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Date de fondation du forum: 15 avril 2012.
Kiravi et jambon-beurre

 
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roberto


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Inscrit le: 21 Déc 2012
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MessagePosté le: Dim 11 Déc - 14:32 (2016)    Sujet du message: Kiravi et jambon-beurre Répondre en citant

Jambon beurre





Kiravi et jambon-beurre  1/3

L’homme était allongé de tout son long sur un banc de zinc à gros rivets. À l’annonce de certains trains, il se levait, s’allongeait dans le couloir.

Il étendait la jambe, assez pour gêner, sans obstruer le passage ni provoquer de réactions hostiles, suffisamment pour gagner quelques pièces.

Quand il avait de quoi acheter une bouteille de kiravi, du gros gris, un sandwich jambon-beurre, il retournait sur son banc.

Il avait l’habitude de passer inaperçu, l’habitude des trains, de la menue monnaie, du jambon-beurre. Et du kiravi.

Il buvait pour s’embrumer l’esprit, en attendant le train suivant.

Un papillon blanc voleta jusqu’à lui. Sans trop savoir pourquoi, il suivit le papillon. L’homme ne quittait jamais la gare sans nécessité.

Il descendit une rue sans trottoir, avec tout son barda, malgré les coups de klaxon, les coups de frein, les injures. Une odeur de croissant chaud lui fit tourner la tête.

Il saliva en contemplant les gâteaux à la devanture de la pâtisserie qui faisait l’angle avec une rue à bistrots. Les larmes lui vinrent aux yeux.

Il sentit sa gorge se nouer, son estomac se contracter. Il hâta le pas. Le papillon blanc l’entraîna vers une ruelle pavée, que creusait un caniveau central à larges dalles. 

Une impasse. Un mur mangé de lierre, de glycine. Un portail courbe, à la manière de ceux qui ornent les maisons campagnardes du siècle dernier, dressait ses pierres rousses.

Une courette de gravier blanc crissait sous les pas, devant un pavillon de pierres saillantes, blanches, rousses, aux boiseries peintes de vert, que baignait un parterre de fleurs.

Au fond du jardin potager jouxtant la maison, des ruches ! Le papillon entra ! L’homme passa la tête à travers le rideau de perles. Il vit les jambes sur les carreaux de la cuisine.

Ni sang, ni arme ! Le visage de la vieille était cyanosé. Les ailes du nez palpitaient légèrement. Sa main se crispait sur l’archet du violon. Il feuilleta le bottin.

Il lui échappa à trois reprises. Le Samu. Il dut s’y reprendre à deux fois pour téléphoner. Il balbutia quelques mots dans l’appareil sur la vieille, comme quoi elle avait eu un malaise.

Il indiqua vaguement l’endroit, se souvint du mot en fer forgé à droite du portail, cantabile. On lui demanda son nom, son adresse, son numéro de téléphone…

Il raccrocha. Il vit la pomme, fichée dans un bâton ; une de ces pommes enrobées de caramel et de sucre rouge qu’on vend dans les foires et qu’on appelle Pomme d’Amour.

Il la fourra dans sa poche. Une voiture de police s’engagea dans la ruelle. Quelques minutes plus tard, une ambulance passait, toutes sirènes hurlantes.

Quelques mois s’étaient étirés depuis le jour de la vieille au violon. L’homme qui n’avait pas de maison avait retrouvé son banc de zinc à gros rivets. 

Il grommela en voyant de nouveau le papillon. Il descendit la rue sans trottoir, avec tout le barda, les coups de klaxon, les coups de frein, les injures.

L’odeur de croissants chauds. La pâtisserie à l’angle de la rue des bistrots. La ruelle pavée, le caniveau central à larges dalles.

