facto et jamais pacifiée par les Turcs, elle le sera finalement par les Russes.

 

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saintluc
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MessagePosté le: Dim 21 Mai - 05:53 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

La guerre de Crimée opposa de 1853 à 1856 l'Empire russe à une coalition formée de l'Empire ottoman, de la France, du Royaume-Uni et du royaume de Sardaigne. Provoqué par l'expansionnisme russe et la crainte d'un effondrement de l'Empire ottoman, le conflit se déroula essentiellement en Crimée autour de la base navale de Sébastopol. Il s'acheva par la défaite de la Russie, entérinée par le traité de Paris de 1856.
À la fin du xviie siècle, l'Empire ottoman était entré dans une période de déclin et ses institutions militaires, politiques et économiques furent incapables de se réformer. Au cours de plusieurs conflits, il avait perdu tous ses territoires au nord de la mer Noire, dont la péninsule de Crimée, au profit de la Russie. Cette dernière cherchait par ailleurs à saper l'autorité de Constantinople en revendiquant le droit de protéger l'importante minorité orthodoxe vivant dans les provinces européennes de l'Empire ottoman. La France et le Royaume-Uni craignaient que l'Empire ne devienne un vassal de la Russie, ce qui aurait bouleversé l'équilibre des puissances en Europe.
Les tensions furent accrues par les disputes entre chrétiens occidentaux et orientaux pour le contrôle des lieux saints en Palestine. Les Russes utilisèrent ce prétexte pour exiger d'importantes concessions de la part des Ottomans mais ces derniers, soutenus par les puissances occidentales, refusèrent et la guerre éclata à l'automne 1853. Les Russes et les Ottomans s'affrontèrent dans le Caucase et dans le delta du Danube tandis que le refus de Saint-Pétersbourg d'évacuer les principautés danubiennes sous souveraineté ottomane provoqua l'entrée en guerre des Français et des Britanniques. Craignant une intervention autrichienne aux côtés des Alliés, le tsar Nicolas Ier ordonna l'évacuation des Balkans à l'été 1854. Désireux de réduire la puissance militaire russe dans la région pour l'empêcher de menacer à nouveau l'Empire ottoman, l'empereur français Napoléon III et le Premier ministre du Royaume-Uni Lord Palmerston décidèrent d'attaquer la base navale de Sébastopol où se trouvait la flotte russe de la mer Noire.
Après leur débarquement à Eupatoria le 14 septembre 1854, les forces alliées battirent les Russes lors de la bataille de l'Alma et commencèrent à assiéger la ville au début du mois d'octobre. Malgré leur optimisme initial, les Alliés se heurtèrent rapidement à la résistance acharnée des défenseurs et le front se couvrit de tranchées. Le climat et les défaillances de la logistique rendirent les conditions de vie des soldats dans les deux camps particulièrement difficiles ; le froid, la faim et les maladies firent des dizaines de milliers de victimes et tuèrent bien plus que les combats. Les Russes tentèrent à plusieurs reprises de briser l'encerclement de Sébastopol mais leurs tentatives à Balaklava, à Inkerman et à la Tchernaïa furent repoussées tandis que les Alliés ne s'emparèrent des redoutes russes qu'au prix de lourdes pertes. Finalement, l'arrivée de renforts et l'épuisement des défenseurs permirent aux Français de s'emparer du bastion de Malakoff dominant la ville le 8 septembre 1855 ; les Russes évacuèrent Sébastopol le lendemain.
Les combats se poursuivirent pendant quelques mois avant la signature du traité de Paris le 30 mars 1856. Ce dernier mit fin au Concert européen issu du Congrès de Vienne de 1815 et consacra le retour de la France dans les affaires européennes mais ne résolut pas la question d'Orient à l'origine du conflit. La guerre de Crimée est parfois considérée comme la première « guerre moderne » du fait de l'utilisation de nouvelles technologies comme les bateaux à vapeur, le chemin de fer, les fusils à canon rayé, le télégraphe et la photographie.

Après son apogée à la fin du xviie siècle, l'Empire ottoman était entré dans une phase de déclin et était surnommé l'« homme malade de l'Europe ». Du fait du conservatisme religieux et du rejet des influences étrangères, il s'était révélé incapable d'intégrer les idées et les technologies développées en Europe de l'Ouest tandis que le commerce était dominé par les non-musulmans. La corruption était endémique et les responsables locaux jouissaient d'une large autonomie dont ils profitaient pour s'enrichir aux dépens du gouvernement central du sultan. Finalement, l'armée ottomane manquait d'entraînement tandis que ses tactiques et son armement étaient inférieurs à ceux des puissances occidentales.
Après être devenu sultan en 1789, Sélim III mit en place une politique réformatrice pour adopter les idées occidentales à la manière de ce qu'avait fait Pierre Ier pour la Russie un siècle plus tôt. Ces actions irritèrent cependant les autorités religieuses, qui rejetaient ces évolutions, et le corps militaire des janissaires, qui craignait pour son indépendance. En 1807, ce dernier renversa Sélim III qui fut assassiné l'année suivante mais son successeur Mahmoud II poursuivit ces réformes. Il s'appuya initialement sur l'armée pour asseoir son autorité vis-à-vis des responsables locaux, renforcer la centralisation de l'Empire et créer des écoles militaires. Quand les janissaires se soulevèrent à nouveau contre la modernisation de l'armée en 1826, ils furent écrasés et le corps fut dissous.
Ces réformes, tardives et incomplètes, ne permirent pas d'enrayer le déclin de l'Empire. Du fait de cette faiblesse, les puissances européennes intervinrent de plus en plus dans ses affaires intérieures sous le prétexte officiel de protéger les minorités chrétiennes. La Russie était particulièrement active dans ce domaine d'autant plus que les orthodoxes représentaient environ 30 % de la population, soit dix millions de personnes au début du xixe siècle, essentiellement dans les provinces européennes de l'Empire. Elle était cependant, avec le Royaume-Uni, l'Empire d'Autriche et le Royaume de Prusse, l'un des membres fondateurs de la Sainte-Alliance créée en 1815 à la suite des guerres napoléoniennes pour réprimer tous les mouvements nationalistes et libéraux pouvant menacer les puissances établies. Ainsi, malgré sa sympathie pour la révolte des Grecs en Moldavie et en Grèce en 1821, la Russie n'intervint pas et laissa l'Empire ottoman écraser ces soulèvements. La violence de la répression ottomane poussa néanmoins l'empereur Nicolas Ier à estimer que la défense des chrétiens contre les agressions musulmanes était plus importante que les considérations sur la souveraineté de l'Empire. Également outrées, les autres puissances européennes firent pression sur le sultan Mahmoud II pour qu'il signe en 1826 la convention d'Akkerman favorable aux intérêts russes mais il refusa en 1827 le traité de Londres prévoyant une large autonomie pour les provinces grecques. Cela provoqua une nouvelle guerre russo-turque et l'armée ottomane fut écrasée lors de l'offensive de 1829. Alors que les forces russes approchaient de Constantinople, l'effondrement de l'Empire ottoman semblait imminent. Nicolas Ier ne poursuivit pas son avancée de peur que le vide laissé par cette désintégration ne soit comblé par les autres puissances européennes qui pourraient se liguer contre une Russie devenue trop puissante. Par conséquent, le traité d'Andrinople mettant fin au conflit fut relativement clément pour le vaincu car les Russes estimaient qu'un Empire affaibli était préférable au chaos. À l'inverse, les autres puissances, et en particulier le Royaume-Uni, considéraient que le texte équivalait à la mise sous tutelle de l'Empire par la Russie ; cette issue était donc moins avantageuse qu'un démembrement qui se serait au moins fait via des négociations

Cette volonté de maintenir un Empire ottoman affaibli et dépendant caractérisa la politique étrangère russe dans la région de 1829 jusqu'à la guerre de Crimée. Cela fut illustré en 1833 quand le vice-roi d'Égypte, Méhémet Ali, se révolta contre le sultan. Son armée, formée à l'occidentale, conquit la Syrie sans que les Ottomans soient capables de s'y opposer, sous le regard plutôt bienveillant de la France et du Royaume-Uni. De leur côté, les Russes craignaient qu'Ali ne remplace l'Empire ottoman par une entité plus puissante et hostile à leurs intérêts ; Nicolas Ier déploya donc 40 000 hommes pour protéger Constantinople. Alarmés par la tournure des événements, la France et le Royaume-Uni organisèrent une médiation qui permit le retour au calme via la convention de Kütahya de mai 1833. Peu après, le tsar et le sultan signèrent le traité d'Unkiar-Skelessi par lequel la Russie garantissait l'indépendance de l'Empire ottoman en échange de quoi ce dernier promettait de fermer les Détroits aux navires de guerre étrangers à la demande des Russes. Ces dispositions secrètes, rapidement rendues publiques, furent très mal accueillies à l'Ouest où le ministre français François Guizot déclara que la mer Noire était devenue un « lac russe » gardé par un État vassal de la Russie. Le contrôle de la Palestine par Ali était cependant mal accepté par les puissances européennes car il défendait un renouveau religieux et continuait de menacer l'Empire ottoman. Au terme d'une deuxième guerre égypto-ottomane en 1840, le traité de Londres accorda une large autonomie à Ali en échange de la reconnaissance de la souveraineté du sultan sur le reste de son territoire. Associée à ce texte, une convention signée l'année suivante interdisait tout passage dans les Détroits de navires de guerre appartenant à des pays non alliés à l'Empire. Il s'agissait d'une importante concession de la Russie car ses territoires sur le pourtour de la mer Noire devenaient vulnérables à une attaque navale mais elle lui permit d'améliorer ses relations avec le Royaume-Uni. Nicolas Ier se rendit d'ailleurs à Londres en 1844 afin de négocier une éventuelle alliance entre les deux pays et une définition des sphères d'influence respectives dans le cas d'un démembrement de l'Empire ottoman, mais les Britanniques ne donnèrent pas suite à ses propositions.
Le Royaume-Uni, qui avait longtemps défendu le maintien du statu quo dans la région, accrut ses interventions dans les affaires de l'Empire en considérant que des réformes étaient la seule solution à la question d'Orient. Les Britanniques encouragèrent donc la poursuite de politiques de modernisation par le nouveau sultan Abdülmecid Ier, dont l'édit de Gülhane — garantissant les droits et les propriétés de tous les sujets ottomans sans distinction de religion — initia l'ère réformatrice des Tanzimat destinées à créer un État plus centralisé et plus tolérant en rationalisant l'administration, l'économie et l'éducation. L'application de ces déclarations fut néanmoins compliquée par l'opposition des élites locales et du clergé d'autant plus que le pays ne disposait pas des moyens de transport ou de communication nécessaires pour asseoir l'autorité de Constantinople ; dans la pratique, les chrétiens continuèrent d'être largement considérés comme des citoyens de second ordre. De la même manière, les réformes militaires connurent un succès limité en raison du manque de financement et du peu d'enthousiasme des administrateurs. Pour l'historien M. Şükrü Hanioğlu, ces tentatives de centralisation ne firent que révéler et approfondir les divisions internes de l'Empire ; les mouvements nationalistes se développèrent ainsi par opposition au pouvoir central jugé coupable de vouloir supprimer les traditions locales et de pratiquer une politique de turquification

Après s'être libéré du joug tatar à la fin du xve siècle, la grande-principauté de Moscou unifia les entités slaves de la Rus' et devint le tsarat de Russie en 1547 puis l'Empire russe en 1721. Cette expansion se heurta rapidement à l'influence ottomane en Ukraine et dans le Caucase. Entre 1550 et 1850, les deux empires s'affrontèrent à neuf reprises et la Russie eut fréquemment le dessus. Ainsi, au terme de la guerre russo-turque de 1768-1774, le khanat de Crimée, jusqu'alors vassal de l'Empire ottoman, passa dans la sphère d'influence russe via le traité de Küçük Kaynarca même s'il conservait une indépendance de forme. En plus d'obtenir le libre passage de leurs navires de commerce via les détroits du Bosphore et des Dardanelles, les Russes reçurent le droit de construire une église orthodoxe à Constantinople et revendiquèrent par la suite le droit de parler et d'intervenir au nom des populations orthodoxes de l'Empire. Le khanat de Crimée fut formellement annexé en 1783 et la péninsule fut rattachée au gouvernement de Tauride. Au milieu du xixe siècle, la Russie contrôlait tout le pourtour nord de la mer Noire depuis le delta du Danube jusqu'à la Géorgie.
Pour les Russes, cette expansion vers le Sud revêtait un caractère religieux. Considérant la Russie comme la Troisième Rome, certains politiciens comme Grigori Potemkine, l'un des favoris de Catherine II, défendaient le « projet grec » désignant le démembrement l'Empire ottoman et la restauration de l'Empire byzantin avec sa capitale à Constantinople afin de rassembler toutes les populations orthodoxes sous la domination russe. Les populations musulmanes, de plus en plus nombreuses en allant vers le sud, étaient considérées comme une menace pour l'autorité russe. Un programme de colonisation fut entrepris dans la Nouvelle Russie dans le sud de l'actuelle Ukraine avec la création de villes nouvelles comme Sébastopol en 1783 ou Odessa en 1794. L'immigration chrétienne d'origine allemande, polonaise et serbe fut encouragée pour permettre le développement de cette région faiblement peuplée. Les 300 000 Tatars musulmans vivant en Crimée étaient vus avec méfiance par les nouveaux occupants de la région car ces derniers avaient longtemps pratiqué le commerce des esclaves qu'ils se procuraient lors de fréquents raids dans la steppe ukrainienne. Les Russes s'efforcèrent donc de les pousser à partir par la confiscation de leurs terres, le travail forcé et les intimidations des Cosaques. En 1800, près de 100 000 d'entre eux avaient quitté la région et ils furent remplacés par des colons orthodoxes dont beaucoup venaient de l'Empire ottoman

Carte de l'expansion russe de 1300 à 1796.

La rapide expansion de la Russie au xviiie siècle et la démonstration de sa puissance militaire durant les guerres napoléoniennes inquiétèrent les puissances européennes et la russophobie était un sentiment largement partagé. En 1851, l'écrivain français Jules Michelet écrivit ainsi qu'elle était « un géant froid famélique dont la gueule s'entrebâille toujours vers le riche Occident. La Russie, c'est le choléra c'est l'empire du mensonge». Cette russophobie était particulièrement présente au Royaume-Uni où les journaux s'alarmaient d'une éventuelle attaque russe en direction des Indes, qui étaient de loin la colonie la plus prospère et la plus riche de l'Empire britannique. Si cette perspective était jugée fantaisiste par les stratèges britanniques, le contrôle des voies commerciales reliant le sous-continent à l'Angleterre revêtait une importance stratégique. L'Afghanistan et la Perse firent ainsi l'objet d'intenses pressions de la part des deux pays dans ce qui fut par la suite appelé le « Grand Jeu ». Plus à l'ouest, le développement des bateaux à vapeur accrut fortement le commerce dans la mer Rouge et en Mésopotamie, deux régions contrôlées par l'Empire ottoman. Les différents accords de la première moitié du xixe siècle avaient également ouvert le marché ottoman au commerce britannique et le Royaume-Uni s'inquiétait ainsi d'un éventuel accès de la flotte russe à la Méditerranée qui menacerait son influence dans la région.
En raison de l'autocratie de son régime et de son adhésion aux principes contre-révolutionnaires de la Sainte-Alliance, la Russie était haïe par les libéraux européens. L'insurrection polonaise de 1830 contre la Russie s'attira ainsi leur sympathie et la brutale répression du soulèvement par le général Ivan Paskevitch poussa le Times à appeler à la guerre contre les « barbares moscovites». La même situation se répéta durant le Printemps des peuples de 1848. Après le renversement de la monarchie en 1848 et l'instauration de la république en France, certains craignaient une attaque russe pour ramener l'« ordre » à Paris ; l'écrivain Prosper Mérimée écrivit ainsi à un ami qu'il « apprenait le russe pour parler aux cosaques dans les Tuileries». Même s'ils n'intervinrent pas en France, les Russes entreprirent de réprimer la révolution roumaine en Valachie et en Moldavie, deux régions sous administration conjointe de la Russie et de l'Empire ottoman. Sous l'influence du Royaume-Uni, les Ottomans envisagèrent de négocier avec les révolutionnaires en vue de la création d'une nation roumaine mais ils abandonnèrent l'idée devant la colère des Russes. Après avoir écrasé les soulèvements, ces derniers exigèrent de pouvoir occuper militairement ces territoires jusqu'en 1851 et le sultan fut contraint d'accepter par le traité de Balta-Liman. Appliquant les principes contre-révolutionnaires de la Sainte-Alliance, le tsar apporta ensuite son soutien à l'Empire d'Autriche contre la révolution hongroise en juin 1849. L'insurrection fut rapidement écrasée mais le sultan refusa de livrer les réfugiés hongrois qui s'étaient réfugiés dans l'Empire ottoman. L'Autriche et la Russie rompirent leurs relations diplomatiques et, en réponse aux demandes ottomanes, les Britanniques et les Français déployèrent une escadre à l'entrée des Dardanelles. Cette réaction poussa le tsar à chercher un compromis pour éviter un conflit et il annula ses demandes d'extradition

Le coup d'État du 2 décembre 1851 et la création du Second Empire par le président Louis-Napoléon Bonaparte, qui se fit proclamer Napoléon III l'année suivante, mit l'Europe en ébullition. La prise de pouvoir du neveu de Napoléon Ier raviva d'anciennes craintes et les puissances européennes se préparèrent à la guerre. Afin de les rassurer, Napoléon déclara en octobre que « L'Empire, c'est la paix ! », même s'il n'était pas satisfait de la carte de l'Europe issue du congrès de Vienne. Sa politique étrangère fut donc essentiellement destinée à restaurer l'influence française en Europe et il estima que la meilleure manière d'y parvenir serait de se rapprocher du Royaume-Uni. À l'inverse, le souvenir de la retraite de Russie et le rejet du principe des nationalités par le tsar le poussaient à vouloir s'opposer à la Russie. En ce sens, la question des lieux saints en Palestine fournissait un prétexte idéal pour une confrontation car elle permettrait de satisfaire la droite catholique désireuse de contrer l'influence orthodoxe tandis que la gauche, opposée au Second Empire, serait ravie d'une guerre pour la liberté contre le « gendarme de l'Europe ».
Ces lieux saints, comme le Saint-Sépulcre de Jérusalem ou la basilique de la Nativité de Bethléem, étaient occupés conjointement par diverses congrégations religieuses chrétiennes. Cependant, les différences liturgiques et les luttes de pouvoirs entre catholiques et orthodoxes compliquaient cette cohabitation ; les Ottomans étaient parfois contraints de poster des soldats devant et à l'intérieur des églises pour éviter les affrontements. Cela n'était cependant pas toujours suffisant et le jour de Pâques 1846, une dispute pour savoir qui des orthodoxes ou des catholiques aurait la priorité pour célébrer la messe au Saint-Sépulcre dégénéra en un affrontement sanglant qui fit quarante morts. La rivalité entre catholiques et orthodoxes fut attisée par le développement de nouveaux moyens de transport comme le chemin de fer et les bateaux à vapeur qui permettaient à un nombre grandissant de pèlerins de se rendre en Terre sainte. Cela était particulièrement vrai pour les Russes orthodoxes dont le nombre augmenta fortement dans la première moitié du xixe siècle ; dans les années 1840, plus de 15 000 pèlerins russes participaient aux célébrations de Pâques à Jérusalem. Cet accroissement inquiétait les chrétiens occidentaux qui craignaient d'être évincés des lieux saints et irritait les catholiques français pour qui la France avait, depuis les croisades, pour mission de défendre la foi en Palestine
Cette question devint un sujet brûlant à la suite des actions de Charles de La Valette que Napoléon III avait nommé ambassadeur à Constantinople en 1849. Ce dernier était opposé à toute négociation avec les orthodoxes sur l'administration des lieux saints et, en août 1851, il déclara que leur contrôle par les catholiques était « clairement établi » par la Capitulation de 1740 et que la France irait jusqu'à prendre des « mesures extrêmes » pour les faire respecter. Cette déclaration ulcéra les Russes qui avertirent les Ottomans qu'une reconnaissance des revendications catholiques entraînerait la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays76. La Valette fut rappelé à l'été 1852 mais Napoléon III estimait que ces déclarations servaient ses intérêts et il continua à faire pression sur les Ottomans pour obtenir des concessions qui seraient inacceptables pour la Russie et ainsi contraindre le Royaume-Uni à s'allier avec lui contre l'agression russe. En novembre 1852, il envoya le navire de ligne Charlemagne venant à peine d'entrer en service à Constantinople, en violation de la convention de Londres, pour forcer le sultan à accorder aux catholiques les clés de la basilique de la Nativité. En réponse, Nicolas Ier mobilisa plus de 100 000 hommes en Bessarabie et entama des négociations avec le Royaume-Uni dont la flotte jouerait un rôle décisif dans le cas d'une guerre entre la France et la Russie. Les Britanniques hésitèrent sur la politique à adopter car en plus de se méfier tout autant des Russes que des Français, ils étaient divisés entre ceux qui voulaient laisser du temps à la réforme de l'Empire et ceux qui estimaient qu'il n'était pas juste de soutenir un État où les chrétiens étaient persécutés.
Pour forcer le sultan à abroger les concessions faites aux catholiques, Nicolas Ier envoya en février 1853 le général Alexandre Menchikov à Constantinople. Allant au-delà de la seule question des lieux saints, les Russes exigèrent un nouveau traité leur garantissant le droit d'intervenir dans tout l'Empire pour protéger les orthodoxes ; en pratique, les provinces européennes deviendraient un protectorat russe tandis que l'Empire ottoman ne serait guère plus qu'un vassal de la Russie. La probabilité que les Ottomans acceptent ces conditions était faible mais le comportement irrespectueux de Menchikov rendit tout accord impossible, ce qui était peut-être le but recherché par le tsar. Comme les Russes rassemblaient de plus en plus de troupes en Bessarabie, les Ottomans inquiets cherchèrent l'appui de la France et du Royaume-Uni. Si le secrétaire des affaires étrangères Lord Russell et le secrétaire à l'Intérieur Lord Palmerston étaient convaincus des intentions belliqueuses des Russes, le reste du Cabinet restait réticent à l'idée de s'engager aux côtés des Français dont la diplomatie de la canonnière était la cause des troubles actuels. En France, la plupart des ministres estimaient que le pays serait isolé s'il agissait seul mais Napoléon III décida le 22 mars d'envoyer la flotte en mer Égée en espérant que cela contraindrait le gouvernement britannique à agir sous la pression de son opinion publique. À Constantinople, les négociations étaient dans l'impasse et le 5 mai 1853, Menchikov présenta une version légèrement moins exigeante du texte initial mais assortie d'un ultimatum de cinq jours. Encouragés par l'ambassadeur britannique Stratford Canning, qui promit l'appui britannique en cas de conflit, les Ottomans refusèrent de céder. Menchikov repoussa à plusieurs reprises la date d'expiration de l'ultimatum dans l'espoir d'obtenir un accord de dernière minute, mais il annonça la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays le 21 mai. À la fin du mois de juin, le tsar ordonna au général Ivan Paskevitch d'occuper les principautés danubiennes sous suzeraineté ottomane mais où ces derniers n'avaient aucune troupe

Alors que l'occupation des principautés s'apparentait de plus en plus à une annexion, l'Empire d'Autriche déploya 25 000 hommes dans ses provinces du Sud-Ouest essentiellement pour dissuader les Serbes et autres populations slaves de se soulever en soutien de la manœuvre russe tandis que le Royaume-Uni haussa le ton et déploya des navires à l'entrée du détroit des Dardanelles où se trouvait déjà la flotte française. Des discussions furent organisées durant l'été à Vienne mais ni les Russes ni les Ottomans n'étaient prêts à faire des concessions. L'invasion des principautés danubiennes avait en effet provoqué la colère des nationalistes ottomans et du clergé musulman, ce qui renforça le camp des bellicistes. Craignant la possibilité d'une révolution islamique s'il ne déclarait pas la guerre à la Russie et poussé par les chefs religieux, le sultan Abdülmecid Ier accepta le 26 septembre de déclencher les hostilités. La déclaration de guerre fut publiée dans le journal officiel Takvim-i Vekayi le 4 octobre 1853 ; elle citait le refus russe d'évacuer les principautés danubiennes comme casus belli mais le texte laissait deux semaines supplémentaires aux Russes pour se retirer.
Sans soutien officiel du Royaume-Uni ou de la France, les Ottomans commandés par Omer Pacha passèrent à l'offensive sur le front du Danube le 23 octobre en comptant sur le fait que l'opinion publique des deux pays pousserait leurs gouvernements à agir. Craignant qu'une avancée russe dans les Balkans ne provoque l'entrée en guerre de l'Autriche, Paskevitch proposa de se mettre sur la défensive tout en fomentant des soulèvements dans les provinces ottomanes. Même si cela était contraire à ses principes contre-révolutionnaires, le tsar approuva cette idée et il accepta le lancement d'une offensive en Silistra, à l'écart de l'Autriche, afin de pouvoir mener une attaque contre Andrinople et Constantinople au printemps 1854 avant l'intervention des puissances occidentales. Malgré des succès comme la bataille d'Oltenița, les Ottomans s'inquiétaient d'une éventuelle révolte des Serbes qui entraînerait celle des Grecs et des Bulgares et donc la perte de toutes les provinces européennes de l'Empire ; ils adoptèrent donc eux aussi une position défensive sur le Danube et décidèrent de se tourner vers le Caucase
Depuis le début du xixe siècle, les Russes avaient entrepris la conquête du Caucase dont les populations étaient majoritairement musulmanes. Les campagnes brutales d'Alexis Iermolov dans les années 1810 et 1820 puis de Mikhaïl Vorontsov dans les années 1840 et 1850 avaient entraîné le regroupement des différentes tribus de la région autour de Mohammed Ghazi et de Chamil qui prêchaient la guerre sainte contre les envahisseurs avec l'appui discret des Britanniques. Ralliant les troupes irrégulières du Caucase, le général ottoman Abdi Pacha s'empara de la forteresse russe de Saint-Nicolas au nord de Batoumi le 25 octobre. Pour le ravitaillement de leurs forces, les Ottomans dépendaient néanmoins de leur flotte et la marine russe menait des patrouilles avec l'ordre de couler tout navire ennemi. Le sultan et ses conseillers étaient conscients de cette menace mais ils décidèrent néanmoins de déployer une petite escadre dans la mer Noire à Sinope ; cela était sans doute délibéré afin de provoquer une attaque russe et donc contraindre les puissances occidentales à intervenir. Le 30 novembre, l'escadre ottomane fut pulvérisée par les obus explosifs de l'amiral Pavel Nakhimov qui pilonna également le port. Sur terre, les troupes ottomanes subirent deux cuisants revers dans le Caucase à Akhaltsikhé le 26 novembre et à Başgedikler le 1er décembre face à des Russes pourtant inférieurs en nombre. Démoralisée, l'armée ottomane se replia en désordre vers Kars où elle adopta une posture défensive
 

La nouvelle de ces défaites inquiéta les puissances occidentales qui craignaient un effondrement de l'Empire. Au Royaume-Uni, la presse qualifia immédiatement de « massacre » la bataille de Sinope et des manifestations de soutien aux Ottomans se multiplièrent dans tout le pays. De son côté, la population française était relativement indifférente à la question d'Orient et ces revers ne la firent pas vraiment changer d'avis. L'opinion majoritaire était qu'une guerre servirait les intérêts de l'ennemi historique britannique et que les impôts nécessaires pour la financer affecteraient l'économie ; certains annonçaient même qu'en moins d'un an, la guerre serait devenue tellement impopulaire que le gouvernement serait contraint de demander la paix. La situation politique au Royaume-Uni était exactement inverse et si le Premier ministre Lord Aberdeen continuait à hésiter, il céda quand Napoléon III, décidé à exploiter la bataille de Sinope comme prétexte pour une action forte contre la Russie, déclara que la France agirait seule si le Royaume-Uni refusait. Le 22 décembre, il fut ainsi décidé qu'une flotte anglo-française entrerait en mer Noire pour protéger les navires ottomans et cela fut chose faite le 3 janvier 1854. Sous la pression du camp pacifiste, l'empereur français fut néanmoins contraint de chercher une issue diplomatique et le 29 janvier, il proposa au tsar d'ouvrir des négociations sous l'égide de l'Empire d'Autriche ; mais Nicolas Ier refusa et rompit ses relations diplomatiques avec le Royaume-Uni et la France le 16 février 1854. En réponse, les deux pays exigèrent le 27 février l'évacuation sous six jours des principautés danubiennes. Le texte écartait toute issue diplomatique et était donc uniquement destiné à précipiter le début des hostilités ; la mobilisation des troupes commença ainsi avant même l'expiration de l'ultimatum auquel le tsar ne daigna même pas répondre. Le 27 mars 1854, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à la Russie

Avec près d'un million de fantassins, 250 000 cavaliers et 750 000 réservistes, l'armée russe était de loin la plus grande au monde. Elle devait cependant défendre un territoire immense et cette mission était difficile à cause du manque d'infrastructures, ce qui compliquait grandement la mobilisation des unités et leur déploiement sur les théâtres d'opérations. Malgré plusieurs réformes, l'organisation militaire russe restait qualitativement très inférieure aux armées des autres États européens. Le corps des officiers était mal formé et quasiment toutes les recrues étaient analphabètes ; un rapport de 1848 indiquait que lors des dernières levées, près des trois-quarts des conscrits avaient été rejetés car ils n'atteignaient pas la taille limite de 160 centimètres ou souffraient de maladies chroniques ou d'un handicap. Les officiers supérieurs issus de l'aristocratie avaient peu d'estime pour cette armée de paysans et ils n'hésitaient pas à sacrifier des régiments entiers pour remporter une victoire et donc une promotion. Les châtiments corporels étaient la norme pour la moindre incartade et même des colonels pouvaient être humiliés devant tout leur régiment. Les services de santé étaient inexistants au point que même en temps de paix, une moyenne de 65 % des hommes étaient malades. L'approvisionnement des troupes était handicapé par une logistique défaillante, notamment du fait de la corruption, et les unités devaient généralement se procurer elles-mêmes leur ravitaillement. L'armement était également en grande partie obsolète et les fusils russes à canon lisse étaient réputés pour leur manque de fiabilité tandis que leur portée se limitait à 200 mètres. L'accent était ainsi mis sur l'utilisation de la baïonnette au point qu'un officier indiqua que « très peu d'hommes savent se servir de leurs fusils ». Ce retard dans l'armement poussa les Russes à concentrer l'entraînement des troupes sur la discipline pour éviter que les unités ne se désintègrent au moment du choc et les observateurs étrangers étaient impressionnés par les impeccables défilés russes durant lesquels certains officiers se vantaient de pouvoir parader avec un verre rempli d'eau posé sur leur shako sans en renverser une goutte. Ces pratiques encourageaient une obéissance aveugle aux ordres et elles étaient peu adaptées à la réalité du combat, mais les succès contre les Perses, les Ottomans et surtout les Français avaient convaincu l'état-major russe que son armée était invincible et que sa modernisation n'était pas une priorité