Le rideau de perles teinta. Il avait oublié de frapper ! La vieille le regarda en ouvrant grand la bouche et les yeux. Il s’empressa de dire : “ La pomme, c’est moi ! ”



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MessagePosté le: Dim 11 Déc - 14:32 (2016)    Sujet du message: Publicité

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roberto


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Inscrit le: 21 Déc 2012
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MessagePosté le: Dim 11 Déc - 14:33 (2016)    Sujet du message: Kiravi et jambon-beurre Répondre en citant

Kiravi et jambon beurre 2/3

La vieille ne comprit pas. “ La pomme rouge, avec le bâton, c’est moi qui l’a prise, le jour de l’accident ! ” Elle ne comprenait toujours pas !
“ Ben oui. Le jour de l’accident, c’est moi que j’ai appelé au secours ! ” Le visage de la vieille s’illumina. “ Oh, c’est vous ! ” Il baissa la tête. “ Ben oui, c’est moi ! ” 
Elle le fit entrer dans le salon. Elle l’invita à s’asseoir. Il s’enfonça dans le crapaud de velours rouge. Comprenant le caractère incongru de sa présence, il voulut se lever. 
Elle insista, lui proposant du café, du thé, des petits gâteaux.
“ Z’auriez pas du vin, plutôt ?
- Du bourgogne ?
- Z’auriez pas du kiravi ?





- Non, je suis désolée !
- Bon, ben du... comme vous dites ! ”
Elle en servit deux verres. 
- Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ?
- J’sais pas. Un peu d’argent. J’ai pas l’habitude ! ”
La vieille fouilla dans son sac, en tira un billet de 500 F. Il recula. “ C’est trop, j’l’ai dit. J’ai pas l’habitude ! 
” Elle réfléchit : “ Vous aimez la musique ? ” L’homme chercha. “
J’sais pas. Avant, p’t’êt. ” 
Elle prit le violon dans le boîtier, sur le bahut de la cuisine. L’incrustant dans son épaule, elle se recueillit un long moment.
Elle lisait, comme elle répondait à ceux qui l’interrogeaient sur ce qui se passait dans ces moments-là. La première phrase s’imposa ! C’était la ronde des lutins de Bazzini. 
Ses doigts libéraient les premières notes, qui s’envolaient dans la pièce. Elle oubliait l’homme. Tout son corps vivait la musique, elle n’en était que le médium, l’esclave. 
La vieille s’inclinait, se relevait, sa tête scandait à petits coups de menton appuyés les moments forts, vifs.
Elle berçait le violon dans les passages doux, tendres. Elle souriait, grimaçait, se faisait grave. Son visage se couvrait de milliers de petites rides, sa bouche se tordait, le dentier bougeait un peu. Elle adoptait des mines de petite fille gourmande. Sa frimousse s’illuminait...
Pantelante, transie, les ailes du nez palpitantes, la vieille dame laissa retomber l’archet à son côté. Les yeux pétillants d’intelligence, de vivacité, étonnamment vive et jeune, et belle, elle se tourna vers l’homme. Il dormait dans le crapaud ! Elle se laissa choir sur l’autre fauteuil, pleurant silencieusement pour ne pas le réveiller !
“ Je ne vous attendais plus ! ”
Il écarta les bras. “ J’voulais pas rev’nir, j’veux pas m’attacher, c’est pas bon ! Pis, j’m’suis dit qu’y avait pas de mal à se faire du bien, de temps en temps, j’suis venu !
- Pour le kiravi !
- Pour la musique aussi ! ”
Elle prit le violon dans les bras : “ Aujourd’hui ce sera Beethoven, à vous d’imaginer l’orchestre qui va avec.
- J’sais pas faire !