L'armée ottomane comptait environ 220 000 hommes recrutés par conscription chez les populations musulmanes de l'Empire, tandis que les non-musulmans ne pouvaient pas s'enrôler et étaient soumis à un impôt par tête. Même si la religion était commune, la nature multi-ethnique de l'Empire faisait que de nombreux soldats venaient de peuples hostiles à la domination ottomane. Cela pesait donc lourdement sur la discipline et l'efficacité des troupes, d'autant plus que de nombreux soldats ne voulaient pas combattre sous les ordres d'officiers d'origine différentes 12, voire ne parlaient pas la même langue qu'eux. Malgré les réformes amorcées dans les années 1830, l'armée ne possédait pas de commandement centralisé, les officiers étaient incompétents et corrompus et elle s'appuyait encore sur le recrutement de mercenaires et de forces irrégulières notoirement indisciplinés et plus intéressés par le pillage que par le combat. Plus encore que dans l'armée russe, il existait une profonde disparité entre le traitement des officiers supérieurs vivant royalement grâce à une corruption débridée et les simples soldats qui n'étaient pas payés pendant des mois; un officier britannique rapporta à propos des hommes déployés sur le front du Danube que « mal-nourris et habillés de haillons, ils étaient les êtres les plus misérables de l'humanité». La logistique inexistante contraignait les troupes ottomanes à l'immobilité mais elles excellaient dans la guerre de siège. Pour toutes ces raisons, les Ottomans étaient tenus en piètre estime par leurs alliés franco-britanniques qui considéraient qu'ils n'étaient efficaces que derrière des fortifications. Certains déclaraient même qu'ils préféreraient combattre les Turcs que les Russes
Dans les années qui précédèrent la guerre de Crimée, les dépenses militaires du Royaume-Uni avaient connu une baisse constante que le coup d'État de Napoléon III en 1851 avait à peine inversé. Si la Royal Navy restait la meilleure du monde, l'armée de terre était mal préparée à un conflit, d'autant plus que sur un effectif de 153 000 hommes au printemps 1854, les deux tiers étaient déployés dans les colonies de l'Empire britannique. Le commandement manquait de cohésion avec plusieurs entités civiles et militaires agissant indépendamment les unes des autres150. Contrairement à la France, le Royaume-Uni ne pratiquait pas la conscription et les troupes étaient exclusivement composées de volontaires souvent attirés par la perspective d'une bonne solde. Le recrutement se faisait ainsi parmi les couches les plus pauvres de la société comme les victimes de la famine irlandaise ; les Irlandais représentèrent un-tiers des soldats britanniques déployés en Crimée et leurs promotions dépendaient plus de leurs relations que de leur expertise militaire. L'indiscipline et l'alcoolisme étaient deux problèmes récurrents que la hiérarchie s'efforçait de corriger par le fouet, parfois jusqu'à la mort. Ces châtiments corporels choquèrent les Français habitués à une plus grande mixité sociale au sein des troupes ; un officier rapporta que cela lui rappelait le système féodal aboli après la Révolution et « qu'en Angleterre, un soldat n'est rien de plus qu'un serf ». Dans l'ensemble, l'armée britannique, qui n'avait quasiment pas combattu depuis les guerres napoléoniennes, ressemblait à son équivalente russe dans le sens où ses tactiques et sa culture semblaient ancrées au xviiie siècle.
De son côté, l'armée française sortait à peine de près de deux décennies de combats en Algérie où jusqu'à un tiers de ses effectifs de 350 000 hommes avait été déployé. Cela et l'existence d'écoles militaires où les étudiants recevaient un enseignement approfondi dans l'art de la guerre avaient permis la formation d'un corps d'officiers expérimenté dont l'extraction moins aristocratique qu'au Royaume-Uni facilitait les relations avec les hommes du rang. L'armement était supérieur avec notamment l'excellent fusil Minié à canon rayé, mortel à plus de 1 500 mètres, que les Britanniques n'adoptèrent en remplacement de leurs fusils à canon lisse qu'au moment de l'attaque en Crimée. L'infanterie, et notamment les zouaves, était réputée pour son agressivité et la logistique française était la meilleure de tous les belligérants. Sur le terrain, la cohabitation entre les deux contingents occidentaux était souvent difficile du fait de l'histoire des relations entre les deux pays. Avant le débarquement en Crimée, il avait été convenu qu'un commandant français dirigerait les opérations si des contingents des deux pays étaient engagés, mais cet accord ne fut jamais appliqué. 
 Les décisions étaient donc prises après des échanges souvent laborieux entre les deux états-majors, et il arrivait parfois que le commandant en chef des troupes britanniques, Lord Raglan, qui avait perdu un bras lors de la bataille de Waterloo, désignât les Français et non les Russes comme étant l'ennemi. Les combats sont suivis de près dans les capitales, via un télégraphe amené sur place et relié au réseau européen au niveau de Bucarest. Côté russe, une ligne construite par Werner von Siemens et Johann Georg Halske part en direction de Sébastopol, mais lorsque les hostilités sont déclenchées, elle n'a encore relié que Simferopol
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MessagePosté le: Lun 22 Mai - 06:17 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

Sur le front du Danube et après l'accalmie hivernale, le tsar était déterminé à progresser le plus rapidement possible en direction de Constantinople avant l'arrivée des troupes anglo-françaises. Le point de départ de cette offensive était la prise de la forteresse de Silistra sur le Danube et Nicolas Ier espérait que cette victoire entraînerait le soulèvement des Bulgares contre les Ottomans. L'attaque russe déclenchée le 19 mars fut cependant rapidement stoppée par la forte résistance ottomane et par le terrain marécageux. De leur côté, les Britanniques et les Français étaient en désaccord sur la stratégie à suivre et une série de réunions fut organisée à Paris entre les deux états-majors. Les premiers défendaient un regroupement des forces dans la péninsule de Gallipoli suivi d'une progression prudente vers le nord tandis que les seconds voulaient un débarquement à Varna à proximité du front pour pouvoir s'opposer à une offensive russe vers Constantinople Cette dernière option l'emporta et 30 000 Français et 20 000 Britanniques s'étaient déployés à Varna à la fin du mois de mai. Dans le Caucase, les Ottomans — dont 20 000 hommes étaient morts de faim et de maladies durant l'hiver — avaient adopté une stratégie défensive et ce furent les Russes qui prirent l'initiative d'une offensive à la fin du mois de juin. La progression fut rapide et le 5 août, Vasili Bebutov écrasa une armée ottomane deux à trois fois plus nombreuse à Kurekdere non loin d'Alexandropole. Si le général russe s'était lancé à la poursuite de ses adversaires en déroute, il aurait probablement pu s'emparer de la grande forteresse ottomane de Kars à une vingtaine de kilomètres ; son objectif était cependant de tenir le Caucase et, le front étant revenu à sa position d'avant-guerre, Bebutov consolida ses positions et la région ne vit pas d'autres combats d'envergure jusqu'à l'année suivante. À l'inverse, les affrontements autour de Silistra redoublèrent d'intensité en mai et en juin mais la forteresse résista malgré de nombreux assauts et un important bombardement. L'arrivée des forces anglo-françaises et l'attitude de plus en plus hostile de l'Autriche qui avait massé 100 000 hommes à la frontière convainquirent le tsar de la nécessité de se replier et le siège fut abandonné le 23 juin
Les Ottomans se lancèrent alors à la poursuite des troupes russes démoralisées et se livrèrent à de nombreuses exactions contre la population chrétienne. Profitant du retrait russe, les Autrichiens entrèrent dans les principautés et avancèrent jusqu'à Bucarest pour s'interposer et stopper la progression ottomane. Même si cette participation autrichienne à l'éviction de la domination russe satisfaisait les Français et les Britanniques, ils se demandèrent si tous les efforts fournis pour acheminer les troupes jusqu'en Bulgarie n'avaient pas été inutiles. De fait, ces dernières n'avaient pas tiré un seul coup de feu depuis leur arrivée tandis que l'ennui et le climat chaud avaient engendré une forte alcoolisation qui déplaisait vivement aux locaux et provoquait de nombreux incidents. Par ailleurs, le choléra fit son apparition et au moment du départ pour la Crimée, 7 000 soldats y avaient succombé et près du double était hospitalisé. Le Cabinet britannique était cependant déterminé à infliger une sévère défaite à la Russie. Plusieurs opérations navales franco-britanniques furent organisées durant l'été. Pour empêcher les attaques des corsaires russes en Extrême-Orient, les Alliés organisèrent un débarquement à Petropavlovsk mais l'opération tourna au fiasco en raison de la défense russe et de la mauvaise connaissance de la région. Dans le même temps, le port d'Odessa fut sévèrement endommagé par un bombardement naval le 28 avril tandis qu'une petite escadre britannique attaqua des positions russes en mer Blanche. En mer Baltique, l'amiral Charles Napier et le général Achille Baraguey d’Hilliers s’emparèrent la forteresse de Bomarsund et tentèrent de menacer la capitale russe de Saint-Pétersbourg mais les puissantes fortifications de Kronstadt et de Sveaborg se révélèrent inexpugnables. Les résultats sur mer étant décevants, il fut décidé d'attaquer la Crimée et la base navale de Sébastopol où se trouvait la flotte russe de la mer Noire ; l'objectif était de prendre la ville, de détruire le port et les navires et de rembarquer le plus rapidement possible avant l'hiver. Les Français étaient peu convaincus par ce plan et estimaient que cette attaque servirait plus les intérêts maritimes du Royaume-Uni que ceux de la France. Ces réserves furent néanmoins balayées par les deux gouvernements désireux de satisfaire leurs opinions belliqueuses et d'éviter que le groupe expéditionnaire ne soit décimé par le choléra

L'embarquement, qui commença le 24 août 1854, fut accueilli avec soulagement par les soldats qui, selon le capitaine français Jean François Jules Herbé, « préféraient combattre comme des hommes plutôt que dépérir de faim et de maladie». Retardée par le mauvais temps, la flotte, composée de 400 navires et transportant 28 000 Français, 26 000 Britanniques et 6 000 Ottomans, prit la mer le 7 septembre. La possibilité d'une paix n'était néanmoins pas écartée et le 8 août, le Royaume-Uni, la France et l'Autriche définirent Quatre Points préalables à toute négociation:
La Russie abandonnerait sa souveraineté sur les principautés danubiennes dont la protection serait assurée par les puissances européennes ;
La liberté de navigation de toutes les nationalités sur le Danube serait garantie ;
La convention de Londres de 1841 serait révisée dans « l'intérêt de l'équilibre des puissances en Europe » ; autrement dit, aucune flotte russe ne serait autorisée en mer Noire ;
La Russie abandonnerait ses revendications à un protectorat sur les chrétiens orthodoxes de l'Empire ottoman dont la sécurité serait assurée par les puissances européennes.
La décision d'attaquer la Crimée fut prise sans véritable préparation. Les commandants alliés ne disposaient d'aucune carte de la péninsule et ignoraient l'importance des défenses russes. Par ailleurs, la lecture de récits de voyages les avaient convaincus que le climat y était doux, ce qui, associé à la croyance en une victoire rapide, les fit négliger les préparatifs pour un combat hivernal. De leur côté, les soldats n'avaient pas été informés de leur destination et certains pensaient qu'ils seraient déployés dans le Caucase. Même après avoir pris la mer, le lieu de l'attaque faisait débat, mais il fut décidé de débarquer le 14 septembre dans la baie de Kalamita près d'Eupatoria à 45 kilomètres au nord de Sébastopol. Si le débarquement français fut achevé en moins d'une journée, celui des Britanniques fut particulièrement chaotique et dura près de cinq jours. Ce retard réduisit les chances de succès d'une attaque surprise contre Sébastopol et l'avancée vers le sud ne débuta que le 19 septembre

 Comme son état-major, le général Menchikov, qui commandait les forces russes dans la péninsule, ne s'attendait pas à une attaque alliée à l'approche de l'hiver et fut complètement pris par surprise. Les civils russes paniqués s'enfuirent tandis que les Tatars, qui représentaient 80 % de la population de la péninsule, se soulevèrent en soutien de l'invasion. Ne disposant que de 38 000 soldats et de 18 000 marins le long de la côte sud-ouest, Menchikov déploya la quasi-totalité de ses forces terrestres et une centaine de canons sur les hauteurs surplombant la rive sud du fleuve Alma. Les commandants russes étaient certains de pouvoir résister jusqu'à l'arrivée du général Hiver et ils invitèrent même des civils à assister à la bataille.
Le plan de bataille des Alliés consistait à exploiter leur supériorité numérique pour flanquer les défenses russes ; les troupes françaises du général Armand Jacques Leroy de Saint-Arnaud furent ainsi déployées sur la droite le long de la côte et les forces britanniques du général Lord Raglan sur le flanc gauche. L'attaque commença le matin du 20 septembre et les zouaves du général Pierre Joseph François Bosquet, habitués à la guerre en montagne en Algérie, s'emparèrent des positions russes à proximité de la mer avec l'appui d'artillerie de la flotte. Au centre, le gros des forces françaises fut arrêté devant l'Alma par les canons russes et le général François Certain de Canrobert demanda aux Britanniques de progresser pour détourner une partie des tirs. Ces derniers avancèrent initialement en ordre serré sous la forme d'une ligne comme au xviiie siècle mais la traversée de l'Alma entraîna la dislocation de la formation. Pour éviter que ses hommes soient massacrés par les canons russes, le général William John Codrington ordonna un assaut mais les premières troupes étaient trop peu nombreuses et furent repoussées. Néanmoins, l'arrivée de renforts permit aux Britanniques de prendre l'avantage dans l'après-midi tandis que les Français s'emparèrent du point culminant du champ de bataille où se trouvait l'état-major de Menchikov. Les Russes furent particulièrement surpris par l'efficacité des fusils Minié et commencèrent à refluer en désordre

Une poursuite de l'offensive aurait sans doute permis de s'emparer de Sébastopol qui était à ce moment sans défense. Les Alliés ignoraient néanmoins le chaos dans lequel se trouvait l'armée russe et les officiers français, dont les soldats avaient laissé leurs paquetages en arrière et manquaient de cavalerie, n'y étaient pas favorables tandis que Lord Raglan voulait d'abord soigner ses blessés. Sachant que leur flotte était inférieure aux forces alliées, les Russes avaient par ailleurs sabordé plusieurs navires pour bloquer l'entrée de la rade de Sébastopol. Sans le soutien de leurs navires, les Alliés estimèrent qu'une attaque frontale depuis le nord contre des fortifications jugées solides serait trop dangereuse et ils décidèrent de se déployer au Sud où ils pourraient plus facilement être ravitaillés par la mer via les baies abritées de Balaklava pour les Britanniques et de Kamiesh pour les Français. Les troupes reprirent leur avancée vers le sud le 23 septembre avant de contourner Sébastopol deux jours plus tard et de se déployer sur les hauteurs rocailleuses autour de la ville au début du mois d'octobre. Adossés à la mer, les Alliés occupaient une solide position retranchée mais ils n'encerclaient pas complètement Sébastopol, qui continua tout au long du siège à recevoir des renforts et du ravitaillement depuis le nord-est

Sébastopol était une ville militaire comptant environ 40 000 habitants et une garnison de 18 000 hommes composée majoritairement de marins. Si l'entrée de la rade à l'ouest et le port étaient défendus par de puissantes fortifications, les protections du côté de la terre étaient bien moins importantes, car une attaque de cette direction était jugée peu probable. Les défenses au nord de la ville n'avaient pas été améliorées depuis 1818, tandis que le Fort du Nord (ou Fort Severnaïa), la plus importante forteresse de ce côté du port, était délabré et n'avait pas suffisamment de canons pour repousser une attaque de grande ampleur. Au sud, l'accès depuis l'intérieur des terres n'était protégé que par un mur en pierres de deux mètres de large et de quatre mètres de haut. Ce dernier ne couvrait cependant que certaines parties de la ville et était vulnérable à l'artillerie moderne. Malgré des aménagements réalisés durant l'hiver 1853-1854, le général Édouard Totleben responsable des défenses indiqua qu'« il n'y avait quasiment rien pour empêcher l'ennemi d'entrer dans la ville». Menchikov s'étant réfugié dans le nord de la Crimée, l'amiral Vladimir Kornilov à la tête la flotte russe de la mer Noire assuma le commandement. La situation était alors très précaire et il mobilisa toute la main-d'œuvre disponible, y compris les femmes, les enfants et les prisonniers de guerre, pour creuser des tranchées et construire des bastions où furent déployés les canons récupérés sur les navires de la flotte. Malgré l'urgence et l'improvisation de ces préparatifs, les Alliés furent impressionnés par la qualité des défenses quand ils les inspectèrent un an plus tard.
De leur côté, les Alliés décidèrent d'affaiblir les défenses avant de mener un assaut mais l'acheminement de l'artillerie lourde depuis les navires jusque sur les hauteurs à plus de 150 mètres au-dessus du niveau de la mer fut laborieux. L'optimisme était néanmoins de mise et beaucoup s'attendaient à ce que la ville ne tienne pas plus de quelques jours. À l'aube du 17 octobre 1854, 125 canons alliés ouvrirent le feu depuis les hauteurs tandis que les navires pilonnèrent les fortifications côtières. Kornilov fut mortellement blessé tandis que la ville fut rapidement engloutie par un épais nuage de fumée. Le bombardement dura douze heures mais ses résultats furent décevants. Sur mer, les navires n'étaient pas parvenus à se rapprocher suffisamment pour pouvoir infliger de sérieux dommages aux fortifications; sans cuirassés à coque en fer, la flotte ne pouvait plus jouer qu'un rôle secondaire dans la bataille. L'efficacité de l'artillerie fut tout aussi limitée sur terre où les canons n'avaient pas la puissance suffisante et étaient déployés trop loin pour détruire les défenses. Par ailleurs, les tirs de contrebatterie russes furent efficaces et ils détruisirent l'un des principaux dépôts de munitions français. Le 25 octobre, le commandant français François Certain de Canrobert — qui avait succédé un mois plus tôt à Armand Jacques Leroy de Saint-Arnaud mort du choléra — reconnut que la ville ne serait prise qu'au terme d'une longue et difficile campagne

Après ce succès défensif, les Russes décidèrent de briser le siège de la ville. Menchikov avait rassemblé ses troupes et reçu le renfort d'unités du front danubien commandées par le général Pavel Liprandi. Fort de 25 000 hommes, il décida d'attaquer les défenses britanniques de Balaklava, l'une des principales bases de ravitaillement alliées. Ces derniers connaissaient la vulnérabilité de leur flanc oriental mais ils n'avaient pas suffisamment de troupes pour protéger convenablement toute la ligne de front ; Balaklava n'était ainsi défendu que par 5 000 hommes. Le matin du 25 octobre, les Russes attaquèrent les redoutes ottomanes protégeant le nord de la baie ; après s'en être emparés au terme de violents combats, ils se tournèrent vers le 93e régiment d'infanterie qui était la dernière unité empêchant une percée vers le port. Menacé par la cavalerie russe, le major-général Colin Campbell déploya ses 400 hommes en une « mince ligne rouge » de seulement deux rangs; cette tactique perturba les cavaliers qui craignaient une diversion car le carré d'infanterie semblait être une formation plus adaptée. Quatre escadrons chargèrent mais ils furent décimés par trois salves britanniques. Les Russes se préparèrent à lancer une nouvelle attaque avec le gros de leurs forces mais ils furent interrompus par la charge de la cavalerie britannique de James Scarlett. Au terme d'un affrontement confus de dix minutes, les Russes se replièrent tandis que l'arrivée de nouvelles unités d'infanterie alliées réduisait les chances de succès russes
Alors que les Russes battaient en retraite, Lord Raglan nota qu'ils emportaient avec eux les canons britanniques se trouvant dans les redoutes qu'ils avaient capturées. Ne voulant pas qu'ils soient utilisés par la propagande ou réutilisés, il ordonna à la brigade légère de Lord Cardigan de les récupérer. L'imprécision de l'ordre et des erreurs de transmission firent croire à Cardigan que Raglan voulait qu'il attaque le gros des forces adverses à l'extrémité d'une vallée bordée de collines occupées par les Russes et où se trouvaient les canons dont parlait le commandant britannique. La brigade comprenant environ 660 cavaliers mit plusieurs minutes à couvrir les 1 500 mètres de la vallée sous un feu nourri venant de trois côtés mais elle mit en déroute la cavalerie cosaque avant de se replier. Cette charge de la brigade légère fit plus de 200 victimes dans les rangs de l'unité, mais en dépit du mot célèbre du général  Pierre Bosquet : « C'est magnifique, mais ce n'est pas la guerre » et contrairement à la légende d'un « désastre glorieux » illustré par le poème d'Alfred Tennyson, elle fut un succès dans le sens où elle permit de chasser les Russes du champ de bataille. Ces derniers restèrent néanmoins maîtres des redoutes surplombant Balaklava et menaçaient les voies de ravitaillement alliées tandis que les canons et les objets capturés furent paradés dans les rues de Sébastopol. De leur côté, les Britanniques blâmèrent les Ottomans pour ce revers et ils furent très mal traités jusqu'à la fin de la campagne

Encouragés par leur succès, les Russes décidèrent d'attaquer le flanc droit britannique au mont Inkerman surplombant la rivière Tchernaïa se jetant à l'extrémité de la rade. S'ils parvenaient à s'emparer de cette hauteur, ils pourraient y déployer leur artillerie et pilonner les lignes alliées. Pris à revers, ces derniers n'auraient plus qu'à lever le siège et évacuer. Le matin du 26 octobre, 5 000 soldats firent une sortie depuis Sébastopol et montèrent à l'assaut des positions britanniques commandées par le général George de Lacy Evans et défendues par 2 600 hommes. Repérés par les sentinelles, les assaillants furent pris pour cible par l'artillerie et mis en déroute. Ce revers permit néanmoins de mettre en évidence la faiblesse des défenses britanniques qui manquaient d'hommes pour couvrir convenablement tout leur front. Les soldats étaient par ailleurs épuisés et n'avaient presque pas eu de repos depuis leur débarquement.
Même si la bataille n'avait duré que quelques heures, les Russes déplorèrent 15 000 tués ou blessés contre 2 610 pour les Britanniques et 1 726 pour les Français. Pour les Russes, la bataille d'Inkerman fut un coup rude et Menchikov proposa l'évacuation de Sébastopol dont la chute paraissait inéluctable pour mieux défendre le reste de la Crimée. Le tsar Nicolas Ier s'y opposa fermement mais il fut très affecté par la défaite et commença à regretter d'être entré en guerre. Du côté allié, le succès avait été très coûteux en vies humaines et l'opinion publique commençait à les trouver inacceptables ; la presse française compara l'affrontement à la bataille d'Eylau de 1807 et le secrétaire d'État britanniques aux affaires étrangères Lord Clarendon écrivit que l'armée ne pourrait pas résister à un autre « triomphe » de ce type. Un assaut contre Sébastopol étant impossible en l'absence de renforts, la démoralisation gagna les troupes alliées car il devenait évident qu'elles allaient devoir passer l'hiver sur place. Les troupes se souvinrent de la campagne de Russie de 1812 car elles n'étaient pas équipées de vêtements et d'abris adéquats
 
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MessagePosté le: Mar 23 Mai - 08:56 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

Les températures chutèrent durant la deuxième semaine de novembre et une violente tempête ravagea les campements alliés et coula plusieurs navires dont un transportant des uniformes d'hiver. La pluie, la neige et le froid remplirent les tranchées de boue et transformèrent en fondrières les chemins reliant les ports aux positions sur les hauteurs ; les chevaux de trait surmenés et manquant de fourrage moururent en grand nombre et cela compliqua fortement le ravitaillement des troupes. Les circonstances furent un test des capacités des deux armées et, selon l'historien Brison D. Gooch, « les Français le réussirent à peine tandis que les Britanniques échouèrent complètement». Les soldats français avaient en effet reçu avant leur départ des vêtements plus chauds que les Britanniques ; leurs tentes et abris étaient généralement mieux isolés et conçus. Par ailleurs, ils disposaient de cantines collectives qui leur permettait d'être correctement alimentés malgré des rations inférieures de moitié à celles de leurs compagnons d'armes qui devaient préparer eux-mêmes leur repas. Même si la logistique britannique était largement défaillante, au point que les provisions et le matériel s'accumulaient voire pourrissaient dans le port de Balaklava, les soldats issus majoritairement des classes urbaines pauvres n'avaient pas le savoir-faire et la débrouillardise des troupes françaises d'origine paysanne qui savaient transformer n'importe quoi en nourriture. Les errements britanniques n'étaient pas seulement logistiques. Alors que les soldats vivaient dans la boue et le froid, les officiers disposaient d'avantages notables : Lord Cardigan dormait ainsi sur son yacht privé et certains de ses collègues furent autorisés à passer l'hiver à Constantinople. Cela tranchait fortement avec la situation dans le camp français où les officiers partageaient globalement les conditions de vie de leurs hommes ; le général Élie Frédéric Forey accusa ainsi son collègue François Achille Bazaine de désertion et d'abandon de poste après que ce dernier eut passé la nuit avec son épouse. Tout cela renforça le dédain des Français pour leurs alliés qui se révélaient incapables de s'adapter aux conditions locales. Bien que meilleure, la situation française n'était pas parfaite ; les soldats souffraient du scorbut et en raison de la pénurie de vêtements chauds, les uniformes devinrent de plus en plus bigarrés au point que les officiers n'étaient parfois reconnaissables qu'à leur sabre
Dans ces conditions difficiles, les victimes se comptèrent rapidement par milliers ; Canrobert rapporta que 11 458 de ses hommes étaient morts de faim, de froid et de maladie durant l'hiver 1854-1855 et en janvier 1855, il ne restait plus que 11 000 Britanniques en état de combattre, soit moitié moins que deux mois plus tôt. Selon les ordres de Lord Raglan qui ne voulait pas « avoir les blessés entre les pattes », ces derniers étaient envoyés par bateau jusqu'à Scutari dans la banlieue de Constantinople. Les conditions de transport à bord de navires surchargés étaient épouvantables et jusqu'à un tiers des passagers n'arrivait pas à destination. La situation à l'arrivée était tout aussi déplorable avec des bâtiments grouillant de vermine et un manque dramatique de matériel et de personnel médical. L'arrivée de l'infirmière Florence Nightingale à l'automne permit d'améliorer l'organisation de l'hôpital mais durant l'hiver 1854-1855, entre 4 000 et 9 000 soldats, dont la plupart n'avaient pas été blessés au combat, moururent à Scutari

La situation dans le camp russe était initialement meilleure car le ravitaillement était correct et la ville était intacte mais elle se détériora en raison des bombardements alliés qui détruisirent les bâtiments et les infrastructures301. L'eau commença à manquer et les hôpitaux furent saturés par les victimes des combats et du choléra. À son arrivée en Crimée puis à Sébastopol en janvier 1855, le chirurgien militaire Nikolaï Pirogov fut choqué par le chaos et l'incompétence des médecins qui opéraient sans se préoccuper de l'hygiène tandis que les blessés étaient souvent abandonnés à leur sort. Il imposa immédiatement un système de triage, accrut l'utilisation de l'anesthésie, fit respecter les règles d'hygiène et développa de nouvelles méthodes d'amputation plus rapides et moins risquées. Ces réformes permirent d'accroître le taux de survie des blessés ; pour l'amputation au niveau de la cuisse, ce dernier s'élevait à 25 %, soit presque trois fois plus que chez les Alliés où l'anesthésie était bien moins répandue.
Contrairement aux conflits précédents, les opinions publiques en France et en Grande-Bretagne étaient bien mieux informées de la situation militaire grâce aux journaux qui publiaient chaque jour des comptes-rendus du front. Ces derniers étaient accompagnés de lithographies et surtout des photographies de Roger Fenton et de James Robertson qui fascinaient les lecteurs par leur réalisme. Les techniques de l'époque comme le collodion humide étaient rudimentaires avec des temps de pose allant jusqu'à une vingtaine de secondes mais la guerre de Crimée fut le premier conflit à être photographié. Cette meilleure information du public était liée au développement des bateaux à vapeur et du télégraphe qui accéléraient la transmission de l'information et permit l'apparition de correspondants de guerre non restreints par la censure. Les articles de William Howard Russell pour le Times contredisaient ainsi les communiqués de presse officiels et exposaient l'incompétence du commandement et les véritables conditions de vie des soldats. Les critiques concernant la gestion de la guerre provoquèrent la chute du gouvernement de Lord Aberdeen en janvier 1855 et son remplacement par Lord Palmerston. La presse française était bien plus contrôlée mais cela n'empêcha pas les critiques contre la prolongation d'une guerre peu populaire.
Malgré l'affaiblissement des troupes alliées, les Russes souffraient également de problèmes logistiques qui limitaient la possibilité d'une offensive de grande ampleur. N'ayant plus le contrôle de la mer et sans chemin de fer, tout le ravitaillement devait être acheminé par chariots sur les routes boueuses ou enneigées du Sud de la Russie où la vitesse ne dépassait parfois pas six kilomètres par jour. Pour éviter que des renforts alliés ne s'emparent de l'isthme de Perekop reliant la péninsule de Crimée au reste de la Russie, Nicolas Ier ordonna une offensive contre Eupatoria défendue par environ 20 000 Ottomans commandés par Omer Pacha. Lancée le 17 février avec 19 000 soldats, l'attaque se solda par une sévère défaite et la perte de 1 500 hommes. Ébranlé par ce nouveau revers, le tsar, déjà affaibli et désillusionné, développa une pneumonie et mourut le 2 mars. Même si ce décès fit croire à la fin de la guerre, le nouveau souverain Alexandre II déclara qu'il n'était pas prêt à reconnaître la défaite de la Russie

En janvier 1855, les Alliés reçurent le soutien du royaume de Sardaigne et 15 000 hommes commandés par le général Alfonso La Marmora arrivèrent en Crimée en mai. Cet engagement, voulu par le premier ministre Camillo Cavour, était destiné à défendre la cause de l'unité italienne auprès des puissances occidentales et à s'affirmer contre l'Empire d'Autriche qui contrôlait le Nord de la péninsule. Les Britanniques recrutèrent également environ 7 000 mercenaires allemands et suisses mais ils furent déployés trop tard pour participer aux combats en Crimée. Du côté adverse, une légion de volontaires grecs d'un millier d'hommes fut intégrée à l'armée russe durant l'année 1854 et combattit à Sébastopol.
Avec l'arrivée du printemps, les Alliés débattirent d'une nouvelle offensive contre la Russie. Les Britanniques voulaient initialement frapper dans le Caucase où la situation militaire était bloquée et où ils approvisionnaient les tribus en armes depuis 1853. Ils s'inquiétaient néanmoins du fondamentalisme de Chamil et de la possibilité que les Ottomans n'exploitent la situation pour renforcer leur emprise sur la région. À l'inverse, une nouvelle attaque dans la mer Baltique contre Saint-Pétersbourg paraissait plus intéressante, d'autant plus qu'elle pourrait pousser la Suède à entrer en guerre. La flotte anglo-française commandée par l'amiral Charles-Eugène Pénaud bombarda ainsi Sveaborg en juin mais ne causa quasiment aucun dégât. Les Russes ayant par ailleurs renforcé leur flotte et les défenses de Kronstadt avec des mines, les chances de succès sur ce front parais

Dans le même temps, les deux camps continuèrent à étendre et à renforcer leurs positions autour de Sébastopol ; selon l'historien Orlando Figes, les Alliés et les Russes creusèrent près de 120 kilomètres de tranchées durant les onze mois du siège. Hormis quelques escarmouches et coups de main plus ou moins importants, le front fut assez calme durant les premiers mois de l'année 1855 et le siège se transforma en une routine monotone qui se traduisit parfois par des actes de fraternisation entre les belligérants. Pour passer le temps, les soldats chantaient, jouaient aux cartes, organisaient des courses de chevaux ou des pièces de théâtre et n'hésitaient pas à abuser de la boisson ; 5 546 s oldats britanniques, soit près de 15 % des troupes britanniques, furent ainsi jugés en cour martiale pour des actes commis alors qu'ils étaient ivres335.
 