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roberto


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Inscrit le: 21 Déc 2012
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MessagePosté le: Dim 11 Déc - 14:34 (2016)    Sujet du message: Kiravi et jambon-beurre Répondre en citant

Kiravi et jambon beurre 3/3

- Tant pis, ce sera Beethoven ou rien ! ” Elle entama les premières phrases du concerto pour violon opus 61. 
L’homme se retourna sur son banc, d’un bloc. C’était la musique de la vieille, ce Ben Touvé, ou Ben Touvié ! Ça lui donnait des idées. Des images qui venaient comme ça, par vagues.
Elles s’enchaînaient sans fin, toujours les mêmes. Des images, du temps où il avait une femme, du temps où il travaillait, du temps où il était en prison, quand il était interné à l’asile.
Comme un livre ! Lui qui n’en lisait jamais, qui n’avait jamais aimé lire. Une histoire qu’il connaîtrait, qui ne le concernerait plus, avec de la musique dessus, tout en couleur. 
Plus fort qu’au ciné ! Rien que pour lui... 
Elle pensa à cet autre Job, qui venait la voir, qui lui avait sauvé la vie, qui aimait les Pommes d’Amour. L’idée naquit comme un coquelicot au milieu d’un champ de blé. 
Elle consulta les pages jaunes, décrocha le téléphone... 
L’homme au banc sommeillait entre deux trains. Il sursauta quand l’éclair l’éblouit. L’homme à l’appareil balbutia que c’était pour le journal !
L’homme au banc le regarda s’éloigner sans comprendre. La chose se reproduisit à trois reprises ! Le jour suivant, un voyageur s’arrêta, 
déposa une Pomme d’Amour dans le bonnet gris. Il lui sourit en lui parlant de l’article, dans le journal. L’homme au banc ne comprenait toujours pas ! 
Il appréhendait le moment où quelqu’un s’approcherait, en souriant. Quelqu’un qui déposerait une nouvelle Pomme d’Amour. Il en avait maintenant une bonne centaine devant lui.
On l’appela : M. Brès ! L’homme au banc se dressa, sur ses gardes. Un voyageur s’assit à côté de lui, lui montra le journal. L’homme au banc vit la photo, 
il écouta l’interview de la folle au violon. L’homme au journal lui posa la main sur l’épaule. L’homme au banc sursauta, se dégagea. Il vit l’homme au sourire, l’homme à la caméra,
toute l’équipe. Il hurla ! Ces messieurs de la télé remballèrent sourire et caméra. L’homme au banc vivait un calvaire. Il en perdit le sommeil ! 
On s’habitue à tout. On se lasse de tout. L’homme au banc retourna à l’oubli ! Il n’irait plus chez la vieille. La vie grise reprit son cours. Le hall ressemblait de nouveau à un dimanche d’automne, après messe. Les kiosques ouvraient, fermaient avec la même régularité. 
Il ne viendra pas, il ne viendra plus. Job ! Le violon gisait sur le sol de pare feuilles. Brisé ! Elle se dirigea vers le buffet. Les plaquettes de valium et la bouteille de Vodka étaient là,
comme la dernière fois. Elle sourit : cette fois, elle n’oublierait pas de fermer la porte à clé ! 
La douleur se fit plus forte, dans sa poitrine. Il avait de plus en plus de mal à respirer. Le sang encombrait ses poumons. Son cœur était sur le point de péter. 
Passer inaperçu, surtout passer inaperçu. L’homme s’était tassé sur lui-même. Il cachait son visage aux passants... Il vit la vieille dans le hall !
Elle venait dans sa direction. La douleur s’apaisa, disparut. La folle au violon n’avait pas d’autres bagages que son étui ! Elle portait une robe à fleurs, un chapeau de paille.
Environnée d’une nuée de papillons blancs. Ses bottines de cuir ne faisaient aucun bruit. Des milliers de coquelicots naissaient sous ses pas. 
Un déluge de lumière creva les murs de la gare !



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Ninete
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MessagePosté le: Mer 14 Déc - 10:46 (2016)    Sujet du message: Kiravi et jambon-beurre Répondre en citant

Okay Okay
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La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 19:29 (2017)    Sujet du message: Kiravi et jambon-beurre

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