 L'arrivée du printemps et de températures plus douces remonta le moral des Alliés tandis que les défaillances de la logistique britannique furent en partie comblées par l'arrivée de commerçants privés comme Mary Seacole fournissant, à des prix exorbitants, tout ce que voulaient les soldats. La communication avec l'Ouest de l'Europe fut également réduite de plusieurs jours à quelques heures avec l'achèvement d'une ligne télégraphique entre Bucarest et Varna en janvier et entre Varna et la Crimée en avril. Par ailleurs, les Britanniques mirent en service un chemin de fer d'une dizaine de kilomètres depuis le port de Balaklava jusque sur les hauteurs. Celui-ci facilita considérablement l'approvisionnement des troupes car les wagons, tirés par des machines fixes ou des chevaux, transportaient chaque jour plusieurs dizaines de tonnes de munitions et de provisions. La voie servit également au transport des blessés et il est considéré que le premier train hôpital de l'histoire roula sur cette ligne le 2 avril.
L'achèvement de ce chemin de fer à la fin du mois de mars arriva juste à temps pour une nouvelle préparation d'artillerie qui débuta le 9 avril, le lundi de Pâques. Durant dix jours, les Alliés tirèrent près de 160 000 obus sur la ville, qui tuèrent ou blessèrent 4 712 défenseurs. De leur côté, les Russes répliquèrent avec plus de 80 000 projectiles et réparèrent hâtivement leurs défenses en préparation d'un assaut jugé imminent. Ce dernier n'eut pas lieu car les Alliés étaient en désaccord sur la stratégie à adopter. Canrobert proposait en effet d'occuper toute la Crimée afin d'isoler complètement les assiégés. Cette opération aurait l'avantage d'exploiter la supériorité de l'infanterie et de son armement comme cela avait été le cas à Alma et à Inkerman. Lord Raglan y était néanmoins opposé car il considérait que la chute de la ville était imminente et que cette offensive laisserait trop peu de troupes pour s'opposer à une éventuelle sortie des Russes. Le plan fut par conséquent abandonné, à la colère des Français, tandis que les Russes indiquèrent par la suite qu'ils furent surpris que les Alliés n'aient pas essayé de couper leurs lignes de ravitaillement dans l'isthme de Perekop. Déçu par le manque de coopération des Britanniques et isolé au sein de son état-major, Canrobert abandonna le commandement des troupes françaises à Aimable Pélissier le 16 mai. Ce dernier, réputé pour sa fermeté, était résolu à concentrer tous ses efforts sur la prise de Sébastopol et une offensive fut planifiée contre les positions russes au Sud-Est. Les Français devaient prendre le Mamelon-Vert, une colline fortifiée ou se trouvait une redoute. Cette dernière était située à l'extérieur des murs de la ville et protégeait la tour Malakoff et son puissant bastion de 150 mètres de large sur 350 de profondeur dominant le port. La cible des Britanniques était les Carrières qui abritaient également une redoute protégeant le Grand Redan

L'attaque débuta le 7 juin après une préparation d'artillerie d'une journée. Menée par les zouaves, l'infanterie française prit d'assaut le Mamelon-Vert sous un feu nourri et entreprit d'escalader les murs de la redoute. Les combats à l'intérieur se firent au corps-à-corps et la fortification changea d'occupants à plusieurs reprises durant la journée. Les Britanniques affrontèrent les mêmes difficultés dans les Carrières mais lorsque la dernière contre-attaque russe fut repoussée le matin du 8 juin, les Alliés contrôlaient les deux positions. L'assaut avait fait plusieurs milliers de victimes dans les deux camps mais la prise de Malakoff et du Grand Redan annonçaient des pertes encore plus lourdes. En effet, les assaillants devraient progresser sur plusieurs centaines de mètres à découvert dans un terrain difficile avant de déployer leurs échelles sur les murs des fortifications, de vaincre les défenseurs et de repousser les contre-attaques russes ; les Français s'attendaient ainsi à ce que la moitié des attaquants soient tués avant même d'atteindre la fortification. 
Le matin du 18 juin, les vagues de fantassins français et britanniques furent décimées par les Russes qui s'attendaient à une telle attaque et s'étaient préparés en conséquence. L'assaut tourna rapidement au désastre et les pertes s'élevèrent à un millier d'hommes pour les Britanniques et à près de 6 000 pour les Français. Déjà affecté par les critiques concernant sa gestion de la campagne et souffrant de dysenterie, Raglan développa une dépression après ce fiasco et mourut du choléra le 28 juin; William John Codrington lui succéda à la tête des troupes britanniques dans la péninsule.
Après l'échec des assauts contre Malakoff et le Grand Redan, le siège reprit son cours avec ses duels d'artillerie et ses travaux de terrassement mais le pessimisme gagna les troupes alliées qui craignaient de devoir passer un second hiver sur place. L'épuisement entraîna des troubles que les soldats qualifièrent de « folie des tranchées » aujourd'hui désignés sous l'expression de syndromes de stress post-traumatique. La situation des 75 000 Russes assiégés par 100 000 Français, 45 000 Britanniques, 15 000 Sardes et 7 000 Ottomans n'était pas meilleure. À la fin du printemps, les Alliés attaquèrent et occupèrent temporairement le détroit de Kertch à l'est de la Crimée où se trouvaient d'importants dépôts de ravitaillement et de munitions. Cela provoqua de nombreuses pénuries chez les défenseurs ; les artilleurs reçurent ainsi l'ordre de ne tirer qu'un seul obus pour quatre tirés par les Alliés tandis que les rations furent divisées par deux. Le moral des troupes fut également affecté par la perte de leurs deux principaux commandants : Totleben fut grièvement blessé lors d'un bombardement le 22 juin et Nakhimov fut mortellement blessé par balle le 28 juin. Ces conditions provoquèrent un accroissement sensible du nombre de désertions, jusqu'à une vingtaine par jour, et des mutineries auraient été brutalement réprimées

Il devenait évident que Sébastopol ne pourrait plus résister très longtemps et Alexandre II ordonna une ultime offensive pour rompre le siège. Le général Mikhaïl Gortchakov, qui avait succédé à Menchikov après son échec contre Eupatoria en janvier, décida sans grand espoir d'attaquer les positions franco-sardes au Sud-Est le long de la Tchernaïa afin de réduire l'approvisionnement en eau des Alliés et de menacer leur flanc oriental. Profitant du brouillard matinal du 17 août, 58 000 soldats russes s'approchèrent du pont de Traktir enjambant la rivière mais le manque de coordination entre les unités et l'inexpérience des troupes fit que l'attaque tourna rapidement au fiasco. Sans le soutien de l'artillerie ou de la cavalerie, les fantassins furent décimés par les tirs alliés et, s'ils parvinrent à s'emparer des premières lignes françaises, il devint clair que l'attaque avait échoué. Quand Gortchakov ordonna le repli peu après 10 h, les pertes russes s'élevaient à 2 273 tués, 4 000 blessés et plus de 1 800 disparus dont la plupart avaient profité du chaos pour s'enfuir ; de leur côté, les Alliés perdirent 1 800 hommes sur 18 000 Français et 9 000 Sardes. La bataille de la Tchernaïa scella le destin de Sébastopol et les Russes se préparèrent à l'évacuer ; un pont flottant de 960 mètres de long en travers de la rade fut ainsi achevé le 27 août
Le succès du 17 août renforça la confiance des Alliés qui estimèrent qu'il devenait possible de prendre la ville avant le retour de l'hiver. Durant l'été, les Français avaient creusé aux prix de pertes importantes des tranchées jusqu'à quelques dizaines de mètres des défenses de Malakoff, tandis que dans leur secteur plus rocheux du front, les Britanniques se trouvaient encore à une centaine de mètres. Contrairement à l'assaut raté du 18 juin, l'attaque du 8 septembre fut précédée par une intense préparation d'artillerie et les Alliés tirèrent près de 150 000 obus en trois jours. Les effectifs engagés étaient également trois fois plus importants avec près de 35 000 hommes et l'attaque fut lancée à midi et non pas à l'aube, ce qui prit les Russes complètement par surprise au moment de la relève.

À l'heure prévue, les 9 000 hommes de la division du général Patrice de Mac Mahon sortirent de leurs tranchées et entreprirent d'escalader les murs de la forteresse ; un soldat russe observant depuis le Grand Redan nota que « les Français étaient dans le Malakoff avant même que nos gars aient eu le temps de prendre leurs armes ». La garnison s'enfuit mais les Russes organisèrent rapidement une violente contre-attaque. Les combats au corps-à-corps se prolongèrent pendant près de trois heures alors que les positions étaient prises puis perdues par les belligérants. La supériorité numérique française fut néanmoins décisive et les nouveaux occupants de la forteresse renforcèrent hâtivement les défenses de leur nouvelle possession. Pendant ce temps, les Britanniques avaient attendu de voir le drapeau tricolore sur le Malakoff avant de se lancer à l'assaut du Grand Redan. Même s'ils avaient perdu le soutien de la fortification voisine, les Russes avaient eu le temps de se ressaisir et de déployer des renforts. Les troupes britanniques qui étaient parvenues au pied des murs furent incapables de s'emparer des remparts et la panique gagna leurs rangs. Le général Codrington jugea inutile d'envoyer les unités de conscrits qu'il avait en réserve et planifia un nouvel assaut le lendemain avec des troupes plus expérimentées. Finalement, les combats du 8 septembre avaient fait 7 500 morts ou blessés chez les Français, 2 500 chez les Britanniques et 13 000 chez les Russes.
Il n'y eut cependant pas de nouvel assaut car Gortchakov décida dans la soirée d'évacuer la rive sud de Sébastopol étant donné que, depuis Malakoff, l'artillerie française pouvait tirer sans difficultés sur toute la ville et elle aurait certainement détruit le pont flottant. L'évacuation dura toute la nuit et au matin, les derniers défenseurs provoquèrent un incendie qui dura trois jours. Les Alliés entrèrent finalement dans la ville le 12 septembre où les Russes avaient abandonné plusieurs milliers de blessés intransportables et les soldats se livrèrent rapidement au pillage des ruines

La chute de Sébastopol fut célébrée par d'importantes manifestations populaires à Londres et à Paris car beaucoup considéraient que cela signifiait la fin de la guerre. Le tsar n'était cependant pas prêt à demander la paix et rappela le précédent des guerres napoléoniennes : « deux ans après l'incendie de Moscou, nos troupes victorieuses étaient à Paris». Il planifia une offensive dans les Balkans pour 1856, même si les annonces de la poursuite du conflit étaient essentiellement destinées à saper la cohésion des Alliés entre des Français désireux de mettre un terme aux combats après la victoire de Sébastopol et des Britanniques voulant affaiblir la puissance russe au-delà de la Crimée, notamment en Baltique. Pour les troupes, cela signifiait passer un deuxième hiver sur place et malgré la fin des combats, cela fut particulièrement éprouvant pour les Français dont la situation sanitaire échappait à tout contrôle. Par rapport à l'hiver précédent, la situation des deux alliés s'était inversée : les Britanniques avaient tiré les leçons de leurs erreurs et amélioré leur organisation médicale et logistique en s'inspirant fréquemment des Français tandis que ces derniers avaient laissé leurs standards décliner. Les rapports de l'inspecteur-général Michel Lévy étaient tellement alarmants que le ministre de la Guerre Jean-Baptiste Philibert Vaillant lui demanda de ne plus en faire392. Durant les trois premiers mois de l'année 1856, entre 24 000 et 40 000 soldats français moururent de maladie, principalement du typhus et du choléra. Le succès de la prise de Sébastopol et le contrôle de la presse éclipsèrent en grande partie les souffrances des troupes mais elles rendaient difficiles une poursuite de la guerre

De son côté, Alexandre II chercha à remporter une victoire pour renforcer sa position lors des négociations de paix à venir et il accrut la pression dans le Caucase. Depuis le mois de juin, le général Nikolaï Mouraviev assiégeait la forteresse ottomane de Kars et sa prise ouvrirait la voie vers Erzurum et l'Anatolie. Les attaques russes se heurtèrent néanmoins à la résistance acharnée des défenseurs commandés par le général britannique William Fenwick Williams. La fin du siège de Sébastopol permit à Omer Pacha de redéployer en octobre ses unités en Géorgie mais leur progression vers Kars fut difficile et la garnison épuisée se rendit le 22 octobre. Pour le tsar, la prise de Kars contrebalançait la perte de Sébastopol et il ouvrit des négociations de paix avec la France et l'Autriche. Lord Palmerston n'était cependant pas de cet avis et continuait de défendre une prolongation de la guerre pour réduire la puissance russe. Une expédition anglo-française s'empara ainsi des fortifications russes de la péninsule de Kinburn dans l'estuaire du Dniepr le 17 octobre. Les Français, qui avaient fourni la plus grande part de l'effort militaire, étaient néanmoins las du conflit et Napoléon III craignait la colère populaire. Soutenu par l'Autriche, l'empereur présenta en octobre des propositions de paix basées sur les Quatre Points de 1854 mais le tsar les rejeta en avançant que l'agitation sociale provoquée en France par la poursuite de la guerre pousserait les Alliés à être plus conciliants. L'entrée de la Suède dans le camp des Alliés le 21 novembre ne le fit pas changer d'avis, de même que les avertissements de son oncle, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse. Il céda finalement le 16 janvier 1856 après que l'Autriche eut menacé de rompre ses relations diplomatiques avec la Russie s'il refusait de s'asseoir à la table des négociations

La conférence de paix débuta au ministère des Affaires étrangères français à Paris le 25 février 1856. Le choix de ce lieu marquait le renouveau de l'influence française en Europe, d'autant plus que l'exposition universelle organisée sur les Champs-Élysées s'était achevée trois mois plus tôt. Après un hiver de discussions, la plupart des points problématiques avaient été résolus mais Lord Palmerston continuait à défendre un traité punitif envers la Russie qui devrait notamment abandonner ses possessions dans le Caucase et en Asie centrale. Cela ne convenait pas à Napoléon III qui désirait ardemment la paix et avait besoin du soutien, ou du moins de la neutralité, de la Russie pour ses plans en Italie. L'empereur français était ainsi favorable à ce que la Russie rétrocède Kars en échange du maintien de sa souveraineté sur la Bessarabie qui lui donnait accès au Danube. Les Autrichiens, soutenus par les Britanniques, étaient cependant opposés à toute concession sur ce point et le Boudjak fut cédé à l'Empire ottoman qui l'avait perdu en 1812 ; cette perte de la Bessarabie du Sud et du delta du Danube fut vécue comme une humiliation par les Russes car il s'agissait de la première fois depuis le xviie siècle qu'ils perdaient un territoire au profit des Ottomans. Kars fut rétrocédé sans contrepartie et le principe de démilitarisation de la mer Noire fut approuvé. Sur les principautés danubiennes, l'Autriche était opposée à toute création d'un État-nation qui pourrait encourager les aspirations nationales dans ses provinces et leur contrôle fut, faute de mieux, rendu à l'Empire ottoman. Sur la protection des habitants chrétiens de l'Empire, les puissances alliées firent pression sur Abdülmecid Ier pour qu'il adopte le rescrit impérial de 1856 garantissant l'égalité de tous ses sujets quelle que soit leur religion. Le texte poussa les Russes à revendiquer une « victoire morale » d'autant plus que les négociations à Paris restaurèrent le statu quo sur la gestion des lieux saints qui avait été la cause immédiate de la guerre de Crimée

Les questions sensibles ayant été réglées avant l'ouverture du Congrès de Paris, les travaux se déroulèrent rapidement et la signature du traité de paix eut lieu le 30 mars. L'annonce fut saluée par des manifestations de joie dans toute la ville et un défilé militaire fut organisé le lendemain sur le Champ-de-Mars en présence de Napoléon III et de dignitaires étrangers. À l'inverse, il n'y eut pas de grandes festivités en Grande-Bretagne où il était considéré que la paix était arrivée avant que les Britanniques n'aient remporté une victoire équivalente à celle des Français à Sébastopol et où beaucoup étaient en colère contre l'incompétence de l'état-major. Les Alliés reçurent six mois pour évacuer Sébastopol mais même si ce délai paraissait court étant donné la quantité de matériel acheminée sur place, Codrington rendit le contrôle de la ville le 12 juillet, non sans avoir au préalable dynamité les docks et les fortifications. En revanche, il ne fit rien pour venir en aide aux Tatars qui avaient pourtant soutenu les Alliés et qui se retrouvaient à présent à la merci des Russes. Les pressions exercées par ces derniers provoquèrent l'immigration d'environ 200 000 personnes vers l'Empire ottoman entre 1856 et 1863. Dans le même temps, les chrétiens orthodoxes du Boudjak s'installèrent en Crimée tandis que les Arméniens d'Anatolie émigrèrent en Transcaucasie. Dans le Caucase, les Russes continuèrent à lutter contre Chamil qui, abandonné par les puissances occidentales et les Ottomans, se rendit au général Alexandre Bariatinsky le 25 août 1859. Les Russes entreprirent ensuite un véritable nettoyage ethnique à l'encontre des Circassiens et des autres populations musulmanes qui entraîna la fuite ou l'expulsion de plus d'un million de personnes vers l'Empire ottoman

Si le traité de Paris entraîna peu de changements territoriaux, il marqua la fin du Concert européen créé par le Congrès de Vienne en 1815. La France avait retrouvé sa puissance et Napoléon III apparaissait comme l'arbitre des disputes européennes. La fin de la Sainte-Alliance entraîna une réorganisation des relations diplomatiques qui ouvrit la voie aux unifications italienne et allemande. Même si elles s'étaient affrontées, la France et la Russie se trouvèrent rapidement des points communs ; la première promit son soutien à la révision des clauses sur la démilitarisation de la mer Noire et la seconde ne s'opposa pas aux actions françaises en Italie. Les Russes furent cependant alarmés par l'unification italienne des années 1860 qui menaçait d'encourager les mouvements nationalistes en Autriche et en Russie. De fait l'insurrection polonaise de 1861-1864 poussa la Russie à revenir à son ancienne alliance avec la Prusse jugée plus conservatrice et opposée à l'expansion française en Europe. Le ministre-président de Prusse Otto von Bismarck put donc combattre le Danemark en 1864, l'Autriche en 1866 et la France en 1870 sans craindre une intervention russe. Avec la défaite de la France, les clauses sur la démilitarisation de la mer Noire furent abrogées et la Russie entreprit de reconstruire sa flotte.
Au Royaume-Uni, la guerre avait démontré la désorganisation de l'armée et l'absence d'une répartition des tâches entre les différents organismes civils et militaires. Le commandement fut donc réparti entre un secrétaire d'État à la Guerre chargé de définir la politique militaire du pays et un commandant en chef responsable de son application. L'inertie de l'institution militaire empêcha cependant une réforme plus profonde malgré la rébellion indienne de 1857 qui soulignait à nouveau les faiblesses de l'armée britannique. Quelques mesures furent prises dans les années suivantes mais il fallut attendre l'arrivée d'Edward Cardwell au poste de secrétaire d'État à la Guerre en 1868 pour que des changements majeurs aient lieu, comme l'abolition des châtiments corporels ou l'achat des commissions par les officiers


Même si les pertes territoriales avaient été limitées, l'influence russe en Europe de l'Est fut sévèrement atteinte. La défaite discrédita l'armée et exposa les faiblesses et le retard du pays par rapport aux puissances occidentales ; le gouverneur de Courlande, Piotr Valouïev, déclara ainsi : « En haut l'éclat ; en bas, la pourriture». Parmi les plus critiques figurait l'écrivain Léon Tolstoï qui avait combattu en Crimée et avait donc observé la corruption et l'incompétence des officiers ; il condamna sévèrement les mauvais traitements envers les soldats dont il admirait le courage et la résistance. L'abolition du servage lui paraissait être « le moins que puisse faire l'État pour reconnaître le sacrifice de la paysannerie». Alexandre II était convaincu que cette mesure était nécessaire pour arriver au niveau des puissances européennes et la réforme agraire de 1861 émancipa plusieurs millions de serfs. Au niveau militaire, plusieurs évolutions furent proposées mais la plupart furent rejetées pour apaiser l'aristocratie qui devait accepter la fin du servage. Les travaux reprirent après l'adoption de la réforme agraire mais la modernisation fut longue et difficile. Un service militaire obligatoire fut instauré en 1874 et les conscrits devaient recevoir une instruction de base. Le système de justice militaire fut également réformé pour abolir les châtiments corporels mais ceux-ci restèrent largement appliqués jusqu'en 1917
En ouvrant l'Empire ottoman aux idées et aux technologies européennes, la guerre de Crimée accéléra sa modernisation. Les investissements étrangers s'accrurent et le pays commença à se doter de chemins de fer et de télégraphes. Le rescrit impérial de 1856 était cependant considéré comme ayant été imposé par les étrangers et ses dispositions irritaient les conservateurs et le clergé. Beaucoup craignaient que les chrétiens mieux éduqués ne finissent par dominer la politique et la société s'ils devenaient égaux aux musulmans. Des émeutes anti-chrétiennes éclatèrent dans de nombreuses provinces de l'Empire dans les années qui suivirent la guerre de Crimée et ces affrontements firent 20 000 morts en Syrie en 1860. Craignant ces violences, les autorités ottomanes étaient réticentes à faire appliquer les nouvelles législations et l'agitation des chrétiens dans les provinces européennes de l'Empire se poursuivit, souvent à l'instigation de la Russie. Ainsi l'insurrection de la Bosnie-Herzégovine en 1875 s'étendit rapidement à la Bulgarie et la violente répression ottomane provoqua une nouvelle guerre avec la Russie. L'avancée russe vers Constantinople rappela les événements de 1854 et elle ne cessa que sous la menace de la flotte britannique. Grâce au traité de Berlin mettant fin au conflit, la Russie récupérait le Boudjak et annulait donc les pertes du traité de Paris. La question d'Orient et le problème des nationalismes dans les Balkans restaient néanmoins irrésolus et ils continuèrent à déstabiliser l'équilibre des puissances en Europe jusqu'à la Première Guerre mondiale.
Le principal perdant de la guerre fut paradoxalement l'Autriche qui, n'ayant rejoint aucun camp, fut sanctionnée par les deux et se retrouva isolée sur la scène européenne. La Russie — qui considérait avoir sauvé la monarchie autrichienne en 1849 et était l'un de ses plus anciens alliés — fut particulièrement irritée par cette « trahison » ; Alexandre II se vengea en utilisant la même stratégie de neutralité armée pour empêcher l'Autriche de redéployer ses forces lors des guerres en Italie et il fit peu pour la soutenir dans sa lutte contre la Prusse


 

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MessagePosté le: Mar 23 Mai - 10:13 (2017)    Sujet du message: 9 Les conflits concernant l'Empire Otoman (sommaire page 1) Répondre en citant

DETAILS DE LA GUERRE DE CRIMEE
Siège de Sébastopol (1854-1855)
Le siège de Sébastopol est l'épisode principal de la guerre de Crimée. Pénible et meurtrier, il dura onze mois, du 9 octobre 1854 au 11 septembre 1855. Le choléra, le scorbut et d’autres maladies firent de nombreux morts. Dans ses Récits de Sébastopol, Léon Tolstoï détailla le siège avec un style mêlant le reportage et la fiction.
En septembre 1854, les troupes alliées (britanniques, françaises et sardes) atteignirent la Crimée et commencèrent le siège de Sébastopol, port d'attache de la Marine impériale russe sur la mer Noire dont la flotte menaçait la Méditerranée, mais avant que la ville ne soit encerclée, l'armée impériale russe parvint à s'en échapper.
Au début du mois d'octobre, les troupes du génie françaises et britanniques utilisèrent deux bases : les Français principalement le port fortifié de la baie de Kamiech et les Britanniques la base de Balaklava où ils font construire une ligne de chemin de fer. Ensuite, la construction d'une ligne de siège commença autour des hauteurs de Cherson au sud de Sébastopol. Les troupes creusèrent des abris, des tranchées et installèrent leurs canons.
L'armée russe et son commandant le prince Alexandre Menchikov partis, la défense de Sébastopol avait été confiée aux vice-amiraux Vladimir Alexeïevitch Kornilov et Pavel Nakhimov, assistés par l'ingénieur en chef de Menchikov, le lieutenant-colonel Édouard Totleben. Les forces militaires disponibles pour défendre la ville étaient de 4 500 miliciens, 2 700 artilleurs, 4 400 marins, 18 500 hommes d'équipage et 5 000 ouvriers, soit un total d'environ 35 000 hommes.
Les Russes commencèrent par saborder leurs navires pour protéger le port, navires dont ils utilisèrent les canons comme artillerie et les équipages comme soldats. Ces navires coulés volontairement, en 1855, comprenaient le Grand-Duc Constantin, le Ville de Paris (de chacun 120 canons), le Brave, l'Impératrice Maria, le Chesme, le Yagondeid (84 canons), le Kavarna (60 canons), le Konlephy (54 canons), la frégate à vapeur Vladimir, les bateaux à vapeur Thunderer, Bessarabia, Danube, Odessa, Elbrose et Krein.
À la mi-octobre 1854, les Alliés avaient 120 canons prêts à tirer sur Sébastopol ; les Russes en avaient environ trois fois plus pour riposter et se défendre des attaques de l'infanterie.

La bataille débuta le 17 octobre 1854. L'artillerie russe détruisit un dépôt de munitions des Français, réduisant les canons de ceux-ci au silence. Les tirs britanniques sur le dépôt russe dans la redoute de Malakoff, tuèrent l'amiral Kornilov, privèrent les canons russes de munitions et ouvrirent une brèche dans les défenses de la ville. Cependant, Français et Britanniques ne lancèrent pas leur infanterie à l'assaut de la ville et une issue rapide fut probablement manquée.
Au même moment, les navires alliés pilonnèrent les défenses russes, mais les résultats furent décevants, les navires se voyant infliger plus de dégâts qu'il n'en causaient aux Russes. Les bombardements continuèrent les jours suivants mais, en travaillant la nuit, les Russes parvinrent à réparer les dégâts causés. La même situation allait se répéter tout au long du siège.
D'octobre à novembre 1854, les batailles de Balaklava et d'Inkerman eurent lieu de l'autre côté de la ligne de siège. Après Inkerman, les Russes comprirent que le siège de Sébastapol ne serait pas levé grâce à une bataille traditionnelle. Ils transférèrent donc leurs troupes petit à petit dans la ville pour aider les défenseurs. Vers la fin novembre, le temps se dégrada et l'hiver dévasta les campements alliés et leurs réserves de nourriture. Les hommes et les chevaux tombèrent malades et souffrirent de la faim dans ces conditions difficiles.
Alors que Totleben faisait étendre les fortifications autour du Grand Redan, l'ingénieur en chef britannique John Burgoyne chercha une solution pour prendre Malakoff, qu'il pensait indispensable pour prendre ensuite Sébastopol. Des travaux furent entrepris pour rapprocher les Alliés de Malakoff. En réponse, Totleben fit creuser des fossés d'où les Russes pourraient tirer sur leurs assiégeants. Ces fossés devinrent l'objectif premier des Alliés.

Une fois l'hiver passé, les Alliés furent capables de rétablir leurs routes d'approvisionnement. Une voie ferrée fut utilisée pour amener des vivres de Balaklava jusqu'au front, livrant plus de 500 canons et des munitions. À partir du 8 avril 1855 (le dimanche de Pâques), les Alliés reprirent leurs bombardements des défenses russes. Le 11 avril, le général Michel Bizot, qui commandait le Génie, fut touché par une balle russe et mourut quelques jours plus tard (le 15 avril). Le 30 juin, l'amiral Nakhimov mourut d'une blessure à la tête infligée par un tireur d'élite allié. Le 8 septembre, les Français réussirent à s'emparer de la position fortifiée de Malakoff grâce à un assaut parfaitement coordonné.  
La forteresse devint alors intenable et les Russes l'évacuèrent après avoir détruit ses fortifications. Trois jours plus tard, la ville de Sébastopol finit par se rendre.
Bien que Sébastopol ait été défendue héroïquement et que son attaque eût coûté la vie à de nombreux Alliés, sa chute allait marquer le début de la défaite russe lors de la guerre de Crimée.

Bataille de Malakoff le 8 septembre 1855
La bataille de Malakoff (8 septembre 1855) fut l'affrontement décisif du siège de Sébastopol durant la guerre de Crimée. La victoire française contre les défenseurs russes entraina la chute de la ville et contribua à hâter la fin du conflit.
Malakoff est le nom donné à une colline située à proximité du port militaire de Sébastopol en Crimée. Après le début du siège de la ville par les troupes françaises et britanniques en septembre 1854, les Russes érigèrent des défenses qui finirent par former un vaste réduit large de 150 mètres et profond de 350 au sommet de la colline. Point culminant de la ligne fortifiée défendant Sébastopol, Malakoff était l'élément central du système défensif russe et les Français, qui étaient déployés face à lui, mirent tout en œuvre pour le capturer. Le 8 juin, les Français s'emparèrent des redoutes que les Russes avaient érigées en avant de Malakoff pour le protéger et planifièrent un assaut direct pour le 18 juin, jour anniversaire de la bataille de Waterloo.
Mal préparée et coordonnée, cette attaque, concomitante avec un assaut britannique contre la fortification adjacente du Grand Redan, fut un sanglant revers où les Français perdirent au moins 3 500 hommes. Désireux de prendre la ville avant le retour de l'hiver, les Alliés redoublèrent d'efforts pour affaiblir les défenseurs et les tranchées françaises se rapprochèrent jusqu'à seulement 25 mètres du fossé de Malakoff. Après une intense préparation d'artillerie, les Alliés déclenchèrent un assaut général contre l'ensemble de la ligne défensive le 8 septembre. Les Russes furent surpris et abandonnèrent plusieurs positions clés mais une violente contre-attaque leur permit de reprendre les redoutes perdues. À la fin de la journée, seul Malakoff était encore occupé par les Français mais son importance était telle que les Russes décidèrent d'évacuer immédiatement Sébastopol. Les Alliés entrèrent ainsi dans la ville abandonnée et en ruine le 12 septembre tandis que les combats en Crimée se poursuivirent de manière sporadique jusqu'à la signature du traité de Paris le 30 mars 1856.
En France, la victoire de Malakoff fut célébrée par la construction de « tours Malakoff » dans tout le pays et son nom fut donné à une ville. En Russie, la bataille est associée à ce qui est appelé la « défense héroïque de Sébastopol » et la colline accueille aujourd'hui plusieurs mémoriaux commémorant la bataille et le siège.


Après la défaite de l'Alma le 20 septembre, la paniqua gagna le camp russe et toute la main d'œuvre disponible — soldats, marins, prisonniers, civils et même les prostituées et les enfants — fut mise à contribution pour jour et nuit creuser des tranchées, construire des remparts, aménager les positions et déployer les canons récupérés sur les navires de la flotte. Un bastion fut ainsi construit autour de la tour Malakoff avec des tranchées le reliant aux positions voisines du Petit Redan et du Grand Redan. Dans le même temps, les troupes françaises et britanniques se déployèrent sur les hauteurs au sud de Sébastopol et le 17 octobre, elles déclenchèrent un violent bombardement qui détruisit en partie l'étage supérieur de la tour Malakoff. Les bastions subirent également d'importants dégâts mais il apparut rapidement que les remblais en terre sans clayonnage ou fascinage absorbaient l'énergie des boulets et pouvaient facilement être reconstitués en remblayant les portions endommagées. L'historien Camille Rousset note ainsi « l'aptitude singulière des Russes à remuer et à façonner la terre » : les destructions du jour étaient invariablement réparées et renforcées durant la nuit.
Voyant les faibles résultats du bombardement allié, les Russes tentèrent à deux reprises de briser l'encerclement de Sébastopol mais leur tentative à Balaklava le 25 octobre fut peu concluante tandis que leur assaut à Inkerman le 5 novembre fut un désastre. Les pertes alliées furent également lourdes et les deux camps épuisés renoncèrent à toute action majeure alors que l'hiver s'installait en Crimée. L'incurie de la logistique associée au climat hivernal provoqua une hécatombe chez les belligérants. Les Britanniques furent particulièrement touchés et au début du mois de janvier 1855, 16 000 des 30 000 soldats britanniques étaient hospitalisés. Durant l'automne, les Britanniques occupaient les positions à l'est de la ville face au faubourg Karabelnaya et à Malakoff tandis que les Français se trouvaient sur les hauteurs à l'ouest. Devant l'effondrement des capacités militaires britanniques, il fut décidé en février 1855 que les Français se déploieraient sur l'intégralité des lignes d'attaque de la ville à l'exception de celles face au Grand Redan que les Britanniques conservèrent.

À l'automne 1854, les efforts français s'étaient portés sur le bastion no 4 dit « du Mât » mais au début de l'année suivante, les Alliés réalisèrent que Malakoff représentait l'élément central du système défensif russe car le bastion occupait le point le plus élevé de la ligne fortifiée. En en prenant le contrôle, les Alliés pourraient prendre à revers toutes les autres défenses russes et menacer l'approvisionnement des défenseurs qui transitait par le port. Les Russes connaissaient également l'importance de la position et ils entreprirent de transformer Malakoff en un redoutable ouvrage défensif. L'étage supérieur de la tour, détruit par le bombardement du 17 octobre fut arasé et recouvert de terre. La zone à l'avant de la tour fut remblayée sur plusieurs mètres de hauteur pour former un bastion doté d'un parapet haut de 3,6 mètres et large de 5 tandis que son approche était couverte par un fossé d'une profondeur de six mètres de profondeur et un large glacis dégagé. Ce fossé, doublé d'une courtine, se prolongeait sur la gauche jusqu'à l'ouvrage du Petit Redan et sur la droite jusqu'au ravin de Karabelnaya au-delà duquel se trouvait l'ouvrage du Grand Redan. Une seconde courtine fut construite à environ 200 mètres en arrière de la première avec un large espace dégagé entre les deux. À l'arrière de la tour Malakoff, les Russes aménagèrent des abris et des magasins recouverts de plusieurs mètres de terre pour protéger les soldats et les munitions des bombardements alliés. Des fossés et des parapets furent également construits à l'arrière pour former un vaste espace fermé profond de 350 mètres et large de 150. Les Russes donnèrent à cette fortification le nom de « bastion Kornilov » d'après l'amiral Vladimir Kornilov tué lors du bombardement du 17 octobre. Le 8 septembre 1855, ce réduit accueillait près de 3 000 hommes manœuvrant 39 canons, 31 caronades et 6 mortiers. Malakoff était par ailleurs soutenu sur la droite par la batterie Gervais dotée de 30 pièces et sur la droite par la batterie Nikiforoff armée de 17 bouches à feu


Au début du mois de février, les Français remplacèrent les Britanniques dans le secteur face à Malakoff où ces derniers n'avaient érigé qu'une redoute et une place d'armes inachevée. Les terrassiers se mirent immédiatement à l'œuvre pour aménager des positions d'artillerie et creuser des tranchées mais cette activité ne passa pas inaperçue chez les Russes et Totleben décida de prendre les devants. Dans la nuit du 21 au 22 février, les Russes érigèrent à l'extrémité du plateau d'Inkerman, une redoute qu'ils nommèrent « redoute Selenguinsk». Les Français furent stupéfaits par cette construction qui prenait de flanc tout le terrain devant Malakoff et ils lancèrent une attaque dans la soirée du 23 février. Malgré l'inachèvement de la position, l'assaut fut repoussé et les assaillants perdirent 200 hommes dans l'opération. Moins d'une semaine plus tard, les Russes construisirent une seconde redoute appelée « redoute Volhynie » à 250 mètres en avant de la première. Protégés par ces « ouvrages du Carénage », ils érigèrent le 11 mars une troisième redoute, nommée « redoute Kamtchatka », au sommet de la petite colline du Mamelon vert située à 600 mètres de Malakoff et des premières lignes françaises. Le saillant de Malakoff était devenu un rentrant mais les trois ouvrages devinrent la cible d'intenses bombardements qui obligèrent l'état-major russe à n'y déployer qu'un total de 800 hommes
Durant le printemps, les Alliés creusèrent de nouvelles tranchées pour se rapprocher des ouvrages russes tandis que le 19 mai, le commandant français François de Canrobert, jugé trop indécis, fut remplacé par Aimable Pélissier qui décida de concentrer ses efforts sur la prise de Malakoff. Dans l'après-midi du 6 juin, l'artillerie alliée ouvrit le feu sur la redoute Kamtchatka au sommet du Mamelon vert et les ouvrages du Carénage ainsi que contre le bastion du Mât pour masquer aux Russes le lieu de l'attaque. Les tirs s'interrompirent durant la nuit, ce qui permit aux Russes de réparer leurs positions, mais le feu reprit le lendemain de l'aube jusqu'à 16 h. Les fortifications russes étaient alors en ruine et à 18 h 30, les Français s'élancèrent à l'assaut des redoutes du Carénage situées à environ 300 mètres de leurs lignes. Les tirs russes firent des ravages chez les assaillants et le 95e régiment de ligne eut 300 tués ou blessés sur un effectif initial de 1 200 hommes. Les deux ouvrages n'étaient cependant défendus que par 450 hommes et elles furent prises au terme d'un bref combat. Les Russes tentèrent une contre-attaque avec trois bataillons mais elle fut rapidement repoussée

Face au Mamelon vert, les Français traversèrent les 450 mètres de terrain découvert en huit minutes et contournèrent la redoute Kamtchatka qui fut prise à revers. La garnison de 350 hommes, bien qu'encouragée par la présence de l'amiral Pavel Nakhimov, n'était pas en mesure de résister et elle se replia rapidement vers Malakoff et le Petit Redan. Emportés par leur élan, les fantassins français se lancèrent à leur poursuite mais ils furent fauchés par les tirs croisés des deux ouvrages. Certains parvinrent jusque dans le fossé de Malakoff mais la panique gagna les assaillants quand les Russes lancèrent une contre-attaque avec six bataillons. Ces derniers parvinrent à reprendre le Mamelon vert mais l'artillerie alliée décima les troupes massées dans la redoute en ruine et ils en furent chassés par un second assaut français. Dans le même temps, les Britanniques s'emparèrent de l'ouvrage des Carrières situé devant le Grand Redan et repoussèrent deux contre-attaques russes. La nuit mit fin aux combats et le lendemain, une trêve fut organisée pour ramasser les corps.
Les pertes du 7 juin s'élevèrent à environ 5 500 Français, autant chez les Russes et 700 chez les Britanniques mais les Alliés s'étaient emparés des positions couvrant l'accès à Malakoff. En dépit de ces succès, l'empereur Napoléon III fut irrité par le fait que Pélissier n'ait pas tenu compte de ses demandes d'un encerclement complet de Sébastopol avant tout nouvel assaut et son refus de féliciter le commandant-en-chef pour ces victoires fut très mal perçu par ce dernier. Les relations de Pélissier se tendirent également avec ses subalternes. Devant les généraux rassemblés, il réprimanda violemment le général Joseph-Nicolas Mayran dont les troupes n'avaient pas respecté les ordres et s'étaient lancés à l'assaut de Malakoff ; un des officiers présents rapporta que ce dernier quitta la réunion « les larmes aux yeux et une profonde douleur dans l'âme».


Après la prise des ouvrages extérieurs, Pélissier planifia l'attaque contre Malakoff pour le 18 juin. Cette date n'avait pas été choisie au hasard car elle correspondait au 40e anniversaire de la bataille de Waterloo et une victoire permettrait d'apaiser les tensions historiques entre Français et Britanniques en leur offrant une victoire commune à célébrer. Cette décision liée à des considérations de prestige fut critiqué par les subalternes de Pélissier qui lui firent remarquer que les bastions russes étaient en grande partie intacts et que les assaillants devraient parcourir à découvert plusieurs centaines de mètres avant d'atteindre les positions adverses. Le commandant en chef balaya toutes ces remarques et refusa toute modification du plan ; à la sortie d'une réunion le 16 juin où il n'était pas parvenu à convaincre son supérieur, le général Mayran, dont la division devait attaquer le Petit Redan, indiqua à un de ses collègues : « Maintenant, il n'y a plus qu'à se faire tuer». De plus, plutôt que de choisir l'expérimenté Pierre Bosquet, présent en Crimée depuis le débarquement, pour commander l'attaque décisive, Pélissier nomma le commandant en chef de la garde impériale, Regnault de Saint Jean d'Angély, arrivé en Crimée seulement quelques semaines auparavant. Ce choix, destiné à plaire à l'empereur, ulcéra le général Louis Jules Trochu qui écrivit que cette décision « fut une honte et une trahison. On le renvoya Bosquet, en le remplaçant par un général dont l'inexpérience et l'incapacité notoire ne pouvaient faire ombrage au général en chef, qui se réservait personnellement la direction de l'entreprise ». Bosquet fut ainsi envoyé à la tête des troupes déployées sur le mont Sapoune face à l'armée de secours russe tandis que d'Angély prit son commandement seulement le 16 juin alors qu'il ignorait tout de la situation. Conformément au plan d'attaque, les Alliés déclenchèrent le 17 juin à 4 h du matin, une violente préparation d'artillerie qui dura jusqu'au lendemain.

Le plan, arrêté le 15 juin, prévoyait que la 1re division commandée par le général Charles d'Autemarre s'emparerait de la batterie Gervais jouxtant Malakoff avant de prendre la fortification à revers. Dans le même temps, la 3e division de Mayran devait franchir le ravin du Carénage pour prendre d'assaut le Petit Redan et le bastion no 1 tandis que la 5e division de Jean-André-Louis Brunet avait pour objectif la courtine reliant Malakoff et le Petit Redan. Ces forces représentaient environ 18 000 hommes auxquels s'ajoutaient les 6 000 soldats de la garde impériale d'Émile Mellinet qui étaient gardée en réserve. L'objectif des Britanniques était le Grand Redan dont les flancs devaient être pris par deux colonnes de 500 hommes tandis que 2 000 autres devaient mener une attaque de diversion contre les positions russes entre le Grand Redan et le bastion du Mât ; un millier de soldats étaient gardés en réserve. Les historiens notent que l'attaque britannique était superflue car le Grand Redan serait forcément évacué par les Russes si les Français parvenaient à s'emparer de Malakoff et que la faiblesse des effectifs britanniques rendait les chances de succès infimes. Ils suggèrent ainsi que le commandant britannique Lord Raglan estimait que ses troupes devaient participer à l'attaque, même au prix de pertes inutiles, pour le symbole d'une opération conjointe le jour anniversaire de Waterloo. Après la bataille, le général écrivit que « si les troupes britanniques étaient restées dans leurs tranchées, les Français auraient attribué leur échec à notre refus de participer à l'opération». Une attaque de diversion contre la ville était également prévue mais celle-ci fut annulée le soir du 17 juin car Pélissier craignait que les soldats, s'ils parvenaient à percer la ligne russe, se perdent dans la ville et soient à la merci d'une contre-attaque. Par ailleurs, le commandant français avança l'heure de l'attaque de 6 h à 3 h pour que l'obscurité masque la montée des unités en première ligne ; ce changement de dernière minute, pris sans consulter les Britanniques, sema la confusion et toutes les troupes n'étaient pas prêtes à l'heure prévue,.
Du côté russe, la signification du 18 juin était également connue et la préparation d'artillerie acheva de les convaincre que les Alliés allaient tenter un coup de force ce jour-là. De plus, des déserteurs avaient donné des informations précises sur l'assaut à venir et le mouvement des troupes alliées ne passa pas inaperçue. Les Russes s'attendaient donc à une attaque imminente et les commandants des fortifications firent avancer leurs réserves en première ligne malgré le bombardement allié


Le pilonnage allié cessa en grande partie à 1 h du matin le 18 juin, un arrêt que les Russes mirent immédiatement à profit pour, à leur habitude, réparer la nuit ce que l'artillerie avait détruit le jour. Selon le plan allié, l'attaque devait être déclenchée vers 3 h après le tir de trois fusées éclairantes depuis la redoute Victoria où se trouvait l'état-major. Peu avant l'heure prévue, un projectile traversa le ciel et Mayran, impatient de rattraper son discrédit, l'interpréta à tort comme le signal prévu. À ses subalternes qui s'opposaient à cette décision, il déclara « C'est le signal. D'ailleurs quand on va à l'ennemi, il vaut mieux être en avance qu'en retard». Les 95e et 97e régiments d'infanterie quittèrent donc leurs tranchées en direction du Petit Redan distant de près de 800 mètres et tombèrent immédiatement sur un déluge de feu et de mitraille provenant des positions russes et des navires tirant en enfilade dans le ravin du Carénage ; le général Mayran fut l'un des premiers à mourir après avoir reçu une balle dans la poitrine. Subissant de lourdes pertes, les formations françaises se désagrégèrent et la progression s'arrêta alors que les soldats cherchaient à s'abriter des tirs adverses.
Arrivé à la redoute Victoria peu avant 3 h, Pélissier lança le véritable signal d'attaque en tirant ses trois fusées et la 1re division partit à l'assaut de Malakoff ; la 5e division ne s'était cependant pas encore complètement déployée en première ligne et son attaque contre la courtine fut lancée avec retard et dans la confusion. Par ailleurs, celle-ci devait lancer son attaque depuis le 2e parallèle situé à environ 400 mètres derrière le Mamelon vert et à 800 mètres de la courtine russe. L'avancée sous la mitraille russe fut sanglante et Brunet succomba à un projectile dans la poitrine tandis que le lieutenant-colonel De la Boussinière qui commandait l'artillerie face au faubourg Karabelnaya eut la tête arraché par un boulet de canon. La progression sur la droite contre le Petit Redan étant stoppée, Pélissier lança quatre bataillons de la garde impériale qui furent immédiatement arrêté par les tirs russes. De même, les fantassins furent incapables de se rapprocher à moins de cent mètres de la courtine reliant Malakoff et le Petit Redan. En revanche, l'assaut contre le flanc droit de Malakoff eut plus de succès car la progression s'était faite sous la protection relative du ravin de Karabelnaya. Le 5e bataillon de chasseurs parvint ainsi au prix de lourdes pertes à entrer dans la batterie Gervais et à en chasser les défenseurs du régiment de Poltava. Les renforts commencèrent à affluer et les sapeurs entreprirent de retourner les canons contre leurs anciens propriétaires tandis que des unités entreprirent de contourner Malakoff. Le général Khrouleff, qui commandait la défense du faubourg Karabelnaya, pouvait néanmoins constater l'échec de l'assaut contre le Petit Redan et il redéploya une partie de ses défenseurs pour chasser les Français de la batterie Gervais. Écrasés par la pression russe, les Français demandèrent des renforts mais les quatre messagers furent tués et ils furent contraints de se replier.

Selon le plan établi, l'attaque britannique contre le Grand Redan devait être déclenchée une fois la batterie Gervais neutralisée pour éviter que les tirs en enfilade. Les Britanniques pouvaient néanmoins clairement constater que l'assaut français tournait au désastre et que leurs propres chances de succès étaient infimes. Lord Raglan craignait cependant d'être accusé de lâcheté par ses alliés et à 3 h 15n 12, il ordonna à ses hommes de quitter leurs tranchées pour leur objectif situé à 400 mètres. Comme les Français, les Britanniques furent fauchés par un déluge de feu dès qu'ils quittèrent leurs tranchées95. Subissant de lourdes pertes, ils parvinrent à atteindre les abattis à quelques dizaines de mètres de l'ouvrage russe mais furent incapables d'aller plus loin. Les assaillants demandèrent des renforts mais de nombreux soldats refusèrent de sortir des tranchées. Les pertes furent telles que ce fut un simple lieutenant qui donna le signal de la retraite. Sur la gauche, les Britanniques parvinrent à s'emparer de plusieurs positions mais dans l'ensemble l'attaque alliée avait été un désastre et Pélissier ordonna la retraite vers 5 h
Si l'assaut du 18 juin avait eu pour objectif de rapprocher les Alliés, il eut l'effet inverse. Les Français avancèrent ainsi qu'ils auraient pu se maintenir dans la batterie Gervais si les Britanniques avaient été plus agressifs dans leur attaque du Grand Redan et un officier français indiqua que « leur armée est à présent comme un boulet accroché à nos pieds». De son côté, Raglan reprocha à Pélissier d'avoir renoncé à l'attaque du côté de la ville. Déjà épuisé par une année d'un commandement éprouvant, Raglan fut profondément affecté par le sentiment d'avoir envoyé ses hommes à l'abattoir. Gravement déprimé, il mourut du choléra le 28 juin. À l'inverse, leur succès redonna confiance aux Russes dont le moral avait été ébranlé par la perte du Mamelon vert et les bombardements. Dans le camp français, les critiques se dirigèrent contre Pélissier qui s'efforça rapidement de se disculper de toute responsabilité. Dans son compte-rendu au ministre de la Guerre Jean-Baptiste Vaillant, il accusa Mayran d'avoir attaqué trop tôt sans avoir attendu son signal et Brunet — également tué lors de l'attaque — de ne pas avoir respecté ses consignes et d'avoir soutenu tardivement son collègue. Le revers du 18 juin et les circonstances de l'échec poussèrent Napoléon III à limoger Pélissier mais il se ravisa après avoir appris de plusieurs généraux que la troupe continuait à avoir confiance en leur chef. Pélissier resta donc à son poste mais Vaillant lui fit bien comprendre que s'il ne soumettait pas des plans détaillés de ses projets à l'empereur et s'il ne coopérait pas avec ses officiers, il serait remplacé. Bien conscient d'avoir échappé de peu à la disgrâce, Pélissier s'efforça de contenir son tempérament et de prendre en compte les remarques tant de ses subalternes que de l'empereur. Tirant les leçons du 18 juin, il renvoya Saint-Angély en France et renomma Bosquet à la tête des troupes déployées contre le faubourg Karabelnaya ; il décida par ailleurs de prolonger les tranchées jusqu'au plus près des ouvrages russes avant tout nouvel assaut et d'installer une batterie d'artillerie à l'extrémité du plateau d'Inkerman pour neutraliser les navires déployées dans la baie du Carénage

Après la mort de Raglan, le commandement des forces britanniques fut confié à James Simpson mais le pessimisme de ce dernier poussa le gouvernement britannique à le remplacer par William Codrington en août. Du côté français, Canrobert fut renvoyé en France pour raisons de santé et le commandement de la 1re division fut confié au général Patrice de Mac-Mahon, un vétéran de l'Algérie. Pour éviter une réédition du désastre du 18 juin, les Alliés entreprirent de se rapprocher au plus près des défenses russes. La distance entre les tranchées françaises et Malakoff passa ainsi de 400 mètres le 18 juin à 110 mètres le 21 juillet puis à 40 mètres le 1er septembre et enfin à 25 mètres le 8. La progression des tranchées britanniques fut plus lente car le secteur où elles se trouvaient était plus rocheux et donc difficile à creuser ; au début du mois de septembre, leurs lignes se trouvaient à environ 200 mètres du Grand Redan. Dans le même temps, les Alliés lancèrent un intense bombardement à partir du 17 août dans le but, selon Pélissier, de tenir « la garnison sur pied pour la fatiguer, lui tuer du monde». Craignant qu'une attaque soit lancée à tout instant, les Russes maintenaient de nombreuses forces en première ligne et le pilonnage causa jusqu'à un millier de victimes par jour; parmi les victimes figurèrent Totleben blessé le 20 juin et l'amiral Pavel Nakhimov tué dans le bastion du Mât le 11 juillet. Ce bombardement ne fut cependant pas à sens unique et le 28 août, un projectile russe fit exploser plusieurs tonnes de poudre entreposées dans le magasin du Mamelon vert tuant ou blessant plus d'une centaine de Français. Devant l'accroissement de la pression alliée, les Russes lancèrent une tentative désespérée pour briser le siège et le 16 août, l'armée de secours commandée par le général Mikhaïl Gortchakov attaqua les positions tenues par les troupes françaises et piémontaises le long de la rivière Tchernaïa. Mal préparé et mené dans la confusion, l'assaut tourna rapidement au désastre et les pertes russes s'élevèrent à plus de 8 000 contre 2 000 pour les défenseurs. La chute de Sébastopol devenant de plus en plus certaine, les Russes décidèrent la construction d'un pont flottant en travers de la rade pour relier la rive sud à la rive nord et l'ouvrage fut achevé le 26 ou le 27 août.
Le 3 septembre, les Alliés considérèrent qu'un assaut devrait être lancé prochainement car plus les tranchées se rapprochaient des positions adverses, plus le risque était grand de voir les Russes lancer une attaque contre elles ; la date de l'assaut final fut ainsi fixée au 8 septembre. Pour démolir les défenses, le pilonnage redoubla d'intensité à partir du 5 septembre jusqu'à atteindre 400 projectiles par minute le matin du 8 septembre. Durant les trois jours de cette préparation d'artillerie, les Russes perdirent 7 500 hommes et Tolstoï rapporta que « dès le second jour du bombardement, on n'arrivait pas, sur les bastions, à enlever les morts. On les lançait dans les fossés pour dégager les batteries». Le bombardement fut tellement intense que dans la nuit du 7 au 8 septembre, les Russes furent, pour la première fois du siège, incapable de réparer leurs ouvrages. Les Russes savaient cet accroissement signifiait qu'un nouvel assaut était prévu mais ils pensaient qu'il aurait lieu le 7 septembre, jour anniversaire de la bataille de Borodino ; quand cela ne fut pas le cas, ils baissèrent leur garde

Selon le plan initial, seule une manœuvre de diversion devait être organisée du côté de la ville mais sous la pression de Bosquet, il fut décidé que l'assaut porterait sur l'ensemble de la ligne pour empêcher les Russes de redéployer leurs forces. Au total, les Français déployèrent huit divisions soutenus par une brigade sarde pour l'attaque du 8 septembre. Du côté de la ville, la 2e division du général Charles Levaillant devait prendre le bastion no 5 tandis que la 1re d'Autemarre soutenue par la brigade sarde du général Enrico Cialdini avait pour objectif le bastion du Mât. Les 3e et 4e divisions étaient gardées en réserve. Contre le faubourg Karabelnaya, la 1re division du général Mac-Mahon était déployée contre Malakoff, la 4e division du général Dulac devait s'emparer du Petit Redan et la 5e division du général Joseph de La Motte-Rouge avait pour objectif la courtine séparant les deux ouvrages ; la division de la garde impériale était en réserve. Au total, les Français déployaient 20 000 hommes soutenus par 5 000 Sardes face à la ville et 25 000 hommes sur le front de Malakoff. Pour permettre à ces forces nombreuses de submerger les défenseurs russes, le génie ouvrit de vastes places d'armes où devaient se regrouper les unités ainsi que des tranchées larges de vingt mètres entre les parallèles pour faciliter la montée en première ligne des troupes d'assaut. Dans le même temps, le corps d'observation déployé sur les hauteurs à l'est devait se tenir prêt à repousser toute tentative russe de rompre le siège. Face au Grand Redan, les Britanniques n'avaient aligné que 1 500 soldats soutenus par une réserve de 3 000 hommes.
Pour éviter une réédition du 18 juin, les Français mirent tout en œuvre pour prendre les Russes par surprise. Les artilleurs alliés interrompaient ainsi régulièrement leurs tirs pour faire croire aux défenseurs que l'assaut allait être lancé. Les Russes se ruaient hors de leurs abris pour rejoindre leurs positions et les Alliés reprenaient le pilonnage qui causait alors de lourdes pertes. Ces manœuvres trompeuses firent également que les Russes rechignaient à quitter leurs abris à l'arrêt du bombardement car aucun assaut n'était jamais lancé. Par ailleurs, il fut ainsi décidé que l'assaut final serait lancé à midi pile alors que la plupart des batailles depuis le début du siège avaient débuté à l'aube. Le choix de cet horaire était destiné à surprendre les Russes au moment de leur repas et de la relève. De plus, les Russes profitaient de l'obscurité nocturne pour réparer les dégâts causés par l'artillerie durant la journée et les fortifications étaient généralement reconstituées à l'aube. Une attaque à midi offrait une matinée de bombardement pour détruire ces réparations, faire effondrer les parapets pour combler les fossés et ainsi faciliter l'assaut des fantassins. L'heure de l'attaque fit l'objet du plus grand secret pour ne pas que des déserteurs en informe les Russes. Les commandants des divisions et des brigades n'en furent informés que lors d'un conseil de guerre dans l'après-midi du 7 septembre qui s'acheva par Pélissier annonçant que « Demain, Malakoff et Sébastopol seront nôtres ».
Comme les jours précédents, le bombardement se poursuivit le matin du 8 septembre avec quelques interruptions. Vers 8 h, les sapeurs français firent exploser trois mines contenant chacune 500 kilogrammes d'explosifs entre les tranchées et Malakoff pour détruire les sapes russes. À midi précise, le pilonnage s'interrompit soudainement et au son des clairons et des tambours, le 1er régiment de zouaves et le 7e régiment d'infanterie s'élancèrent à l'assaut de Malakoff au cri de « Vive l'empereur ! ». Comme prévu, les Russes furent complètement pris par surprise d'autant plus que les tranchées adverses se trouvaient à seulement quelques dizaines de mètres et que le fossé comblé et le parapet démoli n'offraient qu'un faible obstacle aux assaillants. Depuis le Grand Redan, un soldat nota que « les Français étaient dans Malakoff avant même que nos gars aient eu le temps de prendre leurs armes». Les artilleurs russes furent immédiatement neutralisés et les assaillants prirent rapidement pied dans l'ouvrage et la batterie Gervais adjacente. À midi, les soldats des 4e et 5e divisions avaient également quitté leurs tranchées mais ils avaient une plus grande distance à parcourir et les Russes alertés eurent le temps de tirer. Cela ne fut pas suffisant pour stopper les Français qui s'emparèrent du Petit Redan et traversèrent la première courtine en direction de la seconde. Pris par surprise, les Russes se ressaisirent rapidement et lancèrent une contre-attaque d'autant plus violente que chacun savait qu'il s'agissait de la bataille décisive. Dans Malakoff, les combats se déroulèrent au niveau des traverses coupant l'ouvrage ; dans les passages exigus, les soldats s'affrontèrent au corps à corps à la baïonnette mais également à coup de crosse, de hache, de morceaux de bois ou de pierre. Après de terribles combats, les Français parvinrent à prendre le contrôle de la première traverse tandis que les 65 Russes barricadés dans la tour Malakoff se rendirent qu'après que la porte eut été détruite par un petit mortier

Dans le même temps, Pélissier fit hisser les drapeaux français et britanniques au-dessus de la redoute du Mamelon vert où il se trouvait tandis que les fantassins hissèrent le drapeau tricolore au sommet de la tour Malakoff vers 12 h 10. Il s'agissait du signal pour les Britanniques qui se lancèrent en direction du Grand Redan. Les Russes avaient eu le temps de se préparer mais les assaillants parvinrent à s'emparer de l'extrémité de l'ouvrage. Les Britanniques manquaient cependant d'effectifs et les Russes s'étaient redéployés à l'arrière du Grand Redan où ils formaient une seconde ligne contrôlant de ses feux l'espace dégagé à l'intérieur de la fortification. Par ailleurs, de nombreux soldats britanniques refusèrent de franchirent le parapet et restèrent à l'abri dans le fossé malgré les exhortations de leurs officiers. Les quelques assaillants parvenus à l'intérieur de la fortification furent progressivement chassés et les Russes, déployés sur le parapet, ouvrirent le feu à bout portant sur les Britanniques abrités dans le fossé. Ces derniers se replièrent en désordre et Codrington renonça à un nouvel assaut qui n'aurait aucune chance de réussite. À 14 h, Pélissier donna le signal pour l'attaque du côté de la ville et les Français parvinrent à s'emparer des positions adjacentes au bastion central. Les Russes contre-attaquèrent rapidement et reprirent les deux ouvrages. Après s'être regroupés, les Français repartirent à l'assaut mais ils furent bloqués au niveau du parapet tandis qu'une troisième attaque n'eut pas plus de succès. Vers 15 h, Pélissier voyait que Malakoff était solidement entre ses mains et il renonça à un quatrième assaut contre le bastion central et annula l'attaque prévue contre le bastion du Mât pour ne pas sacrifier des vies supplémentaire dans ce qui n'était qu'une opération secondaire.
Sur le front de Malakoff, la situation commençait cependant à tourner à l'avantage des Russes dont les renforts affluaient. Les occupants français du Petit Redan furent progressivement repoussés jusque dans leurs tranchées de départ. Après s'être réorganisées, les deux brigades lancèrent une contre-attaque qui leur permit de reprendre le Petit Redan mais sans pouvoir s'y maintenir. Les Russes parvinrent également à reprendre l'espace entre les deux courtines même si les Français réussir à conserver l'essentiel de la première. La situation dans Malakoff fut différente car dans les autres bastions, un vaste espace dégagé fermé par une barricade se présentait aux assaillants qui étaient parvenus à franchir le parapet. Les Russes déployés à la base de l'ouvrage pouvaient ainsi aisément contrôler cet espace dégagé et repousser l'adversaire. Un tel glacis n'existait pas dans Malakoff dont l'intérieur était occupé par des abris, des magasins à poudre et trois traverses coupant l'ouvrage dans sa largeur. Les Français purent ainsi se retrancher derrière la première traverse qu'ils contrôlaient et repousser les contre-attaques russes. Adossés sur cette position, les Français parvinrent à contourner et à prendre les deux autres traverses et à chasser les Russes de Malakoff. Vers 15 h, le général Khrouleff qui s'était précipité sur le front à l'annonce de l'attaque lança ses réserves pour reprendre l'ouvrage à l'importance capitale mais les seuls accès — par la gorge et au niveau de la batterie Gervais — avaient été hâtivement barricadés par les Français avec des sacs de sable, des gabions et des cadavres. Les combats pour reprendre la gorge durèrent près de deux heures dans des conditions épouvantables ; un officier russe nota que les hommes se battaient sur « un tas de corps l'air était rempli d'une épaisse poussière rougeâtre venant du sol couvert de sang». Les Russes parvinrent brièvement à pénétrer dans la gorge mais en furent rapidement chassés tandis que la colonne attaquant la batterie Gervais fut décimée par les tirs de flanquement venant de Malakoff

Vers 17 h, les Russes avaient repris toutes les positions capturées par les français à l'exception de Malakoff. L'ouvrage était cependant la clé de la défense de la ville et Pélissier estimait que sa prise porterait un « coup mortel » aux Russes. De fait, les canons que les Alliés ne manqueraient pas de déployer sur la colline pourraient prendre à revers l'ensemble de la ligne russe et détruire le pont flottant. Par conséquent, Gortchakov ordonna l'évacuation de la ville désormais intenable et les civils rejoignirent la rive nord de la rade par le pont flottant ou par navire. À 20 h, les soldats commencèrent progressivement à se replier non sans avoir incendié ou dynamité les dépôts, les batteries et les forts. Depuis la rive nord, Léon Tolstoï, dont c'était l'anniversaire, écrivit : « J'ai pleuré quand j'ai vu la ville en flammes et les drapeaux français sur nos bastions. Ce fut une très triste journée». De leur côté, les Alliés épuisés ne firent rien pour s'opposer au départ des Russes et Mac-Mahon fit évacuer une grande partie de ses troupes de Malakoff de peur qu'il soit miné. Cette crainte fit que seuls des éclaireurs furent envoyés dans la ville le lendemain et les Alliés ne prirent formellement la ville dont il ne restait plus que quatorze bâtiments debout sur les 2 000 d'avant-guerre que le 12 septembre.
L'annonce de la victoire de Malakoff et de la chute de Sébastopol fut célébré avec faste en France et en Grande-Bretagne tandis qu'en Crimée, Pélissier déclara à ses hommes qu'ils « avaient offert à leurs aigles une gloire nouvelle et impérissable». Pélissier lui-même fut fait maréchal le 12 septembre et Napoléon III l'anoblit « duc de Malakoff » le 22 juillet 1856. La chute de Sébastopol ne marqua cependant pas la fin de la guerre et les Alliés durent passer un second hiver en Crimée. Contrairement à l'année précédente, ce furent les Français qui furent les victimes d'une logistique défaillante et entre 24 000 et 40 000 soldats moururent de maladie durant les premiers mois de l'année 1856.
La paix fut finalement signée le 30 mars 1856 et l'évacuation des hommes et du matériel dura officiellement jusqu'au 5 juillet même si quelques troupes restèrent en Crimée jusqu'au 18 août. À ce moment, les 80 kilomètres de tranchées avaient été comblées, les bastions avaient été nivelés tandis que les Alliés avaient dynamité les fortifications, les bassins de radoub et les casernes. Un témoin rapporta que Sébastopol n'était plus que « la carcasse de Sébastopol». La ville mit plusieurs décennies à se remettre du siège mais au début du xxe siècle, elle était redevenue la principale base navale russe en mer Noire.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Sébastopol fut assiégé par l'armée allemande d'octobre 1941 à juillet 1942 et la tour Malakoff fut utilisée comme poste de commandement. L'essentiel des combats initiaux se déroula cependant plus au nord entre les rivières Katcha et Belbek. De manière parallèle à ce qui s'était passé durant la guerre de Crimée près de 90 ans plus tôt, le premier assaut allemand en novembre et décembre 1941 ne permit pas de rompre le front russe et les deux camps passèrent l'hiver sur leurs positions avec les défenseurs soviétiques ravitaillés par la mer. Au printemps 1942, deux canons de 130 mm pris sur un destroyer de la flotte de la mer Noire furent installés dans des emplacements bétonnés au sommet de Malakoff. Les défenses soviétiques s'effondrèrent à la fin du mois de juin et Sébastopol tomba aux mains des Allemands le 1er juillet. L'armée rouge reprit la ville en ruine en mai 1944


 
 

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